samedi 14 février 2026

Dans une indifférence générale, la barbarie israélienne se déchaîne aussi en Cisjordanie




Par Mariam Barghouti


En Cisjordanie occupée, Israël a mobilisé tous ses moyens militaires et coloniaux pour rendre la vie impossible aux Palestiniens.

Alors que les États-Unis s’efforcent de prolonger l’agression israélienne contre Gaza à travers le théâtre d’un cessez-le-feu, une autre guerre se déroule en Cisjordanie.

Au cours des deux dernières années, Israël a intensifié ses « opérations de contre-insurrection » en Cisjordanie afin de « lutter contre le terrorisme palestinien ».

Le terme « opérations de contre-insurrection » n’est pas fortuit. Israël instrumentalise les termes militaires pour dissimuler ses intentions et fabriquer une autre réalité.

Toutes leurs opérations, de l’opération « Mur de fer » à l’opération « Camps d’été » et à l’opération « Cinq pierres », en passant par, plus récemment, l’opération « antiterroriste » à al-Khalil (Hébron), sont présentées et analysées comme des opérations temporaires et ciblées de simples représailles.

Mais elles ne le sont pas. L’intensification de l’agression militaire – ainsi que la violence des milices de colons, la destruction des infrastructures, les démolitions de maisons et la multiplication des barrages routiers et des points de contrôle – vise à créer sur le terrain des conditions qui rendent la vie impossible aux Palestiniens de Cisjordanie, sur le modèle de Gaza.

Les zones de guerre en Cisjordanie

En 2025, l’offensive militaire israélienne en Cisjordanie a entraîné la plus grande campagne de déplacements massifs de population que les Palestiniens aient connue depuis 1967, avec près de 50 000 Palestiniens expulsés de force de leurs maisons.

L’armée israélienne a détruit les camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem et a interdit à leurs habitants d’y revenir en violation du droit. Elle a désormais transformé les deux camps en quartiers généraux militaires du nord.

Les troupes israéliennes ont également procédé à la destruction quasi totale des infrastructures, y compris les routes, les systèmes d’assainissement et le réseau électrique.

Au moins 70 % des routes de la ville de Jénine ont été détruites au bulldozer, et la majorité des canalisations d’eau et des réseaux d’égouts ont été détruits à Jénine et à Tulkarem en quelques semaines, entraînant des pertes économiques de plusieurs millions de dollars.

Des milliers de foyers ont été privés d’eau et d’électricité dans tout le district. Et aujourd’hui encore, des familles déplacées vivent dans des zones difficiles d’accès, dépourvues de toute infrastructure civile.

Parallèlement, l’armée israélienne a élargi le périmètre géographique de ses violences. Les troupes israéliennes mènent désormais des raids réguliers dans les villes du centre de la Cisjordanie, notamment Ramallah et Ariha (Jéricho), et dans le sud, comme al-Khalil (Hébron) et Bethléem.

Lors de ces attaques, les Palestiniens sont assiégés, terrorisés et parfois exécutés par des soldats israéliens qui opèrent en toute impunité.

Cette semaine, l’armée israélienne a lancé une opération de grande envergure à al-Khalil (Hébron) sous prétexte de rétablir l’ordre public. La ville entière a été placée sous couvre-feu et des chars israéliens patrouillaient dans les rues. L’armée a arrêté des hommes et des jeunes garçons, les a soumis à des interrogatoires sur le terrain et détenus dans des conditions brutales.

Mais la violence israélienne ne se limite pas aux raids et aux opérations de l’armée. Les colons suivent l’armée. L’armée coloniale ouvre la voie aux attaques des milices de colons israéliens contre la population et les biens palestiniens et facilite l’annexion des terres.

Au cours des deux dernières années, les Israéliens vivant illégalement en Cisjordanie ont été équipés d’armes militaires, allant des M16 de fabrication américaine aux pistolets et aux drones, et ils les utilisent à leur guise.

Il est désormais clair que les opérations « anti-insurrectionnelles » d’Israël ne visent pas à remporter une quelconque victoire « sur le champ de bataille ». Il s’agit d’un effort coordonné avec les colons pour remodeler l’environnement spatial et social en Cisjordanie dans le but d’écraser toute dissidence ou résistance.

Appliquer la logique de la contre-insurrection à une population civile occupée, permet de transformer les maisons, les rues et tout ce qui est nécessaire à la vie quotidienne en instruments de contrôle.

L’infrastructure de la peur

En janvier dernier, les colons israéliens ont installé des panneaux d’affichage sur les routes principales de Cisjordanie. Ils ont écrit en lettres capitales : « Il n’y a pas d’avenir en Palestine ». Les Palestiniens ont compris ce que cela signifiait : une déclaration de guerre. Et nous y sommes maintenant en plein.

Chaque semaine, en moyenne, neuf Palestiniens sont tués, 88 autres blessés, 180 arrêtés, une douzaine torturés lors d’interrogatoires sur le terrain, auxquels s’ajoutent en moyenne 100 attaques de colons israéliens, 300 raids et assauts militaires et 10 démolitions de maisons et de biens palestiniens. Tout cela en une semaine seulement.

Ces chiffres ne reflètent pas seulement l’intensification de la violence, mais aussi de sa fréquence. L’objectif de cette intensification est d’éroder tout sentiment de normalité chez les Palestiniens.

Des milliers de raids au cours d’une année, associés à l’expansion des colonies, à la construction de nouvelles routes de contournement, à des centaines de nouveaux checkpoints militaires et à la surveillance systémique, ne sont pas des formes d’oppression séparées ; elles constituent un système de gouvernance où la violence n’est plus exceptionnelle mais routinière et où les persécutions, dépossessions et tueries sont devenues normales.

La violence coloniale dicte la vie des Palestiniens ; elle détermine quand les gens dorment, où les enfants jouent, quand ils peuvent aller à l’école, si les commerces ouvrent et comment ils voient leur avenir. Elle oblige à une adaptation constante. Elle épuise et exténue.

Dans toute la Cisjordanie, la vie quotidienne des Palestiniens est structurée par de violentes attaques disruptives. Israël ne se contente pas de redessiner la carte par une annexion de facto, mais utilise la peur pour modifier constamment les limites de l’espace où les Palestiniens peuvent vivre en relative sécurité.

Cela affecte tous les aspects de la vie. En tant que journaliste palestinienne, chaque fois que je prends la route, je suis envahie par l’angoisse… Une angoisse familière et paralysante car je m’attends à tout. Je prends rarement deux fois le même itinéraire.

Un jour, c’est un village qui est fermé, le lendemain, c’est une ville entière. Un trajet d’une heure se transforme en trois heures, parfois quatre.

Je change sans cesse d’itinéraire pour passer par les montagnes, car des barrières et des points de contrôle israéliens sont régulièrement installés aux entrées et sorties des villages et villes palestiniens.

Notre vie en Cisjordanie se mesure en détours. Ces détours ne sont pas seulement la conséquence du vol systématique et accéléré de territoires et de ressources vitales par Israël, ils servent également à nous voler du temps et à épuiser nos capacités socio-économiques.

Israël a non seulement rompu la continuité territoriale en Cisjordanie, mais a également détruit la vie sociale, le bien-être psychologique, et les capacités politiques.

Ainsi, Israël a mis en place un système et des infrastructures qui distillent la terreur au quotidien pour faire partir les Palestiniens qu’ils ne peuvent pas chasser par les armes.

Israël a réussi à créer un environnement hostile où même les maisons peuvent devenir des champs de bataille en quelques minutes. Dans le même temps, la violence des milices armées israéliennes et la prolifération des avant-postes étouffent les zones urbaines comme Naplouse, Ramallah, Bethléem et al-Khalil (Hébron).

L’armée israélienne s’est même mise à piller systématiquement les bureaux de change et à voler les objets de valeur, comme l’or et l’argent, dans les foyers. Cela est aussi dramatique que la terreur quotidienne, car Israël ne se contente pas de détruire les infrastructures physiques, il rend également impossible toute reconstruction et tout redressement.

La fragmentation de la terre et du peuple

Les Palestiniens sont coupés les uns des autres par le découpage des terres en petits bantoustans. Les villes palestiniennes de Cisjordanie rétrécissent de plus en plus et sont englouties par un État colonial israélien en constante expansion.

L’année dernière, Israël a officialisé ses plans de développement du projet illégal de colonie E1, et cette année, il devrait faire avancer son projet d’expansion des colonies près de Jérusalem, dans la vallée du Jourdain et à travers Ramallah.

Ces développements couperaient effectivement Jérusalem-Est occupée de la Cisjordanie et le nord du sud. Les colons israéliens hissent désormais des drapeaux israéliens sur les routes et les maisons palestiniennes en signe de conquête.

La Cisjordanie est essentielle pour comprendre que la guerre ne se fait pas toujours seulement avec des bombes ; elle s’accompagne parfois de points de contrôle, de permis, de zones de restrictions, de violences orchestrées par l’État et du détournement des ressources vitales des Palestiniens vers les colonies de peuplement.

Il ne s’agit pas seulement de fragmenter le territoire pour favoriser sa colonisation, il s’agit aussi de détruire la possibilité d’exister collectivement de la population autochtone.

La Cisjordanie est le théâtre d’une guerre sans merci qui se déroule loin des gros titres et sans ligne de front.



Mariam Barghouti est une écrivaine palestino-américaine basée à Ramallah. Ses commentaires politiques sont publiés dans l'International Business Times, le New York Times, TRT-World, entre autres publications.

Mariam Barghouti est également correspondante en Palestine du site d'informations et d'analyses Mondoweiss.
Son compte Twitter.




vendredi 13 février 2026

Dans les prisons israéliennes, la récurrence des violences sexuelles à l’encontre des Palestiniens


Le Monde :

Déshabillage forcé, coup sur les parties génitales, pénétration anale : sur 21 détenus qui se sont confiés à l’ONG israélienne B’Tselem après leur libération, un tiers affirme avoir subi de telles violences. D’autres ONG et des agences onusiennes ont recueilli des récits similaires. L’Etat hébreu dément tout mauvais traitement systématique.

C’était dix-neuf jours après son arrestation par l’armée israélienne, le 23 février 2024, à Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Sami Al-Sa’i, un journaliste palestinien de 47 ans, venait d’être transféré d’une base militaire vers la prison de Megiddo. « Les gardes m’ont demandé de me déshabiller et de jeter mes vêtements dans une poubelle, raconte le père de six enfants devant des reporters, mercredi 14 janvier. Ils ont demandé : “Tu es du Hamas ? Tu es journaliste ?” Les coups ont commencé, ils ont frappé toutes les parties de mon corps (…). Ils m’ont emmené dans une autre pièce. Ils m’ont dit de me mettre à genoux, j’ai pensé qu’ils voulaient m’humilier. Ils m’ont frappé encore. »

A cet instant, selon son récit, le détenu a les yeux bandés. Les gardiens l’immobilisent complètement. « Ils ont essayé de faire entrer quelque chose de dur dans mon anus. J’ai résisté, j’ai tendu mes muscles de toutes mes forces. Mais c’était trop douloureux, ils m’ont pénétré profondément. La douleur était terrible. (…) Ils ont recommencé. » L’homme a entendu ses gardiens rire puis fumer une cigarette. Ils l’ont ensuite transporté dans une cellule collective.


Un prisonnier palestinien montre l’une des différentes positions auxquelles il a été contraint pendant sa détention. Battu presque quotidiennement, il a perdu 58 kilos après onze mois de prison. Il a séjourné dans la prison Ofer et dans celle du Neguev. En Cisjordanie, le 27 septembre 2025.


L'enfer des prisons israéliennes



Ce programme comporte des scènes déconseillées à un public jeune ou sensible !

Arrestations de masse, disparitions forcées, incarcérations arbitraires sans inculpation ni jugement, détention au secret, torture généralisée, traitements inhumains et dégradants : les rapports de nombreux organismes internationaux, dont diverses agences de l’ONU ainsi que de multiples ONG documentent les actes de tortures et conditions inhumaines infligés à tous les prisonniers palestiniens détenus en Israël après le 7 octobre 2023.


Disponible jusqu'au 13/01/2027.



jeudi 12 février 2026

Israël franchit un nouveau seuil en Cisjordanie: vers une annexion "de facto" via de nouvelles mesures administratives



Le gouvernement israélien a adopté des mesures facilitant la confiscation de terres palestiniennes en Cisjordanie, notamment à Hébron, rompant avec le statu quo de 1967 et fragilisant les accords d’Oslo.

Le cabinet israélien a ouvert la voie à la confiscation de terres palestiniennes et à l'annexion de la région à l'administration israélienne, via une série de décisions concernant la Cisjordanie occupée. Dans ce cadre, des mesures ont été adoptées visant notamment à établir une municipalité parallèle relevant de l'occupation dans la ville palestinienne historique d'Hébron, ainsi qu'à faciliter les procédures d'acquisition et d'enregistrement de propriétés par les colons juifs.

Le gouvernement israélien dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au sein duquel des figures de l’extrême droite occupent des rôles clés, a adopté le 8 février une série de décisions qui modifieront le statu quo en Cisjordanie en faveur des colons juifs et au détriment des Palestiniens.

Lors de la réunion du cabinet de sécurité, le ministre des Finances d’extrême droite Bezalel Smotrich a déclaré que par ces mesures, ils "approfondissaient la présence d’Israël sur l’ensemble du territoire et avaient pour objectif d’éliminer l’idée d’un État palestinien".

Il est rapporté qu’Israël, en intensifiant ses démarches d’annexion, a également approuvé des dispositions facilitant l’achat par des Juifs de terres palestiniennes confisquées en Cisjordanie occupée.

Selon ces dispositions, il a été décidé, pour la ville d’Hébron (al-Halil), située dans le sud de la Cisjordanie et où vivent plus de 200 000 Palestiniens, de retirer les compétences en matière de permis de construire et d’urbanisme à la municipalité palestinienne pour les transférer à l’ "Administration civile", qui relève de l’armée israélienne.

Smotrich a fait valoir qu’avec cette nouvelle réglementation, les "procédures d’autorisation fastidieuses" faisant obstacle aux Israéliens qui s’approprient des terres palestiniennes, dans des zones où l’achat privé de terrains est interdit, seraient supprimées.
Par ailleurs, il a été indiqué qu’Israël mettrait en place une "municipalité parallèle" sous sa tutelle à Hébron (al-Halil), structure depuis laquelle seraient gérées les transactions des Israéliens s’emparant de terres palestiniennes dans la ville.

Hébron (al-Halil): La ville "dans la tenaille de l'occupation", abritant la mosquée Ibrahimi

Située au sud de la Cisjordanie occupée, Hébron est connue comme une ville palestinienne historique. En 1994, le colon juif fanatique Baruch Goldstein y a perpétré un massacre en lançant un assaut à l'arme automatique dans la mosquée Ibrahimi pendant la prière de l'aube. De nombreux Palestiniens ont perdu la vie sous les tirs de l'armée israélienne lors des événements qui ont éclaté dans la région à la suite de cette attaque.

L'Accord d'Hébron, signé en 1997 entre l'Autorité palestinienne et Israël, a divisé la ville en deux zones: "H1" et "H2".

Selon cet accord, la sécurité et l'administration de la zone H1 ont été confiées à l'Autorité palestinienne, tandis que la sécurité de la zone H2 a été laissée sous la responsabilité de l'armée israélienne, bien qu'environ 500 colons et plus de 30 000 Palestiniens y résident.

La Vieille Ville d'Hébron, où se trouve la mosquée Ibrahimi, est aujourd'hui considérée comme l'un des exemples les plus impitoyables et glaçants de l'occupation israélienne.

Dans la ville, les Palestiniens sont contraints de franchir fréquemment des points de contrôle et d'emprunter des ruelles détournées pour se rendre chez eux, à leur travail ou pour envoyer leurs enfants à l'école.

Dans la zone H2 sous contrôle de l'armée israélienne, certaines rues sont interdites à la circulation piétonne des Palestiniens. La grande majorité des commerçants de la Vieille Ville ont, quant à eux, baissé le rideau.

À la suite du massacre d'Hébron, Israël a imposé une division spatio-temporelle de la mosquée Ibrahimi; aujourd'hui, une partie de la mosquée est utilisée comme synagogue.

Les Palestiniens ne peuvent accéder à ce sanctuaire sacré qu'en passant par des points de contrôle israéliens. Lors des fêtes religieuses juives, l'accès est interdit aux musulmans, c'est-à-dire aux Palestiniens.

Durant ces périodes, les colons juifs utilisent également la partie du sanctuaire servant de lieu de prière musulman (masjid) pour des festivités incluant danses et musique.

Conformément à la décision prise par Israël, des préparatifs sont en cours pour retirer la gestion du site à l'Administration des dotations islamiques (Waqf), responsable de la mosquée Ibrahimi, afin de rattacher la mosquée à la municipalité d'occupation sous contrôle israélien.

Israël avait placé en détention le maire d'Hébron, Tayseer Abu Sneineh, en septembre 2025. C'est actuellement l'adjointe au maire et maire par intérim, Asma Sharabati, qui assure la gestion de la ville.

"Israël aura, de fait, annexé ces régions"

Dans une déclaration à Anadolu, la maire par intérim d’Hébron, Sharabati, a souligné que l’occupation israélienne franchissait un nouveau seuil dans les politiques qu’elle applique depuis des années dans la ville, en s'apprêtant à mettre en place une structure de "municipalité parallèle".

"Avec cette pratique, l’occupation israélienne aura pris le contrôle total de l’administration dans les zones A, B et C, placées sous l’autorité palestinienne, et aura annexé ces régions de facto, sans aucune restriction", a déclaré Sharabati.

Indiquant qu’avec la "municipalité d’occupation parallèle" que le gouvernement israélien prévoit de créer, les colonies israéliennes établies sur des terres palestiniennes confisquées acquerront rapidement et unilatéralement un statut légitime aux yeux d'Israël, Sharabati a également souligné un autre danger: la publication des registres fonciers des Palestiniens sous forme de listes exposera ces propriétaires au ciblage par les colons juifs de la région, par le biais de "provocations, de la coercition et de menaces".

"Par ces mesures, l’occupation israélienne a démontré qu’il n’y a plus de limite à la confiscation des terres palestiniennes et qu’elle se prépare à faire avancer ce processus directement au sein de sa propre administration", a-t-elle affirmé.

Israël vise à abolir le statu quo en vigueur depuis 1967

L'avocat Tawfik Jahshan, expert en droit international au sein du Comité de réhabilitation rattaché à la municipalité d'Hébron (al-Halil), a indiqué que l'administration d'extrême droite, qui prône l'annexion de la Cisjordanie à Israël, vise par ses dernières décisions à abolir le statu quo en vigueur dans la région depuis 1967.

Jahshan a précisé qu'avec ces décisions, l'administration israélienne cherche à accorder une légitimité unilatérale aux "colonies sauvages" établies sur des terres palestiniennes confisquées, lesquelles n'ont aucun statut légal même du point de vue israélien. Il a noté que, de la même manière, la voie est désormais ouverte à des démolitions, y compris dans la "Zone A", où la sécurité et l'administration relèvent pourtant de l'Autorité palestinienne.

Voici la traduction de ce dernier volet, réalisée avec la même exigence de fidélité et de précision terminologique. Ce segment est crucial car il détaille les mécanismes juridiques (prétextes archéologiques et environnementaux) utilisés pour contourner les Accords d'Oslo.

"Cela anéantit le rêve d’un État palestinien"

Issam Amru, militant palestinien originaire d’Hébron (al-Halil), a déclaré que les décisions prises par le gouvernement israélien entraîneraient la démolition des maisons palestiniennes en Cisjordanie, la dépossession de leurs habitants, la construction de davantage de colonies juives sur les zones confisquées, et faciliteraient le vol des biens palestiniens dans la zone H2 d'Hébron, où cohabitent Palestiniens et colons juifs.

"Ces décisions sont dangereuses, contraires au droit international, aux Accords d’Oslo et au Protocole d’Hébron; elles attisent le racisme et la discrimination, et approfondissent le régime d’apartheid d’Israël", a affirmé Amru. Il ajoute que "ces mesures englobent les zones A et B sous administration palestinienne ainsi que la zone H2 à Hébron, elles visent la souveraineté et anéantissent le rêve d’un État palestinien."

Soulignant que les municipalités et conseils locaux sous l'autorité palestinienne seraient "réduits à l’impuissance" par cette démarche du gouvernement israélien, Amru a insisté sur le fait que la confiscation des terres palestiniennes par les colons juifs, ainsi que la dépossession et le déplacement forcé des Palestiniens, allaient s'accélérer.

Il a appelé les dirigeants et les acteurs politiques palestiniens à s’unir face aux mesures de l’occupation israélienne qui "démantèlent l'ensemble du statu quo".

De son côté, l’ancien directeur de la mosquée Ibrahimi, Hafzi Abu Sneineh, a indiqué ne pas être "surpris" par les décisions du gouvernement israélien concernant la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée et les lieux saints d’Hébron. "Israël porte atteinte systématiquement et continuellement aux lieux saints. Lorsque ces décisions seront appliquées, le site d’Abraham sera isolé de ses propriétaires légitimes, ce qui constitue une violation de tous les accords. Mais quoi qu'il arrive, la mosquée Ibrahimi demeurera la propriété des musulmans", a-t-il déclaré.

Israël restreint les pouvoirs de l’Autorité palestinienne dans les zones "A" et "B"

Le cabinet de sécurité israélien a décidé d'autoriser les unités de l'administration civile, opérant dans les territoires occupés et rattachées à Tel-Aviv, à intervenir également dans les zones "A" et "B", placées sous la responsabilité de l’Autorité palestinienne en vertu des accords internationaux.

Avec cette décision, Israël se donne la possibilité d’approfondir son occupation et de procéder à des démolitions non seulement dans la zone C (dont il a la charge administrative et militaire), mais dans la totalité de la Cisjordanie.

Selon l’Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (Oslo II) de 1995, la Cisjordanie est divisée en trois secteurs: la "Zone A", entièrement sous contrôle palestinien; la "Zone B", sous administration civile palestinienne et contrôle sécuritaire israélien; et la "Zone C", entièrement sous contrôle israélien. La "Zone C" couvre environ 61 % de la Cisjordanie.

En violation du droit international, l’administration israélienne vise à étendre son occupation via les administrations civiles qu’elle établira dans les zones A et B de la Cisjordanie occupée, en invoquant des motifs tels que le "patrimoine culturel, les sites archéologiques, les risques environnementaux et les ressources en eau".

Dans ce cadre, les structures appartenant à des Palestiniens pourront être démolies sous prétexte qu’elles nuisent à l’environnement ou aux ressources hydriques, ou être confisquées au motif qu’elles présentent une valeur archéologique.



La chanteuse chilo-palestinienne Elyanna : "Ghosn Zeytoun", un hymne à la résilience



"Ghosn Zeytoun" (branche d'Olivier) 

Les paroles puissantes expriment la douleur de la diaspora palestinienne pour les habitants de Gaza, qui subissent depuis deux mois les bombardements incessants d’Israël.

"Mes larmes se sont taries, et mon cœur est brisé, je suis loin, mais je prie pour toi. Et j'envoie la paix, sur une branche d'olivier. Dans la terre de la paix, la paix est morte", chante Elyanna d’une voix tremblante d’émotions et étranglée par les larmes.

La chanson, une réponse directe à la tragédie en Palestine, a été publiée sur YouTube après avoir été initialement partagée sur le compte Instagram d'Elyanna. 

Hymne à la résilience

La chanson "branche d’Olivier" a été initialement publiée par Elyanna sur son compte Instagram, accompagnée des mots : "Ces derniers jours, j'ai eu du mal à mettre mes émotions en mots. Il a été difficile d'assister à tout ce qui s'est déroulé, je m'inquiète et je prie pour ma famille, mes amis et mon peuple là-bas."

Très vite cette chanson est devenue un hymne à la résistance et à la résilience palestinienne.


Elyanna, de son vrai nom Elian Amer Marijeh, est née en 2002 à Nazareth. Elle a commencé sa carrière musicale après avoir déménagé aux États-Unis en 2017 avec sa famille.

Grande présence palestinienne au Chili

La présence significative de la communauté palestinienne au Chili découle des migrations initiées au début du 20e siècle, à la suite de conditions économiques difficiles, des changements politiques liés à la Première Guerre mondiale, et des conséquences de la création de l'État d'Israël en 1948.

De nombreux Palestiniens ont trouvé refuge au Chili, destination privilégiée en raison de la souplesse de ses politiques migratoires.

Cette communauté, concentrée notamment à Santiago, a prospéré économiquement, contribuant au développement du pays dans des secteurs tels que le commerce, l'industrie et l'agriculture, tout en préservant ses liens culturels avec la Palestine.



mercredi 11 février 2026

Le ministre Nuñez saisit la justice contre Soral pour un tweet sur Epstein



 Alain Soral est de nouveau au cœur d’une controverse. Et le ministre de l’Intérieur a décidé de ne rien laisser passer. Laurent Nuñez a en effet saisi la justice lundi après la publication sur le réseau social X de deux messages dont l’un de l’idéologue d’extrême droite dénonçant « une mafia juive » au travers de l’affaire Epstein.


Le ministre de l’Intérieur a effectué un signalement auprès de la procureure de Paris, Laure Beccuau, concernant deux messages postés sur X lundi.

Un message contre le Crif

L’un, émanant du compte « Alain Soral Officiel » et reprenant des thèses de milieux complotistes, assurait : 

« l’affaire Epstein nous démontre une chose très clairement : c’est qu’il existe au sommet du monde occidental une mafia juive suprémaciste et raciste doublement délinquante sur le plan financier et sexuel. Osez dire le contraire…. ».

Lire :


Nili Naouri craint de ne "plus mettre les pieds en France"




L’avocate franco-israélienne pro-génocide à Gaza, Nili Kupfer-Naouri, fait l’objet d’une plainte en France pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité. Déposée par l’UJFP et Urgence Palestine, la procédure vise sa participation présumée à des actions bloquant l’aide humanitaire destinée à Gaza. Nili Naouri affirme ne pas se sentir inquiétée mais dénonce un précédent judiciaire qui pourrait concerner de nombreux Franco-Israéliens liés à l’armée israélienne. Cette affaire s’inscrit dans un contexte de judiciarisation croissante des crimes commis à Gaza.

La génocidaire Nili Kupfer-Naouri est visée par une plainte en France pour complicité de génocide à Gaza

Nili Kupfer-Naouri, présidente de l’association Israël is Forever, fait l’objet d’une plainte déposée en France pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité.

La procédure a été engagée par l’Union juive française pour la paix (UJFP) et le collectif Urgence Palestine.

La plainte cible la participation présumée de Nili Naouri à des actions visant à bloquer des camions d’aide humanitaire destinés à la Bande de Gaza. Ces faits sont présentés par les plaignants comme une contribution directe à la situation humanitaire dramatique dans l’enclave palestinienne.

Blocage de l’aide humanitaire vers Gaza

Selon les éléments avancés, les actions reprochées auraient eu pour objectif d’empêcher l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza, alors que la population civile fait face à une crise sans précédent.

Les plaignants estiment que ces initiatives s’inscrivent dans un contexte plus large de violences systématiques contre les Palestiniens, qualifiées de génocide par plusieurs ONG et juristes internationaux.

La plainte entend établir un lien entre ces actions militantes et une responsabilité pénale individuelle, en s’appuyant sur le droit international humanitaire et le principe de compétence universelle.
Interrogée sur cette procédure, Nili Kupfer-Naouri affirme ne pas se sentir personnellement inquiétée. Elle exprime toutefois sa crainte qu’une telle action judiciaire crée un précédent susceptible de concerner de nombreux Franco-Israéliens ayant servi l’armée d’occupation israélienne, notamment lors des opérations militaires à Gaza.

“Je ne pourrai plus mettre les pieds en France parce que je n’ai pas l’intention d’aller dans les geôles françaises, ni en garde à vue, ni autre chose”, a-t-elle déclaré.

Droit international contre "délire antisémite"

L’avocate dénonce ce qu’elle qualifie de dérive des autorités françaises, estimant que “la France est tombée dans un délire antisémite”.

Cette plainte intervient dans un contexte de judiciarisation croissante des actions liées à la guerre à Gaza, alors que plusieurs responsables politiques, militaires et militants pro-israéliens sont visés par des procédures similaires en Europe.



mardi 10 février 2026

Cisjordanie: Israël valide des mesures qui redessinent l'équilibre du contrôle sur le terrain





C'est un tournant majeur dans la gestion de la Cisjordanie. À quelques jours d'une rencontre cruciale Donald Trump-Benyamin Netanyahu à la Maison Blanche, le cabinet de sécurité israélien a validé une série de mesures qui modifient les équilibres sur le terrain. De l'extension de l'autorité israélienne en zone palestinienne à la réforme du droit foncier, ces décisions marquent une rupture avec des décennies de statu quo.

Sous l'impulsion des ministres de la droite dure Bezalel Smotrich et Israël Katz, Israël va désormais étendre son pouvoir d'inspection et d'urbanisme jusque dans les zones A et B de Cisjordanie, théoriquement sous contrôle palestinien. Officiellement, ces mesures visent à protéger l'environnement et les sites archéologiques. Mais sur le terrain, elles constituent une intrusion civile israélienne sans précédent, explique notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

À Hébron, le basculement est total. La municipalité palestinienne perd ses pouvoirs en matière de construction sur les zones de colonisation ainsi que sur le site du Tombeau des Patriarches, au profit de l'administration militaire israélienne. Plus radical encore : le cabinet a levé le secret sur le cadastre et aboli une ancienne loi jordanienne, ouvrant ainsi la voie à l'achat direct de terres par des citoyens juifs.

Alors que Bezalel Smotrich assume vouloir « tuer l'idée d'un État palestinien », l'appareil sécuritaire israélien s'inquiète d'une possible explosion de violence à l'approche du ramadan. Reste à savoir si Benyamin Netanyahu place Donald Trump devant le fait accompli, ou si ces mesures – décrites comme une nouvelle phase de l'annexion rampante – ont déjà reçu un feu vert discret de la Maison Blanche.

Une remise en cause des accords d'Oslo

Ces nouvelles décisions du cabinet ministériel israélien restreint ne visent pas uniquement les terres palestiniennes. Elles portent atteinte à l'essence même des accords d'Oslo, démantèlent les prérogatives de l'Autorité palestinienne et, selon des analystes palestiniens, ouvrent également la voie à une phase plus dangereuse, où la Cisjordanie serait administrée comme une partie placée sous souveraineté israélienne, rapporte notre envoyée spéciale à Ramallah, Alice Froussard.

Le transfert des compétences israéliennes en matière de planification concerne également la ville de Bethléem, selon les décisions approuvées par le cabinet israélien. « Cela va donc au-delà de la politique du fait accompli, c'est une annexion réelle, institutionnelle et juridique », précise la professeure de diplomatie et de résolution des conflits Dalal Erekat.

Dans les faits, ces nouvelles mesures mettent surtout fin à l'autorité juridique palestinienne sur les zones A et certaines zones B, et replacent la gestion des terres, des biens immobiliers et des infrastructures sous contrôle israélien direct. Un contrôle qui, jusque-là, était principalement concentré sur les zones C. Ce qui signifie que les Palestiniens dans les villes sont désormais menacés de démolition et de confiscation sans besoin d'une coordination palestinienne.

Un peu comme s'il ne s'agissait plus, en Cisjordanie occupée, d'un modèle d'occupation militaire directe, mais plutôt d'un nouveau modèle hybride, dans lequel les lois et les institutions civiles israéliennes voient leurs prérogatives élargies, sans déclaration officielle de souveraineté.

Cela rejoint dans un sens les déclarations des ministres Israël Katz et Bezalel Smotrich, selon lesquelles ces décisions visent à supprimer des obstacles juridiques « discriminatoires » en place depuis des décennies. « C'est dangereux, illégal et équivaut à une annexion de facto », a déclaré Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne. Il a exhorté Donald Trump et le Conseil de sécurité de l'ONU à intervenir.


Iran – Palestine. Sortir du piège occidental



Le 13 janvier 2026, Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères français, convoque l’ambassadeur de l’Iran en France et dénonce « une répression intolérable » du régime de Téhéran contre les manifestant·e·s. La veille, Roberta Metsola, présidente du Parlement européen, annonce dans un mail à ses collègues avoir pris la décision d’interdire à tous les diplomates, membres du personnel des missions diplomatiques, fonctionnaires et représentants de la République islamique d’Iran l’accès à tous les locaux de l’institution.

Cela rassurera-t-il celles et ceux qui croyaient qu’il n’y avait plus âme qui vive dans les couloirs du Quai d’Orsay ou de la Commission européenne ? On reconnaîtra au moins cette vertu à la République islamique : sa capacité à faire sauter, chez les Européens, des verrous qui semblaient jusque-là bien cadenassés. Soudain, toutes les sanctions, hier si compliquées à mettre en place pour arrêter le génocide toujours en cours à Gaza, deviennent à portée de main. Ajoutez à cela les menaces étatsuniennes et les manipulations d’Israël qui peine à cacher son enthousiasme pour une intervention militaire, et voilà la famille occidentale à nouveau réunie. Au micro de France Inter, quand Florence Paracuellos demande à Raphaël Glucksman : « Que peut l’Europe, au-delà des mots ? Au-delà des condamnations ? Est-ce qu’on peut faire autre chose que d’être spectateur ? », l’eurodéputé répond, indigné : « Nous ne sommes pas des commentateurs de l’Histoire. » Visiblement, cela dépend de quelle Histoire.

Car les médias mainstream nous surprennent également par leur désir de maintenir l’actualité iranienne en Une, alors que les souffrances d’autres populations de la région pourtant visées par des guerres occidentales avaient si peu de place parmi les grands titres. Internet a été coupé par le régime sur tout le territoire iranien depuis le jeudi 8 janvier, ne parlons même pas d’envoyer des journalistes sur place. Mais dans ces mêmes journaux, sur ces mêmes antennes où l’on a mis trois mois à accorder une place aux massacres des Palestiniens après le 7 octobre 2023, alors qu’il suffisait de se connecter sur n’importe quel réseau social pour recueillir vidéos et témoignages, dans ces mêmes médias où le narratif israélien a souvent été dominant, les « urgents » se succèdent et les analyses font florès. Les chroniqueurs se bousculent pour annoncer la chute prochaine du régime, au risque d’être démentis comme ils l’ont été au cours des précédentes crises.

Une population prise en étau

Faut-il se réjouir que le soulèvement iranien ne soit pas ignoré en Occident comme continue de l’être la situation en Palestine, les bombardements quotidiens d’Israël au Liban ou encore le grignotage du territoire syrien, toujours par Tel-Aviv ? Oui et non.

Un des malheurs de la population iranienne est que sa révolte arrive après Gaza. Or, déjà connue, désormais dénudée, l’hypocrisie occidentale ose encore se déployer, impudique, au vu et au su de tous. On aurait préféré une honnêteté crue, comme celle de Donald Trump orchestrant un coup d’État au Venezuela et déclarant tout de go : je viens pour le pétrole. En lieu et place, les Européens font des circonvolutions, raclent jusqu’au fond les pots du vernis moral et osent encore remettre le costume des droits humains, plus que jamais trop large pour eux.

En face, le « reste du monde » les observe mi-colérique, mi-cynique. L’indignité des uns appelant la réaction des autres, c’est une grille géopolitique faisant fi des aspirations légitimes des peuples qui semble s’imposer. Comme si les sociétés n’étaient que des variables d’ajustement. Or, trois réalités coexistent en Iran : une menace impérialiste américaine et les rêves d’hégémonie régionale d’Israël ; un régime corrompu et oligarchique qui semble faire un chantage au chaos, déjà expérimenté ailleurs, et qui ne fait que retarder l’échéance ; et au milieu, une population prise en étau, dont une partie importante, mais difficile à évaluer, rejette viscéralement ses gouvernants. C’est au milieu de ces trois réalités qu’il faut tracer un chemin.

Oui, une partie — difficilement quantifiable — de la population iranienne est perméable à la propagande des chaînes satellitaires appartenant à la diaspora monarchiste qui capitalisent sur l’amnésie politique de ce qu’ont été les terribles années des Pahlavi et de la Savak. Oui, la perspective d’un chaos iranien ne peut être réjouissante que pour Tel-Aviv. Mais le passé récent de la région nous a suffisamment enseigné qu’on ne construit l’avenir ni sur l’intervention militaire étrangère ni sans la participation des peuples. Si personne, en 2003, ne doutait de la nature du régime de Saddam Hussein, mise en avant pour justifier l’invasion des États-Unis et de son fidèle allié britannique, il n’en demeure pas moins que l’opération américaine était aussi illégale qu’injuste — sans que les responsables n’en payent le prix devant une instance internationale. Plus de 20 ans plus tard, l’Irak est un État failli et la plus grande partie de sa population est la dernière à profiter des richesses du pays. Entendons la révolte des manifestant·e·s iranien·ne·s, mais ne souhaitons pas à l’Iran un destin similaire à celui de son voisin.



lundi 9 février 2026

Israël à la Porte des Larmes



Alors que continuent le génocide à Gaza, l’expansion et les massacres en Cisjordanie, après avoir agressé 7 pays au Moyen Orient, après huit décennies d’occupation illégale, Israël se trouve aujourd’hui à la Porte des Larmes.

Rassurez-vous, Israël ne pleure pas.

La Porte des Larmes est un lieu. Il s’agit du détroit sur la mer rouge, là où la corne de l’Afrique touche presque le Yemen, là où la Mer Rouge rejoint l’Océan Indien. Là où passe un tiers du commerce maritime global.

Bab-el-Mendeb, c’est le nom du détroit, en Français la Porte des Larmes. Et Israël a bien l’intention d’y avoir sa place.

Certes, il y a quelques semaines, Israël a été le premier Etat du monde a reconnaître l’indépendance du Somaliland. Connaissez-vous le Somaliland ? Il s’agit d’un territoire au Nord de la Somalie, autrefois un Protectorat Britannique, fusionné avec la Somalie après la décolonisation (l’Italie avait colonisé la Somalie et les Britanniques gouvernaient le Somaliland).

Puis en 1991, le Somaliland s’autoproclame indépendant, rédige sa propre Constitution, crée son Parlement et sa monnaie, et jusqu’à aujourd’hui, organise sa vie politique en autonomie tout en se disant pro-occidental pour gagner en soutien; mais aucun Etat n’a reconnu l’indépendance de ce territoire.

La Somalie, et le reste de la communauté internationale, considèrent le Somaliland comme étant une région de la Somalie. Alors pourquoi cette nouvelle relation entre Israël et un petit territoire séparatiste ? Et pourquoi maintenant ?

Avec la mise au rebus du droit international, Israël ne risque plus grand chose

Israël vient de reconnaître un territoire, autrefois un Protectorat Britannique, en bord de mer qui réclame son indépendance. C’est curieux, et c’est nouveau : on avait plutôt l’habitude d’un Etat qui rechignait à reconnaître l’autodétermination des peuples. Mais les temps changent.

Il y a toujours eu la question de la Palestine, mais alors qu’autrefois, reconnaître des indépendantistes ailleurs aurait pu avoir un effet domino sur la question palestinienne chez soi, aujourd’hui, avec la quasi-totalité des Etats reconnaissant l’État de Palestine sans que cela ne mette fin à l’occupation israélienne, les craintes de l’effet domino sont moindres.

Et puis, peu importe ce que pense la communauté internationale, Israël ne risque plus rien. Les pays de l’Union Africaine, la Turquie, le Yemen, Le Soudan, l’Egypte, Djibouti, l’Arabie Saoudite et tous les pays de la ligue arabe à l’exception des Emirats, 14 pays des 15 membres du Conseil de Sécurité, tous condamnent cet acte et soutiennent l’intégrité de la Somalie. Peu importe.

Peu importe si le choix d’Israël mène à une fragmentation d’une région déjà fragile et d’une population somalienne déjà divisée. Peu importe. « Parce que regardez la carte : regardez comment le Somaliland se trouve tout proche du Yemen, tout proche du détroit par lequel passe un tiers du commerce maritime mondial, tout proche, en fait, de tout ce que nous appelons aujourd’hui « sécurité » et « stabilité » ( » target= »_blank »>Ahmed Eldin, journaliste indépendant).


Dans la reconnaissance officielle de cet endroit, il ne s’agit pas d’une affaire d’amitié, de soutien à un peuple, de solidarité, ni de coopération. Il ne s’agit même pas du Somaliland.

Il s’agit de positionnement.

Les bénéfices stratégiques pour Israël

A première vue, il y aurait trois bénéficies stratégiques pour Israël.

D’abord, le Somaliland est en face du Yemen. Disposer d’une base militaire au Somaliland permettrait à Israël de combattre ses ennemis les Houthis plus efficacement.

Ensuite, le deuxième bénéfice serait de contrôler le commerce maritime. Avec ses technologies de pointe en matière de surveillance, d’attaques ciblées, de contrôle, d’intelligence artificielle… on peut imaginer combien ce contrôle sur le commerce maritime est alléchant pour Israël qui a soif de puissance. En sciences de stratégie, un petit détroit est synonyme de puissance démesurée.

Enfin, troisième bénéfice : avoir un nouvel allié dans la question palestinienne, et pourquoi pas, y déplacer de force la population palestinienne ? La question ne devrait pas surprendre, elle a déjà été posée plusieurs fois, dans différents pays, depuis des mois.
Mais « pourquoi maintenant ? »

L’intérêt que porte Israël à la Mer Rouge n’est pas nouveau.

La présence des Houthis au Yemen et le contrôle qu’ils exercent n’est pas nouveau. L’Arabie Saoudite et les Etats-Unis n’ont pas réussi à éliminer les Houthis, malgré leur longue présence dans la région et leur puissance militaire. Israël a toujours considéré les Houthis comme des ennemis.

Alors pourquoi maintenant ? Parce qu’au moment-même où Israël reconnaissait le Somaliland, au Sud du Yemen (en face, donc, de l’autre côté du détroit), on parlait de faire sécession ! Et le mouvement indépendantiste (le STC), est soutenu par qui ? Par les Emirats Arabes Unis, le seul Etat qui n’a pas condamné la décision israélienne de reconnaître le Somaliland !

D’un côté donc, les Emirats, de l’autre, Israël : la Porte des Larmes va-t-elle devenir un portique de sécurité contrôlé par les Emirats et Israël ?

Les derniers événements au Yémen semblent avoir empêché le STC de poursuivre son projet de sécession, mais il est certain que le pays est volontairement divisé et dépolitisé par les deux puissances, l’Arabie Saoudite et les Emirats, pendant qu’Israël sécurise sa place juste en face.

Et puis, il y a les autres ennemis aussi, bien sûr. Souvenez-vous, Israël en a beaucoup. Il se trouve que quelques jours seulement avant l’annonce de la démarche d’Israël, la Somalie et la Turquie avaient signé un accord sur les droits maritimes dans les eaux somaliennes.

L’an dernier, la Turquie a effectué des recherches dans les mers somaliennes et y a trouvé des réserves de pétrole à de nombreux endroits. Là aussi, se trouve l’une des réponses au « pourquoi maintenant ? ».

Un nouvel allié et un nouveau chaos

Israël a besoin d’alliés. Il peine à en trouver. A l’heure où, comme l’intitule un article du monde diplomatique, « même les Etats Unis se lassent d’Israël ».

En Afrique, à l’exception du Maroc, aucune relation diplomatique n’est évidente. Des tentatives sont faites avec l’Ethiopie, la Zambie, l’Ouganda. Dans la corne de l’Afrique, le Somaliland présente non seulement une localisation géographique stratégique, c’est aussi, selon l’INSS, un « gouvernement qui cherche à coopérer avec les Etats occidentaux ».

Israël a besoin d’alliés et dans un contexte de plus en plus alarmant en ce qui concerne le peuple palestinien, négocier un déplacement forcé et une réinstallation des gazaouis à l’étranger devient beaucoup trop délicat. Sauf avec le Somaliland. Après avoir sollicité l’Indonésie, le Soudan, l’Egypte, le Somaliland est le seul territoire qui, semble-t-il, n’a pas refusé la proposition, même si aucun rapport officiel ne le prouve.

Israël peine tant à trouver des alliés « officiels » qu’il s’est tourné vers un territoire que personne ne reconnaît. S’affranchissant une nouvelle fois du droit international, ignorant les opinions de la communauté internationale, agissant toujours dans l’impunité, Israël vient troubler une région déjà fragile et s’immiscer dans les affaires d’un Etat déjà fragmenté.

Les pays voisins vont en subir les conséquences, et c’est la politique de toute la corne de l’Afrique qui est affectée. On parle déjà de relations entre Israël et les Afar, un peuple vivant le long de la Mer Rouge sur plusieurs pays (Erythrée, Ethiopie et Djibouti). D’après le journal israélien Ynetnews qui vante le pouvoir protecteur de son gouvernement: « Israel peut garantir la protection du peuple Afar en Erythrée et la conjuguer à la sécurité de la Mer Rouge. »

Quand Israël parle de « sécurité », qu’entendons-nous ?

Le risque est réel: la question du Somaliland devient une arène internationale et n’est pas une simple tactique locale. Observons la suite pour la Porte des Larmes, et souvenons-nous qu’Israël n’a aucunement l’intention d’aider qui que ce soit.

Comme le dit Gideon Sa’ar, le ministre israélien des affaires étrangères lui-même, lors d’une toute première visite officielle quelques jours seulement après l’annonce de la reconnaissance par Israël du Somaliland : « personne ne déterminera à notre place les Etats que nous reconnaissons ou ne reconnaissons pas, personne ne déterminera à notre place avec qui nous maintenons des relations diplomatiques », (Gideon Sa’ar le 06.01.2025).

Quoi qu’il en soit, il est illusoire de penser que tant que la question palestinienne n’est pas résolue Israël puisse avoir des relations saines avec des pays de la région.

Comme le dit le journaliste indépendant Ahmed Eldin, « Gaza a clarifié les termes et nous montre ce que requiert le Projet du Grand Israël : un contrôle sans responsabilisation ; une expansion sans répercussion ; un ordre régional dans lequel la vie des Arabes est administrée plutôt que respectée. La question du Somaliland n’est pas une exception dans cette logique. »



 

dimanche 8 février 2026

L'entreprise Chevron et ses partenaires approuvent l’expansion du champ gazier israélien de Leviathan, au large de Gaza

 




Chevron Corporation a pris la décision finale d’investir dans l’extension du gisement de gaz naturel israélien de Leviathan, une initiative qui augmentera considérablement la production de gaz en Méditerranée orientale, a rapporté Reuters jeudi.

L'extension devrait porter la production à environ 21 milliards de mètres cubes par an, renforçant ainsi les approvisionnements d’Israël et des marchés d’exportation, notamment l’Égypte, où le gaz israélien alimente les usines de GNL qui desservent l’Europe.

Cette décision intervient quelques semaines après la finalisation par Israël de ce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié de plus important accord énergétique de l’histoire du pays : un contrat d’exportation de gaz à long terme avec l’Égypte, d’une valeur d’environ 112 milliards de shekels, soit près de 35 milliards de dollars. L’extension de Leviathan fournira la capacité de production nécessaire pour honorer ces engagements d’exportation plus importants à terme.

Chevron exploite Leviathan en partenariat avec des acteurs israéliens. La mise en service de l’extension, prévue plus tard dans la décennie, contribuera à consolider le rôle d’Israël en tant que fournisseur régional de gaz.

Article original en anglais sur la page X de Drop Site News / Traduction MR

Source : ISM-France



samedi 7 février 2026

Palestine. Le mandat britannique au service du projet sioniste



Si l’Histoire n’a pas commencé le 7 octobre 2023, elle ne démarre pas non plus au moment de la création de l’État d’Israël en 1948. Dans Cent ans de guerre contre la Palestine, l’historien américano-palestinien Rashid Khalidi retrace un siècle de guerre coloniale menée contre la population palestinienne. Il met notamment en lumière le rôle primordial de la Grande-Bretagne dans l’implantation du projet sioniste en Palestine en tant que colonialisme de peuplement. Orient XXI publie les bonnes feuilles de cet ouvrage, paru en 2020 et enfin traduit en français. En librairie le 14 janvier.


Arthur Balfour (au centre) en visite à Tel-Aviv, en 1925, en compagnie de Chaïm Weizmann (troisième à partir de la droite).


En 1922, la nouvelle Société des Nations a émis son mandat pour la Palestine, officialisant ainsi la gouvernance du pays par la Grande‑Bretagne. Le mandat constituait un cadeau extraordinaire au mouvement sioniste, car il reprenait intégralement le texte de la déclaration Balfour et en amplifiait considérablement les engagements. Le document commence par une référence à l’article 22 du pacte de la Société des Nations, qui stipule que pour « certaines communautés », « leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement ». Le texte poursuit alors en réaffirmant son engagement international en faveur des dispositions de la déclaration Balfour. Ce passage implique clairement qu’un seul peuple en Palestine doit être reconnu comme détenteur de droits nationaux : le peuple juif. Cette situation était contraire à celles de tous les autres territoires sous mandat au Proche‑Orient, où l’article 22 du Pacte garantissait une marche progressive vers l’indépendance pour l’ensemble de leur population.

Politicide du peuple palestinien

Dans le troisième paragraphe du préambule du mandat, le peuple juif, et seul le peuple juif, est reconnu comme ayant un lien historique avec la Palestine. Aux yeux de ses rédacteurs, tout l’environnement architectural du pays, vieux de plus de deux millénaires, avec ses villages, ses sanctuaires, ses châteaux, ses mosquées, ses églises et ses monuments, tous ces vestiges des périodes ottomane, mamelouke, ayyoubide, de l’époque des Croisades, des Abbassides, des Omeyyades, des Byzantins et de périodes antérieures, n’appartenaient à aucun peuple, ou peut‑être à quelques groupes religieux informes. Certes, des populations vivaient sur ces terres, mais elles étaient dénuées d’histoire et d’existence collective, au point qu’il semblait naturel de les passer sous silence. Ce préambule du mandat contient les prémices de ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling a appelé le « politicide » du peuple palestinien. Car nier le lien historique d’un peuple avec sa propre terre constitue le moyen le plus efficace d’éliminer ses droits légitimes sur celle‑ci.

Les vingt‑huit articles suivants du mandat ne mentionnent à aucun moment les Palestiniens en tant que peuple disposant de droits nationaux et politiques. Comme dans la déclaration Balfour, les mots « arabe » et « palestinien » sont absents. Les seules garanties concédées à cette large majorité de la population se limitent à des droits personnels et religieux, ainsi qu’au maintien du statu quo concernant les Lieux saints. En revanche, le mandat détaille précisément les modalités de création et d’expansion du foyer national du peuple juif, en précisant qu’il ne s’agit pas, aux yeux des rédacteurs, d’un projet créé par le mouvement sioniste mais plutôt « reconstitué » par lui.

Sept des vingt‑huit articles du mandat sont consacrés aux privilèges et aux moyens accordés au mouvement sioniste pour mettre en œuvre sa politique du foyer national, tandis que les autres articles traitent des questions administratives et diplomatiques et que l’article le plus long porte sur la question des antiquités. Le mouvement sioniste, représenté en Palestine par l’Agence juive, a été explicitement désigné comme le porte‑parole officiel de la population juive du pays, même si, avant l’immigration massive de sionistes européens dévoués, la communauté juive locale était essentiellement constituée de juifs religieux ou de mizrahim, qui pour beaucoup n’étaient pas sionistes et s’opposaient même parfois au mouvement. Naturellement, aucune structure officielle de représentation n’avait été désignée pour la majorité arabe, qui a été laissée dans l’anonymat.

L’article 2 du mandat mentionne la création d’institutions de libre gouvernement. Compte tenu du contexte de l’époque, cette disposition ne pouvait concerner que le yishouv, la population juive de Palestine, tandis que la majorité palestinienne se voyait systématiquement refuser l’accès à de telles institutions. (Toute concession ultérieure faite aux Palestiniens sur la question de la représentation, comme la proposition britannique d’une Agence arabe, était soumise à de lourdes conditions : non seulement elle imposait une représentation égale pour l’infime minorité et l’écrasante majorité, mais elle exigeait également que les Palestiniens acceptent les termes d’un mandat qui niait explicitement leur existence — ce qui constitua le premier des cercles vicieux dans lesquels les Palestiniens se sont retrouvés piégés).

À aucun moment, une véritable institution représentative, démocratique et dotée d’un pouvoir réel, n’a été envisagée pour l’ensemble du pays, ainsi que l’avait secrètement promis [David] Lloyd George à [Haïm] Weizmann. Une telle institution aurait en effet permis à la majorité palestinienne d’exercer son droit de vote et de mettre un terme à la position privilégiée accordée au mouvement sioniste dans son pays.

L’Agence juive, partenaire de la puissance mandataire

L’une des dispositions majeures du mandat est l’article 4, qui confère à l’Agence juive un statut quasi gouvernemental en tant qu’ « organisme » doté de larges prérogatives s’étendant aux sphères économiques et sociales et pourvu du droit « d’aider et de participer au développement du pays » dans son ensemble.

Cette disposition a non seulement fait de l’Agence juive un partenaire du gouvernement mandataire, mais elle lui a également conféré un statut diplomatique international, lui permettant de représenter officiellement les intérêts sionistes, auprès de la Société des Nations et ailleurs.

Un tel droit de représentation est généralement un attribut de la souveraineté. Le mouvement sioniste en a largement profité pour consolider sa position sur la scène internationale et fonctionner comme un quasi‑État. Là encore, la majorité palestinienne n’a jamais bénéficié d’un pouvoir équivalent tout au long des trente années du mandat, et ce, malgré des demandes répétées.

L’article 6 imposait à la puissance mandataire de faciliter l’immigration juive et d’encourager « l’établissement intensif des Juifs sur les terres du pays ». Cette disposition était cruciale, tant la démographie et le contrôle territorial allaient jouer un rôle central dans le siècle de conflit entre le sionisme et les Palestiniens. Cet article a favorisé une croissance significative de la population juive ainsi que l’acquisition de terres stratégiques. Situées le long de la côte, à l’est de la Galilée et dans la grande vallée fertile de Marj Ibn Amer qui les relie, ces terres ont permis d’assurer un contrôle sur l’axe vital du pays.

L’article 7 prévoyait une loi sur la nationalité visant à faciliter l’acquisition de la citoyenneté palestinienne par les juifs. Cette même loi a été utilisée pour priver de leur nationalité les Palestiniens ayant émigré en Amérique du Nord ou du Sud sous l’Empire ottoman et souhaitant désormais revenir dans leur pays. Ainsi, les immigrés juifs, quelle que soit leur origine, pouvaient obtenir la nationalité palestinienne, tandis que les Arabes palestiniens autochtones qui se trouvaient à l’étranger lors de la prise de pouvoir des Britanniques se la voyaient refuser. Par ailleurs, d’autres articles accordaient à l’Agence juive la gestion et la création de travaux publics. Ils autorisaient également toutes les communautés à maintenir des écoles dans leur propre langue, une disposition qui a permis à l’Agence juive de contrôler une large part du système scolaire du yishouv [la communauté juive de Palestine]. Enfin, l’hébreu a été élevé au rang de langue officielle du pays.

En définitive, le mandat a essentiellement permis la création d’une administration sioniste parallèle à celle du gouvernement britannique mandataire et qui a été encouragée et soutenue par celui‑ci. Cet organisme parallèle assumait pour une partie de la population des fonctions essentielles habituellement réservées à un État souverain, notamment la représentation démocratique, le contrôle de l’éducation, de la santé, des travaux publics et la diplomatie internationale. Il ne manquait plus à cette entité, pour compléter tous les attributs de la souveraineté, qu’une force militaire. Celle‑ci finirait par émerger, avec le temps.

Rashid Khalidi. Professeur d’histoire à l’université Columbia (New York).