dimanche 15 mars 2026

Perversion & décadence morale sous-jacentes à la guerre contre l’Iran





Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré condamner les attaques de l’Iran contre des civils et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz.

Pas un mot sur les 1 300 civils iraniens tués jusqu’à présent par les États-Unis et Israël, des attaques qui enfreignent bon nombre de lois internationales. Pas un mot non plus sur les attaques contre les infrastructures civiles en Iran, notamment les écoles, les hôpitaux et l’aéroport international. Pas plus que sur les 170 écolières brûlées vives par des missiles américains. Et encore moins sur les 10 millions de personnes qui respirent des gaz toxiques à la suite des attaques contre les installations de stockage de pétrole à Téhéran.

Ce même Mark Carney qui, je ne me lasserai jamais de le souligner, a été encensé pour avoir tenu tête à Donald Trump il y a quelques semaines à peine, se range aujourd’hui du côté de l’escroc dérangé et meurtrier, car l’on pensait naïvement qu’il aiderait à le contenir.

Au cœur de l’élite occidentale règne une corruption morale abyssale, un mépris nazi pour la vie et un appétit insatiable pour la violence et la guerre.

Les États-Unis lancent des opérations de bombardement sur l’Iran depuis des bases aériennes britanniques. La France déploie des navires de guerre. L’Australie envoie un avion espion pour aider les États-Unis à sélectionner des cibles à bombarder. La Roumanie vient d’annoncer l’autorisation d’utiliser ses bases de la mer Noire comme points de transit pour les attaques américaines.

Les États vassaux

Personne ne devrait être surpris à condition de bien maîtriser les concepts de libéralisme et d’impérialisme occidentaux. Carney, Macron et tous les dirigeants occidentaux ont depuis longtemps accroché leur wagon au train yankee. Se désolidariseront-ils un jour ? Ou suivront-ils Trump jusqu’au bout de cette guerre illégale, vaine et meurtrière, quel que soit le nombre d’innocents massacrés ? En l’absence de révolutions, comment penser les pays européens et les États dérivés, comme le Canada et l’Australie, capables de s’opposer aux États-Unis ? Pour autant, nous, citoyens des États-Unis ou de leurs États vassaux, n’avons pas à cautionner l’empire lorsqu’il commet des crimes de guerre et viole le droit international.

Nous devrions au moins faire connaître notre opposition à l’impérialisme et à notre statut de vassaux.

Car c’est précisément ce que les élites occidentales détestent par-dessus tout concernant l’Iran. Elles détestent son indépendance, son refus d’être un État vassal et sa capacité de résistance. Les dirigeants occidentaux détestent l’Iran parce qu’il tient tête à Israël et aux impérialistes occidentaux. C’est là le seul mobile de cette guerre. Ne nous laissons pas berner par les discours fallacieux sur la liberté et la démocratie. L’Iran est un obstacle à l’hégémonie israélo-occidentale, et à ce titre, il doit être éliminé.

Vous pensez que c’est trop simpliste ?

Alors, pourquoi l’impérialisme occidental ne s’en prend-il pas à l’Arabie saoudite, à Oman, aux Émirats arabes unis, au Bahreïn, au Qatar ou à la Jordanie, des monarchies répressives et absolues ? La réponse est simple : ils sont de notre côté. Ce sont des États vassaux soumis dont les pays sont exploités par les États-Unis, Israël et l’Occident.

C’est aussi simple que cela.

En septembre dernier, le Qatar a aboli ses élection partiellement libres, octroyant tous les pouvoirs futurs d’élire le gouvernement à un seul homme : le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani. Avez-vous vu des articles condamnant le Qatar pour s’être rétabli en dictature absolue ? Bien sûr que non ! Parce que le Qatar est un allié de l’Occident, et qu’il bénéficie donc d’un traitement de faveur.

Le seul crime de l’Iran est de s’opposer à Israël et à l’Occident, et de soutenir les Palestiniens. C’est un élément essentiel de la guerre à ne pas oublier. La plupart des pays musulmans ont depuis longtemps abandonné les Palestiniens à leur sort.

L’Iran ne l’a jamais fait. Et pour cette raison, les États-Unis et l’Occident le punissent sans relâche. Ils ont sanctionné l’Iran parce que défendre les Palestiniens revient logiquement à s’opposer à Israël et à ses ambitions territoriales et hégémoniques.

“Le régime”

N’oublions pas non plus les subterfuges linguistiques utilisés par les médias et la classe politique occidentaux pour créer un sentiment anti-iranien tout en présentant les États du Golfe de manière neutre. Vous n’entendrez jamais parler du “régime” saoudien, omanais, bahreïni, qatari, émirati ou jordanien. Seul l’Iran est qualifié de “régime”. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un terme péjoratif destiné à délégitimer le mode de gouvernance du pays. Ce terme a aussi pour but de déshumaniser les dirigeants du pays, de nous préparer à la guerre et de nous immuniser contre l’assassinat de ses dirigeants.

Or, les dirigeants iraniens sont en réalité autrement plus légitimes que ceux des États du Golfe dont les monarchies héréditaires sont dirigées par la même famille depuis des centaines d’années. L’Iran est une république constitutionnelle et son gouvernement est issu d’une révolution populaire qui a renversé un régime monarchique. L’Iran s’appuie sur un chef religieux suprême nommé par un conseil spécial, mais le président iranien est élu au suffrage universel.

L’Iran est donc bien plus représentatif de son peuple que la plupart des pays de la région.

Mais outre la géopolitique, comment expliquer que les dirigeants occidentaux condamnent les actions défensives de l’Iran tout en gardant le silence sur la guerre illégale et le massacre d’écoliers ?

Selon le sociologue Ajamu Baraka, cette attitude pourrait s’expliquer par la psychopathologie du suprémacisme blanc.

Cette psychopathologie ne se limite pas aux préjugés d’individus isolés. Il s’agit d’un trouble cognitif narcissique et racialisé, ancré dans la structure idéologique et institutionnelle du pouvoir occidental. Elle place l’Europe et ses anciennes colonies au summum du développement humain et empêche ses adeptes de percevoir la réalité objective lorsqu’ils sont confrontés à une résistance non européenne. Bien qu’enracinée dans l’expérience historique de l’Europe et de ses interactions avec des peuples non européens lors de l’expansion de sa puissance, elle affecte toute personne socialisée dans les mécanismes idéologiques et culturels du projet colonial paneuropéen.

Le terme “trouble cognitif narcissique” me semble tout à fait approprié et explique parfaitement la situation.

Selon cette croyance, vous, personne blanche d’origine européenne ou dérivée de l’Europe, libérale ou non, êtes simplement meilleur que les autres, simplement parce que vous êtes blanc et d’origine européenne. Et par conséquent, tout ce que les Blancs prétendent savoir sur le monde serait parole d’évangile.

Cette psychopathologie sous-jacente commune à l’ensemble de l’Occident transcende toute affiliation politique.

On le voit clairement dans le langage utilisé par Stephen Miller, conseiller de Trump, qui affirme :

“La civilisation occidentale a produit le monde moderne, nos ancêtres ont bâti les villes, créé l’art et l’architecture, développé l’industrie. Et vous n’avez pas idée à quel point nous sommes déterminés à préserver cette civilisation”.

Ou encore dans les propos de Marco Rubio qui, il y a quelques semaines à Munich, a reçu une standing ovation de la part des dirigeants européens pour avoir déclaré que “l’Occident a été forgé par des siècles d’histoire commune, de foi chrétienne, de culture, d’héritage, de langue et d’ascendance. Et nous le sauverons”.

La suprématie blanche et le racisme à peine voilés et codés s’affichent ouvertement.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que l’empire d’origine européenne hait l’Iran en tant que descendant d’une ancienne civilisation de 6 000 ans. L’existence de l’Iran et de son patrimoine culturel remet en effet en question le récit de la civilisation occidentale si cher aux fascistes. C’est précisément ce qui se cache derrière les menaces grossières de Trump de bombarder 52 sites culturels d’importance pour le peuple iranien.

La guerre contre l’Iran est alimentée non seulement par des considérations géopolitiques, mais aussi par la suprématie européenne et une pulsion nazie de destruction de l’autre.

Ainsi, lorsque nous voyons des libéraux comme Mark Carney, Keir Starmer et Emmanuel Macron refuser de condamner le massacre de civils, ce n’est pas seulement parce qu’ils sont servilement acquis à l’impérialisme, mais parce que les narcissiques moralement décadents et les suprémacistes blancs resserrent les rangs.

Source : ¡Do Not Panic!

Traduit par Spirit of Free Speech



samedi 14 mars 2026

Une nouvelle flottille de 200 bateaux pour briser le blocus de Gaza




La campagne à venir marquera la plus grande opération maritime coordonnée visant à mettre fin au siège de Gaza, qui dure depuis 18 ans.

Des militants du mouvement de solidarité avec la Palestine, en coordination avec des organisations de la société civile, ont annoncé leur intention de lancer le mois prochain une nouvelle campagne maritime visant à briser le blocus israélien sur Gaza.

Cette initiative rassemble la Freedom Flotilla et la « Caravane de la détermination » dans ce que les organisateurs décrivent comme une flotte de 200 bateaux qui prendra la mer le 12 avril depuis les ports méditerranéens d’Espagne, d’Italie et de Tunisie.

Bülent Yıldırım, directeur de la Fondation turque d’aide humanitaire (IHH), a déclaré jeudi à The New Arab que des efforts de collecte de fonds étaient en cours en Europe, en Asie, en Afrique, en Turquie et dans les pays du Golfe afin d’acheter les navires.

« Il est important que nous ayons plus de 100 navires, voire 200 si Dieu le veut », a-t-il déclaré. « Plus il y aura de navires, plus il sera difficile pour Israël de les arrêter. Cela pourrait même devenir impossible. Nous n’avons pas d’autre choix que la mer ».

Environ 200 groupes de la société civile devraient soutenir la campagne, notamment l’Association Mavi Marmara pour la liberté et la solidarité, l’IHH et la Plateforme de soutien à la Palestine.

Selon les organisateurs, des milliers de participants provenant d’environ 150 pays devraient se joindre à l’initiative.

Au-delà de l’aide humanitaire, la flottille vise également à acheminer vers Gaza du personnel médical, des enseignants, des spécialistes en infrastructures, des ingénieurs en environnement, des avocats et des enquêteurs spécialisés dans les crimes de guerre.

Plus de 1000 médecins, infirmières et autres professionnels de la santé devraient y participer.

Cette initiative intervient alors que la Cour suprême israélienne a ordonné à des dizaines d’ONG de cesser leurs activités dans les territoires palestiniens occupés, ce qui a de graves répercussions sur l’aide humanitaire apportée aux plus de 2,1 millions de personnes déplacées à Gaza.

Yıldırım a déclaré que malgré le cessez-le-feu actuel, Israël continuait à tuer « sur un rythme régulier » des Palestiniens, y compris des enfants, et limitait l’entrée d’aide humanitaire significative à Gaza.

« Ils veulent normaliser le fait de tuer cinq ou dix personnes par jour au lieu de 200 ou 300 », a-t-il déclaré. « Si le monde reste silencieux, Israël va intensifier ses actions ».

Selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 618 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 11 octobre dernier.

Yıldırım a accusé Israël d’entraver l’acheminement de l’aide et de n’autoriser que des approvisionnements alimentaires minimaux dans l’enclave assiégée, laissant la population confrontée à la faim et à la maladie.

Les organisations de défense des droits humains ont recensé l’entrée d’environ 200 camions par jour à Gaza depuis la trêve, soit un tiers de ce qui avait été convenu par Israël dans l’accord de cessez-le-feu.

« Si nous ne voulons pas avoir à répondre devant Dieu de ces enfants et de ces femmes, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir », a-t-il déclaré. « La reprise des mouvements de navires en Méditerranée est l’une des mesures les plus importantes pour garantir un véritable cessez-le-feu ».

Il a ajouté que l’augmentation du nombre de navires rendrait non seulement plus difficile l’interception du convoi, mais pourrait également faire pression sur les autorités pour qu’elles rouvrent les principaux points de passage, notamment la frontière de Rafah avec l’Égypte.

« Des militants, des médecins, des enseignants, des parlementaires et des personnes de différentes confessions seront à bord », a-t-il déclaré. « Avec des participants provenant d’environ 150 pays, Israël serait confronté au monde entier. Nous ne laisserons pas les Palestiniens seuls ».

Cette annonce fait suite à une tentative similaire en octobre dernier, lorsque les forces israéliennes ont saisi 41 navires transportant environ 400 participants de la Flottille de la solidarité mondiale alors qu’elle se dirigeait vers Gaza.

Les organisateurs ont déclaré que le convoi avait été intercepté dans les eaux internationales et ont qualifié cette action de « crime de guerre ». L’incident a déclenché des protestations dans plusieurs pays et a été condamné par des organisations internationales.

Amnesty International a appelé à la protection de la flottille, tandis que les Nations unies ont qualifié l’interception d’« inacceptable ».

Ce ne sera pas la première tentative de défier le blocus par voie maritime.

En 2010, les forces israéliennes ont pris d’assaut le Mavi Marmara, un navire turc qui tentait de briser le siège, tuant et blessant plusieurs militants.

Cet incident a déclenché une crise diplomatique entre la Turquie et Israël, qui a été résolue des années plus tard par des excuses de la part d’Israël et une indemnisation des familles des victimes.

Gaza, qui abritait [avant le génocide] environ 2,4 millions de Palestiniens, est soumise au blocus israélien depuis 18 ans.

Selon les organisateurs, le convoi prévu en avril représente la plus grande opération maritime coordonnée jamais organisée pour le contester.

Auteur : Mohammed Sheikh Youssef


Mohammed Sheikh Youssef est journaliste ; il écrit pour The New Arab.





vendredi 13 mars 2026

François Burgat : "Je préfère suivre la "propagande" turque que la française"


François Burgat, politologue français et directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à l'Institut de recherche et d'études sur les mondes arabes et musulmans (IREMAM).

Dans un entretien exclusif accordé à Nouvelle Aube, le politologue et spécialiste du Moyen-Orient François Burgat critique sévèrement le traitement médiatique du génocide à Gaza par les grandes agences de presse et les médias occidentaux.

Selon lui, un renversement historique s’est opéré dans la circulation de l’information entre l’Europe et le monde arabe.

"Pendant des décennies, ce sont les médias français qui apportaient aux sociétés méditerranéennes le pluralisme politique qui leur faisait encore défaut dans le monde arabe. On écoutait la BBC, on écoutait France Inter", rappelle-t-il.

Mais cet équilibre aurait aujourd’hui profondément changé. "Les médias français, service public inclus, plient lamentablement l’échine devant la vague de trumpistes qui défigure la France", affirme-t-il.

Pour Burgat, cette évolution affecte directement la manière dont les conflits internationaux, et notamment la guerre à Gaza, sont couverts par les agences de presse occidentales.

La "propagande turque"

L’universitaire estime désormais que de nombreux médias du Sud offrent une lecture plus fidèle de la réalité du terrain.

"Les médias du Sud rendent donc plus objectivement compte du conflit palestinien que leurs homologues occidentaux. Très souvent, les plus indiscutables contours de la réalité ne nous parviennent plus que grâce à eux", explique-t-il.

Dans ce contexte, Burgat souligne également le rôle de médias indépendants ou alternatifs.

"Nouvelle Aube joue un rôle dans le débat public, un rôle précieux"

"Nouvelle Aube est de ceux-là. Ce site joue un rôle dans le débat public, un rôle précieux", déclare-t-il.

Interrogé sur les accusations visant certains médias francophones, parfois qualifiés de "propagande turque" par leurs détracteurs, Burgat assume une position tranchée.

"Résumons-nous : nous sommes de plus en plus nombreux à considérer que la "propagande turque" est préférable à la propagande du gouvernement français", affirme-t-il.

Selon lui, cette préférence tient à la manière dont les autorités et les médias traitent la situation à Gaza.

"Pourquoi ? Parce que la propagande du gouvernement turc, elle, dénonce la propagande du gouvernement israélien, alors que la propagande du gouvernement français la colporte et la cautionne sans aucun scrupule", poursuit-il.

Un débat sur la crédibilité des agences de presse

Pour François Burgat, cette situation traduit une crise profonde de crédibilité des médias occidentaux.

Il estime que les voix critiques sont régulièrement disqualifiées dans le débat public.

"Est-ce qu’il faut se réjouir d’être inévitablement traité de conspirationniste si l’on n’est pas assez sioniste par les officines sionistes bien connues? D’être traité d’islamiste, de campiste ou de proche de l’extrême droite? Non, bien sûr", souligne-t-il.

Le chercheur reconnaît toutefois le caractère paradoxal de cette évolution.

"Est-ce qu’il faut se réjouir de devoir avoir recours à des médias étrangers pour défendre les principes de base du droit international ou de l’humanisme le plus universaliste? Non, bien sûr. Mais c’est la réalité actuelle", conclut-il.


jeudi 12 mars 2026

La guerre est l’opium des masses israéliennes



par Gideon Levy

Des junkies de plateaux télé salivant à l’idée d’une frappe contre l’Iran à la jubilation du public face à la «victoire totale» promise sur les ennemis d’Israël, le pays semble avoir la mémoire très courte, shooté guerre après guerre.

C’est à nouveau la guerre, et la guerre, une fois de plus, vient résoudre une fois pour toutes les problèmes existentiels d’Israël.

Elle sera à nouveau déclarée comme une victoire éclatante dans un premier temps, tout le monde applaudira, Yair Lapid écrira que nous sommes une nation forte et unie, et les analystes rivaliseront pour encenser les exploits courageux d’Israël, tout ça jusqu’à la prochaine entreprise satisfaisante.

Encore une fois, presque tous les Israéliens sont convaincus qu’il n’y a pas de guerre plus juste ou plus réussie que celle-ci, et «quel choix avions-nous ?» et «que proposez-vous ?» comme dans toutes les guerres d’Israël. Ces acclamations pouvaient déjà être entendues dans les plateaux télévisés vendredi soir, avec des panélistes bavant d’impatience, attendant ce moment comme s’ils attendaient le Messie. La délivrance est venue samedi, ne durant que jusqu’au prochain shoot d’adrénaline, qui arrivera plus tôt que prévu.

Si Israël a connu autrefois quelques années de calme entre les guerres – huit ans entre la guerre de 1948 et la campagne du Sinaï, onze entre celle-ci et la guerre des Six Jours, six jusqu’à la guerre du Kippour, neuf jusqu’à la première guerre du Liban et vingt-quatre jusqu’à la seconde – nous n’avons plus maintenant que quelques mois entre une guerre et la suivante. Autrefois, les promesses faites après chaque guerre atteignaient le ciel, le ciel délirant de ceux qui fomentent et soutiennent la guerre, ce qui inclut presque tous les Israéliens. «Plus aucun obus, plus aucune roquette Katyusha ne tombera sur nos communautés», a promis Menahem Begin à la fin de la première guerre du Liban. «Le sang n’a pas été versé en vain», a promis Ehud Olmert après la seconde.

En juin dernier, il y a à peine huit mois, la victoire totale sur l’Iran a été déclarée. Benjamin Netanyahou a déclaré que la salve d’ouverture entrerait dans l’histoire militaire d’Israël et serait étudiée par les armées du monde entier. «Au moment décisif, une nation comme un lion [le nom hébreu de la guerre est «Lion Rugissant»] s’est levée, et notre rugissement a secoué Téhéran et a résonné dans le monde entier». Le rugissement du lion s’est rapidement avéré être le couinement d’une souris.

La «victoire historique» qui a éliminé «deux menaces existentielles pour Israël, la menace nucléaire et celle des missiles balistiques», a duré aussi longtemps que la vie d’un papillon. Quelques mois de victoire historique et nous avons déjà besoin d’une nouvelle. Nous ne nous sommes pas encore remis du nom pompeux Opération Lion Dressé que nous sommes déjà frappés par une nouvelle, Opération Lion Rugissant – un nom encore plus infantile. Il semble parfois que tout ce dont nous avons besoin, ce sont ces noms fanfarons donnés aux guerres pour prédire leur échec programmé.

Aucune guerre dans l’histoire d’Israël, à l’exception de la première, ne lui a apporté un acquis à long terme. Aucune. Zéro. La plupart étaient des guerres d’initiative, et le choix de les entreprendre a toujours été le pire. Samedi, le début de la guerre actuelle a été présenté comme une «frappe préemptive», mais une attaque préventive est lancée contre quelqu’un qui est sur le point de vous attaquer. L’Iran n’était pas sur le point de le faire. Il est vrai qu’il a un régime horrible [sic] et il est vrai qu’il représente un danger pour la sécurité d’Israël et de la région depuis des années.

Mais cela n’a jamais été le danger existentiel présenté comme tel en Israël. Il faut évidemment espérer que cette fois-ci sera différente, comme nous l’avons cru pour toutes les autres guerres à leur début, mais l’expérience passée laisse peu de place à cette éventualité. Même si le régime de Téhéran est renversé et que l’Iran devient la Suisse et qu’un traité de paix éternel est signé entre lui et Israël, Israël trouvera une autre poupée vaudou pour nous intimider.

Le «une fois pour toutes» qui nous est promis ne sera jamais atteint par l’épée, ni même avec des avions F-35. Il est peut-être trop tard pour le dire, mais tant que l’occupation continuera, tant qu’elle restera le «une fois pour toutes» absolu ici, il n’y aura pas d’autre «une fois pour toutes».

Après deux ans et demi de zéro accomplissement à Gaza ; après la même durée de réalisations minimes et insignifiantes contre le Hezbollah au Liban ; après huit mois depuis la dernière attaque sans accomplissements contre l’Iran, il est temps de dégriser de l’intoxication des guerres et de leurs promesses futiles.

Le sang va maintenant couler comme de l’eau, l’Amérique n’oubliera jamais que nous l’avons poussée dans cette guerre, au terme de laquelle nous nous réveillerons pour une énième aube, identique aux précédentes.

source : Haaretz via Tlaxcala


mercredi 11 mars 2026

Netanyahu: le meurtrier de masse en tant que héros hébreu




Le sionisme est une idéologie fanatique en premier lieu, mais ce qui est fanatique pour n’importe qui d’autre est normal en Israël – comme l’indique l’état actuel d’indifférence publique face au massacre à Gaza.



Le 8 octobre 2023, Benjamin Netanyahu n’a pas hésité à exploiter l’une des attaques les plus audacieuses de l’histoire de la résistance palestinienne, l’assaut contre les colonies israéliennes et les bases militaires sur ou à travers la barrière de Gaza la veille.

Son objectif était d’utiliser l’attaque comme prétexte pour une attaque générale dévastatrice contre les ennemis régionaux d’Israël. C’était clairement planifié depuis des années et à court terme, cela a fonctionné. Le Hezbollah a été affaibli et le gouvernement syrien s’est finalement effondré après 13 ans d’une guerre par procuration dans laquelle les intérêts d’Israël étaient primordiaux. Cependant, l’attaque contre l’Iran a entraîné des représailles de missiles qui ont causé des destructions sans précédent et forcé Israël à rechercher un cessez-le-feu.

Sans se décourager, Israël continue d’avancer, massacrant et détruisant tout sur son passage alors que Netanyahu poursuit l’objectif de sa vie d’un « grand Israël ». Il se voit clairement comme un héros hébreu (*) comparable aux plus grands mythes bibliques, plutôt que comme le génocidaire corrompu et menteur qui sera sa véritable place dans l’histoire.

« Je suis en mission pour des générations », a-t-il récemment déclaré à un intervieweur. Lorsqu’on lui a demandé s’il se sentait lié au « grand Israël », il a répondu : « Beaucoup… Donc, si vous me demandez si je pense qu’il s’agit d’une mission historique et spirituelle, la réponse est « oui ».

En « Occident », l’idée d’un « grand Israël » est issue du sionisme chrétien au XVIIe/XVIIIe siècle. Ce n’était pas le « grand Israël » à l’époque, mais simplement la « terre d’Israël », y compris non seulement la Palestine, mais la plupart des terres qui l’entouraient. Même si la plupart étaient laïques, la « terre d’Israël » ou « eretz Israël » était l’outil utilisé par les sionistes au 19ème siècle pour soutenir la revendication d’avoir un droit divin sur la Palestine.

Même sans le « grand Israël », les sionistes n’ont jamais voulu d’un petit Israël. Faibles au début, ils ont été forcés d’accepter ce qui leur a été offert après Balfour, qui n’était qu’un « foyer national » en Palestine, pas la Palestine elle-même et pas un État juif.

Sur la carte du « grand » ou « Eretz » Israël, cependant, la Palestine n’était que le début. C’était la graine qui, correctement nourrie par une expansion territoriale régulière, allait grandir dans le royaume biblique s’étendant du Nil à l’Euphrate.

Il ne s’agissait pas seulement d’une rhétorique biblique, mais d’un modèle dans l’esprit des « extrémistes » et des « fanatiques » et destiné à subsumer une grande partie des terres centrales du Moyen-Orient (Liban, Syrie et Irak), ainsi que ce qui est aujourd’hui le nord de l’Arabie saoudite et le sud-est de la Turquie) dans le « grand » Israël.

Le sionisme est une idéologie fanatique en premier lieu, mais ce qui est fanatique pour n’importe qui d’autre est normal en Israël – comme l’indique l’état actuel d’indifférence publique face au massacre à Gaza.

Cependant, même les fanatiques ont leurs fanatiques. Personne ne pouvait l’imaginer, mais en 1977, l’« ancien » terroriste et meurtrier de masse Menahim Begin a été élu Premier ministre. Le courant dominant, moins fanatique, a été stupéfait. Il a eu ses propres meurtriers de masse, mais Begin n’était pas l’un d’entre eux.

 Comment cela a-t-il pu se produire ?

Aujourd’hui, les fanatiques d’hier – pour les moins fanatiques – sont le gouvernement. Ben Gvir et Smotrich dirigent les colonies et la « sécurité nationale ». Ils ne sont pas seulement les alliés politiques de Netanyahu. Ils sont les piliers essentiels de son gouvernement et ils partagent ses vues annihilationnistes. Ils sont les porte-étendards d’Eretz Israël, et non pas, comme il est plus que probable qu’on les verra dans l’histoire, comme les porteurs d’Israël.

Pour survivre au Moyen-Orient, Israël a dû continuellement l’affaiblir. Même dans les années 1940, Ben Gourion espérait trouver un leader chrétien pour transformer le Liban – censé être le maillon le plus faible des États arabes de première ligne – en un État fantoche. Cela a finalement été tenté par la guerre civile dans les années 1970-80, mais a échoué lorsque le leader phalangiste Bashir Gemayel a refusé de livrer et a ensuite été assassiné.

Le plan Yinon dans les années 1980 a cristallisé l’objectif à long terme d’Israël de fragmenter toute la région en États ethno-religieux digestes. Les intérêts d’Israël étaient profondément ancrés dans les guerres menées par les États-Unis contre l’Irak et la Libye et la guerre par procuration contre la Syrie, qui ont offert à Israël son plus grand triomphe depuis 1948.

Le refus de l’Occident d’arrêter le génocide de Gaza a provoqué une certaine consternation, comme si les gardiens civilisés de l’ordre international fondé sur des règles ne pouvaient pas permettre que cela se produise, ce qui est précisément ce qu’il fait, comme s’il était d’accord avec Israël sotto voce que la seule solution au « problème palestinien » est l’expulsion des Palestiniens de Palestine, pas l’expulsion de ses occupants.

Tout en continuant à soutenir le génocide et à planifier la prochaine guerre chaude contre l’Iran avec Israël, les États-Unis tentent d’intimider le Liban pour qu’il détruise le Hezbollah. Il a été forcé de reconnaître la réalité de la famine à Gaza, mais sa préoccupation face à la souffrance humaine est marginale et accessoire à sa complicité dans le génocide.

Les États-Unis, le Royaume-Uni ou les gouvernements européens n’ont jamais tenté de contraindre Israël à se conformer au droit international. Ni en 1948, ni en 1967, ni pendant le « processus de paix » des années 1990 et ils ne font aucun effort maintenant, bien qu’ils soient quelque peu gênés par le fait qu’on voit qu’ils ne font aucun effort.

Alors que les objectifs à long terme d’Israël sont maintenant révélés plus effrontément par Netanyahu, la question n’est pas seulement l’avenir de Gaza ou de la Palestine, mais de toute la région.

L’Occident veut détruire ce qu’il a créé dans les années 1920. L’« ancien » Moyen-Orient sera transformé en un « nouveau » Moyen-Orient, où tous les problèmes du passé auront été éliminés. Le « nouveau » Moyen-Orient sera ce que les États-Unis et Israël veulent qu’il soit, et non ce que son peuple veut qu’il soit. Tout comme par le passé, leurs aspirations sont la moindre de toutes les considérations. « Eretz Israël » fera partie de la nouvelle équation.

Israël est totalement dépendant des États-Unis, mais tout comme dans le passé, les sionistes ont atteint le point où ils ont pu mordre la main britannique qui les avait nourris, à l’avenir, ils pourraient se sentir assez forts pour se passer des États-Unis. C’est-à-dire, si les États-Unis n’ont pas finalement décidé avant cela qu’ils peuvent se passer d’Israël.

Des sondages récents montrent l’ampleur de la pensée extrême et génocidaire parmi le public israélien. Un sondage réalisé en mars 2025 par le groupe de géocartographie de l’Université d’État de Pennsylvanie a montré que 82 % des personnes interrogées soutiennent l’expulsion de tous les Palestiniens de Gaza et 56 % d’« Israël », y compris apparemment la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

Près de la moitié d’entre eux croyaient que l’armée israélienne devrait se comporter à Gaza comme Josué l’a fait après la conquête de Jéricho, en tuant tous ses habitants. Un autre sondage réalisé fin juillet 2025 a montré que 79 % des Israéliens n’étaient « pas si troublés » ou « pas du tout troublés » par les informations faisant état de famine et de souffrances à Gaza.

Quel que soit le successeur de Netanyahou, la direction fondamentale d’Israël semble gravée dans le marbre. Le génocide n’est pas seulement Netanyahou et ses collègues, mais la volonté de la population, comme l’ont montré de nombreux sondages d’opinion.

Il n’y a pas de barrière intérieure contre la poursuite du génocide à Gaza et en Cisjordanie si les captifs de Gaza sont libérés. Le public israélien ne soutient pas deux États, mais l’annexion. La colonisation est allée si loin qu’elle ne peut être arrêtée qu’un boycott total ou une intervention militaire d’États extérieurs.

Le « rêve chimérique » d’un « grand Israël » se réalise progressivement, avec le soutien total des États-Unis et la participation des États arabes qui, un jour – même si c’est loin dans l’avenir – sentiront ce feu brûler à leurs pieds. Ce que les partisans d’Israël ne peuvent pas voir à l’heure actuelle, c’est qu’en fin de compte, personne ne sortira indemne de ce pétrin. Toute la région est en train de s’effondrer.

De toute façon, il n’y a pas d’avenir heureux pour Israël. Son peuple s’empoisonne lui-même par son inhumanité. Quel avenir un tel pays peut-il avoir, si ce n’est comme un terrible souvenir qu’il vaut mieux oublier ?

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Jeremy Salt a enseigné à l’Université de Melbourne, à l’Université du Bosphore à Istanbul et à l’Université Bilkent à Ankara pendant de nombreuses années, se spécialisant dans l’histoire moderne du Moyen-Orient. Parmi ses publications récentes, citons son livre de 2008, The Unmaking of the Middle East. Une histoire du désordre occidental dans les terres arabes (University of California Press) et Les dernières guerres ottomanes. Le coût humain 1877-1923 (Presses de l’Université de l’Utah, 2019).

Ndlr: (*) Perçu IA
Les « héros hébreux » désignent des figures de la Bible hébraïque (l’Ancien Testament) et de la tradition juive, tels que Moïse, Josué, Samson, Gédéon et Job, qui ont montré une foi remarquable ou accompli des actes héroïques. Le terme peut aussi se référer à des décorations militaires israéliennes ou à des « héros de la foi » cités dans le Nouveau Testament, qui ont excellé par leur persévérance et leur confiance en Dieu.

Source: Netanyahou : le meurtrier de masse en tant que héros hébreu

mardi 10 mars 2026

Israël ne peut pas perdre une « humanité » qu’il n’a jamais eue



Un récent éditorial du Haaretz affirmait : « Israël perd son humanité à Gaza », mais cela ignore l'histoire brutale de la colonisation sioniste de la Palestine, dont le génocide de Gaza n'est que le dernier chapitre.


Un Palestinien contemple le camp de réfugiés de Jaramana à Damas, en Syrie, en 1948. (Photo : Wikimedia Commons)


Le 22 décembre, quelques jours avant Noël, le comité de rédaction de Haaretz publiait un éditorial intitulé « Israël perd son humanité à Gaza » . Ce court article soulignait une crainte qui, depuis des années, anime les sionistes libéraux : les crimes perpétrés à Gaza trahissent les valeurs d’une colonie de peuplement par ailleurs exemplaire et morale. À leurs yeux, le projet sioniste est une sorte d’État légitime qui, aujourd’hui seulement, manque à ses obligations.

Ce texte, qui se voulait à la fois un aveu de culpabilité et un appel à faire mieux, n'était en réalité qu'un récit fictif de l'histoire de la colonie – un récit idéalisé, idéalisé. En occultant l'histoire de la violence engendrée par la colonie et en présentant une version révisionniste d'un projet moralement irréprochable (quoique parfois problématique) et, en fin de compte, légitime, voire réformable, leurs auteurs ont reproduit ce que de nombreux sionistes libéraux tentent de faire depuis des décennies : éviter une vérité dérangeante et incontournable concernant le projet auquel ils s'accrochent et qu'ils soutiennent avec tant d'acharnement.

Il n'y a jamais eu de « bon » Israël

Le mouvement sioniste, et les horreurs qui lui sont associées, sont antérieurs au projet sioniste lui-même. Les racines de la colonisation de la Palestine par ceux qui se réclamaient du sionisme remontent aux années 1880, les premières colonies ayant été établies avant même la réunion du premier Congrès sioniste en 1897. Ces premières tentatives , bien qu'ayant constitué un échec cuisant à bien des égards, ont jeté les bases de ce qui allait suivre.

Avec la création et la ratification du Programme de Bâle , le mouvement sioniste s'est cristallisé autour d'un objectif concret : « établir en Palestine un foyer pour le peuple juif, protégé par le droit public ». Bien que le lieu proposé pour ce projet ait été quelque peu contesté lors du Sixième Congrès sioniste mondial de Bâle en 1903 avec la proposition du Plan ougandais, dans lequel un plan de colonisation de l'Ouganda a été évalué puis finalement rejeté, les ambitions coloniales du mouvement sioniste sont toujours restées claires.

Au cours des années suivantes, la présence sioniste n'a cessé de croître en Palestine, les colons affluant sans cesse vers le projet. Des milliers de personnes ont rejoint les colonies en pleine expansion, acquérant des terres par des achats illégaux négociés avec des propriétaires absents et chassant ainsi les Palestiniens des terres que leurs familles considéraient comme les leurs depuis parfois des générations. La société palestinienne a continué d'être mise à rude épreuve tandis que les partisans du projet sioniste œuvraient à la réalisation de leurs objectifs territoriaux et nationaux.

La nature coloniale de ces objectifs n'a jamais été véritablement dissimulée. Dans une lettre désormais tristement célèbre adressée à Cecil Rhodes par Theodore Herzl, qui révélait la véritable nature du projet, il affirmait sans ambages : « On vous invite à participer à un projet historique. Il ne s'agit pas de l'Afrique, mais d'une partie de l'Asie Mineure ; non pas d'Anglais, mais de Juifs… Comment, dès lors, puis-je m'adresser à vous, puisque cette affaire vous semble si étrangère ? Comment, en effet ? Parce qu'il s'agit d'une affaire coloniale. »

Herzl n'était pas le seul à partager cette analyse. Ze'ev Jabotinsky, fondateur du sionisme révisionniste, évoqua précisément cette nature coloniale dans son discours du Mur de fer de 1923 , comparant les Palestiniens aux Aztèques et aux Sioux, eux aussi colonisés par des puissances étrangères. Il alla jusqu'à déclarer :

Dans le monde entier, chaque peuple autochtone résiste aux colonisateurs tant qu'il subsiste le moindre espoir de se libérer du danger de la colonisation. C'est ce que font les Arabes en Palestine, et c'est ce qu'ils continueront de faire tant qu'il subsistera une étincelle d'espoir de pouvoir empêcher la transformation de la « Palestine » en « Terre d'Israël ».

D'autres dirigeants du mouvement sioniste mirent ces principes en pratique, non seulement en déplaçant massivement les Palestiniens, mais aussi en s'entraînant et en s'armant en vue d'opérations militaires visant à créer, selon certains, Ben Gourion, une composition démographique plus favorable. D'après les estimations de Ben Gourion lui-même, la colonisation de la Palestine ne serait réussie que si la population était composée à 70 % de colons sionistes et à 30 % de populations colonisées (ce chiffre fut revu ultérieurement à la baisse, à 60/40). Il n'est donc pas surprenant qu'en 1929, près d'un cinquième des paysans palestiniens se soient retrouvés sans terre à la suite de cette activité coloniale, menée dans l'intérêt du projet et de ses partisans.

Au fil du temps, les Palestiniens continuèrent de s'organiser et de se radicaliser dans la défense de leur terre, jusqu'à la grève générale qui se transforma en Grande Révolte en 1936 – brutalement réprimée par les forces impériales britanniques et leurs alliés sionistes. Après l'échec de la révolte de 1939, le mouvement national se poursuivit et les Palestiniens luttèrent contre un mouvement sioniste de plus en plus militant et organisé, qui allait s'atteler à la réalisation de ses objectifs dans les années 1940.

La Nakba, ou « catastrophe », a entraîné le nettoyage ethnique massif de plus de 750 000 Palestiniens, chassés de plus de 530 villes et villages. Des villes comme Jaffa ont été assiégées et dépeuplées sous les tirs de snipers et les bombardements sionistes. Des villages comme Deir Yassine ont été envahis et incendiés, et d'innombrables atrocités ont été commises contre leurs habitants. Au-delà d'une campagne de nettoyage ethnique, la Nakba fut aussi une campagne d'anéantissement, qui a fait au moins 10 000 à 15 000 victimes palestiniennes. C'est cette période que les Israéliens célèbrent chaque année comme le point de départ de la création officielle de la colonie.

Comme nous le savons désormais, le nettoyage ethnique et l'assujettissement des Palestiniens ne se sont pas arrêtés en 1948 avec la création officielle de la colonie sioniste – celle-là même que le comité de rédaction du journal Haaretz prétend avoir perdu son « humanité » seulement l'année dernière. Après la Nakba, des milliers de personnes ont vécu sous occupation militaire sioniste, subissant brutalités, exploitation et attaques de la part de leurs occupants. Les sionistes ont expulsé des centaines de milliers de Palestiniens supplémentaires en 1967, dans le but d'anéantir définitivement le mouvement de libération palestinien, ainsi que plus de 100 000 Syriens, qui se sont retrouvés occupés sur le plateau du Golan. Ce projet s'est ensuite étendu au Liban, jusqu'à l'expulsion forcée de ses habitants par les résistants libanais – des résistants qui poursuivent leur lutte contre le sionisme jusqu'à aujourd'hui.

Aujourd'hui, alors que des millions de personnes vivent dans des camps de réfugiés à travers la région, empêchées par la colonie de retourner sur leurs terres natales, et que des millions d'autres souffrent sous le joug de l'apartheid, du génocide et d'une invasion continue, les sionistes libéraux se trouvent dans l'incapacité de défendre ce projet. Leur condamnation des actions actuelles de la colonie ne saurait leur permettre de réécrire l'histoire en attribuant à cette dernière une quelconque légitimité morale, voire un droit à l'existence. Il ne peut y avoir de colonialisme « bon » ou « moral », aussi désespérés soient leurs souhaits, pas plus qu'il ne peut y avoir de gouvernement « bon » ou « moral » à la tête d'un tel projet – qu'il soit du Likoud ou du Parti travailliste.

La fin de l'article de Haaretz résumait à elle seule le sentiment du conseil d'administration, se concluant par ce qui se voulait une condamnation définitive des actions du projet et de ceux qui l'auraient soi-disant mené sur la voie du non-retour :

Plus les preuves en provenance de Gaza s'accumulent, plus le tableau nauséabond de notre déshumanisation se précise. Le fait que de nombreux Israéliens tentent de nier les témoignages relatifs aux atrocités commises sur place non seulement nuit à la position d'Israël sur la scène internationale, mais contribue également à légitimer des crimes et des injustices qui ternissent l'image morale et humaine de tout le pays.

Nous devons nous interroger sur les preuves qui diffèrent aujourd'hui de celles que les Palestiniens ont toujours brandies depuis des décennies, et sur la raison pour laquelle, pour des sionistes comme ceux-ci, le problème fondamental de ce génocide réside dans la moralité et l'humanité d'un projet qui ne devrait pas et ne peut exister dans un monde juste. Les sionistes libéraux, confrontés à la perte de légitimité croissante de leur projet, continueront de propager le même récit d'une colonie qui peut être, et qui fut jadis, moralement irréprochable. Mais ceux d'entre nous qui connaissent l'histoire sauront toujours se garder de prendre au sérieux une telle illusion.

Le génocide et l'occupation des Palestiniens aujourd'hui sont indissociables de l'histoire de la colonisation sioniste de la Palestine. Les victimes d'aujourd'hui sont liées à celles des décennies passées – victimes d'une Nakba qui n'a jamais vraiment pris fin, malgré les vœux pieux des partisans du projet. Nous ne devons pas nous tourner vers un passé fantasmé où les colonisateurs étaient d'une certaine manière plus « moraux » qu'aujourd'hui, mais envisager un avenir sans occupation sioniste – un avenir où les millions de personnes opprimées par le colonialisme sioniste pourront enfin être libres.

Le projet sioniste n'a pas perdu son humanité à Gaza, car il n'a jamais eu d'humanité à perdre.


lundi 9 mars 2026

Le Conseil de Pisse – dirigé par des criminels de guerre et des gangsters contre les Palestiniens



Trump et Netanyahou ont bombardé et rasé Gaza, perpétré un génocide et massacré des centaines de milliers de Palestiniens. Les survivants ont été jetés dans des camps de concentration et meurent. Ils ont chassé les Palestiniens de Gaza et se sont emparés du territoire. Et ils projettent de reconstruire Gaza pour en tirer profit, non pas pour les Palestiniens. Lorsque Gaza sera reconstruite, il ne restera plus grand-chose des Palestiniens.

Trump a réuni une bande de criminels de guerre à son conseil d’administration. Oui, seuls des criminels de guerre et des gangsters sont invités à siéger à ce conseil pour gérer une terre volée. Vous comprenez ? De nombreux imbéciles inconscients rejoignent cette bande de criminels de guerre et de gangsters et déboursent un milliard de dollars pour participer à cette lutte et exploiter au maximum la terre palestinienne. Les dirigeants intègres et moralement responsables du monde se tiennent à l’écart de cette escroquerie abjecte qui exploite les pauvres Palestiniens. Quand Trump et les Américains malfaisants sont de la partie, tout ce qu’ils disent n’est que mensonge, et non leur véritable intention. Seuls les naïfs et les crédules, après plus de 70 ans de mensonges et de tromperies, croient encore que les Blancs sont là pour aider les Palestiniens. C’est pitoyable. Oui, ils font confiance aux Blancs, comme ils font confiance aux Japonais, tous coupables de génocides.

Ce qui est scandaleux, c’est que de nombreux dirigeants arabes et musulmans se joignent à ce mouvement sans se soucier du sort des Palestiniens. Incroyable ! Qu’advient-il des Frères musulmans ? Ignoraient-ils que les Américains massacrent les Palestiniens ? Certes, certains dirigeants arabes et musulmans n’ont pas le choix. Ils sont contraints par le criminel de guerre Trump de payer. En réalité, la quasi-totalité des pays arabes et musulmans du Moyen-Orient sont les otages du maléfique empire américain. Leur indépendance n’est qu’une illusion. Qu’en est-il des États arabes et musulmans hors du Moyen-Orient ? Sont-ils eux aussi contraints de participer, de verser un milliard de dollars pour se souiller les mains du sang des Palestiniens ? Dans leur déni, ils croient aider les Palestiniens alors que Trump et Netanyahou les exploitent avec leur consentement.

Le Conseil de Pisse est une honte pour le monde civilisé, car des meurtriers, des gangsters et des criminels de guerre ont régné sur de pauvres Palestiniens sans défense, les génocidant, les chassant de leur patrie pour les laisser mourir de maladies, de faim et de soif, une répétition de ce que les Européens ont fait aux Amérindiens, exterminant plus de 100 millions d’entre eux et s’emparant de leurs terres, aujourd’hui appelées les États-Unis et le Canada.

Ces croyants stupides et irréfléchis sont trop naïfs pour se souvenir des crimes des Européens contre les Amérindiens. Comment peuvent-ils ignorer ce qui vient de se passer à Gaza ? Les massacres de Palestiniens se poursuivent quotidiennement. Ah oui, les Palestiniens sont des animaux, des sous-hommes, inutile de s’en préoccuper. Qu’ils crèvent ! Ils ne méritent pas de posséder des terres, ils sont incapables de se prendre en charge.

Et les dirigeants politiques ? Ils ne peuvent pas être assez stupides, irréfléchis et abrutis pour se laisser mener par Trump et ses criminels de guerre et commettre des crimes, des crimes contre l’humanité, contre les Palestiniens. Où est leur conscience ? Où sont passés leur sens de la justice, des droits de l’homme et de ce qui est juste ou injuste ?

source : MySingaporeNews via China Beyond the Wall 



samedi 7 mars 2026

Français engagés dans l’armée israélienne : 6 464 binationaux recensés




Au total, 6 464 ressortissants français ont intégré les rangs de l’armée israélienne, selon des données publiées par le média britannique Declassified UK, obtenues via une demande d’accès à l’information adressée aux autorités israéliennes.

Ces chiffres portent sur les soldats disposant de la nationalité israélienne et d’au moins une autre nationalité. Au total, plus de 50 000 militaires seraient concernés. Les États-Unis constituent le contingent le plus important avec 13 342 ressortissants recensés, suivis notamment par la Russie, l’Ukraine, la France et l’Allemagne.


Les données arrêtées en mars 2025 concernent les binationaux engagés au sein de l’armée israélienne, dans un contexte marqué par la poursuite de l’offensive à Gaza déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023.

Interrogé par Declassified UK, Paul Heron, avocat au sein du Public Interest Law Centre (PILC) basé au Royaume-Uni, estime que "lorsque des binationaux ont servi dans des unités impliquées dans des atrocités, les autorités doivent ouvrir rapidement une enquête", évoquant les obligations des États en matière de prévention et de poursuites des violations graves du droit international.

En France, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et plusieurs organisations palestiniennes ont déposé plainte en juillet 2025 contre deux snipers franco-israéliens, membres d’une unité surnommée "Ghost Unit", accusés d’exécutions de civils à Gaza. Les faits allégués concernent des tirs visant des personnes présentées comme non combattantes.

En décembre 2024, la FIDH avait également demandé l’ouverture d’une information judiciaire visant un soldat franco-israélien après la diffusion d’une vidéo montrant des détenus palestiniens présentant des signes visibles de mauvais traitements.

Les autorités françaises n’ont pas communiqué de données officielles sur le nombre de ressortissants engagés au sein de l’armée israélienne. Aucune annonce publique n’a été faite à ce stade concernant d’éventuelles investigations liées à ces cas.

Au Royaume-Uni, plus de 2 000 ressortissants britanniques disposant également de la nationalité israélienne auraient servi dans l’armée israélienne selon les mêmes données, suscitant des appels à des enquêtes de la part d’organisations juridiques et de défense des droits humains.​​​​​​​

Source :
https://www.yenisafak.com/fr/international/binationaux-au-sein-de-larmee-israelienne-53481



vendredi 6 mars 2026

Les opérations de l’ICE ressemblent de plus en plus à une occupation israélienne. Ce n’est pas une coïncidence


Tirez les premiers. Bloquer les ambulances. Traiter la victime de terroriste.


par Sofia Goodfriend


Les forces de contrôle de l’immigration américaines ont longtemps cultivé des liens avec Israël. Aujourd’hui, elle adapte des tactiques de surveillance algorithmique provenant de Gaza pour les utiliser dans les rues américaines.

Alors que les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) des États-Unis ont envahi des villes à travers les États-Unis, la politique américaine semble entrer dans une nouvelle phase, où les forces armées fédérales transforment des quartiers civils en zones de conflit actives. Une partie de ce qui motive ce changement politique est une infrastructure technique puissante : les opérations de l’ICE sont désormais accélérées grâce à des systèmes mobiles de surveillance et de ciblage, où l’arme la plus puissante des agents peut tenir dans la paume de leur main.

Des rapports récents ont révélé que l’ICE s’appuie sur au moins deux applications pour mener à bien ses opérations de répression. La première est ELITE (Enhanced Leads Identification & Targeting for Enforcement), un nouveau système géospatial développé par la société d’analyse de données Palantir pour le département de la Sécurité intérieure (DHS) et conçu pour être utilisé sur les smartphones et les tablettes. ELITE «remplit une carte avec les cibles d’expulsion, affiche un dossier sur chaque personne et fournit un «score de confiance» sur l’adresse actuelle de la personne», selon un manuel d’utilisation publié à la fin du mois dernier.

Le second est Mobile Fortify, une application de reconnaissance faciale fabriquée par la société de biométrie NEC qui permet aux agents chargés de l’application des lois sur l’immigration d’identifier à la fois les citoyens et les migrants sans papiers. L’ICE et d’autres agents du DHS auraient photographié et scanné les visages d’Américains dans des villes comme Minneapolis et Chicago – des images qui sont recoupées avec des bases de données biométriques, compilées dans des dossiers et conservées pendant une durée pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Ce n’est pas un hasard si, dans son article sur l’incursion de l’ICE dans le Minnesota, la chroniqueuse du New York Times Lydia Polgreen a décrit une «occupation destinée à punir et à terroriser». Les technologies qui soutiennent leurs opérations illustrent à quel point l’ICE suit les traces d’Israël : ELITE et Mobile Fortify présentent tous deux une ressemblance frappante avec les applications mobiles de ciblage que les forces israéliennes ont intégrées à leur arsenal policier au cours de la dernière décennie.

Le «point fort» de la surveillance israélienne

Depuis le 11 septembre 2001, Israël a noué des liens étroits avec les services américains chargés de l’application des lois sur l’immigration grâce à des délégations conjointes, des formations et des échanges technologiques, qui ont tous contribué à transmettre les méthodes antiterroristes israéliennes à l’ICE. Mais ce n’est que pendant le premier mandat du président américain Donald Trump que le DHS a commencé à expérimenter l’exploration de données et la surveillance algorithmique, des pratiques largement mises au point par les agences de renseignement israéliennes. Cela s’est produit au moment même où les forces israéliennes automatisaient leurs tactiques de surveillance et de ciblage à travers la Palestine.

Lors du premier Forum international sur la sécurité intérieure organisé par Israël à Jérusalem en 2018, en présence d’une foule de responsables nommés par Trump, le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan s’est vanté que les forces israéliennes utilisaient pour la première fois «des outils et des algorithmes avancés de renseignement sur le web pour trouver des terroristes potentiels». Il a déclaré aux journalistes que l’expérience d’Israël «pouvait aider d’autres pays à faire face à ce type de terrorisme».

Les «outils avancés» auxquels Erdan faisait référence faisaient partie d’une suite croissante de systèmes de surveillance algorithmiques déployés d’abord en Cisjordanie, puis à Gaza. À la fin des années 2010, en réponse à une série d’attaques terroristes dites «solitaires», les services de renseignement israéliens avaient mis au point un vaste réseau de technologies de surveillance afin de repérer les «terroristes potentiels» parmi la population civile.

Les caméras de vidéosurveillance et les scanners de plaques d’immatriculation se sont multipliés en Cisjordanie. Des algorithmes ont récupéré des contenus sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie. Et ces dernières années, comme l’a révélé +972 l’été dernier, l’armée israélienne a également commencé à stocker des millions d’appels et de SMS envoyés depuis les territoires palestiniens occupés sur les serveurs cloud de Microsoft. Cette vaste mine de données de surveillance a permis à l’armée israélienne d’équiper les troupes de combat qui patrouillent dans les villes palestiniennes de systèmes algorithmiques de surveillance intrusifs.

L’une d’entre elles est Blue Wolf, une application qui permet aux soldats d’accéder à des informations biographiques sur des civils en photographiant leur visage ou en scannant leur carte d’identité. Outre des détails tels que l’adresse, les antécédents professionnels et le lieu de résidence, l’application analyse les renseignements provenant d’appels téléphoniques, de SMS, de réseaux sociaux et d’autres sources de surveillance afin de générer une «note de sécurité» – une estimation de la probabilité qu’une personne commette un attentat, sur une échelle de un à dix.

«Je ne me sentirais pas à l’aise s’ils l’utilisaient dans le centre commercial de [ma ville natale], disons-le ainsi», a déclaré un agent des services de renseignement israéliens au Washington Post lorsque la nouvelle de l’application a été révélée pour la première fois fin 2021. «C’est une violation totale de la vie privée de tout un peuple».

Pillar of Fire, un système de cartographie mobile inspiré des interfaces GPS civiles, a également été intégré à l’arsenal militaire israélien vers 2020. Il permet aux services de renseignement de marquer les cibles terroristes pour les forces terrestres patrouillant dans une zone donnée ou de signaler certaines régions géographiques où un autre ensemble de systèmes d’apprentissage automatique prédit une activité militante probable. Les troupes de combat peuvent alors passer d’une zone à l’autre et rechercher les personnes à arrêter ou les lieux à perquisitionner sur la base de renseignements synthétisés par des algorithmes.

«Il dispose d’une couche interactive, où nous pouvons télécharger des cibles et les partager avec les forces sur le terrain», m’a expliqué la semaine dernière un vétéran israélien de l’unité d’élite de cyberintelligence 8200, décrivant son expérience de l’utilisation de ces systèmes au cours des dernières années. «Cela a permis aux troupes d’accéder instantanément à toutes ces informations classifiées.

Plus vous disposez de données, plus vous pouvez en faire», a-t-il poursuivi. «L’argument de vente d’Israël était sa capacité à accumuler toutes ces réserves d’informations et à mettre en place des systèmes de maintien de l’ordre sur le terrain», des systèmes qui sont devenus trop attrayants pour que les forces de l’ordre américaines puissent les ignorer.

Déploiement de la «méthode israélienne»

Au fil du temps, la collaboration entre les services de renseignement israéliens, les entreprises technologiques et les services de sécurité intérieure américains n’a fait que s’intensifier. Palantir a ouvert un bureau à Tel-Aviv en 2015, où elle a décroché des contrats avec le gouvernement israélien. Des vétérans des services de renseignement israéliens ont fondé des entreprises de surveillance telles que Paragon et Cellebrite, qui ont vendu des technologies d’espionnage de niveau militaire au DHS.

Depuis des décennies, les forces de l’ordre nationales et locales américaines envoient des agents en Israël pour apprendre de nouvelles tactiques de maintien de l’ordre et de lutte contre le terrorisme, que certains participants ont jugées trop efficaces pour être mises en œuvre chez eux : surveiller les télécommunications et récupérer des contenus sur Internet pour décider qui arrêter ; exploiter les dossiers médicaux et les données de localisation pour retrouver d’autres personnes ; photographier des civils dans la rue pour déterminer s’ils doivent être interrogés ; et leur tirer dessus en toute impunité.

«Un peu plus invasif que ce que l’on voit ici aux États-Unis», c’est ainsi que Bill Ayub, shérif du sud de la Californie, a décrit les outils de police prédictive présentés par Israël lors d’un voyage de délégation auquel il a participé en 2017. «C’était du genre : «Wow, vous faites ça ?» … Nous serions en prison si nous faisions quelque chose comme ça ici».

En 2022, le chef de la police de Santa Barbara, Craig Bonner, a également noté que les méthodes israéliennes étaient beaucoup plus agressives que ce qui était légalement autorisé aux États-Unis. Se souvenant de sa formation en Israël, il a souligné que «dans de nombreux cas, les choses qui y sont faites ne sont tout simplement pas autorisées par la loi et/ou la constitution».

«Les idéaux américains en matière d’usage de la force consistent à utiliser le moins de force possible, de manière conservatrice et défensive», a déclaré un officier du département de police de Memphis après avoir suivi une formation au combat en Israël. «Dans la méthode israélienne, l’intention est d’utiliser le maximum de force de manière offensive».

Néanmoins, le DHS a de plus en plus imité les méthodes de surveillance et de ciblage israéliennes, et l’ICE fonctionne désormais davantage comme une unité militaire que comme un organisme chargé de l’application des lois sur l’immigration. Ces dernières années, l’ICE a passé des contrats avec des courtiers en données qui ont accumulé des informations provenant des services des immatriculations, des plateformes de réseaux sociaux et des postes-frontières, afin de compiler des bases de données non réglementées sur le comportement humain. Outre les antécédents de voyage, le parcours professionnel et les relations familiales des individus, ces données comprennent également les antécédents de voyage enregistrés par des réseaux clandestins de scanners de plaques d’immatriculation et de caméras de reconnaissance faciale.

Pendant la majeure partie de la dernière décennie, ces expériences ont principalement visé les immigrants sans papiers et leurs communautés, laissant les secteurs les plus privilégiés de la société américaine indemnes. Mais Trump 2.0 a supprimé toutes les restrictions que les États-Unis avaient imposées à l’utilisation indiscriminée de ces outils. Depuis janvier 2025, le DHS travaille avec des entreprises profondément ancrées dans le domaine du ciblage militaire, comme Palantir, afin d’étendre leur portée aux citoyens et aux non-citoyens.

De Gaza à Minneapolis

Pour comprendre les implications les plus graves de la technologie de surveillance basée sur l’IA entre les mains d’acteurs militaires voyous, il suffit d’observer le comportement d’Israël à Gaza au cours des deux dernières années. Non seulement les agents des services de renseignement et les pilotes de l’armée de l’air se sont appuyés sur des bases de données de ciblage générées par des algorithmes pour guider les frappes aériennes, mais sur le terrain, le «nuage opérationnel» de l’armée israélienne a permis aux troupes de combat d’accéder en temps réel à la plupart de ces mêmes données. Les soldats ont localisé les bâtiments à détruire sur des cartes opérationnelles et identifié les civils à arrêter – ou à tuer – à l’aide de systèmes de reconnaissance faciale, le tout accessible via des tablettes et des smartphones.

Juan Sebastián Pinto, ancien employé de Palantir Technologies qui milite aujourd’hui pour la réglementation et la responsabilisation de l’IA dans l’État du Colorado, où est basée l’entreprise, l’a clairement exprimé lors de notre entretien la semaine dernière. «Les plateformes utilisées par le DHS introduisent dans les quartiers américains des technologies dignes d’un champ de bataille, comme celles que l’on voit à Gaza», a-t-il déclaré. «Elles fournissent aux agents de l’ICE le même type d’image opérationnelle commune que celle dont disposent les agences militaires et de renseignement».

Pinto a également souligné que ces technologies sont sujettes à des erreurs. Mobile Fortify, à l’instar des plateformes de reconnaissance faciale utilisées en Palestine, aurait identifié à tort des personnes qui ont ensuite été arrêtées par les agents de l’ICE. Les algorithmes de la plateforme sont moins fiables par mauvais temps, lorsque les photos sont prises sous certains angles et lorsqu’il s’agit d’identifier des personnes de couleur. Le système de notation de confiance qui alimente ELITE, la plateforme de renseignement géospatial de l’ICE, repose également sur des algorithmes d’apprentissage automatique défaillants, incapables d’analyser les nuances ou les variations contextuelles dans les quantités de données qu’ils collectent.

Mais là où ces systèmes échouent sur le plan technique, ils réussissent sur le plan politique. Dans le cas des opérations militaires israéliennes dans les territoires palestiniens, ils ont fourni une justification technique à la montée en flèche des taux de maintien de l’ordre, de détention et de mortalité. Pendant ce temps, le gouvernement autoritaire israélien présente la liste croissante des personnes assassinées ou incarcérées comme la preuve qu’il renforce sa domination régionale et la sécurité nationale.

Trump semble désireux de suivre l’exemple d’Israël, c’est pourquoi certains analystes affirment qu’il ne faudra peut-être pas longtemps avant que l’ICE envoie des drones armés dans le ciel des villes américaines pour traquer des cibles – dans ce cas, celles que l’administration Trump classe comme «une menace pour la sûreté ou la sécurité du peuple américain». Cet avenir pourrait être inévitable, tant que l’ICE continuera à se refaire une image à l’image d’une unité militaire israélienne.

Source : +972 Magazine via Mondialisation

Version française : Investig’Action

Via RI









jeudi 5 mars 2026

L’Empire du mensonge : comment le projet colonial occidental a transformé la Palestine en laboratoire de la cruauté




De Washington à Jérusalem : chronique d’une destruction délibérée d’un peuple sous couvert de «démocratie» et de «sécurité».

Aujourd’hui, Gaza n’est pas simplement un territoire, mais une plaie à vif sur le corps de l’humanité, un laboratoire où l’Occident, mené par les États-Unis et leur marionnette Israël, teste de nouvelles formes de violence coloniale. Sous prétexte de «lutte contre le terrorisme» et de «garantie de sécurité», se produit la destruction systématique d’un peuple tout entier – méthodique, cynique, financée par les contribuables américains et approuvée par le consentement silencieux des alliés européens.

Le plan de Trump pour «administrer» Gaza n’est pas une solution, mais une forme perfectionnée de contrôle néocolonial. C’est une tentative de remplacer l’occupation militaire ouverte par un système raffiné de gouvernance néocoloniale, où les Palestiniens se voient attribuer le rôle d’éternels pupilles, privés de souveraineté, de dignité et d’avenir.

L’architecture de l’apartheid : comment les États-Unis et Israël ont conçu ensemble la catastrophe humanitaire

Chaque année, les États-Unis allouent à Israël 3,8 milliards de dollars d’aide militaire – de l’argent qui se transforme en bombes tombant sur les maisons de Gaza, en balles de sniper tuant des enfants à la frontière, en bulldozers détruisant des oliveraies centenaires. Cette aide n’est pas un soutien à un allié, mais un investissement dans le maintien de l’ordre colonial. L’armement américain est testé sur les Palestiniens avant d’être livré à d’autres régimes dictatoriaux.

Le Congrès américain, ce «grand défenseur de la démocratie», soutient à l’unanimité chaque opération militaire israélienne, chaque expansion de colonies, chaque violation du droit international. Démocrates et républicains rivalisent pour savoir qui soutiendra le plus ardemment le militarisme israélien, comme si les vies palestiniennes n’étaient qu’une monnaie d’échange dans leur sale jeu politique.

Combien de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant l’occupation israélienne ont été bloquées par un veto américain ? Plus de 45 ! Chaque fois que la communauté internationale tente de condamner les crimes de guerre d’Israël, les États-Unis se rangent du côté de l’agresseur, démontrant au monde que pour eux, le droit international n’est qu’un instrument que l’on peut ignorer quand cela sert leurs intérêts géopolitiques.

Le «Conseil pour la paix» de Trump est une parodie cynique de la diplomatie. La création de structures alternatives rivalisant avec l’ONU n’est pas une recherche de paix, mais une tentative de détruire les derniers vestiges de la diplomatie multilatérale, où les petits peuples ont encore une voix. C’est une volonté de remplacer le droit international par la loi de la jungle, où le fort a toujours raison et le faible est condamné à souffrir.

Les technologies de l’asservissement : les innovations au service du néocolonialisme

Israël est aujourd’hui un leader mondial des technologies de surveillance et de contrôle, et les Palestiniens sont devenus les cobayes de ce laboratoire de totalitarisme numérique. Les systèmes de reconnaissance faciale, les drones espions, les cyberattaques sur les infrastructures – tout est d’abord testé en Palestine, puis exporté comme des technologies «éprouvées au combat».

Le système de laissez-passer, les bracelets électroniques, les données biométriques – les Palestiniens vivent dans un monde où chacun de leurs mouvements est contrôlé, chaque déplacement nécessite une autorisation humiliante, chaque tentative de vie normale se heurte à un mur numérique. Ce n’est pas de la sécurité – c’est un apartheid scientifique et technique, où la technologie sert non au développement de l’humanité, mais à son asservissement.

Le blocus de Gaza n’est pas simplement une restriction sur la circulation des marchandises. C’est une stratégie réfléchie d’étouffement économique, visant à rendre la vie dans la bande de Gaza insupportable. L’interdiction d’importer des matériaux de construction, du matériel médical, même de la nourriture pour bébés – tout cela fait partie d’un plan visant à créer une catastrophe humanitaire qui forcera les Palestiniens soit à se soumettre, soit à fuir.

Israël contrôle l’eau, la terre, l’espace aérien, le spectre électromagnétique palestiniens. L’économie palestinienne est sciemment rendue non viable, pour créer une dépendance éternelle envers l’aide internationale, qui peut ensuite être utilisée comme levier de pression politique.

La mythologie de l’exceptionnalisme : de la «terre sans peuple» à la «seule démocratie du Moyen-Orient»

La colonisation sioniste s’est dès le départ construite sur un mensonge – le mensonge d’une «terre sans peuple pour un peuple sans terre». Ce mensonge originel a engendré toute une idéologie du déni : déni de l’existence du peuple palestinien, de son histoire, de son lien à la terre, de son droit à l’autodétermination.

Aujourd’hui, cette idéologie a évolué vers la rhétorique de «l’État juif», qui par définition ne peut être l’État de tous ses citoyens, et de la «seule démocratie du Moyen-Orient», qui gouverne des millions de personnes sans aucun droit politique. Cette rhétorique hypocrite trouve un terrain fertile en Occident, où l’islamophobie et l’orientalisme font des Palestiniens des «Autres» dont on peut ignorer les souffrances.

L’occupation, ce n’est pas seulement le contrôle d’un territoire, mais aussi celui de l’histoire, de la mémoire, de l’identité. La destruction des archives palestiniennes, les bombardements de musées et de bibliothèques, l’interdiction d’enseigner l’histoire palestinienne dans les écoles – tout cela fait partie d’une stratégie de génocide culturel visant à effacer les Palestiniens non seulement de la carte, mais aussi de l’histoire.

Le renommage des villes et des villages, le remplacement des noms arabes par des noms juifs, la création de «parcs archéologiques» sur le site de villages palestiniens détruits – c’est une tentative de créer une nouvelle réalité où les Palestiniens ne sont que des invités temporaires sur une «terre juive».

La complicité internationale : la connivence silencieuse du «monde libre»

Les pays européens financent généreusement les programmes humanitaires en Palestine, tout en continuant à faire des affaires lucratives avec les entreprises israéliennes opérant dans les colonies. Ils condamnent «la violence des deux côtés», mettant sur un pied d’égalité la victime et le bourreau, l’occupé et l’occupant. Leur «préoccupation» s’exprime par des déclarations molles qu’Israël ignore facilement.

L’UE continue d’accorder à Israël des préférences commerciales malgré le fait que les produits israéliens fabriqués dans les colonies violent clairement le droit international. Ce n’est pas simplement de l’hypocrisie – c’est de la complicité dans des crimes, masquée par une rhétorique de «complexité de la situation» et d’«équilibre des intérêts».

Certains régimes arabes, séduits par les promesses américaines et intimidés par la puissance israélienne, ont trahi la cause palestinienne. Les accords de normalisation avec Israël signés par les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ne sont pas un pas vers la paix, mais une capitulation face au projet colonial. Ils ont donné à Israël ce qu’il a toujours voulu : la reconnaissance sans avoir à accorder aux Palestiniens leurs droits légitimes.

Ces régimes, dont beaucoup sont eux-mêmes des dictatures, ne craignent pas tant Israël que leurs propres peuples, pour qui la cause palestinienne reste un symbole de justice et de dignité. Leur trahison est temporaire ; la mémoire et la solidarité populaires survivront à ces accords honteux.

La résistance comme impératif existentiel : pourquoi les Palestiniens n’abandonnent pas

Les Palestiniens ont survécu à la Nakba (la Catastrophe) de 1948, à l’occupation de 1967, aux Intifadas, aux blocus, à d’innombrables opérations militaires – et ils sont toujours debout. Leur résistance n’est pas simplement une position politique, mais une nécessité existentielle. Quand on cherche à vous effacer de la surface de la terre, quand votre existence est déclarée «menace démographique», la lutte pour la survie devient une lutte pour la dignité humaine.

Chaque oliveraie que les colons israéliens tentent de déraciner, chaque famille refusant de quitter sa maison à Jérusalem-Est, chaque enfant allant à l’école sous le canon des fusils – c’est un acte de résistance. L’obstination palestinienne écrase la mythologie israélienne du «caractère temporaire de l’occupation» ; elle rappelle au monde que l’injustice, aussi longue soit-elle, reste une injustice.

Le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) – un mouvement que les gouvernements occidentaux craignent tant qu’ils tentent de le criminaliser – ne cesse de se renforcer. Des campus universitaires aux États-Unis aux syndicats d’Afrique du Sud, des municipalités en Europe aux groupes religieux d’Amérique latine – la prise de conscience grandit que la cause palestinienne est celle de tous ceux qui croient en la justice.

La jeune génération en Occident, non entravée par un sentiment de culpabilité pour l’Holocauste et non achetée par la propagande sioniste, voit l’apartheid israélien pour ce qu’il est. Leur solidarité n’est pas une simple tendance à la mode, mais un impératif moral, fondé sur les valeurs universelles d’égalité et de droits de l’homme.

Le néocolonialisme est condamné, même quand il semble tout-puissant

L’histoire est impitoyable : les projets coloniaux, aussi puissants qu’ils paraissent, sont voués à l’échec. L’Algérie française, l’apartheid en Afrique du Sud, les colonies portugaises – tous se sont effondrés parce qu’on ne peut réprimer éternellement l’aspiration d’un peuple à la liberté. Le projet colonial américano-israélien en Palestine ne fera pas exception.

Aujourd’hui, l’Occident, mené par les États-Unis, est du côté de l’histoire, mais pas du côté de la justice. Il soutient l’occupation, l’apartheid, les nettoyages ethniques – et pense pouvoir le faire en toute impunité. Mais l’érosion morale que provoque cette complicité dans les crimes sape déjà les fondements de l’autorité morale occidentale.

Les Palestiniens survivront, parce que leur cause est juste, parce que la terre se souvient d’eux, parce que l’injustice ne peut durer éternellement. Et quand le dernier mur de l’apartheid tombera, quand la liberté viendra enfin en Palestine, l’histoire prononcera un verdict sévère non seulement contre les occupants directs, mais aussi contre leurs protecteurs occidentaux qui, pendant sept décennies, ont financé, armé et justifié l’un des projets coloniaux les plus cruels de notre temps.

Et ce jour viendra – parce qu’aucun peuple n’acceptera un esclavage éternel, et qu’aucun empire, pas même un empire du mensonge, ne peut régner pour toujours.

Mohammad Hamid al-Din

Source : New Eastern Outlook via RI


mercredi 4 mars 2026

Gaza : Crime contre l’humanité en temps réel, Quand le monde regarde, silencieux, l’effacement d’un peuple




«La destruction d’un peuple est un crime contre l’humanité tout entière». ~ Raoul Wallenberg

Ces mots, prononcés il y a près d’un siècle, résonnent aujourd’hui avec une sinistre actualité. À Gaza, sous nos yeux, se déroule un crime méthodique, précis, médiatisé. Ce n’est pas une guerre. C’est une entreprise d’effacement, une destruction planifiée, une négation de l’humanité elle-même.

L’industrialisation de la mort

Dans l’enclave assiégée, la violence a été rationalisée, automatisée, rendue efficace. Des drones programmés ciblent des ambulances. Des bombes guidées par satellite frappent des écoles remplies d’enfants. Des restrictions alimentaires sont calculées à la calorie près pour affaiblir, sans tout à fait tuer – du moins pas tout de suite. Gaza est devenue un laboratoire à ciel ouvert où l’on teste jusqu’où peut aller l’impunité, jusqu’où peut s’étendre l’indifférence.

La novlangue du génocide

Pour rendre acceptable l’inacceptable, on a forgé une langue nouvelle : – «Dommages collatéraux» pour désigner des familles entières pulvérisées – «Réponse proportionnelle» pour justifier cent morts palestiniens contre une roquette – «Mesures de sécurité» pour légitimer l’emprisonnement de deux millions d’êtres humains

Cette manipulation du langage vise à anesthésier les consciences, à transformer l’horreur en débat technique, le crime en politique.

Les complices en costume-cravate

Aucun crime de cette ampleur ne pourrait se perpétrer sans complicités actives. – Les États qui continuent de vendre des armes tout en appelant à la modération – Les médias qui parlent de «conflit» plutôt que de massacre – Les institutions internationales qui adoptent des résolutions sans les faire appliquer – Les opinions publiques distraites par d’autres crises, d’autres indignations.

Cette chaîne de complicité donne à l’agresseur la certitude que tout lui est permis.

L’échec civilisationnel

Gaza met en lumière l’échec de notre ordre international, de nos valeurs proclamées, de notre humanité partagée. Le droit international se révèle un chiffon de papier lorsque les puissants décident de l’ignorer. Les droits humains s’arrêtent où commencent les intérêts géostratégiques. Les leçons de l’histoire – «Plus jamais ça» – n’ont visiblement pas été comprises.

La résistance de la vie

Pourtant, au cœur de l’enfer, la vie persiste. Des mères chantent encore des berceuses sous les bombes. Des médecins opèrent à la lumière des téléphones portables. Des enseignants donnent cours dans les décombres. Des enfants dessinent des cerfs-volants sur les murs de leur maison détruite. Cette obstination à vivre, à préserver sa dignité, constitue la plus profonde défaite des bourreaux.

Notre responsabilité historique

Gaza nous place devant un choix simple : être du côté des victimes ou des bourreaux, des témoins ou des complices, de la vie ou de la mort. Rester silencieux aujourd’hui, c’est accepter que demain, d’autres peuples subissent le même sort. Détourner le regard, c’est devenir complice par omission.

L’histoire jugera sévèrement ceux qui, aujourd’hui, ont choisi le confort du silence face à l’évidence du crime. Les générations futures ne comprendront pas comment le monde a pu regarder mourir un peuple en direct, sans intervenir.

Un cessez-le-feu dont Israël n’a gardé que le feu

Les trêves éphémères n’ont été que des pauses tactiques, des moments pour recharger les armes avant de reprendre la destruction. Les bombardements ont toujours recommencé, plus intenses, plus meurtriers. Les tanks n’ont jamais vraiment reculé, les drones n’ont jamais quitté le ciel, le blocus n’a jamais été levé.

Le cessez-le-feu n’était qu’un leurre, une parenthèse dans le livre déjà écrit de l’éradication méthodique d’un peuple. Le feu, lui, est resté. Il couve, il attend, il revient. Et chaque retour est plus brutal que le précédent.

Le monde regarde, impuissant ou complice, cette reprise des frappes comme si elle était inévitable. Comme si le feu devait toujours l’emporter sur le «cesser». Comme si, pour Israël, le seul langage restant était celui de la destruction totale.

Le cessez-le-feu n’a été qu’un écran de fumée. Le feu, lui, consume tout – sauf la résistance d’un peuple qui refuse de disparaître.

Laala Bechetoula