lundi 16 février 2026

Regardez bien cette vidéo



Prenez le temps de la regarder vraiment.

Elle capture le moment où des colons israéliens agressent Mohammad Ayoub Abu Sabha, un homme palestinien, dans le village de Fakhit, en Cisjordanie.

Une meute contre un homme seul. Des bâtons, des coups, aucune défense possible. Ce n’est pas une rixe, ce n’est pas un affrontement, c’est un pogrom anti arabes.

Il est aujourd’hui hospitalisé, le crâne fracturé.

Regardez bien. Cette scène s’est déroulée pour commémorer l’Holocauste, pas à côté, pas après, mais dans ce cadre-là.

Regardez bien, parce que c’est cette réalité-là que l’on efface derrière les mots, les tribunes et les grandes leçons de morale.

Regardez bien ce que l’Occident protège, justifie et présente comme un modèle.

C’est la barbarie des colons à kippas.



Source : Tomy le Magnifique sur X



Quand les médias français s’illustrent dans la propagande israélienne pour blanchir la violence



Quand le journalisme abdique, la propagande s’installe et l’Occident médiatique devient le théâtre docile d’une violence narrative aussi létale que les armes qu’elle dissimule.

Depuis le 7 octobre 2023, la guerre israélo-palestinienne ne se joue pas seulement sur le terrain militaire, mais dans l’espace symbolique et cognitif. Les médias français et occidentaux, loin d’éclairer les faits, ont massivement choisi l’alignement, la simplification et l’effacement. Cette faillite n’est ni accidentelle ni marginale en ce sens qu’elle procède d’une culture de soumission structurelle à Washington et à Tel-Aviv. De la même manière que les dirigeants européens pratiquent une vassalité géopolitique sans la nommer, les médias reproduisent à leur tour une servilité informationnelle protégée par ceux-là, de Bottom-Up à Up-Down. Mais cette complicité politico-médiatique est-elle pleinement consciente, ou simplement le reflet d’une mécanique systémique complètement invisible au grand public ? Cette question sera examinée dans le contexte de la couverture médiatique du processus de génocide du peuple palestinien inféodé par Israël.

Dans ce contexte, l’article d’Alain Gabon pose un constat alarmant qui révèle que les médias français, loin de jouer leur rôle de contre-pouvoir, se sont mués en relais structurels de la propagande israélienne. Publié pendant le siège de Gaza, son analyse détaille comment cette couverture orchestrée et uniforme masque l’ampleur des crimes contre les Palestiniens et neutralise la visibilité de leur souffrance. Gabon met au jour les stratégies coordonnées de désinformation, d’effacement territorial et de manipulation du langage, révélant, comme indiqué plus haut, un alignement médiatique comparable à la vassalité des dirigeants européens envers Washington et Tel-Aviv.

Dans une approche combinant analyse critique des médias, analyse du discours et sociologie des organisations, le texte qui suit met au jour les mécanismes profonds de cette dérive historique, en examinant l’architecture industrielle de la propagande israélienne – où l’omission se transforme en arme – et en scrutant la langue employée comme véritable champ de bataille (sanitiser, dépolitiser, absoudre), afin d’en dévoiler les logiques institutionnelles jusque-là dissimulées.

De la vassalité politique à la servilité informationnelle

Les médias français dominants – BFMTV, LCI, France 2, TF1, Le Parisien, Le Figaro, Le Monde, Libération, Europe 1 – fonctionnent ici comme des chaînes logistiques de la narration coloniale, non comme des organes d’information au sens stricto sensu. Leur dangerosité est comparable à celle des cartels de drogue ou des groupes terroristes : non parce qu’ils tirent, mais parce qu’ils désensibilisent, normalisent et légitiment la mort de masse. Comme les cartels contrôlent des territoires, ces médias contrôlent le langage. Comme les groupes terroristes détruisent la peur du crime, ces rédactions détruisent la peur du mensonge. Ce ne sont plus des médias : ce sont des blanchisseurs de violence d’État, des launderers moraux au service d’une puissance coloniale. Le paradoxe est que ces médias français sont le reflet atypique de la plupart des médias mainstream qui animent les débats dans l’espace public du monde occidental, donnant comme l’impression qu’ils étanchent leurs soifs à la même source : le nazisionisme.

C’est exactement dans cette logique qu’Alain Gabon soutient que la transformation des médias français en relais structurels de la propagande israélienne contribue à masquer l’ampleur d’un processus qualifié de génocide contre le peuple palestinien. Malgré une inflexion temporaire de ton entre mai et octobre, alignée sur les critiques modérées de certains gouvernements occidentaux, cette évolution n’a relevé que d’une gestion médiatique des dégâts, sans remise en cause réelle de positions «massivement pro-israéliennes».

Plus loin, l’auteur montre que cette couverture repose sur des stratégies systématiques et coordonnées, communes aux chaînes publiques et privées, à la presse écrite du centre-gauche à l’extrême droite, à l’exception marginale de L’Humanité, quotidien communiste de moindre auditoire. Ces stratégies ont permis de neutraliser toute visibilité durable de la souffrance palestinienne, tout en continuant à reprendre dans leurs propres jargons, et parfois mot à mot, sans distance critique aucune, la rhétorique de Benjamin Netanyahou et de l’armée israélienne.

Il découle de l’analyse critique de ces stratégies si insidieusement élaborées et si sournoisement suivies, un premier mécanisme central qui est la désinformation par omission. Alors même que le caractère génocidaire de l’offensive israélienne a été reconnu par des universitaires spécialistes de l’Holocauste, par une commission indépendante de l’ONU et par des figures publiques juives israéliennes, les médias français, à l’instar d’autres médias de la fabrique occidentale, ont saturé leurs plateaux de responsables et propagandistes israéliens, tout en offrant un espace incontesté à des négationnistes du génocide. Armées de contre-vérités, des figures comme Georges Bensoussan et Caroline Fourest ont ainsi pu nier le blocus humanitaire, affirmer que les morts palestiniens étaient exagérés et devaient être «divisées par au moins cinq voire dix», ou relayer des récits fabriqués tels que celui des «bébés décapités», sans contradiction sérieuse.

Cette désinformation s’est accompagnée d’un effacement délibéré des réalités territoriales et humaines, notamment hors de Gaza. L’article d’Alain souligne que Le Parisien n’a pas couvert la Cisjordanie pendant onze mois, occultant ainsi une campagne continue de nettoyage ethnique. De même, les journaux télévisés de France 2 et TF1 ont drastiquement réduit la couverture de Gaza au plus fort de l’offensive, consacrant davantage de temps à des sujets futiles (actualités de célébrités et rumeurs sur les réseaux sociaux concernant Brigitte Macron), ce qui équivaut, selon l’auteur, à une censure active des crimes de masse commis contre les civils palestiniens.

Quand le langage efface les victimes pour blanchir la violence

Ici, le crime n’est plus seulement l’omission, mais la falsification sémantique. Les médias occidentaux – CNN, BBC, Reuters, AFP, The New York Times, The Guardian – forment une internationale de l’euphémisme, une Sainte-Alliance du vocabulaire propre. Ces rédactions se comportent comme des clowns tragiques de l’Empire, des prêtres de l’eau bénite coloniale, repeignant les charniers en «zones de tension». Leur servilité envers Tel-Aviv et Washington est le miroir exact de celle des dirigeants européens : même alignement, même lâcheté, même abdication morale. Ils ne rapportent pas le réel : ils le désinfectent, comme on nettoie une scène de crime avant l’arrivée des témoins. C’est exactement la même méthode qui est appliquée au conflit russo-ukrainien : la Russie est «agresseur» ; l’Ukraine est «agressée», ou encore la Russie est «mauvaise» ; l’Ukraine est «bonne». Sur leurs plateaux de télévision, ils s’exultent de joie lorsqu’un soldat russe tombe sur le champ de bataille ou lorsqu’un drone frappe un endroit en Russie, ou encore lorsqu’un attentat terroriste est perpétré sur le sol et contre un citoyen de celle-ci ; mais ils sont attristés lorsque l’une de ces choses se produit en Ukraine. Dans leur pensée idéologique, une âme russe n’est jamais l’équivalent d’une âme ukrainienne. Ce qui donne l’impression que les services de maternité en Occident reproduisent la hiérarchie des humains : les établis de par-ci et les marginaux de par-là, les occidentaux étant les établis et le reste du monde, les marginaux.

Par ailleurs, de l’article d’Alain, se dégage un second pilier de cette couverture tous azimuts : la sanitisation systématique du langage. Le génocide est, selon l’auteur, requalifié en «guerre contre le Hamas» ou en nouvel épisode du «conflit israélo-palestinien». Les termes fondamentaux – «colonisation», «colonialisme», «apartheid», «massacres», «territoires occupés» – sont évacués à la méthode de l’omniprésente Rina Bassist. Le «nettoyage ethnique» devient un «déplacement de population», les bombardements de civils sont décrits comme des frappes sur des «positions ennemies», et un État qualifié de «raciste, colonial et suprémaciste religieux» est présenté comme une «démocratie» appartenant à «l’Occident», pourtant gouverné (Israël), selon Gabon, pendant des années par un homme recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, meurtre et autres actes inhumains. La voix passive – «les Palestiniens meurent» – efface systématiquement la responsabilité israélienne, à la magie d’une fausse symétrie.

Ensuite, l’article insiste également sur les doubles standards structurels. Pour l’auteur, les instances de critique médiatique (Acrimed, Arrêt sur images, LMSI, Blast) ont documenté un cadrage radicalement pro-israélien : domination écrasante des voix pro-Netanyahou, marginalisation et disqualification des invités pro-palestiniens, accusés d’être «pro-Hamas». Cette asymétrie est flagrante dans le traitement des otages et prisonniers : la libération de 20 Israéliens a fait l’objet d’une couverture empathique et extensive, tandis que celle de 90 Palestiniens n’a été traitée que brièvement, ces derniers étant qualifiés de «prisonniers» et parfois assimilés collectivement à des «terroristes», y compris lorsqu’il s’agissait d’enfants.

Ces biais s’étendent, dans une dissymétrie absolue, à la géopolitique, notamment dans la réception du «plan de paix» de Trump, qui exige la démilitarisation et la «déradicalisation» des Palestiniens sans jamais envisager celles d’Israël, pourtant responsable d’un nombre incomparablement plus élevé de morts civiles.

Enfin, l’auteur identifie des procédés discursifs récurrents, tels que la reductio ad Hamas, la reductio ad 7 octobre, la fausse symétrie entre victimes, et le «présentisme fallacieux», qui consiste à effacer l’histoire longue de la colonisation et du nettoyage ethnique commencés en 1947. Toute tentative de contextualisation est alors assimilée à une justification de la violence.

La conclusion de l’article est sans appel : sur les plans professionnel et éthique, la couverture française d’Israël-Palestine constitue un «naufrage journalistique», aligné sur la politique étrangère française depuis l’ère Sarkozy. Les médias français se seraient montrés, selon l’auteur, plus pro-israéliens, propagandistes et inconditionnellement sionistes que nombre de journalistes israéliens, d’historiens de l’Holocauste ou de la Shoah, d’ONG comme B’Tselem, voire que l’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert lui-même. Le même comportement est observé dans la couverture de la guerre par procuration des nazisionistes contre la Russie en Ukraine depuis 2014 à la suite du coup Euromaïdan ayant porté Zelensky au pouvoir.

Il ne s’agit plus de demander si les médias français et occidentaux informent mal, mais pour qui ils travaillent réellement. À l’aune de la propagande israélienne, ils apparaissent non comme des observateurs, mais comme des acteurs du crime narratif, complices par le langage, l’omission et l’alignement.

L’on est désormais face à une responsabilité historique de juger ces médias non par leurs slogans de neutralité, mais par les morts qu’ils rendent invisibles. Car lorsqu’un journalisme choisit le camp de la puissance contre celui des victimes, il cesse d’être un contre-pouvoir et devient une arme de destruction morale massive.

Source : New Eastern Outlook 

dimanche 15 février 2026

Gaza est "une mine d'or immobilière"



Quand Smotrich, ministre israélien, estime que Gaza est "une mine d'or immobilière" et se dit "prêt à discuter avec les États-Unis" pour "partager les bénéfices de la vente de terrains" gazaouis.
On peut se poser un grand nombre de questions sur le 7-10-2023.


Source : Peace TV


Le Likoud déclare la guerre à Tucker Carlson et à Candace Owens





Le 5 janvier 2026, devant la tribune de la Knesset, Dan Illouz lança un avertissement qui résonna outre-Atlantique. Le député canadien du Likoud s’adressa à ses collègues non pas en hébreu, mais en anglais, s’assurant ainsi que son message parvienne directement aux oreilles des Américains.

«Nous sommes habitués aux ennemis extérieurs. Nous combattons les tunnels terroristes du Hamas. Nous combattons les missiles balistiques iraniens. Mais aujourd’hui, je regarde l’Occident, notre plus grand allié, et je vois un nouvel ennemi surgir de l’intérieur», a déclaré Illouz, selon la Jewish Telegraph Agency. «Je parle d’un poison vendu au peuple américain sous couvert de patriotisme. Je parle du vandalisme intellectuel de Tucker Carlson et de Candace Owens».

Depuis les attaques du 7 octobre 2023 contre Israël, Carlson et Owens comptent parmi les critiques les plus virulents d’Israël au sein de la droite américaine. Avant d’adopter un discours anti-israélien, Carlson et Owens étaient des figures incontournables des médias conservateurs et n’abordaient pas directement la question de l’influence israélienne. Cependant, tout a changé lorsque Israël s’est lancé dans un génocide à grande échelle à Gaza.

Le discours d’Illouz a marqué un tournant décisif. Un membre de la coalition gouvernementale israélienne dénonçait publiquement des personnalités des médias conservateurs américains comme des menaces pour l’alliance entre Tel-Aviv et Washington. Pour Illouz, la lutte contre ce qu’il perçoit comme une montée de l’antisémitisme au sein de la droite américaine dépasse le simple cadre d’une posture politique. Une telle vague d’opposition à la relation étroite entre les États-Unis et Israël pourrait compromettre cet accord si elle continuait de s’amplifier – un véritable cauchemar pour la communauté juive mondiale.

À l’instar de nombreux autres leaders juifs, Illouz constate la montée des sentiments anti-israéliens à gauche comme à droite. «Ils prétendent combattre la gauche woke. Ils ne sont en réalité pas différents d’elle», a déclaré Illouz. «La gauche radicale déboulonne les statues de Thomas Jefferson, Tucker Carlson s’attaque à l’héritage de Winston Churchill. La gauche radicale affirme que la civilisation occidentale est mauvaise, Candace Owens prétend que les racines de notre foi sont démoniaques. C’est le même mal».

Sa critique de Carlson portait sur l’interview de l’ancien présentateur de Fox News avec l’historien Darryl Cooper, qui avait décrit l’Holocauste en des termes qui avaient provoqué l’indignation des organisations juives. Selon Jewish Insider, Illouz a déclaré à la Knesset que Carlson «acquiesce sans sourciller lorsqu’on lui explique que l’Holocauste était une erreur logistique, une faute commise par un camp mal préparé. C’est de la folie. Il crache sur les tombes des soldats américains qui ont débarqué en Normandie… Pourquoi ? Pour effacer la frontière entre le bien et le mal».

S’adressant à Owens, dont la chaîne YouTube compte plus de 5,7 millions d’abonnés, Illouz l’a accusée de propager des haines ancestrales. «Elle colporte les calomnies les plus abjectes… prétendant que cet État a été fondé par des pédophiles. Elle ignore tout de l’histoire ; elle ne connaît pas la Bible. Elle ne sait que semer la haine», a-t-il déclaré, selon Jewish Insider.

Le député israélien invoque l’histoire juive pour démontrer la résilience de son peuple : «Nous sommes le peuple de l’éternité. Nous avons enterré les pharaons qui nous avaient réduits en esclavage. Nous avons enterré les Grecs qui avaient tenté d’interdire notre Torah. Nous avons enterré les Romains qui ont incendié notre Temple. Nous avons dansé sur les ruines du Troisième Reich. Et nous serons encore là bien après que vos chaînes YouTube ne soient plus que poussière oubliée», a-t-il proclamé.

Interrogé par le Times of Israel sur d’éventuelles inquiétudes quant à une éventuelle ingérence dans la politique américaine, Illouz a balayé la question d’un revers de main. «Défendre l’alliance entre l’Amérique et Israël n’est pas une ingérence», a-t-il répondu. «Je suis en contact avec de nombreux conservateurs pro-israéliens qui savent que Candace et Tucker représentent une menace autant pour l’Amérique que pour Israël».

Né le 21 février 1986 à Montréal de parents juifs marocains, Dan Illouz a grandi imprégné des traditions du judaïsme nord-africain. Après avoir obtenu un diplôme en droit de l’Université McGill et une maîtrise en politiques publiques de l’Université hébraïque de Jérusalem, il a pris une décision déterminante à l’âge de 23 ans. En 2009, il a immigré en Israël et a immédiatement rejoint le Likoud. «On m’a offert le rêve américain sur un plateau d’argent. J’ai choisi le rêve sioniste et j’ai fait mon alyah en Israël», a-t-il déclaré.

Il a rejoint le conseil municipal de Jérusalem en mars 2018 suite à la démission d’un autre conseiller, a été élu en octobre 2018 et a siégé jusqu’en 2021 en vertu d’un accord de rotation. À son entrée à la Knesset, Illouz a renoncé à sa citoyenneté canadienne, expliquant que ce n’était «pas un rejet de mon passé, mais un acte conscient d’engagement envers l’avenir d’Israël».

Pour Illouz, la lutte contre Carlson et Owens est indissociable de son maximalisme territorial. Son opposition à la création d’un État palestinien et son plaidoyer pour l’annexion de la Cisjordanie constituent le fondement idéologique de son identité politique.

«Nos droits sur la terre d’Israël englobent chaque centimètre de la terre d’Israël, y compris Shchem [Naplouse] et Hébron, ainsi que des zones où aucun juif ne vit actuellement, y compris Ramallah», a déclaré Illouz en 2022.

Il envisage cette question en termes existentiels. «Le droit à Tel-Aviv vient de la Judée-Samarie», a-t-il souligné, employant la terminologie biblique pour la Cisjordanie, habitude prisée par les politiciens fanatiques de la droite israélienne.

En juillet 2024, Illouz prononçait un autre discours en anglais à la Knesset, déclarant son opposition catégorique à toute souveraineté palestinienne. «Un État palestinien n’est pas seulement une mauvaise idée, c’est une idée dangereuse, en toutes circonstances, mais surtout maintenant… Il n’y aura pas d’État palestinien. Ni maintenant, ni jamais», affirmait-il.

Illouz ne se contente pas de belles paroles. Il a présenté un projet de loi visant à étendre la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain, avec une date d’entrée en vigueur fixée au 7 octobre 2024, date marquant le premier anniversaire du massacre perpétré par le Hamas. «Une véritable victoire ne sera possible que lorsque l’ennemi considérera le 7 octobre comme une erreur et en fera un jour de deuil», a-t-il déclaré.

En juillet 2025, la Knesset a adopté par 71 voix contre 13 une résolution non contraignante appelant à l’annexion de la Cisjordanie, résolution dont Illouz était co-auteur. «Pour la toute première fois, la Knesset exprime son soutien officiel à l’application de la souveraineté israélienne en Judée-Samarie. Le message du plénum est clair : Judée et Samarie ne sont pas des monnaies d’échange, elles sont le cœur de notre terre», s’est-il vanté.

Sa proposition la plus ambitieuse remonte sans doute à février et mars 2025, avec le «projet de loi sur la métropole de Jérusalem», qui intégrerait 29 colonies de Cisjordanie à une «métropole de Jérusalem» sous souveraineté israélienne. Ces colonies, parmi lesquelles Ma’ale Adumim, Givat Ze’ev, Efrat et Beitar Illit, abritent plus de 180 000 colons. «Israël doit agir conformément à ses intérêts et sans crainte. Cette loi constitue un pas important vers la pleine souveraineté [sur la Cisjordanie]», a affirmé Illouz.

Cette vision maximaliste du territoire explique pourquoi Illouz perçoit Carlson et Owens comme des menaces existentielles. Si le soutien des conservateurs américains à Israël s’érode, sa vision d’un Grand Israël devient politiquement intenable. L’alliance avec Washington assure une couverture diplomatique et un soutien matériel à l’expansion des colonies et à une annexion potentielle.

Le discours d’Illouz en janvier 2026 s’inscrivait dans un contexte de vives inquiétudes israéliennes concernant l’antisémitisme au sein de la droite américaine. En novembre 2025, le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, déclarait au New York Post être «bien plus préoccupé par l’antisémitisme à droite qu’à gauche».

Chikli, lui-même juif de droite ayant tissé des liens avec des partis européens de la droite sioniste-populiste, a notamment évoqué les éloges de Carlson à l’égard de l’historien Darryl Cooper. «L’un des pires moments a été lorsqu’un animateur conservateur populaire a qualifié l’un des négationnistes de l’Holocauste les plus abjects d’Amérique de «l’un des historiens les plus honnêtes». Cela légitime la haine, cela la normalise», a déclaré Chikli au New York Post. Chikli a mis en garde contre l’influence grandissante de personnalités comme Nick Fuentes et Cooper auprès des jeunes Américains. «L’antisémitisme est devenu à la mode chez la génération Z», a-t-il poursuivi. «Ils écoutent des podcasts, pas des professeurs. Quand des gens comme Nick Fuentes ou Darryl Cooper sont considérés comme des leaders d’opinion, c’est dangereux. Ce sont des néonazis». En octobre 2024, Carlson a invité Fuentes sur son plateau, provoquant l’indignation des conservateurs juifs qui ont alerté sur la montée en puissance des discours antisémites.

Candace Owens a réagi au discours d’Illouz en déclarant : «Le parti Likoud en Israël vient de me désigner, ainsi que Tucker Carlson, comme ennemis à combattre». Illouz a clarifié sa position, affirmant : «Il s’agit d’une bataille civilisationnelle d’idées. Toute insinuation de violence n’est qu’une tentative désespérée de nous faire taire».

La relation d’Illouz avec Donald Trump révèle la complexité de sa position. Lorsque Trump a déclaré en septembre 2025 qu’il n’autoriserait pas Israël à annexer la Judée-Samarie, Illouz a réagi avec fermeté. «Aucune entité internationale, même un allié important et précieux, ne peut nous dicter comment traiter notre territoire», a-t-il affirmé.

Pourtant, en janvier 2025, face à un projet de loi d’annexion de la vallée du Jourdain, Illouz avait fait preuve de pragmatisme. «Avec la réélection du président Trump, nous avons une occasion historique de faire progresser la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain, mais nous devons agir avec sagesse. Se précipiter sur une législation symbolique qui n’a aucune chance d’aller au-delà d’une première lecture ne ferait qu’affaiblir notre cause», affirma-t-il. Dans ce cas précis, Illouz percevait probablement Trump comme un président judéo-accélérationniste, qui défend globalement les intérêts juifs avec enthousiasme malgré quelques écarts mineurs, et choisit donc d’adoucir son discours [pour mieux le faire passer].

Pour Dan Illouz, la confrontation avec Tucker Carlson et Candace Owens dépasse le simple cadre d’une querelle médiatique. Elle incarne une menace potentielle pour ses ambitions et celles de ses semblables, qui visent à annexer toute la Cisjordanie. Les résultats récents du sondage auprès des jeunes de Yale montrent qu’un réalignement générationnel s’opère progressivement, transcendant les clivages partisans et positionnant de plus en plus Israël à l’encontre des aspirations de la jeunesse.

Parmi les électeurs âgés de 18 à 22 ans, 30% estiment que les juifs américains sont plus fidèles à Israël qu’aux États-Unis. 27% pensent qu’ils exercent une influence excessive. Ces chiffres dépassent largement les moyennes nationales.

L’enquête a également révélé une confusion généralisée concernant la régulation du discours des élites. Parmi les votants, 56% se sont dits incertains quant à savoir si l’expression «mondialiser l’intifada» constitue de l’antisémitisme. Une majorité relative de 47% a estimé que qualifier la situation à Gaza de génocide n’est pas antisémite.

Les données de Yale ne sont pas isolées ; elles concordent avec de nombreux sondages qui mettent en évidence un bouleversement générationnel similaire. Un sondage de l’Université du Maryland sur les enjeux critiques a révélé que si 52% des républicains de 35 ans et plus sympathisent majoritairement avec Israël, seulement 24% des républicains âgés de 18 à 34 ans partagent cette opinion. Concernant les hostilités à Gaza, 52% des républicains plus âgés estiment que les actions israéliennes sont justifiées, contre seulement 22% des républicains plus jeunes.

Une analyse réalisée par RealClearPolling confirme ces tendances. Chez les Républicains de moins de 50 ans, l’opinion défavorable à l’égard d’Israël a bondi de 35% en 2022 à 50% en 2025. Chez les Républicains plus âgés, l’évolution a été minime. Une étude identique menée par l’Université du Maryland indique que 41% des Américains considèrent les opérations militaires israéliennes à Gaza comme génocidaires ou assimilables à un génocide, dont 14% des Républicains. 21% qualifient la politique de l’administration Trump concernant Israël-Palestine d’excessivement pro-israélienne, tandis que 57% estiment que le soutien américain a facilité les crimes de guerre israéliens.

Même les républicains évangéliques ne sont plus à l’abri. Si 69% des évangéliques les plus âgés sympathisent majoritairement avec Israël, ce chiffre chute à 32% chez les jeunes évangéliques, dont seulement 36% estiment que les actions israéliennes à Gaza sont justifiées. Un sondage AtlasIntel de septembre 2025 a révélé que seulement 30% des Américains approuvent une aide financière à Israël, ce qui représente une rupture radicale avec les conventions bipartisanes de Washington.

Ces sentiments anti-israéliens risquent de se renforcer à mesure que des personnalités conservatrices comme Tucker Carlson et Candace Owens gagneront en popularité auprès du public américain. Cela n’augure rien de bon pour la vision d’Illouz concernant la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie.

Lorsque le mouvement conservateur commence à remettre en question le soutien à Israël, lorsque des voix influentes comme Carlson et Owens gagnent en popularité grâce à une rhétorique antisémite, Illouz voit les fondements de son projet de Grand Israël menacés. Le temps presse pour Illouz, qui est en proie à une angoisse terrible, sachant que Tucker Carlson et Candace Owens pourraient persuader des millions d’Américains exaspérés de rejeter enfin l’emprise d’Israël sur le système politique américain.

José Alberto Niño

Source : The Unz Review via Entre la plume et l’enclume

Traduction : Maria Poumier

samedi 14 février 2026

Dans une indifférence générale, la barbarie israélienne se déchaîne aussi en Cisjordanie




Par Mariam Barghouti


En Cisjordanie occupée, Israël a mobilisé tous ses moyens militaires et coloniaux pour rendre la vie impossible aux Palestiniens.

Alors que les États-Unis s’efforcent de prolonger l’agression israélienne contre Gaza à travers le théâtre d’un cessez-le-feu, une autre guerre se déroule en Cisjordanie.

Au cours des deux dernières années, Israël a intensifié ses « opérations de contre-insurrection » en Cisjordanie afin de « lutter contre le terrorisme palestinien ».

Le terme « opérations de contre-insurrection » n’est pas fortuit. Israël instrumentalise les termes militaires pour dissimuler ses intentions et fabriquer une autre réalité.

Toutes leurs opérations, de l’opération « Mur de fer » à l’opération « Camps d’été » et à l’opération « Cinq pierres », en passant par, plus récemment, l’opération « antiterroriste » à al-Khalil (Hébron), sont présentées et analysées comme des opérations temporaires et ciblées de simples représailles.

Mais elles ne le sont pas. L’intensification de l’agression militaire – ainsi que la violence des milices de colons, la destruction des infrastructures, les démolitions de maisons et la multiplication des barrages routiers et des points de contrôle – vise à créer sur le terrain des conditions qui rendent la vie impossible aux Palestiniens de Cisjordanie, sur le modèle de Gaza.

Les zones de guerre en Cisjordanie

En 2025, l’offensive militaire israélienne en Cisjordanie a entraîné la plus grande campagne de déplacements massifs de population que les Palestiniens aient connue depuis 1967, avec près de 50 000 Palestiniens expulsés de force de leurs maisons.

L’armée israélienne a détruit les camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem et a interdit à leurs habitants d’y revenir en violation du droit. Elle a désormais transformé les deux camps en quartiers généraux militaires du nord.

Les troupes israéliennes ont également procédé à la destruction quasi totale des infrastructures, y compris les routes, les systèmes d’assainissement et le réseau électrique.

Au moins 70 % des routes de la ville de Jénine ont été détruites au bulldozer, et la majorité des canalisations d’eau et des réseaux d’égouts ont été détruits à Jénine et à Tulkarem en quelques semaines, entraînant des pertes économiques de plusieurs millions de dollars.

Des milliers de foyers ont été privés d’eau et d’électricité dans tout le district. Et aujourd’hui encore, des familles déplacées vivent dans des zones difficiles d’accès, dépourvues de toute infrastructure civile.

Parallèlement, l’armée israélienne a élargi le périmètre géographique de ses violences. Les troupes israéliennes mènent désormais des raids réguliers dans les villes du centre de la Cisjordanie, notamment Ramallah et Ariha (Jéricho), et dans le sud, comme al-Khalil (Hébron) et Bethléem.

Lors de ces attaques, les Palestiniens sont assiégés, terrorisés et parfois exécutés par des soldats israéliens qui opèrent en toute impunité.

Cette semaine, l’armée israélienne a lancé une opération de grande envergure à al-Khalil (Hébron) sous prétexte de rétablir l’ordre public. La ville entière a été placée sous couvre-feu et des chars israéliens patrouillaient dans les rues. L’armée a arrêté des hommes et des jeunes garçons, les a soumis à des interrogatoires sur le terrain et détenus dans des conditions brutales.

Mais la violence israélienne ne se limite pas aux raids et aux opérations de l’armée. Les colons suivent l’armée. L’armée coloniale ouvre la voie aux attaques des milices de colons israéliens contre la population et les biens palestiniens et facilite l’annexion des terres.

Au cours des deux dernières années, les Israéliens vivant illégalement en Cisjordanie ont été équipés d’armes militaires, allant des M16 de fabrication américaine aux pistolets et aux drones, et ils les utilisent à leur guise.

Il est désormais clair que les opérations « anti-insurrectionnelles » d’Israël ne visent pas à remporter une quelconque victoire « sur le champ de bataille ». Il s’agit d’un effort coordonné avec les colons pour remodeler l’environnement spatial et social en Cisjordanie dans le but d’écraser toute dissidence ou résistance.

Appliquer la logique de la contre-insurrection à une population civile occupée, permet de transformer les maisons, les rues et tout ce qui est nécessaire à la vie quotidienne en instruments de contrôle.

L’infrastructure de la peur

En janvier dernier, les colons israéliens ont installé des panneaux d’affichage sur les routes principales de Cisjordanie. Ils ont écrit en lettres capitales : « Il n’y a pas d’avenir en Palestine ». Les Palestiniens ont compris ce que cela signifiait : une déclaration de guerre. Et nous y sommes maintenant en plein.

Chaque semaine, en moyenne, neuf Palestiniens sont tués, 88 autres blessés, 180 arrêtés, une douzaine torturés lors d’interrogatoires sur le terrain, auxquels s’ajoutent en moyenne 100 attaques de colons israéliens, 300 raids et assauts militaires et 10 démolitions de maisons et de biens palestiniens. Tout cela en une semaine seulement.

Ces chiffres ne reflètent pas seulement l’intensification de la violence, mais aussi de sa fréquence. L’objectif de cette intensification est d’éroder tout sentiment de normalité chez les Palestiniens.

Des milliers de raids au cours d’une année, associés à l’expansion des colonies, à la construction de nouvelles routes de contournement, à des centaines de nouveaux checkpoints militaires et à la surveillance systémique, ne sont pas des formes d’oppression séparées ; elles constituent un système de gouvernance où la violence n’est plus exceptionnelle mais routinière et où les persécutions, dépossessions et tueries sont devenues normales.

La violence coloniale dicte la vie des Palestiniens ; elle détermine quand les gens dorment, où les enfants jouent, quand ils peuvent aller à l’école, si les commerces ouvrent et comment ils voient leur avenir. Elle oblige à une adaptation constante. Elle épuise et exténue.

Dans toute la Cisjordanie, la vie quotidienne des Palestiniens est structurée par de violentes attaques disruptives. Israël ne se contente pas de redessiner la carte par une annexion de facto, mais utilise la peur pour modifier constamment les limites de l’espace où les Palestiniens peuvent vivre en relative sécurité.

Cela affecte tous les aspects de la vie. En tant que journaliste palestinienne, chaque fois que je prends la route, je suis envahie par l’angoisse… Une angoisse familière et paralysante car je m’attends à tout. Je prends rarement deux fois le même itinéraire.

Un jour, c’est un village qui est fermé, le lendemain, c’est une ville entière. Un trajet d’une heure se transforme en trois heures, parfois quatre.

Je change sans cesse d’itinéraire pour passer par les montagnes, car des barrières et des points de contrôle israéliens sont régulièrement installés aux entrées et sorties des villages et villes palestiniens.

Notre vie en Cisjordanie se mesure en détours. Ces détours ne sont pas seulement la conséquence du vol systématique et accéléré de territoires et de ressources vitales par Israël, ils servent également à nous voler du temps et à épuiser nos capacités socio-économiques.

Israël a non seulement rompu la continuité territoriale en Cisjordanie, mais a également détruit la vie sociale, le bien-être psychologique, et les capacités politiques.

Ainsi, Israël a mis en place un système et des infrastructures qui distillent la terreur au quotidien pour faire partir les Palestiniens qu’ils ne peuvent pas chasser par les armes.

Israël a réussi à créer un environnement hostile où même les maisons peuvent devenir des champs de bataille en quelques minutes. Dans le même temps, la violence des milices armées israéliennes et la prolifération des avant-postes étouffent les zones urbaines comme Naplouse, Ramallah, Bethléem et al-Khalil (Hébron).

L’armée israélienne s’est même mise à piller systématiquement les bureaux de change et à voler les objets de valeur, comme l’or et l’argent, dans les foyers. Cela est aussi dramatique que la terreur quotidienne, car Israël ne se contente pas de détruire les infrastructures physiques, il rend également impossible toute reconstruction et tout redressement.

La fragmentation de la terre et du peuple

Les Palestiniens sont coupés les uns des autres par le découpage des terres en petits bantoustans. Les villes palestiniennes de Cisjordanie rétrécissent de plus en plus et sont englouties par un État colonial israélien en constante expansion.

L’année dernière, Israël a officialisé ses plans de développement du projet illégal de colonie E1, et cette année, il devrait faire avancer son projet d’expansion des colonies près de Jérusalem, dans la vallée du Jourdain et à travers Ramallah.

Ces développements couperaient effectivement Jérusalem-Est occupée de la Cisjordanie et le nord du sud. Les colons israéliens hissent désormais des drapeaux israéliens sur les routes et les maisons palestiniennes en signe de conquête.

La Cisjordanie est essentielle pour comprendre que la guerre ne se fait pas toujours seulement avec des bombes ; elle s’accompagne parfois de points de contrôle, de permis, de zones de restrictions, de violences orchestrées par l’État et du détournement des ressources vitales des Palestiniens vers les colonies de peuplement.

Il ne s’agit pas seulement de fragmenter le territoire pour favoriser sa colonisation, il s’agit aussi de détruire la possibilité d’exister collectivement de la population autochtone.

La Cisjordanie est le théâtre d’une guerre sans merci qui se déroule loin des gros titres et sans ligne de front.



Mariam Barghouti est une écrivaine palestino-américaine basée à Ramallah. Ses commentaires politiques sont publiés dans l'International Business Times, le New York Times, TRT-World, entre autres publications.

Mariam Barghouti est également correspondante en Palestine du site d'informations et d'analyses Mondoweiss.
Son compte Twitter.




vendredi 13 février 2026

Dans les prisons israéliennes, la récurrence des violences sexuelles à l’encontre des Palestiniens


Le Monde :

Déshabillage forcé, coup sur les parties génitales, pénétration anale : sur 21 détenus qui se sont confiés à l’ONG israélienne B’Tselem après leur libération, un tiers affirme avoir subi de telles violences. D’autres ONG et des agences onusiennes ont recueilli des récits similaires. L’Etat hébreu dément tout mauvais traitement systématique.

C’était dix-neuf jours après son arrestation par l’armée israélienne, le 23 février 2024, à Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Sami Al-Sa’i, un journaliste palestinien de 47 ans, venait d’être transféré d’une base militaire vers la prison de Megiddo. « Les gardes m’ont demandé de me déshabiller et de jeter mes vêtements dans une poubelle, raconte le père de six enfants devant des reporters, mercredi 14 janvier. Ils ont demandé : “Tu es du Hamas ? Tu es journaliste ?” Les coups ont commencé, ils ont frappé toutes les parties de mon corps (…). Ils m’ont emmené dans une autre pièce. Ils m’ont dit de me mettre à genoux, j’ai pensé qu’ils voulaient m’humilier. Ils m’ont frappé encore. »

A cet instant, selon son récit, le détenu a les yeux bandés. Les gardiens l’immobilisent complètement. « Ils ont essayé de faire entrer quelque chose de dur dans mon anus. J’ai résisté, j’ai tendu mes muscles de toutes mes forces. Mais c’était trop douloureux, ils m’ont pénétré profondément. La douleur était terrible. (…) Ils ont recommencé. » L’homme a entendu ses gardiens rire puis fumer une cigarette. Ils l’ont ensuite transporté dans une cellule collective.


Un prisonnier palestinien montre l’une des différentes positions auxquelles il a été contraint pendant sa détention. Battu presque quotidiennement, il a perdu 58 kilos après onze mois de prison. Il a séjourné dans la prison Ofer et dans celle du Neguev. En Cisjordanie, le 27 septembre 2025.


L'enfer des prisons israéliennes



Ce programme comporte des scènes déconseillées à un public jeune ou sensible !

Arrestations de masse, disparitions forcées, incarcérations arbitraires sans inculpation ni jugement, détention au secret, torture généralisée, traitements inhumains et dégradants : les rapports de nombreux organismes internationaux, dont diverses agences de l’ONU ainsi que de multiples ONG documentent les actes de tortures et conditions inhumaines infligés à tous les prisonniers palestiniens détenus en Israël après le 7 octobre 2023.


Disponible jusqu'au 13/01/2027.



jeudi 12 février 2026

Israël franchit un nouveau seuil en Cisjordanie: vers une annexion "de facto" via de nouvelles mesures administratives



Le gouvernement israélien a adopté des mesures facilitant la confiscation de terres palestiniennes en Cisjordanie, notamment à Hébron, rompant avec le statu quo de 1967 et fragilisant les accords d’Oslo.

Le cabinet israélien a ouvert la voie à la confiscation de terres palestiniennes et à l'annexion de la région à l'administration israélienne, via une série de décisions concernant la Cisjordanie occupée. Dans ce cadre, des mesures ont été adoptées visant notamment à établir une municipalité parallèle relevant de l'occupation dans la ville palestinienne historique d'Hébron, ainsi qu'à faciliter les procédures d'acquisition et d'enregistrement de propriétés par les colons juifs.

Le gouvernement israélien dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au sein duquel des figures de l’extrême droite occupent des rôles clés, a adopté le 8 février une série de décisions qui modifieront le statu quo en Cisjordanie en faveur des colons juifs et au détriment des Palestiniens.

Lors de la réunion du cabinet de sécurité, le ministre des Finances d’extrême droite Bezalel Smotrich a déclaré que par ces mesures, ils "approfondissaient la présence d’Israël sur l’ensemble du territoire et avaient pour objectif d’éliminer l’idée d’un État palestinien".

Il est rapporté qu’Israël, en intensifiant ses démarches d’annexion, a également approuvé des dispositions facilitant l’achat par des Juifs de terres palestiniennes confisquées en Cisjordanie occupée.

Selon ces dispositions, il a été décidé, pour la ville d’Hébron (al-Halil), située dans le sud de la Cisjordanie et où vivent plus de 200 000 Palestiniens, de retirer les compétences en matière de permis de construire et d’urbanisme à la municipalité palestinienne pour les transférer à l’ "Administration civile", qui relève de l’armée israélienne.

Smotrich a fait valoir qu’avec cette nouvelle réglementation, les "procédures d’autorisation fastidieuses" faisant obstacle aux Israéliens qui s’approprient des terres palestiniennes, dans des zones où l’achat privé de terrains est interdit, seraient supprimées.
Par ailleurs, il a été indiqué qu’Israël mettrait en place une "municipalité parallèle" sous sa tutelle à Hébron (al-Halil), structure depuis laquelle seraient gérées les transactions des Israéliens s’emparant de terres palestiniennes dans la ville.

Hébron (al-Halil): La ville "dans la tenaille de l'occupation", abritant la mosquée Ibrahimi

Située au sud de la Cisjordanie occupée, Hébron est connue comme une ville palestinienne historique. En 1994, le colon juif fanatique Baruch Goldstein y a perpétré un massacre en lançant un assaut à l'arme automatique dans la mosquée Ibrahimi pendant la prière de l'aube. De nombreux Palestiniens ont perdu la vie sous les tirs de l'armée israélienne lors des événements qui ont éclaté dans la région à la suite de cette attaque.

L'Accord d'Hébron, signé en 1997 entre l'Autorité palestinienne et Israël, a divisé la ville en deux zones: "H1" et "H2".

Selon cet accord, la sécurité et l'administration de la zone H1 ont été confiées à l'Autorité palestinienne, tandis que la sécurité de la zone H2 a été laissée sous la responsabilité de l'armée israélienne, bien qu'environ 500 colons et plus de 30 000 Palestiniens y résident.

La Vieille Ville d'Hébron, où se trouve la mosquée Ibrahimi, est aujourd'hui considérée comme l'un des exemples les plus impitoyables et glaçants de l'occupation israélienne.

Dans la ville, les Palestiniens sont contraints de franchir fréquemment des points de contrôle et d'emprunter des ruelles détournées pour se rendre chez eux, à leur travail ou pour envoyer leurs enfants à l'école.

Dans la zone H2 sous contrôle de l'armée israélienne, certaines rues sont interdites à la circulation piétonne des Palestiniens. La grande majorité des commerçants de la Vieille Ville ont, quant à eux, baissé le rideau.

À la suite du massacre d'Hébron, Israël a imposé une division spatio-temporelle de la mosquée Ibrahimi; aujourd'hui, une partie de la mosquée est utilisée comme synagogue.

Les Palestiniens ne peuvent accéder à ce sanctuaire sacré qu'en passant par des points de contrôle israéliens. Lors des fêtes religieuses juives, l'accès est interdit aux musulmans, c'est-à-dire aux Palestiniens.

Durant ces périodes, les colons juifs utilisent également la partie du sanctuaire servant de lieu de prière musulman (masjid) pour des festivités incluant danses et musique.

Conformément à la décision prise par Israël, des préparatifs sont en cours pour retirer la gestion du site à l'Administration des dotations islamiques (Waqf), responsable de la mosquée Ibrahimi, afin de rattacher la mosquée à la municipalité d'occupation sous contrôle israélien.

Israël avait placé en détention le maire d'Hébron, Tayseer Abu Sneineh, en septembre 2025. C'est actuellement l'adjointe au maire et maire par intérim, Asma Sharabati, qui assure la gestion de la ville.

"Israël aura, de fait, annexé ces régions"

Dans une déclaration à Anadolu, la maire par intérim d’Hébron, Sharabati, a souligné que l’occupation israélienne franchissait un nouveau seuil dans les politiques qu’elle applique depuis des années dans la ville, en s'apprêtant à mettre en place une structure de "municipalité parallèle".

"Avec cette pratique, l’occupation israélienne aura pris le contrôle total de l’administration dans les zones A, B et C, placées sous l’autorité palestinienne, et aura annexé ces régions de facto, sans aucune restriction", a déclaré Sharabati.

Indiquant qu’avec la "municipalité d’occupation parallèle" que le gouvernement israélien prévoit de créer, les colonies israéliennes établies sur des terres palestiniennes confisquées acquerront rapidement et unilatéralement un statut légitime aux yeux d'Israël, Sharabati a également souligné un autre danger: la publication des registres fonciers des Palestiniens sous forme de listes exposera ces propriétaires au ciblage par les colons juifs de la région, par le biais de "provocations, de la coercition et de menaces".

"Par ces mesures, l’occupation israélienne a démontré qu’il n’y a plus de limite à la confiscation des terres palestiniennes et qu’elle se prépare à faire avancer ce processus directement au sein de sa propre administration", a-t-elle affirmé.

Israël vise à abolir le statu quo en vigueur depuis 1967

L'avocat Tawfik Jahshan, expert en droit international au sein du Comité de réhabilitation rattaché à la municipalité d'Hébron (al-Halil), a indiqué que l'administration d'extrême droite, qui prône l'annexion de la Cisjordanie à Israël, vise par ses dernières décisions à abolir le statu quo en vigueur dans la région depuis 1967.

Jahshan a précisé qu'avec ces décisions, l'administration israélienne cherche à accorder une légitimité unilatérale aux "colonies sauvages" établies sur des terres palestiniennes confisquées, lesquelles n'ont aucun statut légal même du point de vue israélien. Il a noté que, de la même manière, la voie est désormais ouverte à des démolitions, y compris dans la "Zone A", où la sécurité et l'administration relèvent pourtant de l'Autorité palestinienne.

Voici la traduction de ce dernier volet, réalisée avec la même exigence de fidélité et de précision terminologique. Ce segment est crucial car il détaille les mécanismes juridiques (prétextes archéologiques et environnementaux) utilisés pour contourner les Accords d'Oslo.

"Cela anéantit le rêve d’un État palestinien"

Issam Amru, militant palestinien originaire d’Hébron (al-Halil), a déclaré que les décisions prises par le gouvernement israélien entraîneraient la démolition des maisons palestiniennes en Cisjordanie, la dépossession de leurs habitants, la construction de davantage de colonies juives sur les zones confisquées, et faciliteraient le vol des biens palestiniens dans la zone H2 d'Hébron, où cohabitent Palestiniens et colons juifs.

"Ces décisions sont dangereuses, contraires au droit international, aux Accords d’Oslo et au Protocole d’Hébron; elles attisent le racisme et la discrimination, et approfondissent le régime d’apartheid d’Israël", a affirmé Amru. Il ajoute que "ces mesures englobent les zones A et B sous administration palestinienne ainsi que la zone H2 à Hébron, elles visent la souveraineté et anéantissent le rêve d’un État palestinien."

Soulignant que les municipalités et conseils locaux sous l'autorité palestinienne seraient "réduits à l’impuissance" par cette démarche du gouvernement israélien, Amru a insisté sur le fait que la confiscation des terres palestiniennes par les colons juifs, ainsi que la dépossession et le déplacement forcé des Palestiniens, allaient s'accélérer.

Il a appelé les dirigeants et les acteurs politiques palestiniens à s’unir face aux mesures de l’occupation israélienne qui "démantèlent l'ensemble du statu quo".

De son côté, l’ancien directeur de la mosquée Ibrahimi, Hafzi Abu Sneineh, a indiqué ne pas être "surpris" par les décisions du gouvernement israélien concernant la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée et les lieux saints d’Hébron. "Israël porte atteinte systématiquement et continuellement aux lieux saints. Lorsque ces décisions seront appliquées, le site d’Abraham sera isolé de ses propriétaires légitimes, ce qui constitue une violation de tous les accords. Mais quoi qu'il arrive, la mosquée Ibrahimi demeurera la propriété des musulmans", a-t-il déclaré.

Israël restreint les pouvoirs de l’Autorité palestinienne dans les zones "A" et "B"

Le cabinet de sécurité israélien a décidé d'autoriser les unités de l'administration civile, opérant dans les territoires occupés et rattachées à Tel-Aviv, à intervenir également dans les zones "A" et "B", placées sous la responsabilité de l’Autorité palestinienne en vertu des accords internationaux.

Avec cette décision, Israël se donne la possibilité d’approfondir son occupation et de procéder à des démolitions non seulement dans la zone C (dont il a la charge administrative et militaire), mais dans la totalité de la Cisjordanie.

Selon l’Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (Oslo II) de 1995, la Cisjordanie est divisée en trois secteurs: la "Zone A", entièrement sous contrôle palestinien; la "Zone B", sous administration civile palestinienne et contrôle sécuritaire israélien; et la "Zone C", entièrement sous contrôle israélien. La "Zone C" couvre environ 61 % de la Cisjordanie.

En violation du droit international, l’administration israélienne vise à étendre son occupation via les administrations civiles qu’elle établira dans les zones A et B de la Cisjordanie occupée, en invoquant des motifs tels que le "patrimoine culturel, les sites archéologiques, les risques environnementaux et les ressources en eau".

Dans ce cadre, les structures appartenant à des Palestiniens pourront être démolies sous prétexte qu’elles nuisent à l’environnement ou aux ressources hydriques, ou être confisquées au motif qu’elles présentent une valeur archéologique.



La chanteuse chilo-palestinienne Elyanna : "Ghosn Zeytoun", un hymne à la résilience



"Ghosn Zeytoun" (branche d'Olivier) 

Les paroles puissantes expriment la douleur de la diaspora palestinienne pour les habitants de Gaza, qui subissent depuis deux mois les bombardements incessants d’Israël.

"Mes larmes se sont taries, et mon cœur est brisé, je suis loin, mais je prie pour toi. Et j'envoie la paix, sur une branche d'olivier. Dans la terre de la paix, la paix est morte", chante Elyanna d’une voix tremblante d’émotions et étranglée par les larmes.

La chanson, une réponse directe à la tragédie en Palestine, a été publiée sur YouTube après avoir été initialement partagée sur le compte Instagram d'Elyanna. 

Hymne à la résilience

La chanson "branche d’Olivier" a été initialement publiée par Elyanna sur son compte Instagram, accompagnée des mots : "Ces derniers jours, j'ai eu du mal à mettre mes émotions en mots. Il a été difficile d'assister à tout ce qui s'est déroulé, je m'inquiète et je prie pour ma famille, mes amis et mon peuple là-bas."

Très vite cette chanson est devenue un hymne à la résistance et à la résilience palestinienne.


Elyanna, de son vrai nom Elian Amer Marijeh, est née en 2002 à Nazareth. Elle a commencé sa carrière musicale après avoir déménagé aux États-Unis en 2017 avec sa famille.

Grande présence palestinienne au Chili

La présence significative de la communauté palestinienne au Chili découle des migrations initiées au début du 20e siècle, à la suite de conditions économiques difficiles, des changements politiques liés à la Première Guerre mondiale, et des conséquences de la création de l'État d'Israël en 1948.

De nombreux Palestiniens ont trouvé refuge au Chili, destination privilégiée en raison de la souplesse de ses politiques migratoires.

Cette communauté, concentrée notamment à Santiago, a prospéré économiquement, contribuant au développement du pays dans des secteurs tels que le commerce, l'industrie et l'agriculture, tout en préservant ses liens culturels avec la Palestine.



mercredi 11 février 2026

Le ministre Nuñez saisit la justice contre Soral pour un tweet sur Epstein



 Alain Soral est de nouveau au cœur d’une controverse. Et le ministre de l’Intérieur a décidé de ne rien laisser passer. Laurent Nuñez a en effet saisi la justice lundi après la publication sur le réseau social X de deux messages dont l’un de l’idéologue d’extrême droite dénonçant « une mafia juive » au travers de l’affaire Epstein.


Le ministre de l’Intérieur a effectué un signalement auprès de la procureure de Paris, Laure Beccuau, concernant deux messages postés sur X lundi.

Un message contre le Crif

L’un, émanant du compte « Alain Soral Officiel » et reprenant des thèses de milieux complotistes, assurait : 

« l’affaire Epstein nous démontre une chose très clairement : c’est qu’il existe au sommet du monde occidental une mafia juive suprémaciste et raciste doublement délinquante sur le plan financier et sexuel. Osez dire le contraire…. ».

Lire :


Nili Naouri craint de ne "plus mettre les pieds en France"




L’avocate franco-israélienne pro-génocide à Gaza, Nili Kupfer-Naouri, fait l’objet d’une plainte en France pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité. Déposée par l’UJFP et Urgence Palestine, la procédure vise sa participation présumée à des actions bloquant l’aide humanitaire destinée à Gaza. Nili Naouri affirme ne pas se sentir inquiétée mais dénonce un précédent judiciaire qui pourrait concerner de nombreux Franco-Israéliens liés à l’armée israélienne. Cette affaire s’inscrit dans un contexte de judiciarisation croissante des crimes commis à Gaza.

La génocidaire Nili Kupfer-Naouri est visée par une plainte en France pour complicité de génocide à Gaza

Nili Kupfer-Naouri, présidente de l’association Israël is Forever, fait l’objet d’une plainte déposée en France pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité.

La procédure a été engagée par l’Union juive française pour la paix (UJFP) et le collectif Urgence Palestine.

La plainte cible la participation présumée de Nili Naouri à des actions visant à bloquer des camions d’aide humanitaire destinés à la Bande de Gaza. Ces faits sont présentés par les plaignants comme une contribution directe à la situation humanitaire dramatique dans l’enclave palestinienne.

Blocage de l’aide humanitaire vers Gaza

Selon les éléments avancés, les actions reprochées auraient eu pour objectif d’empêcher l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza, alors que la population civile fait face à une crise sans précédent.

Les plaignants estiment que ces initiatives s’inscrivent dans un contexte plus large de violences systématiques contre les Palestiniens, qualifiées de génocide par plusieurs ONG et juristes internationaux.

La plainte entend établir un lien entre ces actions militantes et une responsabilité pénale individuelle, en s’appuyant sur le droit international humanitaire et le principe de compétence universelle.
Interrogée sur cette procédure, Nili Kupfer-Naouri affirme ne pas se sentir personnellement inquiétée. Elle exprime toutefois sa crainte qu’une telle action judiciaire crée un précédent susceptible de concerner de nombreux Franco-Israéliens ayant servi l’armée d’occupation israélienne, notamment lors des opérations militaires à Gaza.

“Je ne pourrai plus mettre les pieds en France parce que je n’ai pas l’intention d’aller dans les geôles françaises, ni en garde à vue, ni autre chose”, a-t-elle déclaré.

Droit international contre "délire antisémite"

L’avocate dénonce ce qu’elle qualifie de dérive des autorités françaises, estimant que “la France est tombée dans un délire antisémite”.

Cette plainte intervient dans un contexte de judiciarisation croissante des actions liées à la guerre à Gaza, alors que plusieurs responsables politiques, militaires et militants pro-israéliens sont visés par des procédures similaires en Europe.



mardi 10 février 2026

Cisjordanie: Israël valide des mesures qui redessinent l'équilibre du contrôle sur le terrain





C'est un tournant majeur dans la gestion de la Cisjordanie. À quelques jours d'une rencontre cruciale Donald Trump-Benyamin Netanyahu à la Maison Blanche, le cabinet de sécurité israélien a validé une série de mesures qui modifient les équilibres sur le terrain. De l'extension de l'autorité israélienne en zone palestinienne à la réforme du droit foncier, ces décisions marquent une rupture avec des décennies de statu quo.

Sous l'impulsion des ministres de la droite dure Bezalel Smotrich et Israël Katz, Israël va désormais étendre son pouvoir d'inspection et d'urbanisme jusque dans les zones A et B de Cisjordanie, théoriquement sous contrôle palestinien. Officiellement, ces mesures visent à protéger l'environnement et les sites archéologiques. Mais sur le terrain, elles constituent une intrusion civile israélienne sans précédent, explique notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

À Hébron, le basculement est total. La municipalité palestinienne perd ses pouvoirs en matière de construction sur les zones de colonisation ainsi que sur le site du Tombeau des Patriarches, au profit de l'administration militaire israélienne. Plus radical encore : le cabinet a levé le secret sur le cadastre et aboli une ancienne loi jordanienne, ouvrant ainsi la voie à l'achat direct de terres par des citoyens juifs.

Alors que Bezalel Smotrich assume vouloir « tuer l'idée d'un État palestinien », l'appareil sécuritaire israélien s'inquiète d'une possible explosion de violence à l'approche du ramadan. Reste à savoir si Benyamin Netanyahu place Donald Trump devant le fait accompli, ou si ces mesures – décrites comme une nouvelle phase de l'annexion rampante – ont déjà reçu un feu vert discret de la Maison Blanche.

Une remise en cause des accords d'Oslo

Ces nouvelles décisions du cabinet ministériel israélien restreint ne visent pas uniquement les terres palestiniennes. Elles portent atteinte à l'essence même des accords d'Oslo, démantèlent les prérogatives de l'Autorité palestinienne et, selon des analystes palestiniens, ouvrent également la voie à une phase plus dangereuse, où la Cisjordanie serait administrée comme une partie placée sous souveraineté israélienne, rapporte notre envoyée spéciale à Ramallah, Alice Froussard.

Le transfert des compétences israéliennes en matière de planification concerne également la ville de Bethléem, selon les décisions approuvées par le cabinet israélien. « Cela va donc au-delà de la politique du fait accompli, c'est une annexion réelle, institutionnelle et juridique », précise la professeure de diplomatie et de résolution des conflits Dalal Erekat.

Dans les faits, ces nouvelles mesures mettent surtout fin à l'autorité juridique palestinienne sur les zones A et certaines zones B, et replacent la gestion des terres, des biens immobiliers et des infrastructures sous contrôle israélien direct. Un contrôle qui, jusque-là, était principalement concentré sur les zones C. Ce qui signifie que les Palestiniens dans les villes sont désormais menacés de démolition et de confiscation sans besoin d'une coordination palestinienne.

Un peu comme s'il ne s'agissait plus, en Cisjordanie occupée, d'un modèle d'occupation militaire directe, mais plutôt d'un nouveau modèle hybride, dans lequel les lois et les institutions civiles israéliennes voient leurs prérogatives élargies, sans déclaration officielle de souveraineté.

Cela rejoint dans un sens les déclarations des ministres Israël Katz et Bezalel Smotrich, selon lesquelles ces décisions visent à supprimer des obstacles juridiques « discriminatoires » en place depuis des décennies. « C'est dangereux, illégal et équivaut à une annexion de facto », a déclaré Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne. Il a exhorté Donald Trump et le Conseil de sécurité de l'ONU à intervenir.