jeudi 27 novembre 2025

En Cisjordanie occupée, Israël est accusé d'avoir commis un "crime de guerre"

 


Des membres des forces de sécurité israéliennes ont été filmés à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, tirant sur deux Palestiniens levant les bras en l'air, qui semblaient se rendre. L'armée israélienne a dit jeudi examiner un "incident". L'Autorité palestinienne a, elle, dénoncé une "exécution sommaire" et accusé Israël d'avoir commis un "crime de guerre".



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A Gaza, le génocide se poursuit


Malgré le cessez-le-feu, Israël continue de commettre des actes génocidaires contre la population palestinienne.


Nos équipes ont enquêté sur la situation dans la bande de Gaza un mois après le cessez-le-feu. Leur conclusion est implacable. Les actes génocidaires commis par Israël se poursuivent à Gaza. La population palestinienne manque de tout : de nourriture, d’eau, de logements, de soins de santé. Elle est condamnée à une mort lente et calculée.

Les pressions internationales sur Israël avaient enfin abouti à un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025. Le 13 octobre, les vingt derniers otages encore en vie étaient libérés par le Hamas. La population palestinienne retrouvait un peu de répit avec la diminution des bombardements, incessants depuis deux ans, et l’entrée au compte-goutte de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza.

Mais un mois après les premiers soulagements suscités par cet accord fragile, les espoirs de paix et de fin des souffrances du peuple palestinien s’évanouissent. Dans un rapport publié le 27 novembre 2025, les équipes d’Amnesty International constatent que le génocide continue. Israël maintient les conditions de vie qui condamnent les Palestinien·nes à mourir à petit feu.

L'aide humanitaire empêchée

Avant le cessez-le-feu, les points de passage vers Gaza étaient complètement bloqués par l’armée israélienne. L’acheminement de l'aide humanitaire était ainsi empêché. Depuis le 10 octobre 2025, quelques camions humanitaires seulement sont autorisés à entrer dans la bande de Gaza. C’est loin d’être suffisant pour répondre aux besoins d’une population confrontée à la famine et aux maladies depuis deux ans.

Absence de nourriture

La nourriture acheminée ne permet pas de combler les besoins nutritionnels de la population affaiblie. Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, si les ménages peuvent maintenant manger deux repas par jour (contre un seul en juillet), la diversité alimentaire reste faible. L’accès à des aliments nutritifs tels que les légumes, les fruits et les protéines sont toujours hors de portée pour de nombreuses familles et des produits comme les œufs et la viande sont rares et inabordables.

L'UNRWA, le plus grand fournisseur d'aide et d'éducation dans la bande de Gaza, est toujours interdit par Israël. L’organisation n'a pas le droit de coordonner l'entrée de l‘aide humanitaire. Les demandes d'autres grandes organisations humanitaires ont également été rejetées au motif qu'elles n'étaient pas enregistrées en Israël.

Manque de médicaments

Ces restrictions des opérations humanitaires entravent également l’accès de la population palestinienne aux soins de santé. Les organisations médicales internationales ne peuvent pas acheminer librement les médicaments et d’autres fournitures médicales à Gaza.

Cette situation entraine une pénurie de médicaments essentiels pour traiter des maladies comme le cancer, le diabète ou des infections.

"Les patients atteints de maladies chroniques, en particulier les personnes âgées, arrivent à notre hôpital et nous ne pouvons rien faire pour leur sauver la vie. [...] Ils meurent à petit feu. " Déclaration d'un médecin urgentiste de l'hôpital al-Shifa à nos équipes.

De plus, les évacuations médicales sont strictement limitées. Au moins 16500 personnes gravement malades ou blessées, dont près de 4 000 enfants, ont besoin d’être évacuées pour un traitement spécialisé urgent. Mais Israël interdit toujours de traiter les Palestinien·nes de Gaza dans les hôpitaux de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et en Israël.

Des infrastructures vitales impossibles à réparer

Israël continue d’interdire l’entrée d’équipements et de matériaux nécessaires pour réparer des infrastructures vitales comme les hôpitaux et les usines d’assainissement de l’eau.

Entre le 10 octobre et le 13 novembre, les autorités israéliennes ont empêché plus de 6 480 tonnes de matériel humanitaire coordonné par différents organismes des Nations unies d'entrer à Gaza (source : Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies). Il s'agissait notamment de matériaux pour la construction d'abris et d'équipements essentiels pour le traitement des eaux usées.

Un ingénieur responsable de l'eau et de l'assainissement à Gaza a déclaré à Amnesty International que la municipalité n'était en mesure de fournir qu'un tiers des besoins quotidiens en eau de la population à cause de ces blocages.

L'expulsion de la population palestinienne se poursuit

Malgré le cessez-le-feu, l’armée israélienne reste déployée sur environ 58% de la bande de Gaza. Une “ligne jaune” délimite de manière ambigüe le territoire de Gaza entre le territoire occupée par l’armée israélienne et le peu d’espace laissé à la population de Gaza.

Des blocs de béton jaune sont disséminés de manière aléatoire sur les ruines de Gaza. Les Gazaouis ont l’interdiction de franchir cette ligne et de tenter de rentrer chez eux. Au moins 93 personnes qui ont tenté de franchir la ligne ont été tuées.

Au-delà de la ligne jaune, l’armée israélienne a détruit méthodiquement et rasé toute la zone qui accueille désormais des avant-postes militaires. L’expulsion de la population palestinienne de cette zone risque de devenir permanente.

Les terres, occupées par l’armée israélienne, étaient les plus fertiles de la bande de Gaza. Les populations palestiniennes n’ont ainsi plus accès aux terres agricoles et sont pratiquement privés de tout accès indépendant à des moyens de subsistances. Cette situation, couplée avec le blocage de l’aide humanitaire, maintient les populations palestiniennes dans un état de malnutrition très inquiétant.

Des actes interdits par la Convention sur le génocide

Bloquer l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza, c’est empêcher la population d’accéder à la nourriture, à l’eau, à un logement, à des vêtements et aux installations sanitaires. L’expulsion continue des Palestinien.nes de la bande de Gaza oblige la population à se réfugier dans des abris de fortune surpeuplés, propices à la propagation de maladies.

Ces conditions de vie imposées par Israël sont calculées pour provoquer la destruction physique du peuple palestinien. Ces actes sont interdits par l’article II de la Convention sur le génocide.

Si les personnes souffrent moins de morts immédiates avec la diminution des bombardements, elles n’en continuent pas moins de subir une mort lente et calculée.

L'intention génocidaire d’Israël inchangée

Depuis notre rapport de décembre 2024 confirmant le génocide en cours à Gaza, Israël n’a pas modifié ses intentions envers le peuple palestinien.

Le système d’apartheid se poursuit avec une déshumanisation croissante et continue envers les Palestinien·nes. Le 10 novembre, le Parlement israélien approuvait une proposition de loi qui permet à des tribunaux d’imposer la peine de mort aux personnes reconnues comme “terroriste”. Les Palestinien·nes sont les principales cibles.

La détention arbitraire de Palestinien·nes par Israël, ainsi que la torture et les autres mauvais traitements infligés aux détenus, se poursuivent. Au moins 98 décès se sont produits en détention depuis le cessez-le-feu.

La politique étatique israélienne de discrimination et de transfert forcé des Palestinien·nes dans la Cisjordanie occupée s'est aggravée avec une augmentation des violences et des meurtres soutenus par l'État.

Ces mesures, systématiquement dirigées contre la population palestinienne, constituent les preuves de l’intention génocidaire inchangée d’Israël.

La communauté internationale relâche la pression sur Israël

Malgré le génocide qui continue à Gaza, la communauté internationale montre des signes inquiétants de relâchement de la pression imposée à Israël. Les pays invoquent le cessez-le-feu pour justifier leur revirement de position.

Le 17 novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé le “plan de paix” de Donald Trump, sans que les droits de la population palestinienne ne soient pris en compte. La résolution n’exige ni le retour d’un programme humanitaire indépendant, ni le déblocage de l’aide humanitaire, ni le rétablissement des services essentiels, et aucune mention de justice n’est effectuée.

L’Union européenne refuse toujours de suspendre son accord commercial avec Israël. Ce n’est pourtant pas le moment d’alléger les pressions exercées sur les autorités israéliennes.

Le 24 novembre, le gouvernement allemand a annoncé la reprise de tous les transferts d’armes vers Israël.


Nos demandes :

- La communauté internationale doit maintenir la pression sur Israël.

- Israël doit autoriser l’accès sans entrave à l’aide humanitaire, lever son blocus illégal et mettre fin au génocide en cours.

- Les entreprises doivent immédiatement suspendre toute activité qui contribue ou qui est directement liée au génocide perpétré par Israël.