Une campagne extrémiste israélienne appelle à pratiquer des rituels de sacrifice animal pour célébrer la Pâque juive dans l’enceinte de la mosquée d’Al Aqsa, défiant le statu quo en vigueur depuis 1967 dans ce lieu saint.
Alors que la mosquée d’Al Aqsa, à Jérusalem-est occupée, est fermée depuis maintenant 10 jours par les autorités israéliennes sous couvert d’état d’urgence, des groupes extrémistes juifs israéliens font campagne pour y célébrer des rituels religieux lors de la Pâque juive le mois prochain.
Créer des précédents
L’une des campagnes les plus provocantes est celle d’Elkana Wolfson, lié à la yeshiva du Mont du Temple, qui a publié une vidéo générée par intelligence artificielle montrant un abattage rituel d’animaux suivi d’un festin sacrificiel, ainsi que des images représentant la construction d’un temple juif sur le site de la mosquée Al-Aqsa.
Parallèlement, l’institut du “Temple” a publié une image d’un banquet avec le Dôme du Rocher en arrière-plan, devant lequel un autel religieux a été érigé. La légende accompagnant l »image indique : “établir le Temple en un mois est peut-être difficile, mais construire l’autel et renouveler le sacrifice est possible”, dans un appel clair à tenter d’imposer le sacrifice d’un animal à l’intérieur de la mosquée Al Aqsa cette année.
Selon le statu quo en vigueur depuis 1967, les personnes non musulmanes peuvent se rendre sur l’esplanade des mosquées de Jérusalem à des horaires précis, mais ne sont pas autorisées à y prier ou accomplir des rituels religieux.
Mais ce statu quo est régulièrement remis en cause et défié par des extrémistes israélien-nes, soutenus par le gouvernement. Cette campagne concernant la Pâque juive est portée par l’extrémiste “Mouvement du Temple”, qui vise à s’approprier l’esplanade des Mosquées (considérée comme le troisième lieu saint de l’islam), invoquant un droit biblique à la détruire pour y re-construire leur propre temple.
L’an dernier déjà, des centaines de colons israéliens avaient investi le complexe de la mosquée Al Aqsa et accompli des prières pour marquer la fête juive de la Pâque. Le gouvernorat de Jérusalem a recensé lors de cette période trois tentatives d’introduire un petit animal ou une partie de sa viande dans l’enceinte de la mosquée Al Aqsa afin de pratiquer les rituels de sacrifice.
Les images d’IA diffusées par le Mouvement du Temple laissent à craindre qu’une nouvelle étape risque d’être franchie en avril prochain, suivant la stratégie annoncée de “créer des précédents”, imposant peu à peu une nouvelle réalité grâce à l’impunité dont bénéficie le mouvement.
Étouffer la vie palestinienne à Jérusalem
S’il est minoritaire, le Mouvement du Temple gagne en adeptes et surtout en soutien politique depuis plusieurs années, en parallèle d’une politique d’étouffement de la vie palestinienne à Jérusalem-est occupée et de restrictions de l’accès à la mosquée d’Al Aqsa.
La période précédant le mois sacré de ramadan cette année a également été marquée par une escalade des incursions dans Al Aqsa, culminant avec l’arrestation d’un imam et un raid de la police israélienne pendant les prières, le premier soir du ramadan.
Israël a aussi annoncé un plan visant à limiter l’entrée à 10 000 fidèles palestinien-nes de Cisjordanie pour les prières du vendredi, sous prétexte de “sécurité”, et a limité l’entrée aux hommes âgés de 55 ans et plus, aux femmes âgées de 50 ans et plus et aux enfants de moins de 12 ans accompagnés d’un parent.
Depuis le début du mois de ramadan, le 18 février dernier, la liberté de culte des Palestinien-nes est entravée par une série de mesures israéliennes et s’est accompagnée d’une vague d’arrestations et de raids arbitraire, comme le rapportait l’Agence Média Palestine dans cet article.
Mais depuis dix jours, suite à l’agression israélo-étasunienne en Iran et ses répercussions, l’esplanade des mosquées est entièrement fermée, les autorités israéliennes invoquant une mesure de sécurité.
Ses forces israéliennes justifient cette fermeture sous prétexte de « mesures préventives » en temps de guerre, les Palestinien-nes rappellent qu’il n’y a pas d’abris anti-bombes dans les maisons palestiniennes de Cisjordanie occupée et de Jérusalem-Est, ni d’abris publics. Parmi les Palestinien-nes des territoires de 1948, environ la moitié de la population n’a aucun endroit où se réfugier en cas d’attaques aériennes, selon les chiffres du contrôleur général de l’État israélien.
Invoquer la sécurité des fidèles musulman-es pour les empêcher de se rendre à la mosquée d’Al Aqsa est donc un argument cynique et fallacieux, et de nombreux-ses Palestinien-nes y voient un prétexte pour faire avancer la politique discriminatoire israélienne à leur encontre.
Source : Agence Média Palestine