Falastin
Falastin (فلسطين ; « Palestine » en arabe) était un journal palestinien de langue arabe. Fondé en 1911 à Jaffa, Falastin était à l'origine un hebdomadaire, qui devint l'un des quotidiens les plus influents de la Palestine ottomane et mandataire.
samedi 24 janvier 2026
Israël prévoit d’envahir et d’occuper la ville de Gaza en mars
L’armée israélienne envisagerait de lancer une nouvelle offensive contre Gaza en mars. Cette offensive se concentrerait sur la ville de Gaza, avec pour objectif de repousser la « ligne jaune » vers l’ouest, en direction de la côte, de déplacer de force les Palestiniens et d’occuper la ville.
Le Times of Israel, citant samedi un responsable israélien et un diplomate arabe, a indiqué que ce plan ne pourrait être mis en œuvre sans le soutien des États-Unis, qui tentent toujours de faire passer le fragile cessez-le-feu conclu en octobre à une deuxième phase.
Selon le journal, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, recherché par la Cour pénale internationale, ne croit pas à la réussite de cette deuxième phase et a donc ordonné à l’armée de se préparer à cette éventualité.
Le 10 octobre, les forces israéliennes ont achevé la première phase de leur retrait, conformément à l’accord de cessez-le-feu, jusqu’à la « ligne jaune », une ligne de démarcation non physique séparant les forces d’occupation israéliennes de certaines zones de Gaza, tout en conservant le contrôle d’environ 53 % de la bande de Gaza.
L’offensive sur Gaza-ville prévue pour mars verrait Israël augmenter ce pourcentage, ont déclaré un responsable israélien et un diplomate arabe.
Certains détails de cette offensive planifiée ont été révélés en premier lieu par le Wall Street Journal.
Erez Winner, chercheur au Centre israélien de grande stratégie, a déclaré au Journal qu’une offensive contre Gaza serait désormais plus facile pour Israël, car Israël n’a plus à craindre de mettre ses captifs en danger, comme il l’affirmait, maintenant que tous les captifs vivants et tous les corps, à l’exception d’un seul, ont été rendus par le Hamas.
Il a ajouté qu’il serait également plus facile pour Israël de déplacer de force les Palestiniens, car la plupart d’entre eux s’abritent dans des tentes de fortune. Une des possibilités serait de les amener dans la partie de l’enclave contrôlée par Israël.
Parmi les stratégies possibles évoquées par le journal figurent une prise de contrôle israélienne de la ville de Gaza ou une prise de contrôle progressive et insidieuse de l’ensemble de l’enclave.
Selon des informations, les forces israéliennes poussent de plus en plus les Palestiniens dans des zones toujours plus restreintes au sein de l’enclave. Des habitants de certains quartiers de Gaza-ville affirment que l’armée étend son contrôle au-delà de la ligne délimitée par les blocs jaunes.
Ces derniers jours, l’armée israélienne a étendu la « ligne jaune » à l’est de Gaza, notamment dans les quartiers de Tuffah, Shujayea et Zeitoun, à l’est de Gaza-ville, d’après ces mêmes sources.
Depuis son entrée en vigueur, Israël a violé le cessez-le-feu plus de 1.000 fois, causant la mort de plusieurs centaines de civils et bloquant l’acheminement de l’aide humanitaire indispensable à l’enclave.
Article original en anglais sur Quds News Network / Traduction MR
Source : ISM-France via :
vendredi 23 janvier 2026
Hamsa, 11 ans, victime du terrorisme israélien
Depuis le prétendu « cessez-le-feu » d’octobre, cinq Palestiniens en moyenne ont été assassinés chaque jour.
Hamsa Housou, onze ans, gisait sans vie sur une table métallique froide à la morgue de l’hôpital Al-Shifa. Son visage et la partie supérieure de son pyjama rayé étaient couverts de sang, tandis qu’un membre de sa famille lui essuyait doucement la bouche et la joue avec un chiffon humide, en pleurant.
Elle dormait dans son lit tôt jeudi matin lorsqu’elle a été mortellement touchée par des tirs israéliens.
La maison de sa famille à Jabaliya, à l’ouest de la ligne dite « jaune », se trouve dans une zone considérée comme sûre. « Nous dormions, et soudain, vers 5 heures du matin, il y a eu des coups de feu, des détonations bruyantes et des obus », a déclaré l’oncle de Hamsa, Aouni Housou, debout devant son petit corps. « Je vis à l’étage, et j’ai entendu des cris. Nous avons couru en bas et ils ont dit que la fillette avait été blessée. Nous sommes allés la voir et elle était couverte de sang. »
Il a fallu une demi-heure pour qu’une ambulance arrive. Quand ils sont enfin arrivés à l’hôpital, Hamsa était morte.
Selon un bilan établi par Al Jazeera, cet enfant de onze ans fait partie des 14 Palestiniens, dont cinq enfants, tués lors d’attaques israéliennes dans la bande de Gaza au cours des dernières 24 heures.
Depuis l’entrée en vigueur du soi-disant cessez-le-feu le 10 octobre, Israël a tué des Palestiniens à Gaza presque quotidiennement.
Les frappes de missiles, les tirs et les bombardements ont lieu à la fois à l’est de la ligne jaune, occupée par les troupes israéliennes dans le cadre de l’accord initial, et à l’ouest de celle-ci, où la majorité des Palestiniens sont entassés sur moins de la moitié du territoire de Gaza.
Au moins 425 Palestiniens ont été tués et plus de 1200 blessés au cours des trois derniers mois du « cessez-le-feu », soit près de cinq Palestiniens tués chaque jour.
« Chaque nuit, il y a des bombardements, des tirs, des fusées éclairantes, des robots. Chaque nuit. Des éclats d’obus frappent notre maison. Quel cessez-le-feu ? Ce cessez-le-feu n’est qu’une mise en scène devant le monde entier. Qu’est-ce qui les a poussés à la tuer ? » a déclaré Housou, en montrant sa nièce morte, incapable de retenir ses larmes.
Alors que l’attention du monde s’est détournée de Gaza depuis la mise en place du soit-disant « cessez-le-feu », le génocide s’est poursuivi, avec des attaques militaires quotidiennes de l’armée israélienne et des restrictions sévères sur les produits de première nécessité, notamment les fournitures médicales, la nourriture, les matériaux de construction et d’autres articles.
En l’espace d’une seule journée, dans la nuit de mercredi à jeudi soir, l’armée israélienne a pris pour cible des maisons d’habitation, des écoles abritant des Palestiniens déplacés et des campements de tentes.
À Mawasi, Khan Younis, une zone proche de la mer, deux frappes aériennes distinctes ont tué quatre Palestiniens dans leurs tentes sur la plage, selon l’agence de presse palestinienne Wafa.
Un autre Palestinien a été tué lorsque les forces israéliennes ont bombardé une tente abritant des personnes déplacées dans la zone d’Al-Attar à Khan Younis.
Dans le camp de réfugiés de Jabalia, deux Palestiniens ont été tués lorsque les forces israéliennes ont frappé l’école Abu Hussein, qui abritait plusieurs familles déplacées.
Dans le quartier d’Al-Tuffah, au nord-est de la ville de Gaza, une frappe aérienne israélienne a frappé un immeuble résidentiel, tuant deux personnes et en blessant cinq autres.
« Ma maison est à côté de celle qui a été bombardée. J’étais dans cette pièce, à côté de la véranda. Soudain, quelque chose a volé et m’a projeté sur le lit. La fenêtre entière s’est brisée, en morceaux. Ma femme a également été projetée sur le lit », a déclaré Abu Hassan Alwan à Drop Site, debout devant les décombres du bâtiment d’Al-Tuffah.
« Si quelqu’un vous dit qu’il existe une zone sûre, ne l’écoutez pas. Les Israéliens ont le droit de frapper où ils veulent. Ils frappent toutes les ‘cibles’ qu’ils trouvent. Il n’y a pas de zones sûres », a-t-il ajouté. « Ce cessez-le-feu n’a rien de réel dans ces conditions. »
Des débris de béton et de la poussière recouvrent tout un étage de la maison tandis que les membres de la famille trient les décombres. Une grosse munition non explosée gisait au milieu d’une pièce.
« Nous avons été choqués par ce qui s’est passé, c’était une catastrophe énorme. Nous sommes dans une zone verte, il y avait un cessez-le-feu et tout ça, et nous étions tranquillement assis chez nous », a déclaré Ahmad Akram Alwan, qui possède un terrain près du bâtiment et se trouvait juste à côté au moment de l’attaque.
« Nous n’avons rien à voir avec quoi que ce soit. Et soudain, nous nous retrouvons sous les décombres. C’est notre sort à Gaza. »
Dans un communiqué, le mouvement Hamas a qualifié cette vague de bombardements d’« escalade criminelle dangereuse et de violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu. Il s’agit d’une tentative délibérée de perturber la situation, de se soustraire aux obligations de l’accord et d’entraver le passage à la deuxième phase ».
Le cessez-le-feu n’a pas dépassé la première phase, qui a vu le retrait partiel des troupes israéliennes et l’échange de prisonniers.
Au contraire, Israël a consolidé son contrôle sur plus de 50 % de l’enclave en combinant la construction d’infrastructures militaires et la destruction de bâtiments existants, et semble préparer le terrain pour établir une présence permanente dans la majeure partie de la bande de Gaza.
Abdel Qader Sabbah
jeudi 22 janvier 2026
Faillite en Belgique de la chaîne de restaurants israélienne BOKER TOV
Le dernier magasin a fermé ses portes à Anvers, marquant la fin de la présence de la marque dans le pays après des années d’appropriation culturelle et de pertes financières croissantes.
Cette fermeture intervient après des mois de pression publique, de manifestations et de campagnes en ligne visant la chaîne pour son soutien affiché à Israël pendant le génocide à Gaza.
Source
« Pour l’Arabie saoudite, le plus grand danger n’est plus l’Iran, mais Israël »
Sarra Grira — Avant le 7 octobre 2023, il a beaucoup été question d’une normalisation imminente des relations entre l’Arabie saoudite et Israël. Aujourd’hui, ce scénario semble bien loin. Comment décririez-vous les relations entre les deux pays ?
Abdulaziz Alghashian — Premièrement, je ne crois pas que l’Arabie saoudite ait été sur le point de normaliser ses relations avec Israël. Il y a plutôt eu un élan dans ce sens, mais il est difficile de savoir dans quelle mesure il allait aboutir. Car la normalisation dépendait d’un point crucial : l’approbation par le Sénat américain, avec un minimum de 67 voix, du traité sur la défense, la sécurité et le nucléaire que Riyad appelait de ses vœux et qu’elle avait du mal à obtenir.
Plus tard, en mai 2024, les autorités saoudiennes avaient laissé entendre qu’un accord avec les Israéliens pouvait encore voir le jour, à condition qu’un cessez-le-feu soit instauré à Gaza. Ce qui prouve que l’idée d’une normalisation n’a pas été complètement balayée par le 7 octobre 2023. Désormais, la situation est tout autre, non seulement en raison d’un changement d’opinion publique en Arabie saoudite, mais aussi parce que le contexte politique états-unien n’est pas favorable à un traité — qu’il soit sécuritaire ou stratégique. L’arrivée de Donald Trump à la présidence y est pour quelque chose. Du temps de la présidence démocrate de Joe Biden, les républicains s’opposaient généralement au président au Sénat, sauf sur la question de la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël. Aujourd’hui, il est peu probable que les démocrates soutiennent Donald Trump, y compris dans ce domaine. De plus, même si Donald Trump souhaite une normalisation des relations saoudo-israéliennes, il refuse d’engager davantage les capacités militaires états-uniennes. Par ailleurs, les idéologies MAGA (Make America Great Again) et America First (« L’Amérique d’abord ») ont creusé une certaine distance entre une partie des républicains et Israël.
"La compréhension de la réalité de l’occupation a évolué, notamment chez les jeunes saoudiens."
S.G.— Vous avez évoqué l’opinion publique saoudienne. Comment percevait-elle l’éventualité d’une normalisation avec Israël ? Et quel est son degré d’attachement à la question palestinienne ?
A. A.— Contrairement à d’autres États du Golfe, l’opinion publique saoudienne ne peut être ignorée. Elle est prise en compte par les autorités. Cette opinion ne considérait pas Israël comme un État ami, et ce dernier ne jouissait certainement pas d’une bonne réputation auprès d’elle. Cependant, l’idée de normaliser les relations en échange de concessions faites aux Palestiniens n’était pas inacceptable à ses yeux. Mais après la guerre d’octobre (2023), cette position a évolué, notamment chez les jeunes.
Israël est désormais perçu comme la plus grande menace pour l’Arabie saoudite. La population est de plus en plus consciente de la situation israélo-palestinienne et de la tragédie que vivent les Palestiniens. La compréhension de la réalité de l’occupation a évolué. Jusque-là, ce n’était pas un sujet prioritaire et il y avait peu d’intérêt pour ce qui se passait dans les territoires occupés. L’attention de la population était davantage portée sur l’Iran, les houthistes, les Frères musulmans et la situation dans le Golfe. J’ai personnellement constaté ce phénomène en tant que citoyen saoudien et à travers mes échanges avec de nombreux compatriotes.
"Le bombardement du Qatar a prouvé aux Saoudiens que personne n’est à l’abri de l’hubris israélienne."
Des documentaires sont diffusés sur la situation dans les territoires occupés, et un grand nombre d’analystes — notamment sur des chaînes comme Al Arabiya — abordent le sujet, utilisant une terminologie qui était jusque-là absente de leurs discours, comme le fait de parler des accords d’Oslo ou des zones A, B et C en Cisjordanie, alors que bon nombre de Saoudiens ne savaient pas à quoi cela faisait référence. Bien entendu, les autorités prennent en compte ce changement.
Du point de vue du pouvoir, outre les événements qui ont suivi le 7 octobre 2023, la perception d’Israël comme menace a été exacerbée par la guerre de douze jours contre l’Iran (juin 2025). Puis il y a eu le bombardement du Qatar, qui a prouvé aux Saoudiens que personne n’est à l’abri de l’hubris israélienne et que ce pays est bel et bien devenu un danger pour tous. Discuter encore d’une normalisation avec Israël dans ce contexte revient à envisager la chose depuis une position de faiblesse, comme si cela était imposé au royaume, qui cherche à éviter une telle image.
S. G.— C’est donc l’opinion publique qui influence les décisions du régime et non ce dernier qui impose ses vues à la population ?
A. A.— Il existe une relation réciproque implicite, et les deux parties se comprennent. Une élite au sein du royaume surveille l’opinion publique et en est, dans une certaine mesure, issue. Elle comprend le sentiment populaire et sait ce qui peut être ou non accepté par la société. Je parle ici d’une élite politique — les technocrates, les cheikhs, le haut-clergé religieux —, pas de l’élite intellectuelle. On peut dire que, depuis cinq ans, nous ne sommes plus dans la gouvernance d’un seul homme.
"Les relations économiques de l’Arabie saoudite avec Israël prouvent au contraire que la normalisation n’est pas indispensable."
L’Arabie saoudite traverse actuellement une phase de transition. Aborder la question israélienne et la normalisation des relations dans ce contexte est très délicat, et l’élite saoudienne en est pleinement consciente. D’où la nécessité de trouver un équilibre entre politique intérieure et politique extérieure, tout en prenant en compte ses propres intérêts, comme lorsque les Saoudiens indiquent à Donald Trump être prêts à adhérer aux accords d’Abraham, mais sous certaines conditions.
S.G.— On revient donc en quelque sorte à l’esprit de l’initiative arabe proposée par le roi Abdallah durant le sommet de la Ligue arabe en 2002. Mais l’Arabie saoudite entretient officieusement des relations économiques avec Israël, notamment via les investissements de son fonds souverain dans des entreprises israéliennes. Comment expliquer ce paradoxe ?
A. A.— Des relations officieuses existent depuis les années 1990 : des réunions et de séminaires économiques organisés après la conférence de Madrid (1991) ou les accords d’Oslo (1993), auxquels ont participé des Saoudiens, des Israéliens et d’autres Arabes. Sur le plan économique, cela prouve au contraire que la normalisation politique, qui peut avoir un coût pour les autorités, n’est pas indispensable, d’autant qu’un grand nombre d’entreprises avec lesquelles le fonds saoudien collabore sont officiellement états-uniennes. Le prince Mohammed [Ben Salman] avait déclaré dans une interview que l’Arabie saoudite est un pays trop grand pour que n’importe quel État puisse s’en passer. Par ailleurs, les Israéliens se rendent au royaume grâce à leur double nationalité3, mais reconnaître publiquement ce fait pourrait poser problème à l’Arabie saoudite.
"Avec l’Iran, il était nécessaire de passer d’une logique de conflit existentiel à une logique de différend régional entre voisins."
Il ne faut pas oublier non plus que les Israéliens sont représentés au sein d’organisations internationales telles que les Nations unies et ses agences, où l’Arabie saoudite souhaite exercer une influence plus grande. Elle ne peut pas leur refuser cette présence, mais elle peut la rendre plus difficile. Il y a donc effectivement des liens entre les deux pays, qui sont la conséquence de la mondialisation et du rôle que le royaume entend jouer sur la scène internationale.
S.G.— Au niveau régional, nous observons également une évolution des relations avec l’Iran, l’Arabie saoudite ayant été le premier pays à condamner les bombardements israéliens, en juin 2025.
A. A.— Le rétablissement des relations avec l’Iran est devenu un enjeu sécuritaire important, et le meilleur moyen de s’y confronter est le dialogue avec Téhéran : de passer d’une logique de conflit existentiel à une logique de différends entre voisins. Cela ne remet pas en cause le fait que l’Arabie saoudite considère toujours l’Iran comme une menace régionale. Au contraire, c’est justement le sentiment de cette menace qui a rendu le rétablissement des relations crucial. Le problème des Iraniens réside dans la relation étroite qu’entretient le royaume avec les États-Unis, au point qu’ils perçoivent Riyad comme un prolongement de Washington dans la région. Or, au début de la guerre, nous [l’Arabie saoudite] avons adressé un message aux Iraniens disant : nous ne sommes pas contre vous, nous sommes même avec vous.
Pour les Saoudiens, le plus grand danger dans la région n’est plus l’Iran, mais Israël, ou plutôt les actions israéliennes qui sapent les processus de paix, tels que le dialogue saoudo-iranien. Les Israéliens affirment avoir bombardé l’Iran entre autres pour rendre service à l’Arabie saoudite, arguant d’une soi-disant alliance contre Téhéran. Ils ont beaucoup investi dans ce narratif, utilisant les médias arabophones et les centres de recherche pour amplifier leur version et la rendre hégémonique.
"Ahmed Al-Charaa remplit les objectifs saoudiens sans que Riyad ait besoin de le lui demander."
Cette propagande compromet le développement des relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran, car, lorsqu’on se sent menacé, on n’écoute pas les paroles qui nous rassurent, mais celles qui nourrissent notre peur. La relation entre les deux pays était jusque-là davantage influencée par des facteurs externes que par une relation bilatérale. C’est là tout l’intérêt de la normalisation saoudo-iranienne : créer un canal de discussion direct. Il s’agit d’une tentative des deux pays de se protéger à long terme contre des facteurs externes dont l’impact n’a cessé de croître. L’Arabie saoudite et les États du Golfe planifient à long terme, de manière rationnelle et pragmatique. Ils sont arrivés à la conviction que la confrontation avec l’Iran n’a été bénéfique à aucune des deux parties. Il faut donc changer d’approche.
S.G.— À moyen et long terme, quatre acteurs majeurs se distinguent dans la région : l’Arabie saoudite, l’Iran, Israël et la Turquie.
A.A.— Et les Émirats arabes unis…
S.G.— Nous reviendrons sur les Émirats arabes unis. La Syrie est le dénominateur commun entre ces quatre acteurs. L’Arabie saoudite se considère-t-elle comme l’acteur arabe le plus important et, par conséquent, le plus légitime à jouer un rôle, notamment en Syrie ?
A. A.— Je ne sais pas si c’est ici la véritable motivation de l’Arabie saoudite. Je pense qu’elle souhaite intervenir en Syrie, car elle y voit une occasion de remodeler le paysage politique régional. Dans ce contexte, le président syrien par intérim Ahmed Al-Charaa joue un rôle important, car sa position remplit parfaitement les objectifs saoudiens. Il contribue de manière significative à isoler l’Iran, sans que l’Arabie saoudite le lui demande — et donc sans répercussion sur les relations bilatérales entre Riyad et Téhéran. Il souhaite également établir de meilleures relations avec le monde arabe.
"Les « printemps arabes » ont montré l’inefficacité de la stratégie de confrontation."
L’approche proactive de la stratégie saoudienne lui offre des opportunités et développe sa capacité d’adaptation à une situation changeante. Riyad a exprimé son souhait de voir les relations de la Syrie avec les mondes arabe et islamique rétablies — et j’insiste sur monde islamique —, un discours différent de celui entendu lors du sommet de la Ligue arabe de mai 2023, qui se focalisait sur le retour de la Syrie au sein du monde arabe4. Parler de monde islamique permet d’adoucir le discours envers l’Iran, à un moment où Al-Charaa s’oppose à la présence iranienne, évitant ainsi une confrontation avec Téhéran. Cette dimension islamique englobe également la Turquie, qui a des intérêts évidents en Syrie.
L’Arabie saoudite commence à remettre en question l’approche du jeu à somme nulle. L’ouverture au dialogue est une voie plus intéressante, et je trouve que c’est une bonne stratégie. La confrontation n’a rien apporté, les « printemps arabes » nous ont montré l’inefficacité de cette approche. Désormais, Riyad s’inscrit dans une approche plus régionale. Et l’intégration du monde islamique est un moyen d’éviter les conflits avec les voisins non arabes.
On a eu l’impression à un moment qu’Ahmed Al-Charaa se jetait dans les bras d’Israël. Il n’est pas interdit de penser que l’Arabie saoudite lui a demandé de faire preuve de retenue. Israël tente actuellement d’imposer sa volonté par la force. Or, l’Arabie saoudite fait pression, car elle considère que des négociations hâtives et imprudentes pourraient inciter Israël à faire fi de tout sens de la concession dans ses négociations futures, en imposant sa volonté avec l’aide des États-Unis. Il cherchera ainsi à obtenir par la force ce qu’il n’a pas pu obtenir par la négociation. D’où la volonté saoudienne d’empêcher toute négociation dans les conditions actuelles, car la situation est instable, et il ne peut y avoir de concessions faites à Israël alors que Riyad souhaite d’abord relancer l’initiative arabe.
S. G.— Comment évaluez-vous la nature des relations entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, et leur confrontation sur les terrains yéménite et soudanais ?
A. A.— Leurs points de vue sur la région sont divergents. Il ne s’agit pas d’une question de leadership, mais plutôt d’une vision du monde arabe. Aucune puissance ne domine la région, et les Émirats arabes unis y voient une opportunité d’affirmer une position géopolitique particulière. C’est ce qui se passe au Yémen, entre l’Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement légitime, et les Émirats arabes unis, qui soutiennent le mouvement séparatiste du Conseil de transition du Sud. Malgré cette divergence, je ne crois pas au risque d’un conflit ouvert. Il existe des limites que les acteurs impliqués ne peuvent franchir.
Sarra Grira. Journaliste, rédactrice en chef d’Orient XXI.
mercredi 21 janvier 2026
Israël détruit le siège de l’UNRWA
20 janvier 2026. Nouvelle violation du droit international : en toute impunité, les autorités israéliennes ont démoli le siège de l’UNRWA, agence des Nations unies, à Jérusalem-Est.
La démolition du siège de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) par les forces de sécurité israéliennes avec des bulldozers, mardi, à Jérusalem-Est occupée, a suscité une vive condamnation de la part du Secrétaire général de l'ONU.
« Le Secrétaire général condamne avec la plus grande fermeté les actions des autorités israéliennes visant à démolir le complexe de l'UNRWA à Sheikh Jarrah », a dit son porte-parole adjoint, Farhan Haq, dans une déclaration à la presse. « Comme il l'a déclaré à plusieurs reprises et sans équivoque, notamment dans sa lettre au Premier ministre israélien du 8 janvier 2026, le complexe de Sheikh Jarrah demeure une propriété des Nations Unies et est inviolable et à l'abri de toute ingérence ».
Le chef de l’ONU juge « totalement inacceptables » les actions d'escalade continues menées contre l'UNRWA, qui sont « contraires aux obligations claires d'Israël en vertu du droit international », notamment de la Charte des Nations Unies et de la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies.
« Le Secrétaire général exhorte le gouvernement israélien à cesser immédiatement la démolition du complexe de l'UNRWA à Sheikh Jarrah et à restituer et restaurer sans délai ce complexe et les autres locaux de l'UNRWA aux Nations Unies », a dit son porte-parole.
« Attaque sans précédent »
Le chef de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, a qualifié la démolition d'« attaque sans précédent » contre l'ONU, dont les locaux sont protégés par le droit international.
La démolition représente « un nouveau niveau de mépris ouvert et délibéré du droit international, y compris des privilèges et immunités des Nations Unies, par l'État d'Israël », a déclaré M. Lazzarini sur le réseau social X.
La même chose pourrait arriver à toute autre organisation ou mission diplomatique, « que ce soit dans le Territoire palestinien occupé ou ailleurs dans le monde », a averti M. Lazzarini. « Cela doit servir d'avertissement », a-t-il souligné.
« Indignation » du chef des droits de l'homme
Faisant écho à ces préoccupations, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a exprimé son « indignation » face à ce qui marque une escalade des tensions entre les autorités israéliennes et l'UNRWA.
« Cela s'ajoute à ce que nous constatons depuis un certain temps : des attaques contre les organisations humanitaires et les acteurs des Nations Unies qui tentent d'apporter de l'aide », a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissaire.
Le 14 janvier, les forces israéliennes sont entrées dans un centre de santé de l'UNRWA à Jérusalem-Est et ont ordonné sa fermeture. Au moment de l'incident, l'agence a indiqué que ses employés étaient « terrifiés ». Dans les semaines à venir, les approvisionnements en eau et en électricité des installations de l'UNRWA devraient être coupés, y compris pour les bâtiments utilisés pour les soins de santé et l'éducation.
Législation anti-UNRWA
« Il s'agit d'une conséquence directe de la législation adoptée par le Parlement israélien en décembre, qui a renforcé les lois anti-UNRWA existantes adoptées en 2024 », a déclaré M. Lazzarini.
Auparavant, les locaux de l'UNRWA avaient été la cible de pyromanes dans le cadre d'une « campagne de désinformation à grande échelle » menée par Israël, a affirmé le chef de l'agence onusienne.
Cela s'est produit malgré une décision rendue en octobre dernier par la plus haute juridiction des Nations Unies, la Cour internationale de Justice (CIJ), qui a réaffirmé qu'Israël était tenu « de faciliter les opérations de l'UNRWA, et non de les entraver ou de les empêcher ».
La Cour a également souligné qu'Israël n'avait aucune compétence sur Jérusalem-Est », a noté M. Lazzarini. « Le droit international est de plus en plus bafoué depuis trop longtemps et risque de perdre toute pertinence en l'absence de réaction des États membres ».
L’expansion des colonies continue
De son côté, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) a déploré mardi la poursuite de l’expansion illégale des colonies dans la zone E1, au nord-est de Jérusalem, menaçant la continuité territoriale et démographique palestinienne entre Jérusalem-Est, Ramallah et Bethléem.
« Dans toute la Cisjordanie occupée, nous assistons à des taux sans précédent de déplacements forcés, de saisies de terres, de violences commises par les colons et d’expansion des colonies, ce qui renforce encore l’annexion et entrave le droit des Palestiniens à l’autodétermination », a déclaré dans un communiqué, Ajith Sunghay, Représentant dans les TPO du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
Ces pratiques s’inscrivent dans une stratégie déclarée par Israël pour renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, a-t-il dit, rappelant que cette politique a été condamnée par la CIJ en juillet 2024.
Chassés du bassin de la vieille ville
Malgré cette condamnation internationale, les tribunaux israéliens ont continué à valider les expulsions sur le terrain.
Cette tendance se poursuit aujourd’hui avec de nouvelles expulsions imminentes à Silwan, un quartier de Jérusalem-Est. La semaine dernière, les autorités israéliennes ont remis des avis d’expulsion définitifs à 32 ménages, rendant imminente la déportation de 250 Palestiniens.
Les expulsions entraînent généralement le transfert des maisons palestiniennes à des colons israéliens, affaiblissant encore la présence palestinienne autour de la vieille ville.
Le 10 décembre, Israël a publié des appels d’offres pour plus de 3.400 logements dans la zone E1. Le 8 janvier, l’annonce d’une route destinée à détourner le trafic palestinien, tout en réservant la route principale 1 aux Israéliens, complique encore l’accès à E1.
L’effet cumulatif de ces mesures fragmenterait Jérusalem-Est, renforcerait la ségrégation et forcerait le déplacement de 18 communautés. « La communauté internationale doit agir pour mettre fin à ces violations et protéger les droits des Palestiniens », a insisté Ajith Sunghay.
"Ceux qui promeuvent, justifient ou normalisent publiquement le génocide"
According to multiple media reports, Israeli propagandist Guy Hochman was held and questioned for several hours by Canadian authorities upon arrival at Toronto Pearson Airport, following our complaint.
That Mr. Hochman was detained and questioned confirms that the law can still reach those who publicly promote, justify, or normalize genocide.
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La libération de Hochman est intervenue après l’intervention du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, et du consul général d’Israël à Toronto. Malgré cet incident, l’humoriste a pu se produire au Prosserman Jewish Community Centre, tandis qu’un important groupe de manifestants anti-israéliens protestait à l’extérieur.
Les manifestants, vêtus de keffiehs et agitant des drapeaux du Fatah, ont bravé le froid glacial, scandant des slogans hostiles, dont "Longue vie à l’Intifada" et "1,2,3,4, plus de sionisme" (1,2,3,4 Zionism no more).
Lors du spectacle, un des manifestants a tenté d’agresser Hochman. Selon le comédien, son ami Omer, qui l’accompagnait, est intervenu pour le protéger et a été blessé dans l’altercation. L’agresseur a été arrêté, et Hochman a précisé sur les réseaux sociaux : "Omer va bien. Nous n’abandonnons pas."
Le Venezuela, la Palestine et la mort du droit international
Par Craig Mokhiber
Les récentes déflagrations au Venezuela, en Palestine, au Liban, en Syrie, en Iran, en Irak, en Somalie, au Yémen et au Nigeria ne sont pas seulement les derniers soubresauts d’un empire américain en déclin. Elles sont bien plus terrifiantes : elles marquent l’avènement d’une ère d’impunité.
Le 3 janvier 2026, sans provocation, sans motif ni justification légale, les États-Unis ont bombardé le Venezuela, envahi sa capitale, tué des dizaines de personnes et violemment enlevé le président et la première dame du pays, les ligotant, leur bandant les yeux et les emmenant aux États-Unis.
Une violation aussi flagrante de toute une série de lois internationales, qui remet en cause le fondement même du cadre juridique mis en place après la Seconde Guerre mondiale et interdisant les actes d’agression, aurait certainement dû être condamnée unanimement.
Au lieu de cela, elle a été suivie de gémissements équivoques de la part de plusieurs dirigeants occidentaux, d’une réaction hyper prudente du secrétaire général de l’ONU, d’une condamnation rhétorique des membres du Conseil de sécurité, mais d’aucune action, et d’un soutien enthousiaste des médias américains et occidentaux.
Comment cela est-il possible ?
En termes simples, nous assistons à l’avènement de l’ère de l’impunité.
En route vers Bethléem
Un nouveau monde est en train de naître (ou peut-être de renaître, car il rappelle les horreurs de la première moitié du XXe siècle).
Un monde totalement affranchi du droit international, voire des principes moraux les plus fondamentaux et universels.
Une naissance que quiconque attentif aux machinations de l’empire, de ses alliés et de ses vassaux au cours des dernières décennies aurait pu prédire.
Des incarcérations massives et des excès policiers de la « guerre contre la drogue » aux extraditions, exécutions et tortures de la « guerre contre le terrorisme », en passant par l’appauvrissement systématique du plus grand nombre afin de consolider la richesse et le pouvoir d’une minorité, l’empire américain est engagé depuis des décennies dans une guerre qui a culminé avec l’extermination du peuple palestinien et l’attaque de cette semaine contre le Venezuela.
Ces vagues d’oppression sans cesse croissantes, si elles ne sont pas maîtrisées, nous menacent tous.
Car dans un monde où même le génocide n’est pas une ligne rouge, il n’y a alors aucune ligne rouge.
Un enfant de l’impunité
Depuis plus de deux ans, le monde assiste passivement à la ruée de l’Axe américano-israélien à travers l’Asie occidentale, l’Afrique et l’Amérique latine, dans une campagne sanglante de conquête et de destruction.
La Charte des Nations unies, le Statut de Rome, les lois de la guerre, les droits de l’homme, le droit de la mer, les lois sur l’usage de la force, tout cela a été piétiné et réduit en ruines par les actions et les déclarations de l’axe, la complicité de ses alliés et vassaux, et la complaisance des autres États.
De leur côté, les institutions internationales mises en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour prévenir et répondre à de telles horreurs ont été systématiquement corrompues, intimidées ou écrasées par l’Axe.
La Cour pénale internationale est largement paralysée face aux sanctions illégales des États-Unis. La Cour internationale de justice est confrontée à un harcèlement et à des pressions politiques sans précédent.
Les rapporteurs des droits de l’homme de l’ONU font l’objet d’une campagne soutenue de calomnie et de sanctions. Et même le Conseil de sécurité de l’ONU s’est soumis à l’empire américain, comme en témoigne sa résolution 2803 de novembre 2025, qui approuve les plans totalement illégaux et ouvertement coloniaux de l’administration Trump pour Gaza.
Les États du monde occidental, qui se sont longtemps présentés comme les défenseurs des droits de l’homme et du droit international, plutôt que de s’opposer aux excès de l’Axe, se sont précipités pour baiser obséquieusement la bague de l’empereur et s’incliner devant les gardiens sanguinaires de son projet colonial en Palestine.
Et tous les freins présumés au sein des institutions de l’empire lui-même se sont révélés être totalement complices, y compris les tribunaux, qui sont à la fois politiquement motivés et généralement méprisants à l’égard du droit international, le Congrès, lui-même entièrement corrompu par les lobbies, les entreprises et les milliardaires qui sont à l’origine des crimes américains et israéliens, et les médias corporatifs, qui se sont entièrement consacrés à couvrir les causes impériales, extractives, corporatives et sionistes à l’origine de la violence qui envahit le monde aujourd’hui.
Oui, les peuples eux-mêmes se sont soulevés, en nombre record, pour s’opposer aux crimes de l’Axe. Mais ils ont été confrontés à une répression systématique et brutale au sein de l’empire et dans tout l’Occident, et même dans les États frontaliers capturés d’Asie occidentale.
En conséquence, l’Axe a bénéficié d’une impunité absolue, encourageant des actes de plus en plus atroces, dans une escalade de violence qui a inclus des agressions contre des pays d’Asie occidentale et d’Afrique, une série d’assassinats, le ciblage de bateaux humanitaires en Méditerranée, des attaques terroristes transnationales avec des pagers piégés, l’occupation illégale de plusieurs nations et un génocide continu en Palestine.
Dans ce contexte, personne ne devrait être surpris par la criminalité flagrante des États-Unis qui imposent des mesures coercitives unilatérales brutales visant à affamer la population du Venezuela pour la soumettre, plusieurs tentatives de coup d’État, une série d’exécutions extrajudiciaires de plaisanciers dans les Caraïbes et l’est du Pacifique, le piratage des pétroliers du pays et la saisie de leur cargaison, le bombardement et l’invasion du pays, et l’enlèvement violent du président et de la première dame.
C’est ainsi que fonctionne l’impunité. Plus on la nourrit, plus elle devient vorace. Et le monde nourrit cette impunité depuis des décennies.
L’enfant monstrueux né de cette impunité hérite des pires traits génétiques de ses ancêtres du XXe siècle : racisme, impérialisme, colonialisme, fascisme, sionisme, agressivité et génocide. Mais il est désormais armé des terribles technologies du XXIe siècle : surveillance, musellement et meurtre.
Les effets de cette combinaison mortelle se font désormais sentir sur trois continents du Sud, tandis que le reste du monde vacille au bord du gouffre.
Crimes impériaux au Venezuela
Si votre compréhension des événements au Venezuela provient des médias occidentaux complices, on peut vous pardonner de ne pas savoir que l’attaque américaine contre ce pays, ainsi que les actions qui l’ont précédée, étaient totalement illégales.
D’un point de vue juridique, cela ne pouvait être qualifié d’opération de maintien de l’ordre. Il s’agissait plutôt d’une opération criminelle, pour laquelle les auteurs, ceux qui l’ont ordonnée et ceux qui ont suivi ces ordres illégaux, devraient être tenus responsables en vertu de l’état de droit.
En effet, l’ensemble des crimes internationaux perpétrés par les États-Unis au Venezuela est stupéfiant par son ampleur.
Les sanctions imposées au Venezuela par les États-Unis en tant que mesures coercitives unilatérales sont illégales au regard de la Charte des Nations unies et du droit international relatif aux droits de l’homme.
Les tentatives de coup d’État soutenues par les États-Unis en 2002, 2019 et 2020 étaient illégales. Les actions secrètes de la CIA dans le pays étaient illégales. Le meurtre de marins dans les Caraïbes et le Pacifique est illégal et constitue une exécution totalement illégale au regard du droit international relatif aux droits de l’homme.
Le blocus américain du Venezuela est illégal. Le piratage par les États-Unis de pétroliers vénézuéliens était illégal, car il s’agissait d’un acte d’agression maritime au regard de la Charte des Nations unies et du droit de la mer, et d’une violation des principes juridiques de l’immunité souveraine et de l’immunité des États.
Les bombardements, l’invasion et les menaces ultérieures de recours à la force sont tous illégaux au regard de l’article 2(4) de la Charte des Nations unies, un traité qui lie les États-Unis.
Les enlèvements de Nicolas Maduro et Cilia Flores étaient illégaux au regard de la Charte, du droit international relatif aux droits de l’homme, qui interdit les arrestations et détentions arbitraires, ainsi que du principe internationalement reconnu de l’immunité des chefs d’État.
La violence utilisée lors de l’enlèvement, fondée sur une arrestation illégale et ayant entraîné des blessures importantes à Mme Flores, était illégale. Le fait de faire défiler en public et de partager des photos de M. Maduro ligoté était illégal au regard du droit international humanitaire.
La privation sensorielle imposée à M. Maduro (avec des bandeaux sur les yeux et des protections pour les oreilles) était illégale. Et, comme son arrestation (enlèvement) était illégale, sa détention prolongée est également illégale, au regard du droit international des droits de l’homme.
Les États-Unis n’ont aucune défense juridique crédible pour leurs crimes internationaux au Venezuela. Leurs violations sont évidentes et leur culpabilité est claire. Conscients de cela, ils tentent de substituer leur propre droit interne au droit international et d’appliquer ce droit de manière extraterritoriale, ce qui constitue en soi un acte d’impérialisme flagrant.
Le gouvernement Trump agit ainsi parce qu’il sait que la législation américaine est souvent en contradiction avec les normes internationales et que les tribunaux américains sont notoirement chauvins, extrêmement déférents envers le gouvernement sur les questions internationales, enclins à accorder une grande latitude au gouvernement lorsqu’il invoque des préoccupations de « sécurité nationale », généralement méprisants à l’égard du droit international (qu’ils qualifient souvent, de manière dérisoire et incorrecte, de « droit étranger ») et, avec des juges nommés pour des raisons politiques, sont soumis à l’influence politique.
Il s’appuie également sur la « défense par mot magique », selon laquelle la simple récitation de termes tels que « terrorisme » et son cousin fictif plus récent, « narco-terrorisme », crée un sentiment d’exceptionnalité, suscitant ainsi l’adhésion du public et d’une partie du pouvoir judiciaire.
Dans ces circonstances, même si l’issue n’est pas garantie, les chances d’un procès équitable pour Maduro et Flores sont au mieux limitées.
Le lien avec Israël
Dans son premier discours public depuis les attentats aux États-Unis, la vice-présidente vénézuélienne (et désormais présidente par intérim) Delcy Rodriguez a déclaré que l’attaque contre le pays avait « des connotations sionistes ».
Bien qu’elle n’ait pas donné plus de détails, le rôle du régime israélien dans le soutien aux forces de droite et la déstabilisation des gouvernements progressistes de la région est désormais bien connu.
Les armes, les technologies de surveillance, les renseignements, la formation et l’influence israéliens, par l’intermédiaire de mandataires dans la région, sont une constante en Amérique latine depuis des décennies.
De leur côté, les dirigeants du régime israélien se sont réjouis avec enthousiasme des attaques et de l’enlèvement du président vénézuélien (et ont exprimé leur espoir que les prochaines attaques aient lieu en Iran).
Et cela n’a rien de surprenant. Depuis l’élection d’Hugo Chávez et le lancement de la révolution bolivarienne il y a plus d’un quart de siècle, le Venezuela a affirmé son indépendance, résisté à l’hégémonie américaine, utilisé ses richesses pétrolières et minérales pour améliorer les conditions de vie dans le pays et s’est montré solidaire de la lutte des Palestiniens pour les droits humains.
Comme l’Iran, l’Irak et la Libye avant lui, cette combinaison de facteurs a placé le Venezuela dans le collimateur de l’Axe américano-israélien.
De plus, le régime israélien a une longue histoire d’attaques contre les forces progressistes, de soutien aux régimes de droite, aux escadrons de la mort et aux dictateurs, et de propagation des conflits à travers l’Amérique latine.
Au fil des décennies, ses empreintes sanglantes ont été révélées au grand jour en Argentine, en Bolivie, au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, en République dominicaine, en Équateur, au Salvador, au Guatemala, en Haïti, au Honduras, au Nicaragua, au Panama, au Paraguay, au Pérou et au Venezuela.
Ceci, ajouté aux convictions anticolonialistes dans la région, explique le dégoût avec lequel les gouvernements latino-américains de gauche considèrent le régime israélien. Cela explique également pourquoi les mouvements et les dirigeants d’extrême droite de la région déclarent régulièrement leur soutien fanatique au régime et au projet sioniste, même en plein génocide en Palestine.
Alors que les gouvernements progressistes de la région ont condamné le génocide, se sont joints à la plainte pour génocide déposée contre Israël devant la CIJ et ont rompu leurs relations diplomatiques avec le régime, les gouvernements de droite, ainsi que les dirigeants de l’opposition de droite au Venezuela, ont fait l’éloge du régime israélien et se sont engagés à coopérer encore plus étroitement avec lui.
Le régime israélien est, comme il l’a toujours été, profondément investi dans la destruction des gouvernements de gauche en Amérique latine et le soutien de la droite.
Dans le même temps, l’opposition du Venezuela au régime israélien, qui détient également les plus grandes réserves de pétrole au monde, est considérée par l’Axe américano-israélien comme un obstacle potentiel à ses plans néfastes de guerre contre l’Iran.
Les capacités pétrolières de l’Iran, et en particulier son contrôle effectif sur le détroit d’Ormuz (et donc sur les marchés mondiaux de l’énergie), rendent le contrôle du pétrole vénézuélien particulièrement attrayant pour l’axe alors qu’il se prépare à renouveler ses attaques contre l’Iran.
Ainsi, les principaux moteurs de l’agression américaine contre les pays du Sud sont la possession de richesses minérales convoitées par les entreprises américaines, le refus de se soumettre à l’hégémonie américaine et l’opposition aux crimes du régime israélien. Le Venezuela est coupable de ces trois chefs d’accusation.
Et ce sont là les véritables « crimes » pour lesquels il est poursuivi.
La vie après le droit
Le projet naissant de droit international a toujours été à la fois faible et embryonnaire. Mais les garde-fous mis en place depuis 1945 offraient un certain espoir d’un monde régi, au moins en partie, par la primauté du droit plutôt que par la seule force. Et un consensus mondial s’était établi selon lequel les crimes les plus graves – l’agression et le génocide – étaient considérés comme inacceptables.
L’Axe États-Unis-Israël, si souvent accusé de violer le droit international, a perdu patience avec l’ensemble du projet et, avec le génocide en Palestine, les bombardements de l’Axe dans des pays du monde entier et maintenant l’agression au Venezuela, il a déclaré au monde qu’un nouvel ordre était né. Un ordre dans lequel tous doivent se plier à l’empire ou périr.
Il n’est pas trop tard pour que le monde se mobilise afin d’empêcher l’émergence de ce nouvel ordre monstrueux. Les mouvements populaires au sein et au-delà de l’empire peuvent le contester avec l’urgence et l’unité d’intention nécessaires. La majorité mondiale, menée par les nations libres du Sud, pourrait s’unir comme elle l’a fait dans les années 1960 et 1970 pour défier l’empire et tracer une ligne de principe, centrée sur l’action collective pour la paix, la sécurité, l’autodétermination et les droits humains des peuples partout dans le monde.
Malheureusement, à ce jour, rien n’indique que cela soit en train de se produire.
En attendant, le message clair et sans équivoque que le régime impérial américain, son chien d’attaque israélien et ses légions de vassaux occidentaux serviles envoient au monde, aux États-nations dans leur ligne de mire et à tous les peuples qui résistent à l’occupation étrangère, à la domination coloniale et aux régimes racistes est le suivant : « la diplomatie ne vous sauvera pas. Le droit international ne vous sauvera pas. Les Nations unies ne vous sauveront pas. Et nous venons vous chercher. »
Il a quitté l'ONU en octobre 2023, après avoir rédigé une lettre très remarquée qui mettait en garde contre un génocide à Gaza, critiquait la réaction internationale et appelait à une nouvelle approche de la Palestine et d'Israël fondée sur l'égalité, les droits de l'homme et le droit international.
mardi 20 janvier 2026
Gaza : le crime contre l'humanité paie
La communauté internationale « s’est laissé glisser » sur la question palestinienne, permettant à Benyamin Netanyahou de poursuivre librement une stratégie visant à rendre matériellement impossible la création d’un État palestinien et à laisser prospérer la réalité de l’occupation et de la dépossession.
Cette situation, dont la résolution semble aujourd’hui hors de portée, résulte de l’impunité dont Netanyahou a bénéficié et de l’absence de sanctions, renforçant le sentiment d’impuissance. Face à des propos ouvertement racistes et suprémacistes, le silence et l’inaction demeurent. Chaque jour qui passe joue en faveur d’Israël, qui ne subit aucune pression extérieure.
Quant à la crédibilité morale et politique de l’Europe, elle est lourdement affectée par le contraste entre son absence de réaction concernant la situation au Proche-Orient et la rapidité avec laquelle des sanctions ont été imposées contre la Russie.
Tucker Carlson says there is no genetic evidence proving that the Jews living in Israel today are the same as those described in the scriptures
La réponse est NON. Les chrétiens arabes de Palestine et de Jordanie sont plus proches des juifs de l'époque de Jésus que les Palestiniens arabes-musulmans actuels qui sont eux-mêmes plus proches du Christ que les juifs actuels.
Les juifs du Ier siècle et ceux d'aujourd'hui n'ont pas non plus la même religion. La différence entre le judaïsme du Second Temple ( 516 av. J.-C. – 70 ap. J.-C.) et le judaïsme d’aujourd’hui est profonde : il ne s’agit pas seulement d’une évolution, mais d’une reconstruction complète après une rupture historique majeure (la destruction du Temple en 70).
Au Second Temple, le centre absolu de la religion juive était le Temple de Jérusalem, qui comprenait le culte sacrificiel quotidien (animaux, offrandes, sang), avec une prêtrise héréditaire (cohanim et lévites). Aujourd'hui, les synagogues ont remplacé le Temple et les sacrifices ont été remplacés par des prières.
Au Second Temple, la seule Écriture sacrée était la Torah, sans le Talmud. Le judaïsme actuel est hérité du seul groupe des Pharisiens, où l'interprétation rabbinique est devenue la règle et le Talmud un texte de référence de premier plan, bien qu'il ne soit pas divinement relevé.
Le judaïsme d’aujourd’hui n’est donc pas identique à celui de Jésus, loin s'en faut: il est le produit des rabbins de la tradition pharisienne, ce qu'on appelle le judaïsme rabbinique.
Paul-Éric Blanrue.
lundi 19 janvier 2026
Gaza : les poteries en argile remplacent les assiettes
À Gaza, la pénurie d’assiettes et d’ustensiles de cuisine pousse les habitants à se tourner vers les plats en argile. Le potier palestinien Jaafar Atallah évoque une demande exceptionnelle liée au blocus et aux restrictions imposées aux points de passage contrôlés par Israël. Les poteries deviennent une alternative essentielle pour les familles. En parallèle, l’artisan développe des activités de sculpture sur pierre et de fabrication de matériaux à partir de sable, afin d’aider la population à faire face à la crise humanitaire dans la Bande de Gaza.
"Aujourd'hui, il y a une demande exceptionnelle d'assiettes car rien n'entre dans la Bande de Gaza". Ce constat est dressé par Jaafar Atallah, potier palestinien, confronté à une situation inédite. Depuis plusieurs mois, les habitants de Gaza se tournent massivement vers les pots et assiettes en argile. Cette alternative s’impose face à la pénurie d’ustensiles de cuisine autorisés à entrer par les points de passage contrôlés par Israël.
Dans ce contexte de restrictions, les plats en argile deviennent un objet du quotidien. Ils remplacent progressivement les assiettes classiques devenues rares, voire introuvables sur les marchés locaux. Les familles adaptent ainsi leurs habitudes pour continuer à cuisiner et à se nourrir malgré le blocus.
Une production artisanale adaptée à la crise humanitaire
Jaafar Atallah fabrique des poteries depuis des années. Aujourd’hui, son travail prend une dimension sociale et humanitaire. Il explique que cette initiative vise avant tout à aider la population à faire face à la crise actuelle à Gaza. La demande a fortement augmenté, obligeant les artisans à intensifier leur production locale.
En parallèle de la poterie, Atallah travaille également la sculpture sur pierre. Il produit des matériaux utilisés pour construire des pièces à partir de sable, une autre réponse artisanale aux pénuries de matériaux. Ces initiatives locales illustrent la capacité d’adaptation des Palestiniens face à une situation humanitaire toujours plus critique dans la Bande de Gaza.
dimanche 18 janvier 2026
La Fondation Hind Rajab dépose une plainte en Autriche contre un ancien soldat israélien
La Fondation Hind Rajab (HRF) a annoncé avoir déposé en Autriche une plainte visant un ancien soldat de l’armée israélienne ayant servi durant la génocide à Gaza et résidant actuellement dans le pays.
Selon la fondation, la plainte concerne un ressortissant israélien dont l’identité n’a pas été rendue publique pour des raisons de sécurité. L’organisation affirme l’accuser de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en lien avec la guerre menée par l’armée israélienne à Gaza.
D’après la HRF, l’intéressé aurait servi au sein du bataillon 8717, une unité de réserve de la brigade Givati. La fondation soutient que cette unité est impliquée dans la destruction d’infrastructures civiles à Gaza.
Dans un communiqué, la HRF indique que ses éléments visent à établir la présence du soldat lors d’opérations terrestres et à le relier à la destruction d’un bâtiment civil dans le nord de Gaza.
L’organisation affirme s’appuyer notamment sur des images satellites montrant que le bâtiment était intact début novembre 2023 et qu’il a été détruit par la suite.
Il s’agit de la deuxième plainte annoncée par la fondation depuis le début de l’année 2026. Une première plainte avait été déposée contre un autre soldat israélien alors qu’il se trouvait à Prague, en République tchèque.
Créée il y a deux ans, la Fondation Hind Rajab indique avoir déposé environ trente plaintes contre des soldats israéliens dans une quinzaine de pays. Selon une source européenne citée par la fondation, ce chiffre pourrait atteindre une cinquantaine de plaintes.
La fondation précise que des procédures ont été engagées dans plusieurs pays, notamment au Brésil, au Pérou, en Roumanie et au Chili, à la suite de ces plaintes.
Par ailleurs, la HRF affirme avoir transmis à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, les noms d’environ un millier de soldats et d’officiers de l’armée israélienne, qu’elle accuse de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis lors du génocide à Gaza.
https://www.trtfrancais.com/article/47ad20881aba
samedi 17 janvier 2026
Aymeric Caron: "Vous avez sacrifié le peuple palestinien"
Aymeric Caron dénonce l’"indifférence" du gouvernement face à Gaza
Lors des Questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le député La France insoumise Aymeric Caron a accusé l’exécutif d’"indifférence" face à la situation à Gaza. Il a dénoncé l’absence d’appel clair à un cessez-le-feu et une "empathie à géométrie variable" envers les victimes palestiniennes, relançant le débat sur la position diplomatique de la France.
Aymeric Caron interpelle l’exécutif sur Gaza
Prenant la parole dans l’hémicycle, Aymeric Caron a mis en cause le silence du gouvernement français sur la poursuite des bombardements à Gaza. Le député LFI a estimé que la France ne portait pas la même attention aux souffrances des civils palestiniens qu’à celles d’autres populations touchées par des conflits armés.
Selon lui, l’absence de condamnation ferme et d’appel explicite à un cessez-le-feu immédiat traduit une politique étrangère déséquilibrée. "Il y a une empathie à géométrie variable", a-t-il lancé, suscitant des réactions contrastées sur les bancs de l’Assemblée nationale.
Gaza, cessez-le-feu et politique étrangère française en question
L’intervention d’Aymeric Caron s’inscrit dans une série de critiques formulées par des élus de gauche contre la ligne diplomatique de l’exécutif sur Gaza. Plusieurs députés réclament une position plus ferme en faveur d’un cessez-le-feu et du respect du droit international humanitaire.
De son côté, le gouvernement continue de défendre une approche jugée "équilibrée", fondée sur des appels à la retenue et à la protection des civils. Une position que le député LFI considère insuffisante face à l’ampleur de la crise humanitaire à Gaza.
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