lundi 23 mars 2026

"Allah Akbar - Boom !"

 



Un sioniste religieux choqué à cause des missiles balistiques iraniens crie "Allah Akbar" - "Boom" !



"L’Iran commence à montrer aux agresseurs ce que signifie une posture offensive"




Aujourd’hui (22 mars 2026) n’est clairement pas un jour comme les autres dans cette guerre. C’est un retour brutal à la réalité.

L’Iran a rasé tout un quartier à Arad, en Palestine occupée, à l’aide d’un missile hypersonique. Des sources israéliennes elles-mêmes reconnaissent qu’environ 20 bâtiments ont été anéantis, avec des centaines de morts et de blessés, et des corps encore ensevelis sous les décombres. Lorsque 1 300 secouristes sont déployés sur une seule zone de frappe, on n’est plus face à un simple « incident », disons-le ainsi.

Une heure plus tôt, Dimona a été touchée. Plusieurs bâtiments détruits, des dizaines de blessés, et voici le message : Dimona se situe à seulement 9 km du réacteur nucléaire israélien. L’Iran ne fait plus dans la subtilité. Il affirme clairement : la prochaine fois, nous ne manquerons pas la véritable cible.

Puis est venue la guerre psychologique. Un avertissement adressé à Doha a été diffusé, puis retiré. « Une erreur », ont-ils dit. Peut-être. Ou peut-être était-ce un message transmis exactement comme prévu, et parfaitement reçu.

Et maintenant, le basculement majeur : l’Iran affirme officiellement contrôler l’espace aérien israélien. Cela signifie que les prochains missiles ne se contenteront pas d’atteindre leur cible : ils y parviendront sans opposition. Pas d’alerte, pas d’interception, seulement l’impact. Une conséquence directe de l’aveuglement systématique du bouclier radar qui le protégeait autrefois. En d’autres termes, l’Iran opérerait désormais de la même manière qu’Israël sioniste l’a fait en Iran, au Liban et au Yémen.

C’est un tournant décisif. Souvenez-vous : dès le quinzième jour, Israël et les États-Unis déclaraient déjà l’Iran « neutralisé ». Le vingt-troisième jour vient de révéler à quel point ce discours était dangereusement erroné.

1. Ils ne savent pas combien de missiles possède l’Iran.

2. Ils ne connaissent pas leur portée réelle.

3. Et à en juger par la frappe près de Diego Garcia — dont l’Iran n’a jusqu’à présent pas revendiqué officiellement la responsabilité — ils ont sous-estimé la situation depuis le début.

Il s’agit d’un changement de doctrine. Le mois sacré du Ramadan est désormais terminé. En islam, il est interdit de « faire la guerre » durant ce mois. L’Iran ne faisait que se défendre. Mais à présent, l’Aïd el-Fitr est arrivé (bonne fête), et l’Iran commence à montrer aux agresseurs ce que signifie une posture offensive.

Et si cette dynamique se poursuit, il ne faudra pas s’étonner que le monde se réveille face à quelque chose d’encore plus grave.

Car ce qui se déroule actuellement n’est plus un conflit contenu. Ce sont les premiers signes d’une défaite historique en gestation — une défaite qui dépasserait celle de la guerre du Kippour.

Source : Marwa Osman (Journaliste et présentatrice télé) sur X.

Via


Les Palestiniens forcés par Israël de démolir leurs propres maisons



Jérusalem Est Occupée – Basema Dabash pleure quotidiennement pour la maison qu’elle et son mari Raed ont été obligés de démolir dans le quartier de Sur Baher, au Sud de Jérusalem Est Occupée.

Pendant des années, le couple a vécu sous le spectre de perdre leur domicile, depuis que les autorités israéliennes leur ont envoyé un ordre de démolition en 2014. En janvier cette année, la notice est arrivée. Et puis, le 12 février, la famille s’est vue dans l’obligation de détruire leur maison. Si elle refusait de le faire, elle aurait à payer à la municipalité le coût de la démolition.

« Nous avons été forcés de commencer la démolition nous-mêmes, pour éviter que la mairie ne nous impose les frais qui peuvent atteindre 100.000 shekels (32.000 dollars) », dit Basema, âgée de 51 ans.

« Nous avons commencé à casser des murs à l’intérieur de notre maison et avons envoyé à la municipalité des photos pour prouver que nous avions bien commencé, mais on nous a répondu que la démolition devait se faire par l’extérieur et le plus tôt possible ».

La famille a fini de démolir la maison qui abritait 8 personnes, dont 3 enfants. Mais cela n’a pas empêché l’arrivée d’une amende de 45.000 shekels (14.600 dollars) qui continuera d’être imposée par versements échelonnés jusqu’en 2029.

L’autodestruction hante la vie des Palestiniens résidant à Jérusalem Est, qui est contrôlé par Israël depuis 1967 et qui a été illégalement annexé à Jérusalem Ouest pour être sous une seule administration israélienne.

Le choix entre démolir sa propre maison ou payer les frais de démolition à la municipalité est un choix simple- la grande majorité des Palestiniens ne peuvent pas payer la somme exorbitante, et doivent donc se résoudre à démolir leurs maisons eux-mêmes, en dépit de l’immense souffrance et des dégâts psychologiques que cela entraîne.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Les soucis de Basema ont commencé en 2014, lorsqu’elle a reçu une notice de la municipalité israélienne à Jérusalem indiquant que l’extension réalisée à son domicile pour son fils avait été construite sans permis. La famille avait alors fait recours pour tenter d’annuler l’ordre de démolition.

Pendant plus d’une décennie, la famille a dû payer amende après amende pour garder leur domicile. Puis, le 28 janvier, ils ont reçu un ordre d’évacuation, avec une date limite pour vider la maison et finir sa démolition.

Les Palestiniens sont contraints de démolir eux-mêmes leurs maisons pour éviter les frais exorbitants imposés par Israël si ses propres forces s’en chargeaient – Photo : Ahmad Jalajel / Al Jazeera


Le bien visé par l’ordre de démolition était une extension de 45 mètres carrés que Basema avait fait en annexe à la maison principale, de la même surface. Basema avait aussi construit une autre dépendance au premier étage, construite pour son fils marié. L’ordre de démolition visait les deux extensions.

La famille Dabash avait essayé plusieurs fois d’obtenir un permis de construire mais leurs demandes avaient toujours été rejetées par Israël. Malgré cela, la municipalité pénalise et démolit les maisons palestiniennes en utilisant le prétexte que celles-ci n’ont pas obtenu de permis.

« Nous avons choisi de démolir notre propre maison non seulement pour éviter les amendes, mais aussi parce que le personnel de la municipalité ne montre aucune indulgence envers tout ce qui entoure la maison aussi, ils vont délibérément vandaliser tout ce qui se trouve aux alentours, casser les arbres, et causer des dommages disproportionnés dont nous pourrions bien nous passer » dit Basema.

Basema, avec son mari et l’un de leurs fils, Abdelaziz, vivent désormais dans ce qui reste de leur domicile. Mohammad est avec eux aussi, mais son épouse et leurs enfants ont dû aller vivre dans la famille de celle-ci. La démolition a donc séparé la famille de Mohammad, qui ne peut pas envisager de louer un logement au vu des prix de l’immobilier.

La famille a aussi encouru des dépenses importantes pour faire enlever les débris et pour ré-aménager la maison afin qu’elle puisse abriter tout le monde. Sans mentionner les dégâts psychologiques encourus.

« Je me retrouve à faire la vaisselle et les larmes coulent sans cesse. Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi sommes-nous soumis à une telle injustice ? La maison est devenue trop petite pour nous, nous sommes entassés. Mes petits-enfants nous rendent visite et nous quittent toujours en pleurant parce que nous ne pouvons pas les avoir ici » dit Basema, tristement.
Une augmentation des démolitions

Pendant que les colonies israéliennes s’amplifient à Jérusalem Est et en Cisjordanie, grâce à l’obtention facile de permis de construire pour les Israéliens, les Palestiniens démontrent que l’asymétrie est évidente.

Human Rights Watch a révélé que les autorités israéliennes rendent l’obtention de permis de construire « quasiment impossible », et l’organisation pour le respect des Droits de l’Homme israélienne B’Tselem indique que les plans d’urbanisme à Jérusalem Est rendent « très difficile l’obtention de permis pour les résidents palestiniens».

Marouf al-Rifai, porte-parole du Gouvernorat de Jérusalem sous l’Autorité Palestinienne, explique à Al-Jazeera que 15 autodestructions ont été accomplies au mois de Février dernier, en Janvier il y en a eu 5, et 104 au mois de décembre.

Les destructions, en général, augmentent en nombre à des niveaux jamais vus, depuis Octobre 2023, quand la guerre génocidaire d’Israël contre Gaza a débuté.

Al-Rifai précise que 400 démolitions ont eu lieu en 2025 à Jérusalem Est et ses alentours, menées soit par la municipalité, soit par les propriétaires eux-mêmes. Avant cela, le nombre de démolitions était de 180 par an tout au plus.

Les Nations Unies ont rapporté que les démolitions en 2025 ont forcé le déplacement de 1500 Palestiniens.

« Même la méthode de démolition a changé depuis la guerre sur Gaza » dit Al-Rifai. « Avant, les destructions se faisaient après avoir tenté toutes les voies légales et administratives possibles, les résidents avaient la possibilité de faire des recours en justice et au moins geler les ordres de démolition ».

Mais les autorités israéliennes ont pris une position plus punitive, surtout depuis que les ordres de démolition sont sous l’autorité du ministre israélien d’extrême droite Itamar Ben-Gvir, qui a commencé à mettre la pression à l’armée israélienne pour démolir des maisons avant même de prévenir les résidents, d’après Al-Rifai.

En outre, l’Autorité Palestinienne a affirmé que le nombre d’ordres de démolition à Jérusalem a bondi de 25.000 avant la guerre à 35.000. Rien que dans le quartier de Silwan, 7000 ordres ont été érigés depuis 1967.

Fakhri Abu Diab, un membre du Comité de Défense du quartier Al-Bustan, à Jérusalem Est, dit à Al Jazeera que les autodestructions sont une double punition pour les propriétaires, après tout le travail que demande la construction d’une maison.

« Le but d’Israël est de casser le moral des Palestiniens et de laver leurs cerveaux pour qu’ils deviennent des outils de leur propre destruction. Quand nous démolissons nos maisons, c’est comme si nous détruisions une partie de notre corps » explique-t-il.

Israël ne peut démolir qu’une partie limitée de maisons palestiniennes par an, pour des raisons de logistique et de budget. La démolition faite par les Palestiniens permet d’augmenter le nombre de maisons détruites, ce qui transforme les victimes en « entreprises de destruction », pour reprendre ses mots.

« J’ai refusé de détruire ma maison moi-même à cause des conséquences dévastatrices que nous aurions à endurer, ma famille et moi, pour le reste de nos vies. Ce sont les bulldozers israéliens qui l’ont détruite. Si je l’avais fait moi-même, j’aurais été hanté par ce cauchemar ».

Saqr Qunbur dit qu’il a déjà reçu des amendes pour la construction de sa maison qui s’accumulent à 26.000 dollars, il ne lui reste plus d’argent pour payer les frais de démolition.
Aucune alternative

Mais le coût d’une démolition faite par les autorités israéliennes se situe entre 80.000 et 120.000 shekels (26.000 à 39.000 dollars).

Saqr Qunbur ne pouvait pas payer cette somme, et il a été obligé, le 26 décembre, de démolir sa maison de 100 mètres carrés, située à Jabal al-Mukabber, sous prétexte qu’il n’avait pas de permis.

Il avait construit sa maison en 2013 et avait tout de suite reçu un avis qualifiant sa construction d’illégale. Saqr a expliqué à Al Jazeera qu’il a vécu dans cette maison avec sa femme et leur fils de 4 ans. Depuis sa construction, il a reçu des amendes qui s’accumulent à un total de 80.000 shekels (26.000 dollars), qu’il paye encore, malgré la démolition.

Saqr n’avait nulle part où aller après avoir perdu sa résidence, alors c’est un voisin qui a hébergé la famille chez lui, en attendant qu’il trouve une solution.

« Mon fils souffre psychologiquement, il me demande tous les jours pourquoi j’ai cassé notre maison, et je ne sais pas quoi lui répondre. Je lui dis que c’est pour lui en construire une meilleure, mais au fond de moi je sais que je ne pourrai jamais louer un logement digne » nous explique-t-il avec beaucoup d’angoisse.

Saqr a choisi de démolir lui-même sa maison après avoir été menacé par un officier israélien qui lui a dit : « détruis-la ou je la démolis sur vos têtes ».

Il voulait aussi éviter l’humiliation infligée par les agents israéliens quand ils s’adonnent à ces démolitions, la police tire parfois des coups de feu et des bombes lacrymogènes sur les résidents et les membres de la famille, comme ont pu le documenter certaines associations de défense des droits humains.

« J’ai développé du diabète et de l’hypertension depuis que ma maison a été démolie, le médecin m’a dit que c’était en réaction à un excès de colère et de sentiment de détresse. C’est une occupation qui veut nous expulser de nos terres, et nous, nous voulons rester », conclut-il.




dimanche 22 mars 2026

La famine menace à nouveau à Gaza alors qu’Israël durcit les restrictions sur l’aide




Le durcissement des restrictions imposées par Israël à l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza depuis la guerre israélo-US contre l’Iran a entraîné des pénuries de produits de première nécessité et une flambée des prix, faisant craindre un retour de la famine.

Yousef al-Lahham, 54 ans, a parcouru le marché de Khan Younis la semaine dernière à la recherche de nourriture, mais n’a rien trouvé qui soit ne serait-ce qu’un tant soit peu abordable.

Les prix des produits de première nécessité dans la bande de Gaza n’ont cessé d’augmenter depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché leur guerre contre l’Iran.

Pour les Palestiniens de Gaza, qui ont connu des vagues répétées de pénuries alimentaires, de famines délibérément provoquées et de flambée des prix des denrées alimentaires, tout cela leur est familier.

Les Gazaouis ont commencé à avoir du mal à rassembler suffisamment d’aliments pour préparer un repas correct à leur famille, explique al-Lahham à Mondoweiss, faisant craindre que la famine ne revienne bientôt dans la bande de Gaza.

Fin février, le gouvernement israélien a ordonné la fermeture totale de tous les points de passage vers Gaza, dès le début de la guerre contre l’Iran, ce qui a entraîné l’interruption de l’aide alimentaire et humanitaire.

Les prix ont immédiatement grimpé en flèche, une situation encore aggravée par l’afflux de personnes se ruant sur les marchés pour faire des provisions de produits de première nécessité en prévision des pénuries à venir.

Le 3 mars, Israël a commencé à autoriser l’entrée de petites quantités de denrées alimentaires dans la bande de Gaza par le point de passage de Karam Abu Salem, au sud, tandis que le point de passage de Rafah avec l’Égypte et celui de Zikim, au nord, sont tous deux restés fermés.

Pourtant, le nombre de camions autorisés à entrer en une seule journée — plus de 200 transportant des produits laitiers, des boissons gazeuses, des fruits, des légumes, du chocolat, des aliments surgelés, des biscuits et des gâteaux — a été réparti sur les deux premières semaines de mars.

Entre le 1er et le 10 mars, 214 camions au total ont pu entrer, ce qui a ramené le nombre quotidien à 40-50 camions.

Le 6 mars, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a signalé que la fermeture des points de passage soulevait des inquiétudes quant à « la disponibilité des fournitures et services humanitaires, ainsi que des marchandises du secteur privé ».

Selon OCHA, ces fermetures ont non seulement affecté l’entrée de l’aide, du carburant et des fournitures commerciales, mais elles ont également des répercussions sur « la coordination des mouvements humanitaires dans et à proximité des zones où les troupes israéliennes restent déployées, les évacuations médicales, le retour des résidents de l’étranger et la rotation du personnel humanitaire entrant et sortant de l’enclave côtière ».

Al-Lahham indique que l’effet le plus immédiat a été sur le coût de tous les produits de première nécessité, les commerçants locaux ayant augmenté leurs prix peu après le début de la guerre, sentant que leurs produits allaient bientôt disparaître du marché.

Al-Lahham raconte que lorsqu’il parcourt les marchés, son objectif est de trouver un type de légume et une source de protéines animales, que ce soit du poulet ou de la viande.

Cela suffirait pour le repas de l’iftar pendant le ramadan. Mais la plupart du temps, il revient les mains vides après avoir fait plusieurs fois le tour du marché.

Les marchés sont peu fournis, et les produits disponibles sont d’un prix prohibitif. Un jour comme les autres, il parvient parfois à trouver des oignons verts et du persil, de quoi ajouter un peu de couleur à un plat.

Munis Abu Jazar, employé de la Helmi Barbakh Trading Company, explique qu’une raison importante de la hausse spectaculaire des prix réside dans les expériences passées. Lors du dernier ramadan, les Gazaouis ont connu la famine (qui a ensuite été officiellement déclarée par le principal organisme mondial de surveillance de la famine).

Ce ramadan, dès qu’Israël a annoncé la fermeture des points de passage, une ruée paniquée s’est produite vers les marchés.

« L’augmentation de la demande a fait grimper les prix », explique Abu Jazar à Mondoweiss. « Les gens ont commencé à faire des réserves de denrées alimentaires pour s’assurer de pouvoir se nourrir, surtout pendant le ramadan. »

Abu Jazar précise qu’il reste encore des marchandises dans les entrepôts qui ne sont pas encore épuisées, mais que la demande continue empêche les prix de baisser. Si les points de passage restent fermés, les stocks devraient être épuisés d’ici quelques semaines.

Il précise toutefois que les organisations humanitaires ont commencé à acheminer des produits de première nécessité, ce qui a contribué à atténuer, sans toutefois la résoudre, la flambée des prix.

Cela n’a pas non plus mis fin aux pénuries ; l’huile de cuisson est complètement épuisée, d’autant plus qu’elle sert également de combustible pour allumer des feux, voire pour faire rouler des voitures, tandis que certains en sont venus à mélanger de l’huile de cuisson avec du diesel ordinaire pour faire fonctionner des bulldozers destinés au déblaiement des décombres.

Abu Jazar note que les marchandises qui entrent actuellement par les points de passage arrivent au compte-gouttes et sont loin de répondre aux besoins de la population. Jusqu’à présent, elles sont complétées par les réserves, dit-il.

Une autre conséquence du changement dans l’acheminement de l’aide est la forte hausse des soi-disant « frais de coordination » qui facilitent l’entrée des marchandises par les points de passage frontaliers.

Ce système s’appuie sur un dispositif préexistant à la frontière, dans lequel des commerçants désignés, chargés d’importer les marchandises et de les livrer aux vendeurs locaux, perçoivent une commission, que beaucoup à Gaza considèrent comme une forme officialisée de corruption.

Ces commerçants ont désormais commencé à exiger des frais plus élevés, qu’ils justifient en invoquant l’instabilité provoquée par la guerre. Cela contribue également à faire grimper le prix de base des marchandises importées.

Les autorités locales tentent de mettre en place un contrôle des prix

La plupart des habitants de Gaza ne croient pas à l’explication d’Abu Jazar. Younes al-Lahham affirme que les marchés sont vides et que la plupart des commerçants thésaurisent désormais leurs marchandises, attendant que les prix grimpent encore davantage pour en tirer un plus grand profit.

« Je parcours le marché encore et encore, mais je ne trouve que des denrées alimentaires vendues au double de leur prix initial », dit-il.

« Nos vies sont dictées par ces fluctuations », se plaint al-Lahham. « Si les commerçants apprennent que le point de passage va fermer, ils augmentent les prix ou stockent leurs marchandises. S’ils entendent parler d’une guerre, ils augmentent les prix. »

Al-Lahham explique que certains soirs, il ne peut offrir à sa famille que du pain et du thé. « Et même le thé que nous buvons est sans sucre, car le sucre n’est pas disponible à des prix abordables », ajoute-t-il.

Ces hausses de prix ont poussé les autorités de Gaza à intervenir, notamment par des opérations de contrôle des marchés visant à imposer un contrôle des prix sur les marchandises.

Le Bureau des médias du gouvernement de Gaza a publié un communiqué au cours de la deuxième semaine de mars confirmant qu’il avait lancé une campagne destinée à empêcher les monopoles et les pratiques abusives en matière de prix, soulignant qu’il ne tolérerait aucune violation susceptible de conduire à « l’exploitation des citoyens ».

Selon ce communiqué, lors d’une tournée d’inspection sur le terrain dans le gouvernorat de Khan Younis, environ 3511 kilogrammes de fruits et légumes ont été saisis chez un commerçant qui avait délibérément augmenté leurs prix.

Cette quantité a ensuite été vendue au prix officiel approuvé par les autorités locales, précise le communiqué.

Le Bureau des médias a également énuméré un certain nombre d’autres mesures punitives prises par les autorités locales à l’encontre de commerçants accusés de pratiques abusives en matière de prix ; un commerçant de produits surgelés a reçu l’ordre de vendre 800 kg de viande et 160 kg de poulet au prix réglementé ; 250 kg de viande ont été confisqués à un autre commerçant ; et à Rafah et dans les gouvernorats du centre, les autorités locales ont interpellé des commerçants qui avaient augmenté leurs prix et ont pris à leur encontre les « mesures nécessaires », notamment la confiscation de produits alimentaires ou l’obligation de vendre au prix officiel.

Tareq S. Hajjaj.





samedi 21 mars 2026

La fermeture de Rafah laisse les malades de Gaza bloqués et privés de soins

 


Des milliers de personnes risquent de voir leur état de santé s’aggraver après la fermeture d’un point de passage stratégique qui a stoppé toute évacuation médicale pour les familles en attente d’un traitement à l’étranger.

Gaza, bande de Gaza – Le 28 février, Lama Abu Rheida n’était plus qu’à quelques heures de ce qui, l’espérait-elle, allait changer le destin de sa petite fille malade, Alma.

La famille avait enfin été informée que la petite fille – âgée de moins de cinq mois et incapable de respirer sans appareil à oxygène – pouvait bénéficier d’une évacuation médicale.

Le petit sac de voyage était prêt, les documents médicaux en règle, et Abu Rheida était prête à partir. Il ne restait plus qu’à franchir le poste-frontière de Rafah, entre Gaza et l’Égypte, puis à se rendre en Jordanie, où Alma pourrait subir une intervention chirurgicale qui ne pouvait être pratiquée dans la bande de Gaza.

Mais la veille du départ prévu le 1er mars, Israël a fermé les points de passage de Gaza « jusqu’à nouvel ordre », invoquant des « raisons de sécurité ». Cette décision a coïncidé avec le lancement d’une attaque militaire conjointe avec les États-Unis contre l’Iran – et a anéanti les espoirs d’Abu Rheida.

« Ils m’ont dit que le point de passage avait été fermé, sans aucun avertissement, à cause de la guerre avec l’Iran », raconte la mère d’une voix brisée par l’émotion.

Alma, qui souffre d’un kyste pulmonaire, est hospitalisée depuis plus de trois mois à l’hôpital Nasser de Khan Younis, dans le sud de Gaza, où sa mère reste à ses côtés jour et nuit.

« Elle ne peut absolument pas se passer d’oxygène », explique Abu Rheida. « Sans cela, elle s’épuise extrêmement rapidement. »
« Je ne sais pas ce qui pourrait arriver »

Le point de passage de Rafah, principale porte d’accès de Gaza vers le monde extérieur, a été fermé pendant de longues périodes au cours de la guerre génocidaire menée par Israël contre les Palestiniens de la bande de Gaza, qui a débuté en octobre 2023.

Le 1er février, Israël a annoncé une réouverture partielle dans le cadre d’une phase d’essai faisant suite à un supposé « cessez-le-feu » avec le groupe palestinien Hamas. Cela a permis une certaine circulation conformément aux dispositions de l’accord, notamment pour les cas médicaux.

Mais seuls quelques patients ont pu partir, et des milliers d’autres sont restés sur des listes d’attente, jusqu’à la fermeture du 28 février, qui a mis fin au transfert des blessés à l’étranger ainsi qu’aux évacuations médicales de patients comme Alma.

Les médecins avaient expliqué à sa famille que la seule option pour Alma, qui avait déjà été admise trois fois en soins intensifs en l’espace d’un mois, était de subir une intervention chirurgicale à l’étranger pour retirer le kyste de son poumon.

Bien qu’elle ne soit pas particulièrement risquée, une telle opération ne peut être pratiquée à Gaza en raison des ressources médicales limitées.

« La vie de ma fille dépend d’une seule opération, et après cela, elle pourrait mener une vie tout à fait normale », déclare Abu Rheida.

« Si son départ est encore retardé… je ne sais pas ce qui pourrait arriver. Son état n’est pas rassurant du tout », ajoute-t-elle, désespérée.

Dimanche, les autorités israéliennes d’occupation ont déclaré que le point de passage de Rafah devrait rouvrir mercredi pour permettre une « circulation limitée des personnes » dans les deux sens.

« Le bouclage a tué mes enfants »

Ce qu’Abu Rheida redoute le plus, Hadeel Zorob l’a déjà vécu.

Le fils de Mme Zorob, Sohaib, âgé de six ans, est décédé le 1er mars 2025, tandis que sa fille de huit ans, Lana, s’est éteinte le 18 février dernier. Les deux enfants souffraient d’une maladie génétique rare entraînant une détérioration progressive des fonctions corporelles.

Ils attendaient tous deux une autorisation médicale pour se rendre à l’étranger afin d’y être soignés, mais cela n’est jamais arrivé.

« J’ai vu mes enfants mourir lentement sous mes yeux, l’un après l’autre, sans pouvoir rien faire », raconte Zorob, 32 ans, en fondant en larmes.

Lana n’était qu’à quelques jours de son départ lorsqu’elle est décédée.

« Le voyage de ma fille avait été prévu à peu près à la même période où le point de passage a ensuite été fermé, mais elle est morte avant cela », explique Zorob.

« Lorsque la nouvelle de la fermeture du point de passage est tombée, mon chagrin pour ma fille m’a envahie à nouveau, car j’ai alors pensé aux nombreux enfants qui subiront le même sort. »

Zorob explique que ses enfants pouvaient encore se déplacer et jouer relativement normalement au début de leur maladie.

Avant l’attaque lancée par Israël contre Gaza, les deux enfants recevaient un traitement hospitalier spécialisé, ce qui avait permis de stabiliser leur état dans une certaine mesure. Mais à mesure que les attaques israéliennes s’intensifiaient, leur état s’est progressivement aggravé jusqu’à atteindre un stade mettant leur vie en danger.

L’effondrement du système de santé de Gaza a laissé la famille dans l’incapacité d’accéder aux médicaments dont elle dépendait.

« Nous avons même essayé de faire venir les médicaments depuis la Cisjordanie, et j’ai sollicité la Croix-Rouge et l’Organisation mondiale de la santé, mais rien n’y a fait », raconte Zorob.

Pendant la guerre, elle et sa famille ont dû quitter leur maison pour s’installer dans une tente dans la région d’al-Mawasi. Ces nouvelles conditions de déplacement forcé ont rendu la prise en charge des enfants bien plus difficile.

« Tous deux étaient alités… en couches, et leur glycémie devait être surveillée régulièrement. Nous devions leur donner des liquides et surveiller leur alimentation… tout cela dans une tente dépourvue du strict nécessaire. »

Zorob dit qu’elle a l’impression de « devenir folle » quand elle pense que ses enfants auraient pu survivre et aller mieux s’ils avaient pu se faire soigner à l’étranger.

« La fermeture des points de passage a tué mes enfants ! », ajoute-t-elle, la voix pleine de douleur. « Le monde n’accorde aucune valeur à nos vies ni à celles de nos enfants… c’est devenu quelque chose de normal. »

Zorob dit qu’elle essaie de rester forte pour son troisième enfant, Layan, âgée de quatre ans, malgré la douleur qui la consumme.

« Tout ce que je veux, c’est que ce qui est arrivé à mes enfants n’arrive à aucune autre mère… que le point de passage soit rouvert et que les enfants et les malades soient autorisés à voyager. »

« Est-ce trop demander ? »

Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 20 000 patients et blessés attendent de pouvoir se rendre à l’étranger pour y recevoir des soins médicaux.

Parmi eux figurent environ 4000 patients atteints d’un cancer qui ont besoin de soins spécialisés indisponibles à Gaza, ainsi qu’environ 4500 enfants.

Les listes comprennent également environ 440 cas « vitaux » nécessitant une intervention urgente et près de 6000 blessés qui ont besoin de soins hospitaliers continus en dehors de Gaza.

L’Association Al-Dameer pour les droits de l’homme a qualifié la fermeture du point de passage de Rafah de forme de punition collective à l’encontre des civils de Gaza, avertissant qu’elle « condamne davantage de patients à mort » et aggrave la crise humanitaire à Gaza.

Pour Amal al-Talouli, la fermeture du point de passage de Rafah a été un nouveau coup dur dans son combat contre le cancer.


Cette femme de 43 ans est atteinte d’un cancer du sein depuis environ cinq ans. Bien qu’elle ait suivi un traitement avant la guerre, la maladie est réapparue et s’est propagée à d’autres parties de son corps, notamment à la colonne vertébrale.

« Loué soit Dieu, nous acceptons notre sort », déclare cette mère de deux enfants. « Mais pourquoi nos souffrances devraient-elles s’aggraver parce qu’on nous empêche de nous déplacer et que les points de passage sont fermés ? »

Amal al-Talouli vit actuellement chez des proches après avoir perdu sa maison dans la zone du projet de Beit Lahiya, au nord de Gaza, pendant la guerre.

Le déplacement n’a pas été un choix facile en raison de son état de santé, explique-t-elle. La situation est aggravée par une grave pénurie de médicaments et de personnel médical spécialisé – une réalité que connaissent également d’autres patients atteints de cancer à Gaza.

« Il y a une pénurie de tout », explique Mme Al-Talouli. « J’ai développé de l’ostéoporose et un épanchement oculaire à cause de la chimiothérapie. La chimio nécessite une bonne alimentation, mais la malnutrition et la famine ont rendu les choses bien plus difficiles. »

Al-Talouli affirme que la fermeture des points de passage a aggravé la situation.

« [Cela] nous affecte énormément. Aucun médicament n’entre, et aucun traitement essentiel n’arrive », explique al-Talouli, dont le nom figurait sur une liste d’attente pour se rendre hors de Gaza afin de se faire soigner.

Elle souligne que les malades du cancer à Gaza ont un besoin urgent d’aide.

« Tout ce que je souhaite aujourd’hui, c’est que le point de passage rouvre afin que j’aie une chance de me rétablir et de reprendre le cours de ma vie auprès de mes enfants », dit-elle. « Est-ce trop demander ? »






vendredi 20 mars 2026

Des colons quittent Israël

 


Suite à la vague de bombardements menée hier soir par l'Iran, aucun avion commercial ne peut atterrir à l'aéroport international Ben Gourion, qui est endommagé.

Aujourd'hui, tous les colons à qui l'on avait promis des terres gratuites en Cisjordanie, qu'ils pouvaient voler aux Palestiniens, fuient par la frontière terrestre avec l'Égypte ou la Jordanie, ou, s'ils sont riches, ils peuvent affréter un yacht privé pour leur famille à 20 000 dollars américains pour les emmener sur l'île de Chypre, située à environ 300 km.

La superficie totale des zones urbaines et industrielles d'Israël est très réduite, de l'ordre de celle de Paris (100 km²). Sans intercepteurs ni radars d'alerte précoce supplémentaires, et au rythme des bombardements iraniens, la plupart des bâtiments de Tel-Aviv et de Haïfa seront rasés d'ici le 30 mars 2026.




La France est-elle capable de regarder en face l’ampleur des massacres perpétrés par l’armée française lors de la colonisation de l’Algérie dès le XIXe siècle ?



Le journaliste Jean-Michel Aphatie

"Chaque année, nous commémorons le massacre d’Oradour-sur-Glane, c’est-à-dire le massacre de tout un village. Mais nous en avons fait des centaines en Algérie. Est-ce qu’on en a conscience ?

Le massacre d’Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, a été orchestré le 10 juin 1944 par une division blindée SS : 643 hommes, femmes et enfants ont été fusillés et brûlés vifs."

Jean-Michel Aphatie a rappelé le recours aux « enfumades » : lorsque les Algériens se réfugiaient dans des grottes, les soldats français amenaient des fagots et y allumaient le feu pour les asphyxier ou les brûler vifs.

Du 18 au 20 juin 1845, le lieutenant-colonel Pélissier fait périr par asphyxie quasiment toute une tribu berbère (hommes, femmes et enfants), qui avait trouvé refuge dans les grottes du massif de Dahra.
[...]

En 1845, Bugeaud forme jusqu'à huit colonnes pour sillonner le massif du Dahra, soulevé par le "chérif" Bou-Maza. Avec pour instructions : "Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac : fumez-les à outrance." Il prend ainsi pour modèle une opération du colonel Cavaignac l'année précédente. Ses instructions sont suivies à la lettre par les chefs de colonne. Canrobert relatera dans ses Mémoires une opération identique. Saint-Arnaud aussi, qui écrira : "Je fais hermétiquement boucher les issues et je fais un vaste cimetière."

Bugeaud, Pélissier, Saint-Arnaud, Canrobert, ont tous quatre fini maréchaux de France. Le général Cavaignac, l'"inventeur" de la méthode, a eu le rôle que l'on sait en 1848 à la tête du gouvernement français.

Source

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La France est-elle capable de regarder en face l’ampleur des massacres perpétrés par l’armée française lors de la colonisation de l’Algérie dès le XIXe siècle ?

Un officier français a laissé une correspondance édifiante sur ce que l'armée française a pu faire en Algérie :

Lucien-François de Montagnac
(1803-1845) 


"Pour chasser les idées noires qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes." Colonel de Montagnac.



Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique  Correspondance inédite du colonel de Montagnac
publiée par son neveu (1885)

Extraits :

"Vous me demandez, dans un paragraphe de votre lettre, ce que nous faisons des femmes que nous prenons. On en garde quelques-unes comme otages, les autres sont échangées contre des chevaux, et le reste est vendu, à l’enchère, comme bêtes de somme ; voilà le cas que l’on fait, dans ce pays, des fleurs que la nature a fait éclore pour embaumer notre vie ! 

Parmi ces femmes, il y en a souvent de très jolies ; il y a aussi des enfants charmants. Ces pauvres petits moutards sont vraiment intéressants. Dans toutes les opérations de guerre que nous faisons depuis quatre mois, il y a des scènes à attendrir un rocher, si l’on avait le temps de s’attendrir un peu. Eh bien ! on en arrive à regarder tout cela avec une sèche indifférence qui fait frémir. " 

En 1842, lors des expéditions contre Constantine, il écrit : "On ne se fait pas d’idée de l’effet que produit sur les Arabes une décollation de la main des chrétiens : ils se figurent qu’un Arabe, qu’un musulman, décapité par les chrétiens ne peut aller au ciel ; aussi une tête coupée produit-elle une terreur plus forte que la mort de cinquante individus. Il y a déjà pas mal de temps que j’ai compris cela, et je t’assure qu’il ne m’en sort guère d’entre les griffes qui n’aient subi la douce opération. Qui veut la fin veut les moyens, quoi qu’en disent nos philanthropes. Tous les bons militaires que j’ai l’honneur de commander sont prévenus par moi-même que s’il leur arrive de m’amener un Arabe vivant, ils recevront une volée de coups de plat de sabre." 
[…]



"Voilà, mon brave ami, comment il faut faire la guerre aux arabes : tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger des bâtiments, les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs ; en un mot en finir anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens…" 

Et il décrit ses combats : 

"Quelques tribus pourtant résistent encore, mais nous les traquons de tous les côtés, pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux, et je pense qu’elles ne pourront tenir longtemps à un pareil régime. […] 

Les crêtes étaient garnies de Kabyles. Je les débusquai promptement, et, continuant à les suivre au grand pas de course, j’arrivai, presque en même temps qu’eux, sur leurs gourbis ( baraques ), où étaient femmes, enfants, bestiaux. Nos soldats tombèrent sur ces repaires comme s’ils tombaient du ciel. Je me demande encore comment nous avons pu franchir des obstacles pareils. Enfin, la mort, le feu, achevèrent de mettre le désordre dans ces populations, et je leur pris deux mille cinq cents têtes de bétail. […] 

Qui veut la fin veut les moyens. – selon moi, toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées, tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe ; l’herbe ne doit plus pousser où l’armée française a mis le pied. Si vos tendres cœurs saignent d’anéantir tout ce qui résiste, entassez hommes, femmes et enfants sur des bâtiments de l’État, et expédiez-moi tout cela aux îles Marquises ou ailleurs. Tuez ou exportez ainsi quelques tribus, et je vous réponds que les autres se défendront contre ce fantôme qui les terrifie. Chaque fois qu’un chef de tribu a trahi ou n’a pas agi avec vigueur, tous les hommes de la tribu doivent être tués, le reste exporté. Les tribus doivent nourrir l’armée lorsqu’elle voyage, et, si les vivres n’arrivent pas à point donné, razzia pour la première fois, mort et exportation en cas de récidive. Si je me laissais aller à ma verve d’extermination, je vous en remplirais quatre pages. […] 

Entre mes quatre murs blanchâtres, je dresse d’horribles plans de campagne. Je parcours l’Afrique du nord au sud, de l’est à l’ouest, et, comme un illuminé ou un possédé, je finis par me figurer qu’à moi seul appartient la puissance d’en terminer avec tout ce qu’il y a d’Arabes en Afrique.

Le rêve auquel je reviens tous les jours est celui-ci : L’Afrique nous appartient aujourd’hui, nous pouvons la sillonner en tous sens. Mais toutes les populations, soumises en apparence, ont besoin d’être maintenues, dans le cas où elles auraient la velléité de bouger ; d’être protégées, dans le cas où elles sont fidèles, et d’être châtiées, si elles se révoltent ou ne veulent pas accepter nos conditions."

C’est avec de pareilles idées qu’il est promu lieutenant-colonel en 1844 et il continue : 

"Je fais trimer les uns, je rosse les autres : j’ai fait appliquer, ces jours-ci, cent coups de bâton à quatre Arabes, en plein marché, moyen infaillible pour réduire son monde à l’obéissance." 

Ce fou furieux pouvait écrire : 

"Mais comme je suis excessivement peu philanthrope à l’égard des paresseux, et comme la crevaison de tous les habitants de la terre ne pèse pas, à mes yeux, dans la balance, un milligramme, lorsqu’il s’agit de l’intérêt général et de l’honneur des armes, je suis inexorable." 

Plus il se rapproche de sa mort, plus ses lettres témoignent de la folie sanguinaire de cet officier : 

"Ces actes d’autorité vous paraissent abjects, à vous, braves gens qui vivez en paix dans votre cité industrielle ; mais, dans ces pays-ci, où les serpents rampent sous l’herbe, où les loups-cerviers sont partout sur les sentiers, la mort doit faucher sans relâche. Voilà pourtant comment le cœur le plus sensible peut devenir féroce, lorsqu’il est obligé d’endosser cette immense responsabilité de la tranquillité d’un pays. Il y a quelques jours encore, à minuit, j’ai fait une descente, à deux lieues et demie d’ici, dans une maison où je voulais arrêter le caïd du pays qui m’entoure. J’ai trouvé seulement les femmes et de pauvres petits enfants ; le coquin était parti, il y avait quelques heures. J’ai emmené tous ces êtres au milieu de la nuit, par la pluie, jusqu’au fort. Le cœur me saignait de voir ces pauvres petites filles, ces femmes, ces malheureux petits enfants tripoter dans la boue, dans les broussailles ; il fallait encore faire taire chez moi tout sentiment d’humanité. Je souffrais, je vous l’assure. A chaque instant, je suis forcé d’user de ces moyens qui brisent toutes les fibres de mon pauvre vieux cœur, pour réprimer certains crimes, pour maintenir ces populations remuantes, et qui ne comprennent encore que cette justice saignante. Ce ne sont que roses auprès de ce que leur faisaient subir leurs anciens chefs, sous le régime des Turcs ou d’Abd-el- Kader. Je ne suis pas méchant, allez ! mais pour avoir la vie des masses, il faut que quelquefois la mort plane sur certaines têtes. C’est une fausse philanthropie, celle qui épargne les coupables ; et j’ai le bras dur à cet endroit. […] 

Pour chasser les idées noires qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes."

[...]

L'article de Jeanne Bourcier se termine par cette phrase :

"On comprend mieux pourquoi la France soutient Israël !"




jeudi 19 mars 2026

N’oubliez pas Gaza et les Palestiniens !



Israël profite de sa guerre illégale contre l’Iran pour continuer à tuer et à affamer la population de Gaza, à s’emparer de nouvelles terres palestiniennes et à restreindre la liberté de circulation en Cisjordanie. Ne détournez pas le regard.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’aurait pas pu paraître plus heureux ; il semblait presque grisé. En lançant une attaque illégale contre l’Iran avec les États-Unis, Netanyahu a atteint l’objectif de toute une vie.

C’est d’ailleurs ce qu’il a déclaré. Debout sur le toit du quartier général de l’armée israélienne (le Pentagone israélien), niché au milieu d’immeubles résidentiels et commerciaux au cœur de Tel-Aviv, Netanyahu a proclamé : « Cette coalition de forces nous permet de faire ce que je rêvais de faire depuis 40 ans : frapper de plein fouet le régime terroriste. C’est ce que j’ai promis – et c’est ce que nous allons faire. »

Laissons de côté pour l’instant cette référence aux « 40 ans » – même s’il est clair qu’Israël représente une menace pour l’Iran depuis au moins tout ce temps, compte tenu de ses années d’attaques contre ce pays et ses alliés. C’est le reste de la phrase qui est tout aussi inquiétant.

Tout comme Netanyahu a fait référence à la tribu d’Amalek – un ennemi qui doit être complètement anéanti – pour justifier le massacre des Palestiniens à Gaza, y compris des enfants et des nourrissons, il invoque désormais une phrase tirée du Livre des Juges de l’Ancien Testament, dans laquelle Samson « les frappa [les Philistins] aux hanches et aux cuisses », pour justifier la guerre contre l’Iran.

En clair, Samson a attaqué les Philistins sans pitié et avec acharnement. Ce n’est pas un hasard si la stratégie de dissuasion nucléaire d’Israël, largement médiatisée, est connue sous le nom d’« Option Samson », selon laquelle Israël recourra à l’arme nucléaire s’il le juge nécessaire.

Soit dit en passant, contrairement à l’Iran, Israël ne s’est jamais soumis à des inspections internationales, et Israël a refusé de signer le traité de non-prolifération nucléaire que 191 pays (dont l’Iran) ont signé.

Cette combinaison assumée d’agression militaire débridée, associée à des références bibliques sionistes délirantes, laisse présager ce qui va arriver, mais elle souligne également ce dont nous sommes déjà témoins en Palestine, ce qui rend d’autant plus important de ne pas détourner le regard de ce qu’Israël fait à Gaza et en Cisjordanie alors que la guerre en Iran fait rage.

Prenons simplement Gaza, par exemple.

Comme on pouvait s’y attendre, depuis le début des attaques américano-israéliennes en Iran, Gaza est une nouvelle fois passée inaperçue. Après avoir tué plus de 72 000 Palestiniens (dont plus de 615 depuis le prétendu « accord » d’octobre 2025) et rasé plus de 90 % des infrastructures résidentielles de Gaza, les politiques génocidaires d’Israël se sont poursuivies sans entrave au cours de la semaine dernière.

Désormais, au lieu de tueries en direct diffusées à un rythme effréné, les politiques meurtrières d’Israël consistent à contrôler pratiquement chaque morceau de nourriture qui entre à Gaza. Et bien qu’il ait accepté (à contrecœur) de laisser entrer des camions d’aide humanitaire à Gaza (soit dit en passant, pourquoi un régime génocidaire a-t-il son mot à dire là-dessus de toute façon ?), Israël continue de refuser les biens indispensables.

Pendant des jours, Israël a empêché tout ravitaillement d’entrer à Gaza – y compris la nourriture et les médicaments – avant d’autoriser un maigre filet de ravitaillement la semaine dernière.

Malgré des plans de reconstruction fastueux – financés par les mêmes pays que les États-Unis ont désormais transformés en cibles –, les Palestiniens continuent de dépérir dans des tentes inondées.

Le mème instantané transformant le soi-disant « Conseil de la paix » de Trump en « Conseil de l’ennui » sonne étrangement vrai.

Et, bien sûr, la machine à tuer israélienne continue de broyer (Israël a tué plus d’une douzaine de Palestiniens à Gaza depuis son attaque contre l’Iran, dont une fille de 12 ans, un journaliste et un ambulancier ce week-end) tandis que les colons israéliens réclament à grands cris l’établissement de colonies dans l’enclave.

En Cisjordanie, Israël a imposé une interdiction générale de circulation aux Palestiniens, tandis que les milices de colons israéliens, enhardies par leurs dirigeants et par une armée qui trouve « cool » de rester les bras croisés pendant qu’Israéliens terrorisent les Palestiniens, mènent leurs attaques contre ces derniers dans le but de procéder à un nettoyage ethnique de la Cisjordanie.

Après un mois de février particulièrement violent, au cours duquel les colons ont mené des centaines d’attaques contre les Palestiniens, allant de meurtres (dont celui d’un citoyen américain, si cela a encore de l’importance pour quelqu’un) au vol de terres, à la destruction de maisons, à l’arrachage d’arbres et à l’incendie de champs, la violence n’a fait qu’empirer.

Rien que depuis le début de la guerre en Iran, les colons israéliens ont tué au moins cinq Palestiniens. Parmi eux, deux frères palestiniens ont été assassinés par des colons lundi dernier à Qaryut. Trois autres personnes, dont un troisième frère, ont été blessées lors de ces attaques.

Samedi, des colons ont tué un autre Palestinien à Masafer Yatta. Et dimanche, des colons israéliens ont assassiné deux Palestiniens dans le village de Khirbet Abu Falah (un troisième homme est décédé après avoir été frappé par une grenade à gaz lacrymogène lancé par l’armée israélienne).

Pendant ce temps, l’armée israélienne continue de kidnapper des Palestiniens à travers la Cisjordanie. Pourquoi ? Parce que les Palestiniens n’ont pas le droit de se défendre ni de défendre leurs terres. Ce droit est réservé exclusivement à ceux qui tentent de voler des terres – c’est-à-dire les Israéliens.

Et, fait alarmant, à Jérusalem, la mosquée Al-Aqsa, habituellement bondée de fidèles pendant le ramadan, a été de facto fermée. Avant même l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, Israël avait décidé de restreindre l’accès aux Palestiniens de Cisjordanie autorisés à prier à Al-Aqsa aux femmes de plus de 50 ans et aux hommes de plus de 55 ans, et avait plafonné leur nombre à 10 000 – soit moins de 3 % de la capacité d’accueil.

Aujourd’hui, cependant, Israël a simplement interdit les prières du vendredi pour des « raisons de sécurité ».

Pendant ce temps, à l’occasion de la fête juive de Pourim, des Israéliens ont défilé dans Jérusalem en vociférant ce qui semble désormais être l’hymne national d’Israël : « Que ton village brûle ».

Alors qu’Israël multiplie les démolitions de maisons palestiniennes, procède au nettoyage ethnique de villes palestiniennes et que les colons terrorisent les Palestiniens afin de pouvoir construire davantage de colonies, il n’est pas surprenant que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ait averti qu’Israël vise à provoquer un « changement démographique permanent » en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Les ministres israéliens se livrent désormais à leurs fanfaronnades habituelles, comme ils le font toujours lorsqu’ils commettent des crimes de guerre. En particulier, les actions d’Israël à Gaza – loin d’être une source d’embarras pour les crimes de guerre commis – sont une source de fierté : un modèle pour l’avenir.

La semaine dernière, Israël a émis des « ordres d’évacuation » (autrement dit, des ordres du type « partez ou vous mourrez ») à l’intention des habitants du sud du Liban, une région couvrant près de 10 % de la superficie totale du pays et comprenant 100 villages et villes, ainsi que la Dahiyeh, les quartiers sud de Beyrouth à forte densité de population, une zone d’une superficie équivalente à celle du sud de Manhattan et où vivent environ 800 000 personnes.

Le ministre israélien des Finances, Bezelal Smotrich, a promis que « très bientôt, la Dahiyeh ressemblera à Khan Younis ». Pourquoi ne dirait-il pas cela ? C’est logique, étant donné qu’Israël a l’intention de raser la ville, tout comme il l’a fait à Gaza.

De plus, les promesses électorales violentes rapportent des voix, et nous ne sommes qu’à quelques mois d’une élection. Avec 93 % des Israéliens juifs soutenant cette guerre (je n’ai jamais vu de société plus déterminée à faire la guerre – le Premier ministre « aspire » à cela depuis 40 ans ! – et la soi-disant « opposition » y adhère pleinement), on peut voir que le vainqueur des prochaines élections sera celui qui appellera à davantage de meurtres et de spoliations de terres. Il sera le meilleur Samson.

Mais peut-être que les dirigeants israéliens – ivres de destruction et de l’impunité avec laquelle on leur a permis de tuer – devraient se rappeler le sort de Samson : son dernier acte fut d’abattre les piliers du temple de Dagon, tuant de manière apocalyptique ses ennemis… et lui-même.



mercredi 18 mars 2026

De Gaza au Liban et à l’Iran : la normalisation des atrocités



Le monde assiste impuissant à l’érosion délibérée du droit international.

Nous n’avons pas cessé, ces deux dernières années, alors que le génocide de Gaza se déroulait en direct sous les yeux du monde entier, de tirer le signal d’alarme. Cela fait des décennies, que nous documentons l’hypocrisie qui sous-tend le droit international et l’indignation sélective qui caractérise les réactions internationales aux conflits, un double standard qui contribue à les alimenter.

Aujourd’hui, nos craintes se concrétisent sous nos yeux dans toute l’Asie occidentale, où il devient clair que les crimes de guerre normalisés à Gaza servent désormais de modèle pour de nouveaux théâtres de destruction au Liban et en Iran.

Gaza comme précédent

La guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza n’était pas un incident isolé. Il s’agissait du développement extrême d’une doctrine extrémiste qui se déploie depuis des décennies en toute impunité.

La « doctrine Dahyieh » d’Israël, mise en œuvre dans la capitale libanaise pendant la guerre de 2006, visait explicitement à détruire les infrastructures civiles ou à commettre un « domicide » afin de faire pression sur les gouvernements par le biais de punitions collectives infligées à la population civile.

Cette doctrine, qui tire son nom de la banlieue sud de Beyrouth connue sous le nom de « Dahyieh » (littéralement « banlieue »), a créé un dangereux précédent : la punition collective des populations civiles peut désormais être présentée au public comme une stratégie militaire légitime sans conséquences.

Gaza représentait la version extrême de cette approche. Aujourd’hui, avec les guerres menées par les États-Unis et Israël contre le Liban et l’Iran, nous observons le même schéma. Les tactiques sont familières, la rhétorique se tient et la réponse internationale — ou plutôt l’absence de réponse — est, comme on pouvait s’y attendre, totalement déséquilibrée, pour ne pas dire en dessous de tout.
Un schéma dangereux

Le Liban est devenu le deuxième théâtre d’opérations majeur en 2024, puis à nouveau en 2026, reproduisant le scénario de Gaza, mais avec quelques adaptations régionales.

Le déplacement des populations de Dahyieh, du sud du Liban et de la vallée de la Bekaa, soit près d’un million de personnes, suit la même stratégie d’ « ingénierie démographique » que celle observée à Gaza : forcer les populations civiles, en l’occurrence principalement la communauté chiite, à fuir, puis détruire le territoire, y compris les infrastructures, les maisons et empoisonner les sols afin que la vie ne puisse plus y revenir.

Le personnel médical au Liban a été la cible d’attaques délibérées, comme l’ont montré des reportages faisant état de menaces contre des hôpitaux et de leur évacuation.

Cela fait écho aux attaques systématiques contre les infrastructures de santé à Gaza, où les ambulances, le personnel médical et les hôpitaux ont été fréquemment pris pour cibles.

Les attaques israéliennes contre les casques bleus des Nations-Unies dans le sud du Liban constituent une autre escalade dangereuse, qui porte atteinte au droit international humanitaire et à la protection accordée aux forces de maintien de la paix, mais qui, là encore, n’a pas eu de conséquences pour les agresseurs.

En Iran, les attaques contre les infrastructures civiles ont provoqué des catastrophes environnementales aux proportions catastrophiques. Le bombardement des installations de stockage de pétrole à Téhéran et dans d’autres villes iraniennes a déclenché des crises environnementales qui affecteront plusieurs générations.

Ces attaques contre les infrastructures civiles — usines de dessalement, installations pétrolières, médias, services publics, entre autres — constituent des violations flagrantes du droit international humanitaire et n’ont également eu que peu de conséquences pour les agresseurs.

L’article 54 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève interdit explicitement les attaques contre des biens indispensables à la survie de la population civile, notamment les denrées alimentaires, les récoltes, le bétail, les installations d’approvisionnement en eau potable et les ouvrages d’irrigation.

La rhétorique de la terreur

Le plus inquiétant est peut-être la rhétorique publique des responsables américains et israéliens.

Dans un récent message publié sur Truth Social, le président américain Donald Trump a menacé de « détruire des cibles facilement destructibles qui rendront pratiquement impossible la reconstruction de l’Iran en tant que nation — la mort, le feu et la fureur s’abattront sur eux ».

De telles déclarations ne constituent pas seulement une rhétorique incendiaire, mais aussi des menaces claires de punition collective.

Ce n’est pas un cas isolé ; nous entendons par exemple le ministre de la Guerre Pete Hegseth déclarer que « les seuls qui doivent s’inquiéter sont les Iraniens qui pensent qu’ils vont survivre ».

Ou encore le sénateur américain de Caroline du Sud Lindsey Graham, l’un des plus proches conseillers de Trump et fervent partisan d’Israël, qui a déclaré : « Nous avons rasé Berlin, nous avons rasé Tokyo. Avons-nous eu tort de larguer une bombe atomique pour mettre fin au règne de terreur japonais ? … Si j’étais Israël, j’aurais probablement fait la même chose. »

Cela s’ajoute aux innombrables déclarations documentées de responsables israéliens annonçant ouvertement leur intention de commettre un génocide et, plus récemment, affirmant explicitement leur intention de reproduire les crimes qu’ils ont commis à Gaza, cette fois à Beyrouth et à Téhéran.

Ces déclarations publiques ne sont pas de simples fanfaronnades ; elles préparent le terrain à des violations intentionnelles.

Lorsque des responsables annoncent leur intention de rendre les conditions de vie d’un groupe de personnes insupportables, ils admettent que leurs plans d’action violent les principes fondamentaux du droit international et, notamment, la définition du génocide, à savoir « le fait d’infliger délibérément à un groupe des conditions de vie calculées pour provoquer sa destruction physique totale ou partielle ».

Nous avons vu cela se produire à maintes reprises à Gaza, puis au Liban et maintenant aussi en Iran, les responsables israéliens et américains se vantant des crimes qu’ils s’apprêtent à commettre.
Indignation sélective

Alors que l’Iran et le Hezbollah sont condamnés avec une régularité d’horloge, que des sanctions leur sont imposées et que les armes se déchaînent contre eux, un silence assourdissant enveloppe les agresseurs responsables d’avoir non seulement déclenché la guerre en cours, mais d’avoir commis des crimes de guerre infiniment plus massifs et certainement plus meurtriers.

Cela inclut le meurtre de plus de 175 Iraniennes, pour la plupart des petites écolières, le premier jour des attaques américaines.

L’indignation sélective de la dite communauté internationale révèle l’hypocrisie qui sous-tend le soi-disant « ordre international fondé sur des règles » et ne fait qu’encourager ceux qui ne se sentent pas protégés par ce système à chercher d’autres moyens de se protéger.

Ce qui rend ce double standard particulièrement flagrant, c’est le calcul économique qui motive le silence. Tout ce qui compte, semble-t-il, c’est de maintenir le détroit d’Ormuz ouvert afin que le pétrole continue de couler et que l’argent continue de changer de mains.

La vie des civils au Liban et en Iran, et ailleurs dans la région, semble être totalement secondaire par rapport aux intérêts économiques.

La fin de la façade du droit international

Ce à quoi nous assistons n’est pas seulement l’escalade du conflit, c’est la mort du droit international en tant que contrainte effective, aussi relative soit-elle en ce qui concerne les États puissants.

Lorsque les crimes de guerre sont annoncés à l’avance et commis ouvertement, lorsque le déplacement des civils devient un objectif déclaré et que la destruction de l’environnement est considérée comme un dommage collatéral, nous avons dépassé le domaine des zones grises juridiques pour entrer dans un monde où la loi du plus fort prévaut.

L’inaction de la communauté internationale, sa condamnation sélective et sa complicité économique mènent toutes à la même conclusion.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, ont ouvertement reconnu l’effondrement de l’ordre juridique international lorsqu’elles ont appelé l’Europe à s’adapter à un « ordre mondial chaotique et coercitif » dans un contexte de « violations croissantes du droit international ».

Dans son discours de mars 2026, Von der Leyen a admis que « nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes mondiaux ni concilier parfaitement nos valeurs et nos intérêts à chaque occasion », ce qui signifie que l’UE accepte la nouvelle réalité post-droit international.

Cette reconnaissance d’impuissance intervient alors que l’Union européenne elle-même porte une responsabilité importante dans la destruction actuelle.

Par des décennies d’apaisement envers les politiques d’occupation israéliennes, de silence complice sur les punitions collectives à Gaza et de priorité accordée à la sécurité énergétique plutôt qu’aux droits humains, l’UE a activement permis la normalisation des crimes de guerre qui se reproduisent aujourd’hui au Liban et en Iran.

Les intérêts stratégiques du bloc, notamment le maintien de l’accès aux flux pétroliers du détroit d’Ormuz, ont constamment pris le pas sur son engagement déclaré en faveur du droit international et, par conséquent, l’appel de Von der Leyen à entériner la nouvelle réalité constitue moins une reconnaissance des circonstances extérieures qu’une admission du rôle joué par l’UE dans le démantèlement du cadre juridique qu’elle prétend défendre.

Dans un récent discours prononcé lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a appelé ses alliés européens à « ne pas se laisser entraver par la culpabilité et la honte » liées à leur « culture et leur héritage », et a appelé à un retour à « l’ère de la domination occidentale ».

Rubio a poursuivi : « C’est ce que nous avons fait ensemble par le passé, et c’est ce que le président Trump et les États-Unis veulent refaire aujourd’hui, avec vous. »

Au lieu de susciter l’horreur et la réprobation des dirigeants européens présents dans la salle, ce discours, qui appelle à la résurgence de l’un des siècles les plus brutaux de l’humanité, marqué par le colonialisme et l’esclavage, a été accueilli par une ovation debout.

Un avenir où les atrocités seront la norme

À moins d’un changement radical dans la conscience mondiale et la volonté politique qui inciterait les habitants des pays qui produisent les armes les plus sophistiquées au monde et déclenchent des guerres à l’étranger à réagir non pas parce que le prix de l’essence augmente, mais parce qu’il est immoral de financer des crimes de guerre commis en leur nom, nous pouvons nous attendre à ce que ce schéma se poursuive.

La normalisation de ces crimes de guerre a créé un dangereux précédent – ou un retour à une tradition de colonialisme brutal – qui pourrait être appliqué n’importe où, n’importe quand, encore et encore.

Lorsque les États puissants peuvent agir en toute impunité, lorsqu’ils peuvent annoncer leur intention de commettre des atrocités et les commettre sans conséquence, tout le cadre du droit international perd son sens, même en tant qu’écran de fumée.

En lançant, il y a plus de deux ans, l’avertissement selon lequel Gaza serait l’antichambre d’un funeste avenir pour le monde entier, je n’exagérais pas. Il s’agissait d’une observation factuelle de la direction que nous prenions.

Aujourd’hui, cet avenir ne s’est pas seulement rapproché, il est là.

La question n’est plus de savoir si ces actions constituent des crimes de guerre ; nous disposons de suffisamment de preuves pour l’établir.

La question est de savoir si le monde trouvera enfin le courage d’admettre la vérité, de demander des comptes aux puissants, d’imposer des sanctions aux criminels et de mettre en place des mesures concrètes pour faire pression sur eux, ou s’il continuera à se rendre complice de leurs crimes par son silence et son indignation sélective.

La réponse déterminera non seulement le sort du Liban, de l’Iran et de la Palestine, mais aussi l’avenir d’une planète qui plie sous le fardeau des destructions causées par l’homme.




mardi 17 mars 2026

Quand les Palestiniens voyageaient librement au Levant


1935. Sur la route reliant Jaffa à Ramallah, un groupe d’hommes rend visite à un parent. De droite à gauche, au dernier rang : Illarion Assayegh, Koustandi Tawfiq Zakariya et Raouf Assayegh. De gauche à droite au premier rang : Ibrahim Al-Ladaa et Philip Assayegh. Assis, au milieu, Jabr Abboudi.


Pendant plus de quatre siècles, le Proche-Orient ignorait les frontières. En retraçant le voyage de son arrière-grand-oncle au début du XXe siècle, l’écrivain Raja Shehadeh, né à Ramallah, raconte l’histoire d’un morcellement et d’un cloisonnement progressif depuis 1948, en Palestine et dans l’ensemble de la région. Avec la guerre actuelle contre l’Iran et le Liban, l’Occident redessine de nouveau dans le sang les frontières du Proche-Orient.

Aucune autre frontière n’a connu autant de changements ces dernières décennies que celle de la Palestine, où j’ai vécu toute ma vie. J’ai grandi en Cisjordanie. Mon univers s’est élargi au lendemain de la guerre de 1967, lorsque l’occupation israélienne a permis la circulation entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Il s’est rétréci à nouveau lorsqu’Israël a bouclé les territoires palestiniens. Ma terre natale était sous juridiction jordanienne, tandis que la Palestine, patrie de mes parents, s’étendait à l’horizon. Par temps clair, nous pouvions apercevoir, de l’autre côté de la frontière, des lumières que nous supposions être celles de Jaffa, la ville dont ma famille avait été expulsée. Plus tard, lorsque nous avons pu enfin visiter le littoral, nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait en réalité de celles de Tel-Aviv.

Pendant 450 ans, sous le règne des Ottomans et jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, il n’y avait pas de frontières. Le littoral oriental de la Méditerranée était sous le contrôle d’un empire multiethnique. Il n’existait pas non plus d’unité administrative appelée Palestine. Haïfa, Acre, Safed et Tibériade faisaient partie du sandjak de Beyrouth – un sandjak étant une subdivision administrative d’un vilayet, ou province. Plus au sud, Jaffa, Gaza et Jérusalem appartenaient au sandjak de Jérusalem, tandis que la région sud-est de la Palestine faisait partie du sandjak de Maan. Tous ces territoires étaient rattachés au vilayet de la Grande Syrie. À l’époque, le Jourdain ne délimitait aucune frontière politique ou administrative.

De l’empire aux États-nations

Au lendemain de la première guerre mondiale, le Proche-Orient fut réorganisé sous l’égide des puissances coloniales victorieuses, la France et le Royaume-Uni. Au lieu d’un empire multiethnique embrassant toute la région, comme cela avait été le cas pendant les quatre siècles et demi précédents, les nouvelles puissances réduisirent la Turquie à son territoire anatolien et créèrent une série de petits États-nations : l’Irak, la Syrie, le Liban, l’Émirat de Jordanie et la Palestine.

En 1922, Londres instaura en Palestine un mandat dit « de classe A », réservé aux « territoires faisant jadis partie de l’Empire ottoman et ayant atteint un stade de développement tel que leur existence en tant que nations indépendantes pouvait être provisoirement reconnue ». Mais cette promesse d’indépendance n’avait été faite qu’à la population juive, qui était minoritaire sur le territoire de la Palestine mandataire, où elle représentait moins de 10 % de la population.

En 1948, Israël fut créé sur environ 75 % du territoire sous mandat britannique. Le reste, à savoir la Cisjordanie et Jérusalem-Est, fut annexé à la Jordanie, tandis que la bande de Gaza passait sous contrôle égyptien. À l’intérieur des frontières du nouvel État, les Juifs ne possédaient que près de 7 % des terres, acquises par voie d’achat. Le reste fut conquis par les armes. Au cours de la guerre de 1948 et dans les années qui suivirent, les sionistes réussirent à expulser la majorité des Palestiniens de ce qui était désormais devenu Israël et à s’emparer de leurs terres. Ma famille était au nombre des personnes spoliées. Israël finit aussi par prendre le contrôle de la plupart des terres des Palestiniens restés à l’intérieur de ses frontières, qui représentaient environ 22 % de la population totale.

Un système d’apartheid

Nous sommes partis vivre en Cisjordanie, à Ramallah, où nous étions désormais séparés de ma tante et de mes cousins, restés en Israël. À la radio israélienne, nous pouvions entendre les salutations des membres des familles palestiniennes vivant de l’autre côté de la ligne verte, qu’Israël n’autorisait pas à se réunir avec leurs parents réfugiés dans les pays voisins. Ces messages commençaient toujours par un solennel « Ohdi salami » (« Je transmets mes salutations ») adressé d’une voix fervente à un frère ou un cousin…

Et puis, en 1967, Israël occupa le reste de la Palestine mandataire. L’une des premières mesures prises par les autorités d’occupation fut de procéder à un recensement de la population et de délivrer des cartes d’identité aux habitants. Ces documents se distinguaient par une couleur différente selon que leurs porteurs résidaient à Jérusalem-Est, à Gaza ou en Cisjordanie. Les personnes qui, le jour du recensement, étaient absentes du territoire pour une raison quelconque — voyage, affaires ou études — se virent refuser leur carte de résident et ne purent pas rentrer chez elles. Nombre de familles furent ainsi de nouveau séparées. La Palestine historique comptait désormais une série de communautés distinctes, et les citoyens israéliens n’avaient pas le même statut que les résidents arabes de Gaza, de Jérusalem-Est ou de Cisjordanie. Sur les plaques d’immatriculation des voitures, différentes lettres de l’alphabet hébreu (ultérieurement remplacées par un numéro sous l’Autorité palestinienne) indiquaient la ville d’origine du propriétaire.

Lorsque vous grandissez sur un territoire, celui-ci devient votre univers. Vous acceptez ses frontières comme l’espace qui délimite toute votre existence.

Peu après l’occupation, Israël a commencé à installer des colons juifs à Jérusalem-Est, à Gaza et en Cisjordanie. Ces colons conservaient la citoyenneté israélienne, étaient soumis à la législation israélienne et relevaient exclusivement des tribunaux israéliens. Leur sort était totalement distinct de celui de leurs voisins palestiniens, instaurant ainsi un système d’apartheid qui appliquait des lois différentes et octroyait des statuts différents aux habitants d’un même territoire. Les gouvernements israéliens qui se sont succédé depuis lors étaient désormais convaincus qu’ils pouvaient se permettre d’agrandir leur État et de repousser ses lignes de démarcation en absorbant peu à peu les territoires palestiniens occupés. Les colonies, réservées exclusivement aux Juifs israéliens, se sont multipliées, et la ligne verte a fini par s’effacer. L’objectif final était d’annexer la Cisjordanie, de même que l’État israélien avait annexé Jérusalem-Est quelques semaines après le début de l’occupation. Il convient toutefois de souligner qu’à ce jour, Israël n’a toujours pas déclaré officiellement quelles sont ses frontières.

« Voyages avec mon oncle ottoman »

Lorsque vous grandissez sur un territoire, celui-ci devient votre univers. Vous acceptez ses frontières comme l’espace qui délimite toute votre existence. Telle fut mon expérience : ayant grandi à Ramallah, j’avais intériorisé les lignes de séparation de la Cisjordanie. Nous étions coupés de la partie de la Palestine où vivait ma famille, devenue Israël. Je n’avais plus aucun moyen de voir mes cousins. Ce n’est qu’au moment d’écrire mon livre "Rift in Time : Travels with my Ottoman Uncle" (« Une faille dans le temps : voyages avec mon oncle ottoman », 2010, non traduit), et en suivant le chemin emprunté par mon arrière-grand-oncle pour échapper à la police turque, que l’espace de mon imagination s’est élargi pour englober la possibilité d’un monde différent, semblable à celui qui existait en ce temps-là. En parcourant l’itinéraire de mon oncle fugitif, j’ai pris conscience de la réalité géographique du paysage. Lorsque j’ai atteint la vallée du Jourdain, mes yeux ont pu contempler la magnifique vallée du Grand Rift, cette faille tectonique vieille de millions d’années qui part du nord du Liban et se prolonge jusqu’en Afrique de l’Est à travers la mer Rouge, sans se soucier le moins du monde des frontières éphémères et artificielles qui sillonnent la région.

La famille de cet oncle, les Nassar, était originaire d’un village du Liban appelé Aïn Aanoub. À la fin du XIXe siècle, les Nassar ont quitté leur terroir libanais pour se rendre à Haïfa, aujourd’hui en Israël, sans avoir à franchir aucun poste de douane. Najib, qui était le grand-oncle de ma mère, était rédacteur en chef du journal Al Karmil, qu’il avait fondé après que le sultan ottoman Abdul Hamid II (1876-1909) eut octroyé à ses sujets une constitution abolissant la censure. Mais lorsque la Première guerre mondiale éclata, il s’opposa au choix des autorités de Constantinople de rallier le camp de l’Allemagne. Ayant fait ses études dans des écoles britanniques, il fut alors soupçonné de collaborer avec Londres et dut prendre la fuite.

Cette épopée fit de lui un écrivain, qui, au terme de ses trois années passées en cavale, rédigea un roman autobiographique intitulé Riwayat Muflih Al-Ghassani (« Les histoires de Muflih Al-Ghassani », non traduit)1. Sa lecture m’a fasciné, et j’ai alors décidé de reparcourir son itinéraire en décrivant les transformations du paysage d’hier et d’aujourd’hui. C’est ainsi qu’est né mon propre livre.

La géographie du Proche-Orient est devenue tellement baroque que si un Palestinien de Cisjordanie veut se rendre à Damas, il doit d’abord voyager vers l’est et traverser quatre pays avant de bifurquer vers sa destination finale.

Je me suis d’abord rendu en Galilée, où j’ai découvert que de nombreux villages dans lesquels Najib s’était réfugié avaient été détruits. J’ai dû scruter le terrain avec un œil d’archéologue pour en retrouver les traces.

Poursuivi par la police ottomane, Najib avait dû quitter la Galilée et rejoindre la rive est du Jourdain, qu’il put franchir à cheval sans encombre : il n’y avait pas de frontière et on passait à gué. En un rien de temps, il s’est retrouvé sur le territoire de ce qui est aujourd’hui le royaume hachémite de Jordanie, où il s’est caché parmi les tribus bédouines. Trois ans après le début de son périple, il décida finalement de se rendre et fut transporté en train jusqu’à Damas, un trajet qui ne durait pas plus de deux heures.

Au moment de planifier son itinéraire de fuite, Najib n’avait pas à tenir compte des frontières politiques qui bloquent aujourd’hui les déplacements de nombreux Palestiniens. En suivant ses traces, j’ai dû traverser quatre pays différents. La géographie du Proche-Orient est devenue tellement baroque que si un Palestinien de Cisjordanie veut se rendre au nord, à Damas, il doit d’abord voyager vers l’est et traverser quatre pays avant de bifurquer vers sa destination finale ; et cela n’est possible que s’il a la chance d’obtenir les visas et les permis de sortie nécessaires auprès d’autorités souvent peu coopératives, qu’elles soient arabes ou israéliennes.

Lignes de séparation, murs et barrières

L’un des principes fondamentaux de l’idéologie sioniste qui a présidé à la création d’Israël était que la terre de Palestine devait être la propriété exclusive et inaliénable du peuple juif. C’est ce passage d’un territoire à structure multiethnique regroupant les adeptes des trois religions abrahamiques à un espace monopolisé par un seul de ces trois monothéismes qui maintient toute la région dans un état de guerre permanent depuis 77 ans.

La création d’Israël au cœur du monde arabe s’est traduite par l’isolement réciproque des États-nations surgis après la première guerre mondiale.

Ce type de pratique et d’idéologie exclusivistes ne peut être soutenu qu’au prix fort : au lieu de s’intégrer dans la région et de faire la paix avec ses voisins, Israël doit rester constamment sur le pied de guerre, soucieux de préserver ses conquêtes militaires et d’exercer son contrôle sur les Palestiniens, qu’il refuse de laisser rentrer chez eux ou d’indemniser pour leurs pertes.

La création d’Israël au cœur du monde arabe s’est traduite par l’isolement réciproque des États-nations surgis après la Première guerre mondiale. Les lignes ferroviaires qui reliaient autrefois ces pays entre eux, comme le chemin de fer du Hijaz, qui allait de Constantinople à Médine, n’existent plus. En subsistent quelques vestiges sous la forme de sections de voies rouillées, et le désir ardent de leurs habitants, qui veulent pouvoir un jour à nouveau voyager librement dans une région réunifiée. Pour y parvenir, il faudra instaurer une paix juste entre Israël et ses voisins, précédée par la reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination.

En attendant, je continue à habiter un pays mutilé non seulement par les lignes de séparation, mais par les murs et les barrières qui confinent la plupart des villes et des villages palestiniens. Avant de se déplacer en voiture entre les diverses localités de Cisjordanie, il faut écouter les bulletins d’information réguliers diffusés par la radio locale sur l’état des routes de la région. Si on néglige de le faire, on court le risque d’être bloqué devant des postes de contrôle israéliens infranchissables, de se heurter à la fermeture des portails érigés à l’entrée de la plupart des agglomérations, ou encore d’être violemment attaqué par des groupes de colons israéliens.

Au cours des huit dernières décennies, les démarcations n’ont cessé de proliférer sur le territoire de la Palestine historique, empruntant de nouveaux tracés et restreignant davantage les déplacements de ses habitants. Rien ne symbolise mieux cette évolution que le changement des annonces diffusées sur les ondes radiophoniques : les Ohdi salami, les salutations familiales transmises par la radio israélienne, ont été remplacées par les messages déprimants des radios palestiniennes : « La route de Ramallah est fermée », « la route de Naplouse est bloquée par des colons armés », « des soldats bloquent la route entre les villages d’Attarah et de Birzeit », etc., dans une litanie qui ne prend jamais fin.