mercredi 13 mai 2026

La France doit restituer les œuvres d’art qu’elle a volées



La réticence de la France à restituer les œuvres d’art volées à travers son ancien empire montre que la décolonisation est loin d’être achevée, écrit Nabila Ramdani.

Colons participant au pillage des œuvres d'art africaines.


Le simple fait d’évoquer le colonialisme contrarie beaucoup de gens. Ils prétendent que les nations occidentales, notamment la France et la Grande-Bretagne, ont renoncé à leurs empires il y a longtemps, et qu’il est temps de passer à autre chose.

Pour comprendre à quel point ils se trompent, il suffit d’écouter les éternels débats sur la restitution des trésors pillés.

Des œuvres d’art et des objets d’une valeur de plusieurs milliards d’euros ont été dérobés par les puissances occupantes pendant des siècles, et une grande partie de ce butin est toujours entre les mains des voleurs.

Il ne s’agit pas d’une plainte des groupes de gauche. C’est une question fondamentale de justice et, plus encore, un parfait exemple de la façon dont le processus de décolonisation est loin d’être achevé.

De vieux préjugés persistent, et il y a beaucoup trop d’ultranationalistes intolérants qui continuent de traiter les anciens sujets de l’Empire comme des êtres inférieurs.

Ces haines ancestrales se manifestent clairement dans le dernier projet de loi français visant à restituer les objets disparus.

La législation porte sur les objets volés entre juin 1815 – à l’époque de la bataille de Waterloo – et avril 1972, date à laquelle un référendum a vu les électeurs français approuver l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté économique européenne, précurseur de l’UE.

C’était également une décennie seulement après la guerre au cours de laquelle les nationalistes algériens ont vaincu la France dans l’un des conflits les plus sanglants de l’histoire.

Des millions d’Algériens ont été tués au cours de ces 132 années, alors que les Français imposaient leur puissance militaire sur ce qui est aujourd’hui le plus grand pays d’Afrique.

Ils ont utilisé tout ce qu’ils pouvaient, des chambres à gaz au napalm – ce mélange chimique incendiaire largué depuis les airs sur des villages, des villes et des bourgs entiers pour y brûler vifs les habitants – pour asservir la population autochtone composée d’Arabes et de Berbères.

Soit dit en passant, les villes et villages algériens ont également été pillés, tout comme certains des sites archéologiques les plus riches au monde.

On pourrait penser que tout ce qui a été pris dans de telles circonstances – qu’il s’agisse de bijoux ou de poteries anciennes – devrait être restitué, mais non. L’Algérie était considérée comme le joyau de la couronne de l’Empire gaulois et de nombreux Français sont encore furieux de l’avoir perdue.

Son indépendance a été considérée comme une atteinte à l’honneur de la France et une trahison des colons qui, après s’être livrées à un nettoyage ethnique, s’étaient installés sur des terres qui ne leur avaient jamais appartenues.

Beaucoup de nostalgiques de l’Algérie sont membres du Rassemblement national (RN), le parti d’extrême droite fondé sous le nom de Front national (FN) par des hommes qui avaient combattu en Algérie pendant la guerre d’indépendance entre 1954 et 1962, ainsi que par certains qui avaient pris les armes au nom des nazis lorsque la France faisait partie du Troisième Reich.

Le leader de longue date du FN, Jean-Marie Le Pen, a été impliqué dans des actes de torture alors qu’il servait comme lieutenant dans une unité de renseignement de l’armée française. C’était un raciste notoire qui, comme nombre de ses collègues du RN, n’a jamais caché son aversion pour la majorité musulmane d’Algérie.

Le Pen est décédé l’année dernière, mais peu après, le RN a fait adopter une résolution parlementaire virulente attaquant les accords d’Évian – les conditions fixées à la fin de la guerre d’indépendance qui, entre autres, régissaient la circulation des personnes entre l’Algérie et la France de l’après-guerre.

Les Algériens entretenaient naturellement des liens extrêmement forts avec la France, et il était tout à fait légitime qu’on leur accorde des droits de circulation et d’immigration relativement faciles vers un pays qui avait dominé leur vie pendant si longtemps.

À l’époque coloniale, l’Algérie était considérée comme faisant partie du territoire métropolitain français, au point qu’elle disposait de ses propres députés à l’Assemblée nationale à Paris.

En retour, les Français ont fait venir des dizaines de milliers de travailleurs algériens dans leurs grandes villes et leurs agglomérations pour aider à les reconstruire après les ravages causés par la Seconde Guerre mondiale.

Pourtant, malgré tout cela, le RN, parti xénophobe, cherche toujours à régler ses comptes avec les autorités algériennes, et même avec les millions de Franco-Algériens qui vivent aujourd’hui en France. C’est pourquoi le RN suggère que le nouveau projet de loi concernant la restitution des trésors volés ne s’applique qu’aux pays avec lesquels la France entretient de bonnes relations.

Objectivement, cela n’inclurait pas l’Algérie pour le moment, notamment en raison de ses appels constants à un règlement complet et équitable après toutes ces années d’occupation barbare.

En décembre, par exemple, le Parlement d’Alger a adopté à l’unanimité une loi qualifiant la colonisation française de crime et exigeant des excuses et des réparations.

Le président Emmanuel Macron s’était officiellement rangé à la position algérienne lors de sa campagne électorale avant son arrivée au pouvoir en 2017, affirmant sans équivoque que ce qui était arrivé à l’Algérie constituait « un crime contre l’humanité ».

Cependant – comme c’est si souvent le cas chez un homme politique qui change d’avis selon les circonstances et selon son interlocuteur –, il a déclaré que son engagement en faveur de la justice avait évolué.

De manière scandaleuse, le projet de loi qu’il soutient va jusqu’à invoquer la guerre comme motif d’annulation de la restitution. En bref, si un objet est lié de quelque manière que ce soit à un conflit armé, il ne pourra plus être restitué.

Une telle restriction concernerait notamment Baba Merzoug, un canon en bronze algérien du XVIe siècle, qui est actuellement conservé comme trophée de guerre à la base navale française de Brest, en Bretagne. Il a été volé à la suite de la prise d’Alger en 1830, et les multiples demandes de restitution ont été rejetées.

Parmi les autres objets contestés figurent les effets personnels du légendaire chef algérien, l’émir Abdelkader, qui a mené la résistance de son peuple contre les Français jusqu’en 1847. Il s’agit notamment d’une cape de cérémonie et de l’épée d’une figure toujours très admirée, acclamée comme un « prince parmi les saints ».

Au-delà de ses tactiques exceptionnelles contre l’une des armées les plus sophistiquées au monde sur le plan technologique, Abdelkader était connu pour son respect des droits de l’homme, à une époque où ceux-ci étaient à peine pris en compte par de nombreuses forces armées, et encore moins par la France.

La conscience nationale algérienne s’articule autour de héros tels qu’Abdelkader, mais de nombreux Français continuent de le nier.

Il n’y a rien de nouveau dans la manière sournoise dont les anciennes puissances coloniales tentent de conserver leur butin.

La France conserve des dizaines de milliers d’objets pillés en Afrique subsaharienne et a avancé toutes sortes de raisons pour les conserver. Cela contraste avec la manière dont la France a évacué ses plus belles œuvres d’art de Paris pendant l’occupation nazie.

Même la Joconde a été retirée du Louvre et mise à l’abri. Et certains ont même osé suggérer que le fait d’arracher une œuvre d’art à son cadre d’origine constituait un « acte créatif ».

Cette soi-disant créativité est apparemment le seul argument qui reste aux anciens colonisateurs pour continuer désespérément à défier le cours de l’histoire.

Ce qu’il leur faudrait faire, c’est restituer ces trésors, présenter des excuses sincères et offrir des réparations appropriées aux valeureux peuples qu’ils ont humiliés et exploités pendant si longtemps.

Nabila Ramdani


Nabila Ramdani est une journaliste franco-algérienne, chroniqueuse et animatrice renommée de chaînes d’information.
Elle est spécialiste de la politique française, des affaires islamiques et du monde arabe. Elle rédige des chroniques pour les journaux The Guardian, The Observer, The Independent et London Evening Standard.
Elle a écrit Fixing France, publié à l'automne 2023. Son compte Twitter/X.

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mardi 12 mai 2026

Comptant sur une indifférence générale, les Israéliens veulent relancer leur génocide à Gaza




par Qassam Muaddi


Alors que le monde a les yeux rivés sur l’Iran, Israël laisse entendre qu’il prévoit de relancer le génocide à Gaza.

Pendant des décennies, Gaza a été reléguée aux marges de l’attention mondiale. Puis, le 7 octobre est arrivé, un génocide s’en est suivi et Gaza a bouleversé le monde entier, déclenchant une série d’événements qui menacent désormais la place des États-Unis au Moyen-Orient et démontrent les limites de la puissance américaine.

Tragiquement, les événements que Gaza a mis en branle l’ont désormais reléguée au second plan. Depuis le soi-disant cessez-le-feu d’octobre 2025, le monde a «tourné la page» sur Gaza.

Mais Israël, lui, ne l’a pas fait, et il prévoit de reprendre la guerre.

Lorsque les États-Unis ont conclu un cessez-le-feu avec l’Iran – au grand dam de l’ensemble de la classe politique israélienne -, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré qu’Israël allait désormais «se concentrer sur le Hamas», laissant entendre un retour à la guerre à Gaza.

Ces intentions sont devenues explicites lorsque la chaîne israélienne Channel 14 a rapporté le week-end dernier que les forces israéliennes se préparaient à reprendre la guerre à Gaza «dès le mois prochain».

Selon le reportage diffusé en direct sur la chaîne, Israël envisage de reprendre ses opérations à Gaza après le refus du Hamas et d’autres organisations palestiniennes de déposer les armes.

Ce refus de désarmement fait suite à une série de réunions mi-avril entre des représentants des organisations palestiniennes et Nickolay Mladenov, le «Haut Représentant pour Gaza» au sein du Conseil de paix de Donald Trump, qui a exigé que les factions acceptent un plan américain de désarmement.

Mais pourquoi Israël insiste-t-il pour reprendre le génocide maintenant, alors que la guerre avec l’Iran pourrait reprendre suite au blocus des navires iraniens par Trump dans le détroit d’Ormuz ? Voici comment l’Iran et Gaza sont liés.

Se venger sur les Palestiniens de l’échec face à l’Iran

Le fait que le cessez-le-feu à Gaza ne figure plus parmi les priorités américaines et internationales est, bien sûr, dû en grande partie à la guerre en Iran. Mais le lien est encore plus direct, car la guerre contre l’Iran était censée être la dernière étape pour éliminer toute opposition à la domination d’Israël dans la région.

L’issue de la guerre pourrait déterminer la manière dont Israël traiterait les autres «dossiers» dans la région, à commencer par Gaza elle-même.

L’élimination de l’opposition iranienne à l’agenda américain et israélien dans la région priverait le Hezbollah et le Hamas de leur soutien, les laissant vidés de leur substance et sous contrôle. Une fois ceux-ci écartés, Israël serait libre de poursuivre ses ambitions les plus maximalistes, en rejetant tout accord ou arrangement qui se dresserait sur son chemin.

Compte tenu des enjeux, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que l’armée israélienne attendait le «feu vert» des États-Unis pour reprendre sa guerre contre l’Iran, promettant que «cette fois, l’attaque sera différente et meurtrière».

Katz a ajouté qu’Israël était prêt à renvoyer l’Iran à «l’âge des ténèbres et de la pierre» en ciblant les infrastructures centrales d’énergie et d’électricité.

En d’autres termes, il s’agit de la dernière manœuvre d’Israël pour préserver son impunité et garantir sa place de puissance hégémonique régionale.

Cependant, même si la guerre israélo-US contre l’Iran échoue, cela ne signifie pas qu’Israël sera soudainement contenu par la puissance iranienne en ce qui concerne Gaza.

En fait, Israël chercherait à compenser son échec face à l’Iran par un expansionnisme maximaliste dans son arrière-cour : en reprenant son offensive à grande échelle sur la bande de Gaza et en annexant la Cisjordanie avant que son impunité internationale n’expire.

Ce risque est aggravé par la crise politique qui menace Israël. Les élections sont dans quelques mois et la coalition de Netanyahou risque de les perdre, selon les sondages.

Maintenir un front de guerre ouvert jusqu’à cette date donnerait aux dirigeants israéliens un puissant outil de diversion : repousser, une fois de plus, une enquête indépendante sur la défaillance sécuritaire qui a conduit au 7 octobre, la conscription des ultra-orthodoxes et les affaires de corruption en cours contre Netanyahou.

Le monde contre Gaza

Selon les médias palestiniens, la délégation palestinienne qui a rencontré Mladenov à la mi-avril comprenait des représentants du Hamas, du Fatah, du FPLP, du FDLP et du Jihad islamique palestinien, qui ont refusé de discuter du désarmement tant qu’Israël n’aura pas rempli toutes ses obligations au titre de la première phase incomplète du cessez-le-feu, à savoir la libre entrée des marchandises à Gaza et le début de la reconstruction.

Plus tôt en avril, des représentants du Fatah et du Hamas se sont rencontrés au Caire et ont discuté des mesures concrètes pour passer à la phase d’après-guerre à Gaza, notamment la reconstruction et le désarmement, selon les médias arabophones.

Ces développements interviennent trois mois après la formation du Comité national pour l’administration de Gaza – connu sous le nom de «comité technocratique» et composé de Palestiniens chargés d’administrer le territoire assiégé.

Bien que ce comité soit subordonné au Conseil de la paix et indépendant des institutions politiques palestiniennes, les organisations palestiniennes, y compris le Hamas et le président palestinien Mahmoud Abbas, l’ont accueilli favorablement dans le but d’amorcer la reconstruction humanitaire de Gaza. Cependant, le comité n’a pas encore été autorisé à entrer dans la bande de Gaza.

Tout cela se déroule dans un contexte de fracture et de paralysie constantes de la politique palestinienne.

Pourtant, cet état de stagnation persistant à Gaza n’est pas nouveau. Avant le génocide, Gaza connaissait déjà une longue période de stagnation humanitaire et politique depuis près de deux décennies.

Gaza avait été déclarée «inhabitable» par l’ONU en 2020, après près de deux décennies de blocus partiel israélien et de multiples campagnes de bombardements par l’occupant.

Les Gazaouis ont manifesté en masse lors d’une série de manifestations populaires connues sous le nom de Grande Marche du Retour, qui ont été accueillies par des tirs à balles réelles de la part de tireurs d’élite israéliens. Pourtant, la réaction internationale a été quasi inexistante.

Finalement, le 7 octobre est arrivé et Israël a affirmé que la situation à Gaza ne pouvait être changée que par la force, procédant à la destruction de l’enclave et tuant au moins 70 000 Palestiniens au cours de cette opération.

Mais alors que le front de Gaza s’essoufflait et qu’Israël lançait une guerre sur deux autres fronts, en Iran et au Liban, Gaza a été une fois de plus mise de côté.

Alors que les perspectives d’un processus de négociation long et interminable avec l’Iran semblent de plus en plus probables, et avec une guerre qui reprend et s’interrompt sans cesse au Liban, Gaza est sur le point de sombrer dans l’insignifiance tandis que sa population continue d’être affamée et bombardée.

La question de Gaza dans son ensemble, comme cela a toujours été le cas, deviendra le problème du prochain gouvernement israélien.

Source : Mondoweiss via Chronique de Palestine

Photo d’illustration : 21 avril 2026 – Les proches de Khamis Al-Qassas pleurent sa mort au complexe médical Al-Nasser à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, le 21 avril 2026. Il est décédé des suites de blessures subies lorsqu’il a été pris pour cible par une frappe aérienne israélienne dans le quartier de Cheikh Nasser, à l’est de Khan Yunis, plus tôt dans la journée. Son fils avait également été tué par les forces israéliennes il y a environ un an. Malgré le soi-disant cessez-le-feu d’octobre 2025, les attaques israéliennes sur Gaza se sont poursuivies quotidiennement, faisant plus de 780 morts parmi les Palestiniens dans toute la bande de Gaza depuis lors, selon le ministère de la Santé de Gaza – Photo : Doaa Albaz / Activestills


lundi 11 mai 2026

"Ouvrir Twitter X tous les matins est une épreuve"


D'abord, l'algorithme vous donne systématiquement le spectacle des ignominies de l'État paria génocidaire. Devenu une secte de la mort avec la passion pour le meurtre de son gouvernement de fanatiques soutenus par sa population.

Ensuite vous avez droit au spectacle des élites politico-médiatiques françaises qui approuvent, soutiennent, nient.

Et enfin celui de la soumission du pouvoir d'État au lobby d'un État étranger.

Régis de Castelnau sur X


Une justice politique
Régis de Castelnau

Résumé :

A l'heure où les questions judiciaires occupent un espace médiatique toujours plus important, toutes les études démontrent pourtant que l'opinion publique se défie désormais de la Justice. Que s'est-il donc passé ? Bien sûr, la pénurie des moyens explique en partie cette image de service public à l'abandon. Mais, selon Régis de Castelnau, cette défiance prend d'abord racine dans la perte flagrante par la magistrature de sa neutralité au profit d'un exercice politique de sa mission.

En analysant les trois dernières décennies, il montre comment la justice pénale, renonçant à son impartialité, a accepté de devenir un instrument intervenant directement dans le champ politique. Castelnau détricote, pièce par pièce, la plupart des grandes affaires politico-judiciaires récentes et révèle leurs mécaniques cachées. Enfin, il démontre comment les différents dispositifs mis en place par François Hollande ont permis à la haute fonction publique judiciaire, en disqualifiant François Fillon, d'assurer l'arrivée à l'Elysée d'Emmanuel Macron.

Et de devenir ensuite une des pièces essentielles de son exercice du pouvoir. Depuis 2017, Castelnau expose les éléments qui permettent d'affirmer que la Justice ralliée au "bloc élitaire" assure la pérennité d'un système où l'argent joue un rôle majeur. Un système où il s'agit d'abord de protéger les amis, de maintenir une pression constante sur les opposants et enfin de réprimer le Peuple quand il ose exprimer une révolte sociale ou une inquiétude sécuritaire.

Le tableau final, lourdement documenté, est celui d'une magistrature qui a fait le choix de son idéologie plutôt que du bien commun.


Biographie :

Régis de Castelnau est français, né à Rabat le 7 mars 1950.

Il est diplômé de l’université Paris II Panthéon Assas. Il prête serment près la cour d'appel de Paris en 1972 et fonde d’abord son propre cabinet d’avocats en se spécialisant en droit social et économique.

Avocat engagé, il se rapproche du mouvement ouvrier français et devient dans les années 1970 un des avocats du Parti communiste français (PCF) et de la CGT. Il mènera en particulier la défense des travailleurs de la sidérurgie entre 1978 et 1982. Expérience dont il tirera un livre, La Provocation2, écrit avec l’écrivain François Salvaing. Par ses fonctions de membre du bureau de la commission de politique extérieure (la Polex) du PCF, il développe une importante activité internationale et rencontre notamment Indira Gandhi en 1982 et Mikhaïl Gorbatchev en 1987. Ses engagements lui valent, au Palais, le surnom de « Baron rouge »3.

À partir des années 1990, analysant l’importance grandissante des questions juridiques dans le processus amorcé en France par les lois de décentralisation de 1982 et 1983, il réoriente ses activités vers le droit public local4.

Fondateur et vice-président du Syndicat des avocats de France entre 1973 et 1975, président de l’association France-Amérique latine entre 1981 et 1985, il est vice-président, président puis président d’honneur de l’Association française des avocats conseils des collectivités. Il est également président de l’Institut droit et gestion locale depuis 19975.Source insuffisante

Par ailleurs, il a enseigné le droit de l’urbanisme à l’université de Bourgogne et le droit de la responsabilité personnelle des décideurs publics locaux à l’université Paris II Panthéon Assas.

Source :


dimanche 10 mai 2026

Quand la criminalisation de l’antisionisme préfigure l’abolition de toute contestation




Quand ils ont commencé à pourchasser les millions de militants pro-palestiniens, beaucoup ont détourné le regard; ce n’étaient, disait-on, que des « islamistes ». Leur disqualification a suffi à rendre leur sort indifférent. On ne se préoccupe pas des injustices qui frappent ceux que l’on a déjà exclus du champ de la légitimité politique et privés de toute dignité humaine.

Quand ils ont interdit les manifestations de millions et de millions de citoyens dans une centaine de pays dans le monde contre le génocide des Palestiniens de Gaza, les voix indignées se sont faites plus rares encore; c’était, assurait-on, pour préserver « l’ordre public ». La restriction des libertés n’a plus été perçue comme un problème, mais comme une évidence – une exigence du bourgeois. Et ce qui aurait dû inquiéter a été présenté comme une protection.

Quand ils ont harcelé, marginalisé, puis réduit au silence les intellectuels antisionistes, le mutisme s’est installé ; c’était, disait-on, pour «lutter contre l’antisémitisme». L’accusation a suffi à disqualifier toute parole pro-palestinienne, toute critique de l’entité israélienne. On n’a plus répondu à des arguments : on a suspecté, stigmatisé, puis exclu. Car il ne s’agissait plus seulement de disqualifier ou de marginaliser, mais de faire taire l’opposition massive au génocide d’un peuple : de transformer une position politique en délit, et ceux qui la portaient en cibles à surveiller, à isoler, voire à sanctionner. La solidarité avec les arabes Palestiniens n’a plus été discutée : elle a été progressivement rendue suspecte, puis réprimée, et finalement criminalisée.

Puis le mécanisme a débordé ce premier cadre. Les travailleurs en lutte, les militants syndicaux comme les révolutionnaires ont à leur tour été visés, disqualifiés, désignés comme des fauteurs de trouble, et leurs mobilisations comme des dérives à réprimer. Là encore, les mêmes procédés ont été mobilisés : délégitimer les revendications, disqualifier et calomniés les militants, criminaliser les formes d’organisation. Ce qui relevait hier du conflit social a été progressivement requalifié en trouble à l’ordre public, puis en menace légitimant l’interdiction de toute manifestation.

Quand l’opinion elle-même a commencé à être traitée comme un délit, il ne restait déjà presque plus personne pour protester. Non parce que chacun avait disparu, mais parce que les conditions mêmes de la contestation avaient été anéanties.

C’est ainsi que procède l’étouffement de la liberté : non par un coup de force brutal, mais par une série de renoncements acceptés, d’exceptions tolérées, de disqualifications jugées légitimes.

Ainsi, peu à peu en France, le champ du dicible s’est rétréci. En public, ce qui relevait hier du débat est devenu prohibé ; dans les familles, ce qui pouvait encore être discuté est devenu indicible.

Parallèlement, la contestation sociale a été méthodiquement désarmée : ce qui relevait hier du combat ouvrier a été disqualifié ; ce qui pouvait être syndicalement organisé a été entravé.

Chaque étape répressive a été justifiée, chaque recul de la liberté imposé comme nécessaire, chaque silence face aux guerres génocidaires érigé en conduite réfléchie et raisonnable.

Et quand toute critique a été prohibée, il n’y avait plus personne pour protester, non parce que tout le monde consentait, mais parce que plus personne n’était autorisé à ne pas consentir.

En France, il ne s’agissait plus seulement du verrouillage de tout débat, mais d’une systématique mise au pas.

Après la criminalisation de l’antisionisme est venue celle de l’anticapitalisme. Alors, critiquer le capitalisme est devenu interdit ; le contester, impensable ; le combattre, impossible.

L’outil du silence consentant et complice était forgé ; il ne restait qu’à l’appliquer méthodiquement à toutes les formes de dissidence. Désormais, ce n’était plus une opinion que l’on proscrivait, mais la possibilité de penser autrement, d’imaginer une alternative. On ne réduisait plus les hommes au silence : on éradiquait jusqu’à l’idée même de manifester, de contester. En France, pays des révolutions, la révolte elle-même avait disparu de l’imaginaire collectif.

Dans ce même mouvement destructif, la mentalité guerrière et l’esprit belliciste se sont emparés de toute la société française, désormais profondément militarisée et dressée à se sacrifier sans réserve dans les guerres interminables du capital…ou chacun(e) était forcé de s’embrigader.

Khider MESLOUB



samedi 9 mai 2026

Greta Thunberg agressée à Stockholm : insultes et menaces après son soutien à Gaza


Greta Thunberg a été victime de harcèlement verbal et de menaces de mort à Stockholm. La militante écologiste suédoise aurait été agressivement prise à partie par un ressortissant israélien dans la rue. L’incident intervient alors que Greta Thunberg multiplie les prises de position en faveur de la Palestine et contre le blocus de Gaza. Elle avait récemment participé à la Global Sumud Flotilla, une initiative internationale destinée à attirer l’attention sur la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne. Des vidéos de l’altercation circulent massivement sur les réseaux sociaux.



La militante écologiste suédoise Greta Thunberg a été victime de harcèlement verbal et de menaces de mort dans les rues de Stockholm, selon plusieurs vidéos relayées sur les réseaux sociaux.

Un homme présenté comme un ressortissant israélien l’a agressivement insultée et menacée, dans une scène qui suscite de nombreuses réactions en Suède et à l’international.

Greta Thunberg ciblée après son engagement pour Gaza

Connue mondialement pour son engagement en faveur du climat, Greta Thunberg s’est également imposée ces derniers mois comme l’une des figures internationales soutenant la cause palestinienne.

La militante suédoise avait notamment participé à la Global Sumud Flotilla, une initiative internationale visant à briser le blocus israélien imposé à Gaza et à attirer l’attention sur la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne.

Depuis son engagement public en faveur de la Palestine, Greta Thunberg fait régulièrement l’objet de campagnes de harcèlement en ligne et de critiques virulentes de la part de soutiens du gouvernement israélien.

Une scène filmée en pleine rue à Stockholm

L’incident se serait produit dans le centre de Stockholm, où Greta Thunberg a été prise à partie de manière agressive par un homme l’insultant publiquement et proférant des menaces de mort.

Des vidéos largement partagées sur les réseaux sociaux montrent la militante tentant de quitter les lieux tandis que l’individu continue de l’invectiver.

Pour l’heure, aucune communication officielle des autorités suédoises n’a été publiée concernant une éventuelle plainte ou une enquête ouverte après l’incident.

Cette affaire intervient dans un contexte de fortes tensions autour des mobilisations internationales liées à Gaza, où les personnalités publiques affichant leur soutien à la population palestinienne font face à une polarisation croissante.

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Comment Big Tech alimente en IA la machine de guerre israélienne




Le génocide perpétré par Israël à Gaza a mis en évidence la manière dont l’IA transforme la guerre de façon terrifiante et meurtrière.

Avec l’aide des géants de la tech, Israël, aux côtés des États-Unis, étend désormais son utilisation de l’IA en Iran et au Liban, élargissant ainsi son terrain d’essai pour les technologies militaires basées sur l’IA – avec des conséquences encore plus meurtrières.

Israël est depuis longtemps l’un des principaux pôles mondiaux de développement de l’IA. En 2024, on comptait environ 2300 start-ups spécialisées dans l’IA en activité en Israël, selon un rapport de Google Israël et RISE Israël, un groupe de réflexion sur les technologies.

Depuis lors, ce nombre n’a sans doute fait qu’augmenter, les investisseurs en capital-risque injectant massivement des fonds dans ce secteur. Environ un quart de toutes les start-ups technologiques en Israël sont des entreprises d’IA, soutenues par des milliards de dollars de financement.

Les géants de la technologie ont également renforcé leurs relations avec Israël, tirant parti de son écosystème technologique pour recruter des talents et développer leurs activités.

Nvidia a récemment annoncé son intention de construire un immense campus technologique dans le nord d’Israël, qui accueillera des projets de recherche et de développement en IA, et le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a décrit Israël comme la « deuxième maison » de l’entreprise.

Tout cela s’est produit alors qu’Israël mène des attaques contre les populations civiles à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Iran.

Un nouveau rapport de l’Institut international d’études stratégiques (ISS), un groupe de réflexion et une référence en matière de sécurité mondiale et de conflits militaires, détaille précisément à quel point l’IA est profondément intégrée dans les systèmes d’armement et les opérations militaires d’Israël.

Selon ce rapport, Israël a réalisé d’importants investissements pour intégrer l’IA dans l’ensemble de ses outils et systèmes militaires. Ces efforts vont de la création d’une administration chargée de l’IA et de l’autonomie au sein de la Direction de la recherche et du développement de la défense du ministère de la Défense, à la mission confiée à l’unité d’élite 8200 de développer les capacités propres de l’armée israélienne en matière d’IA.
De « Smart Shooter » à « Lavender »

L’IA est utilisée pour améliorer le suivi des cibles et le taux d’élimination de toute personne qu’Israël considère comme un combattant ennemi.

La société israélienne Smart Shooter, par exemple, a mis au point un viseur « intelligent » alimenté par l’IA qui peut être installé sur presque toutes les armes à feu. Une fois fixé à l’arme, il peut transformer un fusil standard en une arme à feu de précision bien plus meurtrière.

Grâce à la technologie IA, un tireur peut viser une cible à l’aide du système optique SMASH de Smart Shooter, et le logiciel verrouille la cible et la suit automatiquement dans ses mouvements.

Lorsque le tireur s’apprête à appuyer sur la détente, le système synchronise automatiquement le tir dès que l’arme est correctement pointée sur la cible. En substance, la détente est bloquée électroniquement jusqu’à ce que le système IA calcule que le tir atteindra effectivement sa cible, rendant chaque tir bien plus susceptible d’être mortel.

Le système SMASH de Smart Shooter peut également être utilisé sur des drones.

L’un des produits d’IA les plus pervers d’Israël est connu sous le nom de Lavender. Tout au long du génocide à Gaza, Israël a exploité Lavender, un outil d’IA qui agrège de grands volumes de données sur les personnes et applique des algorithmes de reconnaissance de formes pour identifier les personnes à tuer, souvent en les traquant et en les tuant chez elles avec leurs familles, ce qui entraîne un maximum de victimes.

Grâce à ce système, l’armée israélienne a désigné des dizaines de milliers de Palestiniens comme cibles potentielles d’assassinat, selon +972 Magazine, et son système de ciblage par IA ne fait l’objet d’aucun contrôle humain et semble extrêmement permissif en matière de pertes humaines.

« Selon six agents des services de renseignement israéliens, qui ont tous servi dans l’armée pendant la guerre actuelle dans la bande de Gaza et ont été directement impliqués dans l’utilisation de l’IA pour identifier des cibles d’assassinat, Lavender a joué un rôle central dans les bombardements sans précédent contre les Palestiniens, en particulier au début de la guerre », rapporte +972.

« En fait, selon ces sources, son influence sur les opérations militaires était telle que celles-ci traitaient essentiellement les résultats de l’IA « comme s’il s’agissait d’une décision humaine ».

Le rapport de l’ISS met également en évidence l’utilisation par Israël de systèmes de reconnaissance faciale basés sur l’IA. Israël a déployé de vastes programmes de reconnaissance faciale tant à Gaza qu’en Cisjordanie.

En Cisjordanie, l’armée israélienne utilise des systèmes qui accèdent à une base de données appelée Wolf Pack. Cette base de données stocke des informations personnelles hautement sensibles sur les Palestiniens, qui sont utilisées pour créer des profils de renseignement qui sont ensuite partagés avec l’agence de sécurité intérieure israélienne, le Shin Bet.

Les données biométriques des Palestiniens sont collectées aux points de contrôle à travers Israël, et les soldats israéliens ont installé sur leurs smartphones un logiciel affilié à Wolf Pack afin d’enregistrer davantage de Palestiniens dans leurs systèmes.

L’utilisation de programmes de reconnaissance faciale sur des personnes sans leur consentement à une telle échelle est strictement contraire aux lois internationales relatives aux droits de l’homme. Le droit à la vie privée, y compris à l’abri des systèmes de reconnaissance faciale, est garanti par l’article 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).
Rendu possible par des entreprises privées

Aucun de ces systèmes de surveillance ou d’armement basés sur l’IA ne pourrait fonctionner sans le soutien du marché commercial. Les entreprises américaines spécialisées dans les technologies de défense et l’IA, telles que Palantir, tirent un profit direct de leurs contrats avec l’armée israélienne.

En 2024, Israël et Palantir ont signé un partenariat stratégique visant à « exploiter la technologie de pointe de Palantir pour soutenir des missions liées à la guerre ».

Mais aussi, « des géants de la technologie tels qu’Amazon, Anthropic, Google, Microsoft et OpenAI ont fourni des produits d’IA à divers ministères de la Défense, notamment aux États-Unis et en Israël », note le rapport de l’ISS.

« Un projet de contrat de 2024 entre Google et le ministère israélien de la Défense a mis en évidence l’accès exclusif préexistant de ce dernier pour bénéficier de l’infrastructure cloud, ainsi que de nouveaux projets visant à créer des accès spécifiques pour les unités militaires. »

Le rapport révèle également qu’en vertu des termes du projet Nimbus, les entreprises publiques israéliennes Israel Aerospace Industries et Rafael Defense Industries sont tenues d’utiliser les services cloud de Google et d’Amazon pour tous leurs besoins en matière de cloud computing.

« Alors qu’Israël est accusé de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide tant devant la Cour pénale internationale que devant la Cour internationale de justice, l’intensification de sa coopération avec des prestataires commerciaux pourrait potentiellement engager sa responsabilité au regard des cadres juridiques nationaux et internationaux », ajoute l’ISS.

Si les deux plus grands géants américains de l’IA, Anthropic et OpenAI, ne se sont pas officiellement associés directement à l’armée israélienne, ils sont déjà profondément impliqués dans ses actions militaires.

L’armée israélienne a accès au modèle linguistique GPT-4 d’OpenAI via son partenariat avec Microsoft depuis août 2023. Ce modèle de langage (LLM) est capable d’aider l’armée à analyser des milliards d’informations et à synthétiser des données.

(L’année dernière, Microsoft aurait retiré à l’unité d’élite de renseignement israélienne 8200 l’accès à cette technologie, mais continue de travailler avec d’autres unités de l’armée israélienne, selon +972.)

Alors que les conditions générales d’OpenAI interdisaient initialement l’utilisation de ses services à des fins « militaires et de guerre », l’entreprise a discrètement supprimé cette clause et a renforcé son partenariat avec l’armée américaine en janvier 2024, alors que l’offensive contre Gaza s’intensifiait.

Anthropic a cherché à restreindre l’utilisation de ses modèles par l’armée américaine à certains égards ; cependant, Claude, le modèle principal d’Anthropic, est intégré aux systèmes de Palantir et aurait selon certaines informations été utilisé par l’armée américaine pour identifier des cibles en Iran.

Le rapport de l’ISS note que « les technologies militaires basées sur l’IA devraient continuer à se multiplier sur les champs de bataille du Moyen-Orient, aggravant les dommages causés aux civils et aux biens civils et exacerbant les crises humanitaires ».

Alors que les grandes entreprises technologiques renforcent leurs liens avec l’armée américaine et continuent de faire affaire avec l’armée israélienne, le Moyen-Orient restera un laboratoire pour la guerre assistée par l’IA, et les civils innocents de Gaza, de Cisjordanie, du Liban et d’Iran paieront le prix des dernières expériences de l’IA menées par la Silicon Valley.



vendredi 8 mai 2026

Accord d’association UE-Israël: Amnesty France parle de "complicité", la suspension de l’accord rejetée à l’Assemblée



Amnesty International France a appelé ce jeudi les dirigeants européens à suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, estimant qu’un maintien du texte ferait courir aux États membres le risque de devenir "complices" des "crimes de l’État d’Israël", dans une série de messages.

L’ONG a exhorté, sur X, les responsables européens à avoir "ces crimes en tête" lors des discussions sur l’avenir de l’accord UE-Israël, principal cadre juridique des relations politiques, économiques et commerciales entre les deux parties depuis son entrée en vigueur en 2000.

Dans ses publications, Amnesty France cite notamment les opérations militaires israéliennes au Liban, la situation humanitaire à Gaza, la poursuite de la colonisation en Palestine occupée, ainsi que la récente adoption par le Parlement israélien d’une loi prévoyant la peine de mort pour certains "terroristes".

L’organisation affirme également qu’Israël mène une "politique d’apartheid" envers les Palestiniens et accuse l’État hébreu d’avoir commis un "génocide" à Gaza, des accusations rejetées par Israël.

Amnesty France conclut en appelant la France et les dirigeants européens à "suspendre" l’accord d’association afin de "mettre fin à l’impunité d’Israël".

Cette prise de position intervient alors que la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale française a rejeté une proposition de résolution demandant la suspension de l’accord UE-Israël, à l’issue d’échanges particulièrement tendus entre députés.
Accord UE-Israël signé en 1995
La députée écologiste Sabrina Sebaihi a dénoncé, après le vote, la mobilisation de parlementaires venus selon elle "uniquement pour voter contre ce texte", estimant que la France avait une "responsabilité" dans la défense du droit international humanitaire.

Elle a également accusé une partie de la commission de ne pas suivre la ligne défendue par l’exécutif français, avant d’évoquer la situation humanitaire à Gaza et au Liban dans des termes particulièrement virulents.

L’accord d’association UE-Israël, signé en 1995 et entré en vigueur en 2000, encadre les relations commerciales, politiques et scientifiques entre les deux parties, notamment dans les secteurs industriel et agricole. Il prévoit une clause fondée sur le respect des droits humains et des principes démocratiques, pouvant théoriquement ouvrir la voie à une suspension en cas de violation grave.

L’Union européenne demeure le premier partenaire commercial d’Israël. Selon la Commission européenne, près de 29 % des exportations israéliennes étaient destinées au marché européen en 2024, tandis que plus d’un tiers des importations israéliennes provenaient des Vingt-Sept.

Demande de l’Espagne, l’Irlande et la Slovénie

Le débat autour d’une éventuelle suspension de l’accord s’est intensifié depuis le début de la guerre à Gaza après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 contre Israël.

Ces derniers mois, l’Espagne, l’Irlande et la Slovénie ont officiellement demandé un réexamen du texte, invoquant les opérations militaires israéliennes à Gaza, en Palestine occupée et au Liban.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a appelé à plusieurs reprises l’Union européenne à suspendre l’accord, estimant que le "mépris" du gouvernement israélien pour le droit international était "intolérable".

La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a toutefois indiqué en avril qu’aucun consensus n’avait émergé parmi les États membres en faveur d’une suspension totale ou partielle du texte.

Une suspension complète de l’accord nécessite l’unanimité des 27 États membres, tandis qu’une suspension limitée au volet commercial pourrait théoriquement être adoptée à la majorité qualifiée.

La Commission européenne a déjà évoqué une suspension partielle des préférences commerciales accordées à Israël, sans parvenir jusqu’ici à réunir le soutien nécessaire parmi les États membres, plusieurs capitales, dont Berlin et Rome, restant opposées à cette option.

Parallèlement, les Vingt-Sept poursuivent leurs discussions sur d’éventuelles sanctions ciblées contre des colons israéliens en Palestine occupée, un dossier longtemps bloqué par la Hongrie.


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La confiscation de la mémoire



par Lise Santolini 


Le nettoyage ethnique des Palestiniens ne visait pas seulement leurs maisons : il a ciblé leurs terres, leurs biens et leur culture. Entre 1947 et 1949, plus de 800 000 Palestiniens furent expulsés. De nouveaux villages furent construits sur les ruines : « Vous ne connaissez même pas les noms des villages arabes », écrivait Moshe Dayan en 1969. Chaque colonie est née d’un village effacé.

Des bibliothèques prestigieuses comme celles de la mosquée al-Jazzar à Acre ou d’al-Aqsa à Jérusalem furent vidées. À Jérusalem-Ouest, 30 000 livres palestiniens abandonnés furent saisis. Le patrimoine culturel s’évaporait : livres, manuscrits, broderies, objets d’art palestiniens furent revendiqués ou redéfinis comme « israéliens ».

« Quoi de plus fondamental qu’une cuisine ? » Les oranges de Jaffa, l’huile d’olive, le houmous, le falafel sont désormais présentés comme symboles d’Israël. Le falafel est appelé « plat national israélien » ; selon Yael Raviv, ce procédé fut « hâtif et délibéré ». Le mythe selon lequel « les Israéliens ont fait fleurir le désert » s’écroule devant les chiffres : avant 1948, les Palestiniens produisaient par exemple 99 % des olives.

Le pillage culturel de la Palestine repose sur deux piliers :

•l’effacement de l’histoire palestinienne,

•l’appropriation d’un « droit de naissance » revendiqué. 

La mémoire palestinienne est considérée comme une arme dangereuse. L’effacer, c’est la neutraliser ; la réécrire, c’est la dominer. La mémoire est ce qu’aucun mur ne peut confisquer.

Source : Al Ousseynou Hachem, « Pillage de la Palestine : comment Israël s’approprie le patrimoine et la culture palestiniens »


jeudi 7 mai 2026

« L’ANTISÉMITISME : son histoire et ses causes » vu… par un Juif




Nous reproduisons ci-dessous le trente-troisième article du numéro spécial « Je te hais », paru en avril 1944.

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En 1894, un volume in-octavo de 420 pages intitulé L'Antisémitisme , son histoire et ses causes, par Bernard Lazare [1865–1903], un auteur juif de grande renommée, a été publié à Paris par l'éditeur Léon Chailley, 8, rue Saint-Joseph.
Ce volume est aujourd'hui introuvable et les citations qui en sont publiées sont souvent très incomplètes, c'est pourquoi nous avons jugé utile de prendre comme collaborateur pour ce carnet le Juif Bernard Lazare en reproduisant intégralement la plus grande partie du premier chapitre de son livre, Antisémitisme :

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Si nous voulons écrire une histoire complète de l’antisémitisme — sans oublier aucune des manifestations de ce sentiment, en suivant ses différentes phases et modifications — nous devons entreprendre l’histoire d’Israël depuis sa dispersion, ou, pour le dire mieux, depuis l’époque de son expansion hors du territoire de la Palestine.

Partout où les Juifs, cessant d'être une nation prête à défendre sa liberté et son indépendance, se sont installés, partout l'antisémitisme s'est développé, ou plutôt l'antijudaïsme, car l'antisémitisme est un terme mal choisi, qui n'a trouvé sa raison d'être qu'à notre époque, lorsqu'on a voulu élargir cette lutte entre les peuples juif et chrétien, et lui donner une philosophie ainsi qu'une raison plus métaphysique que matérielle.

Si cette hostilité, cette répugnance même, s'était manifestée envers les Juifs seulement à une époque et dans un seul pays, il serait aisé d'en démêler les causes limitées ; mais ce peuple a, au contraire, été la cible de la haine de tous les peuples parmi lesquels il s'est établi. Par conséquent, puisque les ennemis des Juifs appartenaient à des peuples très divers, vivaient dans des pays très éloignés les uns des autres, étaient régis par des lois différentes, obéissaient à des principes opposés, n'avaient ni les mêmes mœurs ni les mêmes coutumes, et étaient animés d'esprits différents qui les empêchaient de juger toutes choses de manière égale, les causes générales de l'antisémitisme ont toujours dû résider en Israël même et non chez ceux qui le combattaient.

Il ne s’agit pas d’affirmer que les persécuteurs des Israéliens avaient toujours raison, ni qu’ils ne se sont pas livrés à tous les excès qu’implique une haine intense, mais d’établir comme principe que les Juifs ont causé — au moins en partie — leurs propres souffrances.

Étant donné l'unanimité des manifestations antisémites, il est difficile d'accepter – comme cela a été trop souvent fait – qu'elles étaient simplement dues à une guerre de religion, et les luttes contre les Juifs ne devraient pas être perçues comme une lutte entre polythéisme et monothéisme, ou entre la Trinité et Jéhovah. Les peuples polythéistes, comme les peuples chrétiens, ne combattaient pas la doctrine du Dieu unique, mais le Juif.

Quelles vertus ou quels vices ont valu aux Juifs cette inimitié universelle ? Pourquoi furent-ils, à leur tour, et tout autant, maltraités et haïs par les Alexandrins et les Romains, par les Perses et les Arabes, par les Turcs et par les nations chrétiennes ? Parce que partout, et encore aujourd’hui, le Juif a été un être asocial.

Pourquoi est-il asocial ? Parce qu’il était exclusif, et son exclusivisme était à la fois politique et religieux, ou, pour le dire plus précisément, il s’accrochait à son culte politico-religieux, à sa loi.

Si l'on considère les peuples conquis à travers l'histoire, on constate qu'ils se soumettaient aux lois des vainqueurs tout en conservant leur foi et leurs croyances. Cela leur était aisé car, chez eux, la distinction était très nette entre les doctrines religieuses d'origine divine et les lois civiles édictées par les législateurs – des lois qui pouvaient être modifiées selon les circonstances sans que les réformateurs ne s'exposent à l'anathème ou à l'exécration théologique : l'homme pouvait revenir sur ses actes. Ainsi, les vaincus se soulevaient contre les conquérants par patriotisme, animés par le seul désir de reconquérir leurs terres et de recouvrer leur liberté. Hormis ces soulèvements nationaux, ils réclamaient rarement d'être exemptés des lois générales ; s'ils protestaient, c'était contre des dispositions spécifiques qui les plaçaient en position d'infériorité face à leurs dirigeants. Et, dans l'histoire des conquêtes romaines, on voit les vaincus s'incliner devant Rome lorsque celle-ci leur imposait strictement la législation qui régissait l'empire.

Pour le peuple juif, la situation était tout autre. En effet, comme Spinoza l'a déjà souligné, « les lois révélées par Dieu à Moïse n'étaient autres que les lois du gouvernement particulier des Hébreux ». Moïse, prophète et législateur, conférait à ses dispositions judiciaires et gouvernementales la même vertu qu'à ses préceptes religieux, à savoir la révélation. Yahvé ne se contenta pas de dire aux Hébreux : « Vous croirez en un seul Dieu et vous n'adorerez point d'idoles », mais il leur prescrivit également des règles d'hygiène et de morale ; non seulement il leur assigna lui-même, avec précision, le territoire où les sacrifices devaient être offerts, mais il détermina aussi les modalités d'administration de ce territoire. Chacune des lois données, qu'elle soit agraire, civile, préventive, théologique ou morale, bénéficiait de la même autorité et de la même sanction, de sorte que ces différents codes formaient un tout cohérent, un ensemble rigoureux dont on ne pouvait déroger sous peine de sacrilège.

En réalité, le Juif vivait sous la domination d'un maître, Yahvé, que personne ne pouvait vaincre ni combattre, et il ne connaissait qu'une seule chose : la Loi, c'est-à-dire l'ensemble des règles et des prescriptions que Yahvé avait un jour voulu donner à Moïse, la Loi divine et excellente, propre à conduire ceux qui la suivraient au bonheur éternel ; une loi parfaite que seul le peuple juif avait reçue.

Avec une telle conception de sa Torah, le Juif pouvait difficilement accepter les lois des peuples étrangers ; du moins, il ne pouvait concevoir qu'elles lui soient appliquées ; il ne pouvait abandonner les lois divines, éternelles, bonnes et justes, pour suivre des lois humaines irrémédiablement entachées d'obsolescence et d'imperfections. Si seulement il avait pu séparer les ordonnances civiles des ordonnances religieuses ! Mais toutes n'avaient-elles pas un caractère sacré, et le bonheur du peuple juif ne dépendait-il pas de leur observance intégrale ?

Ces lois civiles, qui convenaient à une nation et non à des communautés, ne devaient pas être abandonnées par les Juifs lorsqu'ils entraient chez d'autres peuples, car, bien qu'en dehors de Jérusalem et du royaume d'Israël ces lois n'aient plus de raison d'être, elles constituaient néanmoins, pour tous les Hébreux, des obligations religieuses qu'ils s'étaient engagés à remplir par un pacte avec la Divinité.

C’est pourquoi, partout où les Juifs ont établi des colonies, partout où ils ont été transportés, ils ont exigé non seulement d’être autorisés à pratiquer leur religion, mais aussi de ne pas être soumis aux coutumes des peuples parmi lesquels ils étaient appelés à vivre, et d’être autorisés à se gouverner selon leurs propres lois.

À Rome, Alexandrie, Antioche et Cyrénaïque, ils jouissaient d'une grande liberté. Ils n'étaient pas convoqués au tribunal le samedi ; ils pouvaient même avoir leurs propres tribunaux et n'étaient pas jugés selon les lois de l'empire ; lorsque la distribution du grain avait lieu le samedi, leur part était réservée pour le lendemain ; ils pouvaient être décurions, étant exemptés des pratiques contraires à leur religion ; ils s'administraient comme à Alexandrie, avec leurs chefs, leur Sénat et leur ethnarque, sans être soumis à l'autorité municipale.

Partout, ils voulaient rester juifs, et partout ils obtenaient des privilèges leur permettant de fonder un État dans l'État. [FG : Pourquoi donc ?]

Grâce à ces privilèges, exemptions et allégements fiscaux, ils se trouvèrent rapidement dans une meilleure situation que les citoyens des villes mêmes où ils vivaient ; ils eurent plus de facilité à commercer et à s'enrichir, ce qui suscita jalousie et haine.

Par conséquent, l’attachement d’Israël à sa loi était l’une des principales causes de sa désapprobation, qu’il en ait tiré des bénéfices et des avantages susceptibles de provoquer l’envie, ou qu’il se soit vanté de l’excellence de sa Torah au point de se considérer supérieur et distinct des autres peuples.

Si seulement les Israélites avaient adhéré à la loi mosaïque dans son intégralité, il ne fait aucun doute qu'ils auraient pu, à un moment donné de leur histoire, la modifier pour n'en conserver que les préceptes religieux ou métaphysiques. Peut-être même que, sans la Bible comme livre sacré, ils se seraient fondus dans l'Église naissante, qui trouva ses premiers adeptes parmi les Sadducéens, les Esséniens et les prosélytes juifs. Un élément empêcha cette fusion et maintint les Hébreux à l'écart des autres nations : la création du Talmud, la domination et l'autorité des érudits qui enseignaient une prétendue tradition. Mais cette influence des érudits, sur laquelle nous reviendrons, a aussi fait des Juifs ces êtres féroces, asociaux et orgueilleux dont Spinoza, qui les connaissait bien, pouvait dire : « Il n’est pas surprenant qu’après avoir été dispersés pendant tant d’années, ils aient persisté sans gouvernement, puisqu’ils se sont séparés de toutes les autres nations à un tel point qu’ils se sont attiré la haine de tous ces peuples, non seulement à cause de leurs rites extérieurs, contraires aux rites des autres nations, mais aussi à cause du signe de la circoncision. »

Ainsi, disaient les docteurs, la raison d'être de l'homme sur terre est la connaissance et la pratique de la Loi, et elle ne peut être pleinement accomplie qu'en se détournant des lois qui ne sont pas la vraie. Le Juif qui suivait ces préceptes s'isolait du reste des hommes ; il se retirait derrière les barrières qu'Esdras et les premiers scribes avaient érigées autour de la Torah, puis derrière celles des pharisiens et des talmudistes, héritiers d'Esdras, déformateurs de la mosaïque primitive et ennemis des prophètes. Il s'isolait non seulement en refusant de se soumettre aux coutumes qui établissaient des liens entre les habitants des terres où il s'était installé, mais aussi en rejetant tout contact avec ces habitants. À son isolement, le Juif ajoutait l'exclusivisme.

Sans la loi, sans Israël pour la pratiquer, le monde n'existerait pas, Dieu le réduirait à néant. Le monde ne connaîtra le bonheur que lorsqu'il sera soumis à la loi universelle, c'est-à-dire à la domination des Juifs. C'est pourquoi le peuple juif est le peuple élu de Dieu, gardien de sa volonté et de ses désirs ; il est le seul avec lequel la Divinité a conclu une alliance ; il est choisi par le Seigneur. Lorsque le serpent tenta Ève, le Talmud dit qu'il la corrompit par son venin. Israël, en recevant la révélation au Sinaï, se délivra du mal ; les autres nations ne purent être guéries. Ainsi, tandis que chaque nation a son ange gardien et ses constellations protectrices, Israël est placé sous le regard même de l'Éternel ; il est le Fils bien-aimé de l'Éternel, le seul digne de son amour, de sa bienveillance, de sa protection particulière. Les autres peuples sont inférieurs aux Hébreux ; ils n'ont droit à la munificence divine que par miséricorde, car seules les âmes des Juifs descendent du premier homme. Les bénédictions accordées aux nations appartiennent en réalité à Israël.

Bernard Lazare.

Transcription de Francis Goumain.

Notes de FG :

1 – Nous ne pouvons pas souscrire pleinement au diagnostic de l’auteur : il est clair que ce sont les Juifs qui ont fait les livres juifs et non les livres juifs qui ont fait les Juifs.

2 – Nous ne pouvons pas comprendre comment Dieu aurait pu physiquement choisir les Juifs plutôt que les Aryens (et Epstein, Weinstein et Polanski non plus).

3 – À propos de Bernard Lazare, il est amusant de constater que c’est lui, et non Zola, qui est le véritable auteur de la chanson à succès sur l’affaire Dreyfus : « J’accuse ». https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/40045

Source Francis Goumain


Via La Cause du peuple




mercredi 6 mai 2026

« Un autre génocide derrière des murs »





Des gardes du tristement célèbre camp de torture de Sde Teiman en Israël ont admis que leurs collègues utilisaient des chiens pour violer des captifs palestiniens là-bas, selon un éminent analyste israélien.

Shaiel Ben-Ephraim, expert en géopolitique opposé au génocide d’Israël à Gaza, a déclaré avoir parlé à deux gardes de l’établissement à propos de cette forme atroce de torture « à plus d’une occasion ».

« Certains ont dit que les allégations selon lesquelles Israël utilise des chiens pour abuser sexuellement des prisonniers sont des libelles sanguinaires antisémites », a écrit Ben-Ephraim sur X vendredi. « Malheureusement, il existe un grand nombre de preuves. »

Des deux gardes à qui il a parlé, « l’un avait vu cela se produire et a dit que c’était trop horrible pour en parler. L’autre a dit qu’il en avait entendu parler par d’autres et qu’il croyait que c’était vrai. Cela s’est produit. Cela se produit encore. Les preuves sont trop accablantes. »

Il a mis en lumière plusieurs cas rapportés par des groupes de défense des droits humains et des médias.

Ils incluent un homme qui s’est entretenu avec le Centre palestinien pour les droits humains (PCHR). « Nous avons été complètement déshabillés. Des soldats ont amené des chiens qui se sont hissés sur nous et ont uriné sur moi », a-t-il déclaré. « Puis l’un des chiens m’a violé… J’ai subi un grave effondrement psychologique et une profonde humiliation. »

« Ils savent qu’une fois qu’ils ont violé quelqu’un avec un chien ou avec un bâton, ces personnes ne pourront plus exercer leur travail ou mener une vie normale », a déclaré Basel Alsourani, responsable de la défense internationale au PCHR, à Novara Media l’année dernière. « C’est une partie de leur intention génocidaire de détruire [les Palestiniens]. »

Sde Teiman a acquis une notoriété mondiale l’année dernière après la fuite d’images montrant des soldats violant en groupe un captif là-bas en 2024.

Novara Media

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« Un autre génocide derrière des murs » 

Un nouveau rapport documente des témoignages de viols et de violences sexuelles dans les prisons israéliennes

Territoire palestinien – Les violences sexuelles perpétrées contre les Palestiniens dans les prisons et centres de détention israéliens constituent de facto une politique d’État, utilisée comme outil d’assujettissement et de destruction, avec une forte escalade et la suppression des restrictions préalables depuis le 7 octobre 2023, a déclaré Euro-Med Human Rights Monitor dans un rapport.

Le nouveau rapport, intitulé « Un autre génocide derrière des murs » , documente des schémas généralisés de violences sexuelles, notamment des viols, perpétrés contre des détenus originaires de la bande de Gaza. Il décrit ces violences comme un instrument de destruction visant à briser la volonté individuelle et collective et à infliger de graves préjudices physiques et psychologiques. Le rapport cite des agressions sexuelles directes, des agressions à l'aide d'objets et des actes de torture ciblant les parties génitales, ainsi que des pratiques organisées telles que le tournage de vidéos et la présence de plusieurs agents de sécurité lors des agressions, ce qui renforce la preuve du caractère institutionnel et systématique de ces crimes.

Ces violations s'inscrivent dans le cadre de politiques de détention qui infligent des dommages physiques et psychologiques graves et durables, notamment des blessures entraînant une invalidité permanente et, dans certains cas, une altération de la fonction reproductive.

Le rapport s'appuie principalement sur les témoignages directs d'anciens détenus palestiniens de la bande de Gaza, libérés par les forces israéliennes ces dernières semaines et ces derniers mois, qui ont déclaré avoir été victimes de diverses formes de violences sexuelles systématiques.

Khaled Ahmad, chercheur à Euro-Med Monitor, a déclaré qu'accéder aux cas de violence sexuelle et documenter les témoignages était « quasiment impossible ».

« Nous savions qu'il y avait des dizaines de cas de viol et d'agressions sexuelles, mais dans une société conservatrice, il est extrêmement difficile pour une victime de se manifester et de dire qu'elle a été violée », a-t-il ajouté. « Malgré les difficultés, nous avons réussi à remonter jusqu'à certains cas, mais la plupart concernaient des hommes, car le contexte des agressions sexuelles contre les femmes dans la société palestinienne entraîne des conséquences plus graves et plus complexes. Par conséquent, il est extrêmement difficile pour une femme de dire qu'elle a été agressée. »

Ahmad a également confirmé qu'Euro-Med Monitor n'avait pas pu accéder à des dizaines d'autres cas ni obtenir le consentement nécessaire pour les documenter, ajoutant : « Nous savons que le nombre de personnes victimes de violences sexuelles est plus élevé que prévu et qu'il existe des dizaines d'autres victimes, hommes et femmes, qui ont été violées ou agressées sexuellement et qui ont choisi de garder le silence. »

Le rapport souligne que le système de torture israélien étend délibérément le champ d'application des violences par une stratégie de « guerre psychologique » qui exploite la haute valeur accordée à la « dignité » et à la « vie privée » dans la conscience collective palestinienne, transformant ces notions de normes protectrices en instruments de coercition. Au lieu de constituer un espace de protection, la société amène les victimes à croire que révéler des abus sexuels constituerait une seconde atteinte à leur vie privée et à la réputation de leur famille. Ceci alimente un cycle d'isolement affectif qui les dissuade de porter plainte ou de demander de l'aide par crainte de compromettre davantage leur dignité personnelle et familiale, déjà mise à mal par la torture.

Dans un témoignage recueilli par Euro-Med Monitor, Wajdi, 43 ans, qui a passé un an en détention, a raconté avoir été violée à plusieurs reprises par des soldats et un chien lors d'interrogatoires.

Il a déclaré : « Pendant l’interrogatoire, ils m’ont attaché nu à un lit en métal, et un soldat m’a demandé combien de femmes israéliennes j’avais violées en Israël. J’ai nié être entré en Israël. Puis un soldat m’a violé. J’ai ressenti une douleur atroce à l’anus et j’ai crié, mais à chaque fois que je criais, j’étais battu. Cela a duré plusieurs minutes, tandis que les soldats me filmaient et se moquaient de moi. »

« Le soldat est parti après avoir éjaculé en moi. Je me suis retrouvée dans une situation humiliante. Je souhaitais mourir. Je saignais », a ajouté Wajdi.

Il a poursuivi : « Plus tard, ils m’ont détaché et ont amené un chien qui m’a également violé. Le même jour, j’ai été violé au moins deux fois de plus après avoir été attaché au lit. Un des soldats a mis son pénis dans ma bouche puis a uriné sur moi. Le viol s’est répété deux jours plus tard par trois soldats. J’étais dans un état physique et mental très précaire. »

D'après les témoignages recueillis par Euro-Med Monitor, des hommes et des garçons ont subi des violences sexuelles d'une extrême brutalité, visant à bafouer leur dignité et leur intégrité physique. Ces violences incluent des viols commis avec des objets contondants tels que des barres de métal, des bâtons et des embouts d'extincteurs, entraînant des lésions anales et intestinales graves et dangereuses.

Les détenus ont également subi des chocs électriques et des coups directs à l'entrejambe, à mains nues ou avec des bottes militaires. Ces sévices ont entraîné des cas documentés de lésions physiques permanentes, notamment la perte des fonctions reproductives ou excrétoires, l'ablation des testicules et, dans certains cas, la mort sous la torture.

Les témoignages documentés obtenus par Euro-Med Monitor indiquent que le ciblage des organes génitaux des détenus faisait partie d'une politique systématique de violence sexuelle et de torture visant à les humilier délibérément, à leur infliger des dommages physiques et psychologiques permanents et à altérer leur capacité de reproduction.

Des témoignages concordants décrivent comment des soldats ont forcé des détenus à se déshabiller et à écarter les jambes avant de les agresser sexuellement avec des objets contondants, notamment des barres de métal, des crosses de fusil et d'autres outils, en plus de les frapper directement aux testicules. De nombreux rapports révèlent également que les soldats ont agressé de manière répétée les parties intimes des détenus. Cela comprenait des pressions excessives sur les testicules lors des interrogatoires, l'utilisation de pinces, l'application de poids sur les parties génitales pendant de longues périodes et des électrocutions dans des zones sensibles.

Ces pratiques ont entraîné des conséquences médicales catastrophiques dans les cas documentés, notamment des hémorragies importantes, une hématurie, des douleurs chroniques limitant les mouvements et la position assise, et, dans certains cas, une rupture testiculaire grave nécessitant l'ablation chirurgicale d'un testicule, une perte de conscience et d'autres complications sérieuses. Ces violences ciblées s'accompagnent souvent d'autres pratiques sexuellement humiliantes, en particulier la nudité forcée lors de fouilles ou d'interrogatoires, ainsi que de harcèlement verbal et physique utilisant un langage obscène, ce qui accentue le sentiment d'impuissance et d'humiliation de la victime.

Depuis le 7 octobre 2023, les femmes et les filles palestiniennes de Gaza sont victimes de violences sexuelles systématiques et institutionnalisées. Ces violences incluent le déshabillage forcé en public, le harcèlement physique, les menaces de viol utilisées comme moyen de pression psychologique et pour extorquer des aveux, ainsi que les viols répétés sous la menace d'une arme.

Dans un témoignage recueilli par Euro-Med Monitor, AJ, âgé de 48 ans et détenu pendant plus d'un an, a déclaré : « Au cours de mon interrogatoire, j'ai été battu, notamment aux testicules. »

« Lorsque je répondais "Je ne sais pas", l'interrogateur appuyait fortement sur mes testicules et tentait d'introduire un objet dans mon pénis. J'ai ressenti une douleur intense », a-t-il ajouté. « Une fois, alors qu'il appuyait sur mes testicules, j'ai perdu connaissance. À mon réveil, je me suis retrouvé à l'hôpital, menotté. J'ai appris plus tard que mes testicules avaient été retirés, ce qui m'a plongé dans un profond traumatisme psychologique. »

Parallèlement à la destruction physique, la torture infligée aux Palestiniens vise à provoquer une « destruction psychologique » globale qui s'attaque aux fondements mêmes de la personnalité. Dans ce contexte, les violences sexuelles sont médicalement et juridiquement reconnues comme l'une des causes les plus graves de trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C). Par cette pratique, l'auteur cherche à induire un état de « dissociation totale », contraignant la victime à échapper à une douleur insupportable par des mécanismes de défense aigus tels que le choc, les crises de panique et le détachement émotionnel, ce qui entraîne une fragmentation de la conscience et de la perception ainsi qu'une profonde insécurité.

Avec le temps, ce traumatisme s'enracine et se transforme en symptômes psychotiques et comportementaux chroniques qui entravent la reprise d'une vie normale. Les survivants restent hantés par des « souvenirs intrusifs » qui leur font revivre des moments de torture comme s'ils se déroulaient au présent, accompagnés d'une dépression aiguë, d'insomnies sévères et de pensées suicidaires perçues comme le seul moyen d'échapper à un sentiment persistant de culpabilité et de honte.

Cette destruction dépasse le cadre individuel et érode l'identité sociale et de genre, les victimes vivant dans une peur chronique de nouvelles violences, même après leur libération. Cette peur les paralyse, les empêche de travailler ou d'étudier et les contraint à un isolement forcé. Chez les hommes, les violences sexuelles servent à les démasculiniser et à instaurer un sentiment d'impuissance, tandis que chez les femmes, elles visent à imposer une stigmatisation sociale, entraînant la rupture des liens familiaux et le retrait de la société.

Face à l'ampleur croissante des violations, le rapport démontre que le système judiciaire israélien n'a pas fonctionné comme un mécanisme efficace de responsabilisation. Au contraire, il a été historiquement et systématiquement utilisé pour consolider l'impunité des crimes commis contre les Palestiniens, faisant de facto du pouvoir judiciaire la première ligne de défense des violations israéliennes et de leurs auteurs.

Néanmoins, cette défaillance structurelle est particulièrement évidente dans le système de détention et de prison, où les mécanismes judiciaires et de contrôle servent souvent de couverture procédurale qui compromet le contrôle indépendant, normalise la torture et accorde aux enquêteurs et aux administrateurs du système une immunité de fait.

Les crimes systématiques de torture et de violence sexuelle commis contre les prisonniers et détenus palestiniens ne peuvent être dissociés de la couverture juridique et institutionnelle fournie par le système « judiciaire » israélien.

Les données disponibles ne font pas état d'un simple dysfonctionnement procédural ou d'un manque de moyens, mais plutôt d'une défaillance structurelle de la « volonté » de mener des enquêtes sérieuses et des poursuites efficaces, transformant les enquêtes internes en procédures formelles destinées à créer une apparence de responsabilité tout en empêchant toute conséquence réelle et en assurant la protection pratique des auteurs et de la hiérarchie, plutôt qu'à rechercher la vérité ou la justice pour les victimes.

Historiquement, les données indiquent que les mises en accusation de soldats pour des crimes contre des Palestiniens n'ont pas dépassé 0,81 % de toutes les plaintes déposées, une tendance qui s'est accentuée pendant le génocide en cours contre les Palestiniens dans la bande de Gaza.

La réaction israélienne au viol collectif d'une détenue palestinienne de la bande de Gaza par des soldats à Sde Teiman illustre ce que l'on peut appeler « l'immunité structurelle » des auteurs israéliens de crimes contre les Palestiniens. Cette affaire met en lumière la manière dont les systèmes judiciaire et militaire sont souvent instrumentalisés pour limiter les dégâts, étouffer les répercussions du crime et minimiser les responsabilités, plutôt que pour faire éclater la vérité et garantir une justice qui permette de rendre des comptes et d'offrir réparation aux victimes.

Dans un précédent rapport publié en mai 2024, Euro-Med Monitor a recensé une centaine de témoignages décrivant au moins quarante méthodes de torture différentes infligées aux détenus. Parmi celles-ci figuraient des passages à tabac violents et répétés, l'enchaînement forcé, la privation de sommeil, de nourriture et d'eau, l'exposition à des conditions de détention dégradantes et inhumaines, des menaces persistantes, ainsi que des violences verbales et psychologiques.

Ces pratiques englobaient également différentes formes de torture sexuelle et de violence sexiste, telles que la nudité forcée, le harcèlement sexuel, les menaces de viol et les mutilations génitales. Elles s'inscrivaient dans un contexte systématique indissociable d'une politique plus large visant à éradiquer la communauté palestinienne et constituent des actes commis dans le cadre d'un génocide.

Au vu des faits documentés et des témoignages, analysés à la lumière du droit international humanitaire, du droit international des droits de l'homme et du droit pénal international, il apparaît clairement que les violences sexuelles et les actes de torture perpétrés par les autorités israéliennes contre les prisonniers et détenus palestiniens ne sont ni accidentels ni isolés. Ils constituent un schéma systématique de violations et de crimes internationaux graves qui répondent aux éléments matériels et immatériels de multiples infractions au regard du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, des quatre Conventions de Genève et d'autres instruments internationaux pertinents.

Les pratiques documentées, notamment l’infliction de douleurs ou de souffrances physiques ou mentales aiguës, l’humiliation systématique, la nudité forcée et les agressions sexuelles, constituent des actes relevant de la torture et des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants tels que définis dans la Convention contre la torture. Elles constituent également le crime de torture au sens du Statut de Rome lorsque ses éléments constitutifs sont réunis.

Les pratiques commises à l’encontre des prisonniers et détenus palestiniens, lorsque tous les éléments sont réunis, constituent un viol et d’autres formes de violence sexuelle telles que définies par le droit pénal international, notamment les articles 7 et 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Dans le contexte des conflits armés et de l'occupation, ces actes constituent également des crimes de guerre. Ce sont des violations graves qui incluent la torture, les traitements inhumains, l'infliction intentionnelle de douleurs intenses ou de lésions corporelles graves, ainsi que les atteintes à la dignité humaine par des traitements dégradants et humiliants, tels que le tournage non consenti dans des positions humiliantes ou le recours à l'humiliation sexuelle comme moyen de contrôle et de soumission.

Compte tenu de leur caractère généralisé et systématique, ces violations constituent également des crimes contre l'humanité, car elles ont été commises dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile et dans le cadre de la mise en œuvre ou de la promotion d'une politique d'État.

Dans sa qualification juridique la plus rigoureuse, ces pratiques ne sauraient être considérées indépendamment du contexte général des attaques perpétrées contre le peuple palestinien dans la bande de Gaza. Les données indiquent que certains schémas documentés de violences sexuelles et de torture dépassent leur définition traditionnelle et relèvent du génocide, affectant l'existence même de la communauté palestinienne dans la bande de Gaza à travers deux éléments matériels interdépendants : d'une part, le fait de causer des dommages corporels ou psychologiques graves, obtenus par des actes qui vont au-delà des mauvais traitements et entraînent des préjudices graves et la destruction effective de l'intégrité physique et mentale des membres du groupe.

En conséquence, Euro-Med Monitor appelle instamment le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale à inclure explicitement le crime de génocide dans le cadre de son enquête en cours sur la situation dans l’État de Palestine en tant que principal cadre juridique pour la bande de Gaza, et à ouvrir une enquête accélérée et dédiée sur l’intention spécifique de détruire les Palestiniens à Gaza, en tout ou en partie.

Dans ce contexte, le Bureau devrait également accélérer ses enquêtes et accorder la priorité opérationnelle à la torture et aux violences sexuelles dans les centres de détention et les prisons, notamment en mettant en œuvre son document de politique de 2014 sur les crimes sexuels et sexistes, en traitant le viol et les autres formes de violence sexuelle comme des crimes substantiels et comme une preuve clé de l'intention criminelle dans des crimes plus larges où le contexte et le schéma montrent leur utilisation pour détruire la communauté palestinienne et infliger des dommages physiques ou mentaux graves.

Parallèlement, les États parties au Statut de Rome doivent coopérer pleinement avec la Cour en facilitant le recueil de preuves, en protégeant les témoins et en exécutant les mandats d’arrêt. Les crimes internationaux n’étant pas protégés par la qualité officielle, les immunités fonctionnelles ou personnelles, et n’étant pas soumis à la prescription, les États doivent poursuivre toute personne ayant contribué à leur commission ou les ayant facilités, notamment par leur perpétration directe, en donnant des ordres, en incitant à commettre l’infraction, en fournissant les moyens nécessaires ou en omettant délibérément, au sein de la chaîne de commandement, de prévenir ou de punir l’infraction.

Euro-Med Human Rights Monitor exhorte les États parties au Statut de Rome à activer leur compétence nationale afin de poursuivre les suspects qui sont leurs ressortissants ou résidents, y compris les Israéliens possédant la double nationalité, pour des crimes commis hors de leur territoire. Parallèlement, les États appliquant le principe de compétence universelle devraient immédiatement ouvrir des enquêtes pénales indépendantes et structurées sur les actes de torture et de violence sexuelle perpétrés contre des détenus palestiniens et allouer des ressources adéquates aux équipes de poursuite pour recueillir et préserver les preuves conformément aux normes internationales. Ceci devrait conduire à l'émission de mandats d'arrêt nationaux et internationaux contre les auteurs directs et leurs complices, dès lors qu'il existe des motifs raisonnables de croire à leur responsabilité, ainsi qu'à des mesures préventives et conservatoires et à une coopération judiciaire bilatérale renforcée afin de garantir que les auteurs de ces crimes ne restent pas impunis en l'absence de poursuites au niveau national.

L’ONU doit inscrire l’armée israélienne et ses services de sécurité dans l’annexe du rapport annuel du Secrétaire général sur les violences sexuelles liées aux conflits, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 1820 et 1960. Cette mesure est justifiée par des informations fiables et des preuves documentaires faisant état de violences sexuelles systématiques en détention et dans le cadre d’opérations, ce qui exige la mise en place de mécanismes de surveillance, d’analyse et de notification des violences sexuelles liées aux conflits et la garantie que ces violations soient enregistrées dans le système des Nations Unies comme un phénomène distinct, et non comme un simple effet secondaire d’autres exactions.

Cette mesure est essentielle pour combler une lacune en matière de classification. Les précédents classements de l'armée israélienne par l'ONU au titre de la question des enfants et des conflits armés se concentraient sur les meurtres, les mutilations et les attaques contre des installations, sans reconnaître explicitement les violences sexuelles comme critère distinct. Il convient donc d'élargir le champ d'application de cette classification afin d'y inclure explicitement les violences sexuelles, garantissant ainsi que les forces israéliennes soient soumises aux exigences pertinentes en matière de suivi, de transparence et de mesures préventives et restrictives, renforçant de ce fait la responsabilité et prévenant toute récidive.

Enfin, la communauté internationale, y compris les Nations Unies, doit mobiliser d'urgence des fonds pour mettre en place des programmes complets de prise en charge médicale, psychologique et sociale destinés aux survivants, conçus et mis en œuvre conformément aux normes internationales relatives à la documentation de la torture et à la réadaptation, notamment le Protocole d'Istanbul. Ces programmes doivent tenir compte des spécificités de genre et culturelles et être adaptés aux besoins des groupes les plus vulnérables. Il est également indispensable d'établir des mécanismes efficaces pour protéger les victimes, les témoins et leurs familles contre les menaces et les représailles. Cela inclut des canaux de communication et d'orientation confidentiels, ainsi que des mesures strictes de protection de l'identité et des données, afin de garantir que les témoignages puissent être recueillis et partagés avec les instances internationales de lutte contre la torture sans exposer les personnes concernées à des risques supplémentaires pour leur vie ou leur sécurité.