mercredi 7 janvier 2026

Crimes de guerre à Gaza : comment consigner les viols et autres violences sexuelles ?




Les femmes palestiniennes de Gaza ont été victimes de violences sexuelles généralisées pendant le génocide israélien. Malgré les nombreuses preuves, les organisations de défense des droits humains ont du mal à obtenir justice, car les femmes vivent dans la crainte de la stigmatisation sociale et des représailles d’Israël.

L’histoire de N.A., une Palestinienne détenue et qui aurait été violée par quatre soldats israéliens, a provoqué une onde de choc dans une communauté déjà ravagée par la guerre.

Détaillée dans le rapport choquant publié le mois dernier par le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR), l’histoire de N.A. n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, révélant les viols et les tortures sexuelles systématiques infligés aux détenus palestiniens par les autorités israéliennes.

Son refus de se faire soigner après sa libération, se repliant dans un cercle de silence, met en évidence une réalité omniprésente et dévastatrice dans la bande de Gaza.

Malgré les tentatives répétées des organisations de défense des droits humains pour documenter son cas et lui apporter leur soutien, N.A. a refusé tout nouvel entretien, révélant ainsi la peur qui paralyse d’innombrables survivantes.

« Les personnes qui nous parlent ne se sentent fondamentalement pas en sécurité pour révéler leur expérience », explique Yasser Abdel Ghafour, directeur adjoint de l’unité de documentation d’un centre local de défense des droits humains. « Elles préfèrent ne pas élargir le cercle des personnes qui connaissent leur situation, ce qui exposerait davantage leur identité. »

Selon Abdel Ghafour, il ne s’agit pas d’un incident isolé. « Nous avons connaissance de nombreux cas similaires », explique-t-il. « Nous avons contactés ces personnes à plusieurs reprises pour qu’elles partagent leur histoire, mais elles ont catégoriquement refusé, estimant que cela mettrait leur vie encore plus en danger. C’est particulièrement vrai pour les femmes. »

La violence sexuelle comme arme de guerre

Les organisations locales et internationales de défense des droits humains indiquent que le recours à la violence sexuelle par les forces d’occupation n’est pas une série d’incidents isolés, mais fait partie d’un comportement récurrent dans les centres de détention.

Bien qu’aucun organisme international n’ait encore mené d’enquête approfondie, les témoignages, en particulier ceux des femmes détenues, font état de pratiques systématiques d’humiliation sexuelle, de dégradation et de destruction de l’identité.

« Il ne suffit pas de documenter les violations, il faut mettre en place un mécanisme international neutre chargé d’enquêter sur l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre », insiste Abdel Ghafour. « Ce qui arrive aux femmes en détention s’inscrit dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique, et non de transgressions individuelles commises par des soldats. »

Dans une déclaration, le Centre de ressources BADIL pour les droits de résidence et des réfugiés palestiniens a affirmé que les agressions sexuelles commises par Israël doivent être traitées comme une question politique et sociétale, et non comme une question individuelle.

« En tant que question politico-sociétale liée aux politiques coloniales d’oppression », peut-on lire dans la déclaration, « elle s’apparente à des assassinats ou à l’usage d’une force extrême. La victime ne doit pas être isolée ou dégradée ; elle doit au contraire être soutenue, sa lutte honorée et tout le soutien nécessaire lui être apporté. »

Menace persistante de représailles

Pour les détenus libérés, les séquelles psychologiques et physiques sont immenses. Le traumatisme de leur expérience persiste longtemps après leur retour chez eux.

Un témoignage recueilli par le PCHR traduit bien ce désespoir : « Sur le plan mental, je ne suis plus moi-même. Je vous parle maintenant de ma tragédie et je me sens instable, je pleure et je ris en même temps. Je suis devenue insensible quand je regarde mes enfants et je crains qu’un jour ils vivent ce que j’ai vécu. »

Une autre survivante décrit son état mental ravagé : « Ils ont violé notre dignité et détruit notre moral et notre espoir dans la vie. Je voulais poursuivre mes études ; maintenant, je suis perdue après ce qui m’est arrivé. »

Selon les professionnels, malgré un traumatisme aussi profond, très peu de survivantes recherchent des soins médicaux ou psychologiques. La menace constante de représailles de la part des forces d’occupation israéliennes pour avoir parlé les empêche de révéler pleinement leur expérience.

Cette crainte est corroborée par le rapport May 2025 GBV Trends Analysis: Gaza du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), qui note que les survivantes « hésitent souvent à nommer les auteurs armés par crainte de représailles ».

Ce climat de peur s’étend au-delà de la violence sexuelle et à toutes les formes de documentation. Munir al-Bursh, directeur au sein du ministère de la Santé de Gaza, confirme cette tendance à Mondoweiss.

Il dit avoir rencontré des cas où des personnes ont insisté à plusieurs reprises pour que leur identité et leurs informations médicales restent confidentielles, invoquant des menaces directes de représailles de la part de l’occupant israélien si leurs tragédies étaient rendues publiques.

La menace ne se limite pas aux survivants. Les défenseurs des droits humains, les observateurs et les organisations locales de la société civile, telles que le PCHR, le Centre Al-Mezan pour les droits humains et le Centre pour les affaires féminines, sont également systématiquement pris pour cible en raison de leur travail de dénonciation des crimes israéliens.

Ces organisations, qui ont déjà du mal à fonctionner, sont constamment victimes d’intimidations de la part d’Israël.

Cela inclut des attaques physiques directes, telles que la destruction totale du bureau de Humanity & Inclusion (HI) à Gaza en janvier 2024, alors même que ses coordonnées étaient enregistrées dans le système de notification de l’ONU.

Human Rights Watch (HRW) a également documenté au moins huit frappes israéliennes contre des convois et des locaux d’humanitaires, alors même que leur emplacement avait été communiqué aux autorités israéliennes d’occupation.

Lignes d’assistance téléphonique anonymes

Si le nombre de cas dûment répertoriés de viols et d’exploitation et d’abus sexuels (EAS) reste faible, ces incidents sont largement sous-déclarés.

Les gestionnaires de cas de violence sexiste de l’UNFPA en Palestine ont fait part de témoignages préoccupants lors de réunions et de formations du groupe de travail, notamment des cas impliquant des adolescentes et des femmes handicapées violées par des membres de leur famille et des inconnus.

Bien que le viol apparaisse comme étant à 0 % dans les données, il y a eu une sous-déclaration importante due à la crainte de représailles, à la stigmatisation, au manque de connaissance des services disponibles et à l’effondrement du système judiciaire, les survivantes ne consentant pas à l’enregistrement de leur cas.

« Beaucoup de femmes préfèrent garder le silence », explique Zainab Al-Ghunaimi, directrice du Centre Hayat pour la protection des femmes battues, considéré comme le principal refuge à Gaza, « non pas parce que leur expérience est moins réelle, mais parce que s’exprimer peut signifier s’exposer, elles et leurs familles, à de nouvelles violences, à l’ostracisme social et à la ruine matérielle ».

Ce défi paralyse les mécanismes de signalement. Un rapport d’août 2025 du Gender-Based Violence Area of Responsibility (GBV AoR) « a fait état de graves perturbations dans les centres de services spécialisés pour les femmes, la majorité d’entre eux étant soit hors service, soit ne fonctionnant que partiellement », tandis que l’accès à ce qui reste des services de santé reproductive et mentale est semé d’embûches.

Pas de refuges sûrs

En l’absence de systèmes officiels, certaines organisations ont cherché d’autres moyens d’assurer la justice et la protection. Al-Ghunaimi expose leurs efforts.

« Nous avons essayé de trouver d’autres moyens de protéger les femmes victimes de violences pendant la guerre », dit-elle. « Nous avons installé une tente pour héberger les femmes confrontées à des menaces de premier degré, c’est-à-dire celles qui risquaient d’être tuées. Nous avons eu recours à des solutions temporaires, comme un système de médiation, au lieu du système judiciaire. »

Ce système, explique-t-elle, fait appel à des comités composés de personnalités respectées de la communauté, telles que les responsables des centres d’accueil pour personnes déplacées et les anciens de la famille, afin de résoudre les conflits et d’offrir une protection.

Cependant, Al-Ghunaimi refuse de qualifier ces refuges de « sûrs » à 100 %. Face à l’occupation, il n’existe aucun endroit réellement sûr.

Récemment, alors que ce rapport était en cours de rédaction et malgré un cessez-le-feu, une frappe israélienne a touché une maison située à côté du camp du Centre Hayat, détruisant plus de la moitié de celle-ci.

Bien que personne dans le camp n’ait été blessé physiquement, le traumatisme amer de la perte d’un refuge s’est fait ressentir une fois de plus.

Un vide en matière d’obligation de rendre des comptes

Les enquêtes internationales sur les violences sexuelles à Gaza ne peuvent aboutir sans témoins. Or, ceux qui pourraient témoigner vivent dans la peur constante, sous la menace permanente, déplacés et profondément traumatisés psychologiquement.

L’insécurité permanente, aggravée par la destruction des habitations et des services essentiels, rend presque impossible pour les survivants de se manifester en toute sécurité.

Il en résulte un écart considérable entre l’ampleur des violations et la capacité des organisations de défense des droits humains à les documenter et à demander justice.

« Nous avons recueilli de nombreux témoignages au fil des ans, mais nous manquons de témoins prêts à se manifester », explique Abdel Ghafour, directeur adjoint de l’unité de documentation du PCHR.

« Le silence imposé par la peur et la stigmatisation sociale fait que les dossiers sur les viols et les tortures sexuelles restent parmi les plus difficiles et les plus déchirants à traiter. Sans témoins, la responsabilité reste presque totalement hors de portée, et les survivants continuent à porter seuls le poids de ces crimes. »

Auteur : Majd Jawad

Majd Jawad est journaliste et chercheur originaire de Jénine, en Palestine. Il est titulaire d'une maîtrise en démocratie et droits de l'homme de l'université de Birzeit et d'une licence en journalisme.

https://www.chroniquepalestine.com/crimes-de-guerre-gaza-comment-consigner-les-viols-et-autres-violences-sexuelles/


mardi 6 janvier 2026

Le soutien à Israël ne fait plus recette

 


Ces surprenantes déclarations, absentes des médias, sont une bonne nouvelle : le camp Trump se fracture. Le soutien à Israël ne fait plus recette.

Tucker Carlson, Steve Bannon, le vice-président Vance prennent leurs distances. Trump lui-même sonne l’alerte. D’où viennent leurs problèmes ? De leur base populaire, de l’info indépendante. Et de vous au fond !

Michel Collon analyse la crise de MAGA dans La Minute Michel épisode #78






Le « Projet Sunrise » vise à transformer Gaza en métropole de haute technologie




Ils appellent ça un plan de reconstruction. En réalité, c'est un plan d'appropriation. 

Alors que Gaza n’a même pas fini de brûler, que des corps sont encore sous les gravats, des conseillers américains planchent déjà sur la rentabilisation des ruines. Nom du projet : Sunrise. Le cynisme jusque dans le titre. 112 milliards de dollars pour transformer une terre martyre en Riviera artificielle : hôtels de luxe, tours en bord de mer, trains à grande vitesse, réseaux pilotés par l’IA. 70 % du littoral privatisé. Monétisé. Vendu. Pas un plan pour les habitants. Un plan pour les investisseurs. Tout est pensé comme une brochure immobilière : “phases”, “returns”, “smart cities”. 

Mais une question élémentaire reste soigneusement évitée : où vivent deux millions de Palestiniens pendant qu’on refait le décor ? Rafah deviendrait une capitale vitrine, pendant que Gaza serait redessinée selon des standards occidentaux, hors-sol, coupés de son tissu social, de sa culture, de son histoire. Ce n’est pas de la reconstruction. C’est de l'ingénierie coloniale.

Et pour verrouiller le tout, une condition impossible : le désarmement total du Hamas, que même des responsables américains jugent irréaliste. Un prétexte parfait pour ne jamais appliquer le plan, tout en l’utilisant comme outil politique et financier. Le financement, lui, reste volontairement flou : 20 %, 60 milliards, garanties de dette, montages opaques. Peu importe le chiffre exact, la logique est limpide : reconstruire avec profit ce qui a été détruit avec leurs armes, et laisser une dette sans fin.

Gaza n’a pas besoin d’une vitrine high-tech sous surveillance permanente. Elle a besoin de maisons, d’hôpitaux, d’écoles, d’eau, d’électricité, de dignité. Ils parlent de renaissance. Ils organisent une exploitation post-destruction. Toujours les mêmes. Toujours sur les mêmes ruines. 

Lien de l’article immonde du Wall Street Journal :

Source


lundi 5 janvier 2026

Israël prétend nous faire taire ? Très bien, faisons taire Israël




Nous sommes tout à fait en droit de contester et nuire aux intérêts d’Israël, puisqu’il s’ingère dans les nôtres.

Alors qu’Israël exerce toujours plus d’influence sur la société occidentale et pousse les gouvernements occidentaux à restreindre notre liberté d’expression et de réunion, nous devons tout mettre en œuvre pour que la société occidentale se retourne contre Israël et marginalise cet État d’apartheid sur la scène internationale.

Non seulement nous en avons le droit, mais aussi le devoir, car Israël n’hésite pas à s’en prendre à nous et à nos libertés.

Si Israël s’en prend à nous, nous sommes en droit de riposter. Ce n’est qu’une question de légitime défense à ce stade.

L’ambassade d’Israël au Royaume-Uni a publié un communiqué de presse se félicitant de l’’arrestation par la police britannique de manifestants ayant appelé publiquement à “mondialiser l’Intifada”, et déclare :

“L’ambassade d’Israël au Royaume-Uni se félicite de l’annonce conjointe de la police métropolitaine et de la police du Grand Manchester, selon laquelle toute personne appelant à ‘mondialiser l’intifada’ sera arrêtée.

“Israël et la communauté juive le disent depuis des années : appeler à ‘mondialiser l’intifada’ est clairement une incitation à la violence. Un lien direct peut être établi entre ces slogans antisémites et les actes de terrorisme dont sont victimes les Juifs dans le monde entier.

“Il est décevant que les autorités britanniques aient mis tant de temps à le reconnaître, et la communauté juive ne devrait pas en être réduite à supplier les autorités de prendre ces menaces au sérieux, après que de nombreux Juifs en ont été victimes.

“Cependant, nous espérons que des mesures concrètes seront désormais prises pour mettre fin à ces slogans avant qu’ils ne contribuent à la radicalisation et à de nouvelles violences contre les Juifs”.

Pour rappel, il n’y a rien de meurtrier ni de haineux à appeler à la résistance mondiale contre un État d’apartheid génocidaire et l’empire qui le soutient, ce que revendiquent ceux qui appellent à une intifada mondiale. Quiconque prétend qu’il s’agit d’un appel au meurtre de civils juifs ment comme un arracheur de dents, uniquement pour susciter un consensus en faveur d’une répression autoritaire des discours critiques à l’égard du régime israélien.

Mais nous sommes témoins des efforts concertés d’Israël et de ses défenseurs propagandistes au sein de la classe politique et des médias occidentaux répandant à l’unisson le récit absurde selon lequel “mondialiser l’intifada” sous-entendrait “tuer tous les Juifs dans le monde”. C’est une attaque directe contre nos droits, un moyen de faire pression sur les autorités pour restreindre nos libertés. C’est une attaque directe, et nous sommes la cible.

Benjamin Netanyahu vient de passer sur Sky News Australia — du groupe Murdoch — pour accuser le Premier ministre Anthony Albanese de ne pas réprimer les manifestations contre le génocide, qu’il qualifie d’“incitation à l’antisémitisme”.

Le lobby israélien australien affiche délibérément son intention explicite d’interdire toute critique d’Israël et de mettre fin aux manifestations pro-palestiniennes dans tout le pays, et la Nouvelle-Galles du Sud s’apprête à satisfaire chacune de ces exigences en interdisant l’expression “mondialiser l’intifada” et les manifestations pro-palestiniennes pendant trois mois après la fusillade de Bondi Beach.

Si Israël fait tout pour porter atteinte aux droits des Australiens, ceux-ci sont en droit de porter atteinte aux intérêts d’Israël. Nous devons nous opposer plus activement à Israël, puisque ses dirigeants n’hésitent pas à pousser notre gouvernement à bafouer nos droits. Ensemble, agissons collectivement et sans crainte pour révoquer le soutien de Canberra à l’État sioniste.

Même combat pour les Américains. Au-delà de toutes les ingérences du lobby israélien, l’État hébreu investit des millions de dollars dans des opérations de propagande destinées aux églises et aux communautés chrétiennes conservatrices américaines, espérant ainsi reconquérir une base chrétienne hésitante. Assis dans votre propre église, dans votre propre quartier, sans aucun signe de propagande en vue, vous pouvez soudainement vous retrouver submergé par des messages financés par le gouvernement israélien.

Netanyahu s’en prend à l’ensemble des gouvernements occidentaux, exigeant avec son arrogance coutumière que les États occidentaux en fassent davantage pour interdire les manifestations contre le génocide et protéger les intérêts d’Israël, non pas comme une requête, mais comme un “avertissement”.

“J’exige que les gouvernements occidentaux fassent le nécessaire pour lutter contre l’antisémitisme et assurer la sécurité des communautés juives dans le monde. Ils seraient bien avisés de tenir compte de nos avertissements. J’exige qu’ils agissent, et maintenant !”, a déclaré Netanyahu dans une récente déclaration.

Les Occidentaux ne peuvent accepter de telles pratiques sans réagir. Si Israël tente de subvertir et de saper nos libertés pour nous contraindre à soutenir le génocide et l’apartheid, il est de notre devoir de tout mettre en œuvre pour subvertir et saper ses intérêts. Ils s’attaquent à nos intérêts ? Attaquons-nous aux leurs !

Soyons hostiles et fermes envers l’État sioniste, et soyons fiers de nos convictions légitimes. Ils nous invectiveront et prétendront que nos gouvernements doivent nous faire rentrer à la niche, preuve supplémentaire que nous avons raison. Le soutien de l’Occident à Israël doit être pulvérisé.

Faisons en sorte que le soutien à Israël ou les liens avec ses lobbyistes soient politiquement toxiques. Que s’aligner sur Israël coûte leur carrière aux célébrités. Mettons tout en œuvre pour que le soutien à Israël devienne politiquement intenable, en diffusant un maximum d’informations et de témoignages sur ses crimes. Sans la moindre hésitation ni le moindre état d’âme. Israël nous attaque ? Attaquons Israël !

La guerre est ouverte. Ces monstres ne sauraient bafouer nos droits et corrompre notre société pour servir les agendas les plus pervers de la planète, et s’attendre à ce que nous fassions profil bas. C’est absolument hors de question.

Source : Caitlin’s Newsletter 



Israël prépare la plus grande opération de « nettoyage archéologique » jamais réalisée en Cisjordanie



En subordonnant la valeur scientifique à l’expansion coloniale, les archéologues israéliens n’opposent aucune résistance alors que l’État israélien s’apprête à exproprier des pans entiers de Sebastia.


Par Alon Arad 


Alors que les habitant.es de Sebastia, un village palestinien situé au nord de Naplouse, en Cisjordanie occupée, se réunissaient en urgence pour discuter d’un nouveau plan israélien visant à s’emparer de vastes parties de leur village sous le prétexte de « développer » son site archéologique, des archéologues israéliens se retrouvaient à Boston à l’occasion de la 125ᵉ conférence annuelle de l’American Society of Overseas Research (ASOR).

Anciennement connue sous le nom de American School of Oriental Research, ASOR a modifié en 2021 la signification de la lettre « O » dans son nom, changement censé indiquer une prise de distance vis-à-vis de l’héritage colonial de l’archéologie, et une nouvelle orientation dans le travail de recherche, fondé sur des partenariats égalitaires avec les populations locales. Pour les archéologues israélien.nes, cependant, ce changement semble largement cosmétique : tandis qu’ils et elles assistaient à cette conférence prestigieuse – leur principal espace pour tisser des liens avec la communauté universitaire à l’international -, leur gouvernement utilisait de nouveau l’archéologie comme outil de domination coloniale sur les Palestiniennes et Palestiniens.

Le 19 novembre, l’Administration civile israélienne a annoncé le projet d’exproprier les propriétaires de 550 parcelles privées de Sebastia — soit environ 1 800 dunams (450 acres) de terres qui représentent à la fois des moyens de subsistance, le patrimoine culturel et l’identité du village depuis des siècles. Les habitant.es affirment que le projet dévastera l’agriculture locale, notamment en détruisant quelque 3 000 oliviers, dont certains sont âgés de plusieurs centaines d’années.

Sebastia est, indéniablement, un site archéologique à strates multiples d’une valeur exceptionnelle. Ancienne ville de Samarie à l’âge de Fer et capitale du royaume d’Israël, elle renferme les vestiges du palais du roi Achab, mis au jour dans les années 1930. Au Ier siècle avant notre ère, Hérode, roi du royaume de Judée, a reconstruit la ville, y laissant notamment un temple dédié à son ami, l’empereur romain Auguste, à proximité des ruines plus anciennes. Un théâtre romain remarquablement bien conservé, une église byzantine et d’autres antiquités ont également été découverts dans la région.

L’importance archéologique de Sebastia ne fait toutefois qu’accentuer la contradiction politique suivante : si le site mérite une étude attentive, le fossé entre les engagements éthiques revendiqués par les archéologues israéliens et la violence d’État exercée au nom de l’archéologie pour justifier des mesures allant vers l’annexion de la Cisjordanie n’a jamais été aussi profond.

La prise de contrôle de Sebastia par Israël, la plus vaste expropriation de terres jamais réalisée à des fins archéologiques, a commencé en mai 2023, lorsque le gouvernement a alloué 32 millions de shekels (NIS) à la « restauration et au développement » du site. La campagne s’est intensifiée en juillet 2024, lorsque l’armée a saisi le sommet de Tel Sebastia (le point culminant du village, qui abrite les vestiges archéologiques les plus importants), invoquant de vagues « préoccupations sécuritaires ». Peu après, le gouvernement a laissé entendre qu’il comptait s’emparer d’une partie plus étendue encore du village.

Les habitantes et habitants palestinien.nes, conjointement avec Emek Shaveh, l’organisation que je dirige, ont déposé une objection formelle auprès de l’Administration civile, au nom du droit international qui interdit l’utilisation des biens culturels à des fins militaires. Ce recours a finalement été rejeté.

Le ministre du Patrimoine, Amichaï Eliyahu, a exprimé en ligne sa satisfaction concernant l’expropriation. « Nous ne remettrons plus notre héritage à des meurtriers », a-t-il écrit le mois dernier sur X. Eliyahu, fervent partisan de l’annexion de la Cisjordanie et de la réinstallation juive à Gaza, a ajouté : « Il s’agit de notre patrie historique ; nous ne quitterons jamais cet endroit. »

Bien que la zone actuellement visée par les fouilles se situe techniquement en zone C (sous contrôle israélien total) et que la majeure partie du village bâti de Sebastia relève de la zone B (sous administration civile palestinienne et contrôle sécuritaire israélien), dans la pratique, ces deux zones forment un paysage unique et continu. Les antiquités appartenant au village sont historiquement et culturellement indissociables de celles situées en zone C.

Le nouveau plan d’expropriation menace de rompre entièrement ce lien. Il prévoit de faire dévier le trajet des visiteurs israéliens par une route que les colons entendent construire afin de contourner complètement le village palestinien, et comprend la construction d’un centre d’accueil, la mise en clôture de la zone archéologique ainsi que l’instauration de droits d’entrée. Si elles étaient mises en œuvre, ces mesures isoleraient de fait les habitant.es de Sebastia de leurs terres et de leur patrimoine.

L’archéologie au service de l’annexion

Le recours israélien à l’archéologie pour faciliter la prise de contrôle de terres palestiniennes, une pratique que l’on peut à juste titre qualifier de “nettoyage archéologique”, est bien antérieur au cas de Sebastia. Depuis des décennies, l’État déploie cette stratégie aussi bien à l’intérieur des frontières de 1948 qu’à travers la Cisjordanie : dans le parc de la Cité de David à Jérusalem-Est, dans le village de Susya, dans les collines du sud d’Hébron, dans le parc national de Nabi Samwil, à Shiloh, et sur de nombreux autres sites.

Une grande partie de la communauté archéologique israélienne a abandonné les principes professionnels fondamentaux ainsi que les normes éthiques érigées par le droit international protégeant le patrimoine culturel. De nombreuses et nombreux archéologues collaborent ouvertement avec les dirigeants des colonies et les autorités israéliennes, offrant à la fois une couverture idéologique et une infrastructure matérielle à l’expansion des colonies. L’année dernière encore, plusieurs archéologues locaux ont participé à une conférence à Jérusalem organisée par le ministre du Patrimoine Eliyahu, certain.es acceptant même des hébergements financés par le gouvernement.

La communauté archéologique israélienne refuse obstinément l’introspection sur les implications éthiques de son travail. Pendant des années, ses chercheur.es ont ignoré les débats fondamentaux concernant les lieux où les fouilles pouvaient être menées de manière légitime et les conditions dans lesquelles elles devraient l’être, malgré des avertissements à répétition, des rapports de politiques publiques et des résolutions émanant de grandes instances internationales — notamment l’UNESCO, la Commission d’enquête indépendante des Nations unies et la Cour internationale de Justice — appelant Israël à mettre un terme aux activités archéologiques dans les territoires occupés.

Dans ce contexte, l’archéologie à Jérusalem-Est et en Cisjordanie a depuis longtemps perdu toute valeur scientifique objective. L’engagement de la discipline à étudier le passé afin d’approfondir la compréhension des sociétés humaines a été subordonné à un projet politique de suprématie juive, utilisant l’archéologie comme un outil de contrôle territorial. Au lieu de préserver l’intégrité de leur discipline, de nombreux archéologues israélien.nes sont devenus de facto une extension de l’appareil politique de l’État.

À l’approche de la conférence de l’ASOR, au vu de ces pratiques, certain.es participant.es internationaux ont appelé à restreindre la participation des archéologues israélien.nes. Des débats similaires ont émergé en Europe, notamment au sein de l’Association européenne des archéologues (EAA), dont certain.es membres ont proposé de conditionner la participation de chercheur.es israélien.nes au fait de renoncer à leurs affiliations institutionnelles.

Plutôt que de répondre à ces critiques de fond, de nombreux archéologues israélien.nes se replient sur l’accusation d’antisémitisme et se présentent comme d’éternelles victimes. Cette posture empêche toute discussion sérieuse sur les enjeux éthiques qui sont fondamentaux : la légitimité de fouilles menées en territoire occupé contre la volonté des communautés locales et en violation du droit international ; la collaboration avec des organisations de colons ; et les conditions dans lesquelles une recherche éthique en Israël pourrait encore être possible.

Tout en participant à l’appropriation de Sebastia, les archéologues israélien.nes présentent leurs travaux à Boston, suscitant ainsi chez leurs collègues internationaux une prise de distance croissante. En méprisant les normes internationales et en s’alignant sur des acteurs qui instrumentalisent l’archéologie au service du déplacement et de la dépossession, ils et elles sapent leur propre crédibilité scientifique.

La Cisjordanie compte plus de 6000 sites archéologiques recensés. Ailleurs, une telle richesse serait considérée comme un trésor culturel. Mais pour les Palestiniennes et Palestiniens, elle est devenue une malédiction : chaque site, dont la majorité n’a aucun lien avec l’histoire juive de la région, est traité comme un outil potentiel d’affirmation de la domination territoriale. Des sites porteurs de siècles d’histoire palestinienne sont détruits soit par négligence systématique, soit par leur appropriation, puis intégrés à un projet idéologique qui menace l’existence future des Palestinien.nes.

L’archéologie est devenue un mécanisme d’oppression supplémentaire, au même titre que la violence des colons et de l’armée, les restrictions de mouvement et les spoliations quotidiennes. Et tandis que les communautés palestiniennes résistent avec les maigres moyens dont elles disposent, les archéologues israélien.nes continuent de légitimer et de promouvoir ces forces.

Si les archéologues israélien.nes souhaitent conserver leur légitimité académique – et, plus important encore, cesser de participer à un projet colonialiste immoral –, ils doivent tenir compte des avertissements de leurs pairs à l’international et rejeter l’exploitation cynique de leur profession par l’État.

Alon Arad est un archéologue et le directeur exécutif d’Emek Shaveh, une ONG israélienne qui œuvre pour la défense des droits liés au patrimoine culturel et pour la protection des sites antiques en tant que biens publics appartenant aux membres de toutes les communautés, confessions et peuples.

Source: Agence Média Palestine

Traduction: C.B pour l’Agence Média Palestine

Version originale : +972 via 

dimanche 4 janvier 2026

Les Israéliens sont-ils sortis de l’humanité ?



« Pas un seul être humain, pas un arbre, pas une maison, si je pouvais, j’empoisonnerais les poissons dans la mer. Ils sont tous des ennemis là-bas, même le bébé qui est né hier à Rafah. »




Dans la seule démocratie du Moyen-Orient, tu peux tenir ces propos sur les Palestiniens sur une chaîne de télévision de grande écoute. 

Le niveau de haine… Ces gens-là sont sortis de l’humanité, ce sont des bêtes sauvages, dénuées d’âme.

Pourquoi Israël n'est plus un État, par Pr Jiang (extrait et fin d'un cours)


Faisons une pause une seconde, et laissez-moi vous expliquer tout ça plus calmement. Car à chaque fois que je parle d'Israël, les gens ont l'impression que je parle de fantômes, de théologie, de prophéties, de métaphysique... ce n'est pas le cas du tout. Pas ce soir en tout cas. Ce soir, je vous parle de choses très concrètes : de ports, de routage, d'infrastructure. Des choses qui ont toujours joué un rôle central dans les affaires des siècles, et qu'aucune indignation morale ne peut affecter, que ça plaise ou pas.

Car c'est ça le problème : les gens s'évertuent à essayer de comprendre Israël comme s'il s'agissait d'une espèce de puzzle moral. Au hasard et pêle-mêle, on dira : c'est une démocratie sous pression, un peuple de l'alliance assiégé, un État religieux cherchant désespérément à se définir lui-même, une rhétorique de séminaire biblique placée à la tête des stratégies logistiques impérialistes du vingt-et-unième siècle...

Israël n'est pas un État.C'est ce que j'appellerais : un nœud de commandement. Si vous le comprenez en ce sens, et pas comme une entité politique, alors les silences assourdissants, les abstentions, les asphyxies diplomatiques, tout commence à faire sens. Et pas à faire sens émotionnellement ou éthiquement, mais structurellement.

Donc, laissez-moi y aller plus en douce, comme vous me demandez si souvent de le faire. Pour commencer, souvenez-vous que le vingtième siècle a fonctionné autour du canal de Suez. Eh bien, le vingt-et-unième siècle va fonctionner autour du canal Ben Gourion. Et quel que soit le nœud qui régira le corridor qui remplacera ou contournera Suez, il s'assurera de contrôler, non pas simplement une voie navigable, mais le pivot même entre la ceinture industrielle indo-pacifique et la zone financière méditerranéenne-atlantique.

Cette charnière deviendra de ce fait la plaque tournante mondiale pour l'énergie, les données numériques, les primes d'expédition, le déploiement de la robotique, et les architectures de défense à base d'Intelligence Artificielle. Israël n'a pas été mis en place comme un État-nation en conflit avec tout ce qui l'entoure, ce qu'il est à l'évidence aussi; mais ce n'est bien sûr pas une fin, juste un moyen. L'objectif, comme je vous le dis sans cesse, c'est une Pax Judaica commerciale perpétuelle : entièrement déterritorialisée, interconnectée et sécurisée.

Je sais que tout ça sonne un peu "ésotérique". Ça ne l'est pas du tout. Ce n'est qu'un banal calcul mathématique, appliqué à la question des chaînes d'approvisionnement. Vous n'avez pas besoin d'en passer par mille contorsions idéologiques pour comprendre pourquoi la Chine et la Russie se sont abstenues au Conseil de Sécurité. Vous n'avez pas besoin d'une théorie du complot théologique pour comprendre pourquoi les États du Golfe ont doctement acquiescé.

On peut résumer la chose simplement : ce corridor a plus de valeur pour le Capital que Gaza n'en a pour la conscience. Je ne le dis pas par cruauté; je le dis par souci de précision diagnostique. Car, tant que vous ne comprendrez pas la manière dont le Capital voit Israël, vous continuerez à décrypter notre siècle comme étant celui d'une tragédie morale, alors qu'il s'agit d'une ère de passation de pouvoir infrastructurelle.

Laissez-moi vous redire quelque chose, parce que je sais que nombre d'entre vous n'ont rien compris la première fois que je l'ai dit : Israël n'a pas été préservé en raison de son passé. Il a été préservé comme courroie de transmission. Le canal Ben Gourion, plus les ports de Haïfa, plus les fonds de reconstruction du Golfe, plus l'afflux de la main-d’œuvre indo-pacifique, tout cela ensemble constituera la construction du corridor commercial le plus précieux du monde, depuis que les Anglais ont pris le contrôle de l'Égypte pour obtenir la garantie de Suez.

Tout ceci n'a donc rien à voir avec la religion, mais tout avec les soixante-dix prochaines années de routage maritime. Vous me rétorquerez : mais quid de la démocratie? Quid du génocide? Et les normes? Et l'ONU? Et l'indignation du monde entier? Tout cela est bien réel, je n'ai jamais dit le contraire. Mais rien de cela n'exerce de contrainte effective sur quoi que ce soit, car l'âge de la conscience a rendu son dernier souffle quand le Capital est devenu post-national; quand l'accès aux ports a définitivement commencé à valoir beaucoup plus que l'opinion publique; quand le prix des vies humaines a cessé de peser lourd, à côté des contrats de surveillance de l'Intelligence Artificielle; quand on s'est mis à négocier les contrats de longue durée sur la reconstruction avant même que la phase de destruction ne soit entièrement achevée.

Je sais bien que certains d'entre vous sont scandalisés quand je parle de cette façon. Quand j'ôte à la géopolitique son voile de romantisme, et montre le banal registre de l'entrepôt qui se cache derrière l'hymne national. Mais quelqu'un doit bien se sacrifier à le faire.

Alors, laissez-moi vous résumer tout cela de la façon la plus succincte possible. Israël n'est pas en train de se défendre soi-même. Israël est une machine à déblayer des terrains et des parts de marché immobilier. Les élites globales, elles, ne sont pas en conflit les unes avec les autres. Elles sont déjà investies jusqu'au coup dans l'affaire, littéralement et en tous sens. La Chine a besoin de ce corridor pour les déchargements de l'indo-pacifique. La Russie en a besoin pour son approvisionnement énergétique vers le sud. Les pays du Golfe en ont besoin pour l'accroissement de leur Capital. L'Europe en a besoin pour une sécurité non-russe et non-ukrainienne de son routage maritime. Les Américains en ont besoin pour conserver leur souveraineté en matière de prix, sans charge territoriale directe. Tout le monde en profite, en fait; à part, bien entendu, les personnes qui vivent sur les terres qui sont en jeu.

C'est pourquoi Gaza ressemble à une espèce d'écran enfoui sous une couche de mousse. Ce n'est pas que le monde ne soit pas en état d'entendre les cris des Palestiniens. C'est que les puissances de ce monde ont d'ores et déjà annexé ces terres dans des contrats à longue durée.

C'est pourquoi je vous ai aussi répété sans cesse que le vingt-et-unième siècle ne serait pas multipolaire, mais infrastructurel. La polarité requiert l'idéologie, et la nation. L'infrastructure requiert des corridors et des notes de commandement. Israël, c'est le nœud central de tout ça. Pas culturellement, pas spirituellement, pas même militairement : mais logistiquement. Le corridor de Gaza ne permettra pas de simplement déplacer des navires; il déplacera des systèmes de surveillance, de l'externalisation de la robotique, de l'exportation biométrique de main-d’œuvre, des méga-projets de dessalement, enfin des systèmes de gestion par l'I.A. ne se souciant pas des frontières.

Qu'est-ce à dire, en très clair? Cela signifie qu'Israël ne sera pas un pays. Il sera le centre de confluence des échanges mondiaux pour le prochain empire commercial. Cet empire n'aura pas besoin d'agiter un quelconque drapeau. Il lui suffira d'émettre des contrats et de les faire signer. Vous devez comprendre cela, si vous voulez cesser d'halluciner que le monde est sens dessus dessous. Ce n'est pas du tout le cas : les puissants de ce monde ont toute leur tête, et savent parfaitement ce qu'ils font. Le monde, lui, s'aligne sagement et sans bruit.

Vous vous demandez : mais comment la Chine peut-elle tolérer le sionisme [N.B. : le Pr Jiang enseigne à Pékin, où ce cours est donné]? Parce que le gouvernement chinois regarde aux questions d'infrastructure, pas d'eschatologie. Vous vous demandez : pourquoi la Russie s'abstient-elle? Parce que le routage maritime du sud compte plus que l'éthique. Vous vous demandez : pourquoi est-ce que les monarchies du Golfe encaissent-elles tant d'humiliations sans moufter? Parce que l'accès au corridor garantit la souveraineté de la richesse nationale.

Voilà pourquoi j'insiste sur le fait qu'Israël n'est pas un État. C'est la Pax Judaica, pas au sens d'une destinée théologique, mais au sens d'une domination logistique. Oui, il y a une dimension métaphysique dans tout ça. Historiquement, ça a toujours été le cas lorsque le Levant était appelé à devenir le pivot d'un empire. Mais la métaphysique ne joue ici un rôle qu'en servant de bouclier narratif, pendant que le béton sèche.

Donc, certains d'entre vous aimeraient me voir condamner, me mettre en colère, moraliser. Je comprends tout à fait cette impulsion. Mais les considérations morales ne pourront faire cesser la construction d'un corridor, tandis même que les contrats à longue durée sont d'ores et déjà signés. Le canal Ben Gourion sera creusé. Le logiciel sera dûment installé; la main-d’œuvre, importée comme du bétail; la surveillance, parfaitement normalisée. Et la Palestine sera la préface effacée du roman du vingt-et-unième siècle, par le chapitre concernant la construction des infrastructures sur lesquelles roulera ce siècle. Je fais donc ici tout sauf exprimer un désir, comme vous vous en doutez bien. Je vous décris simplement le Grand Livre du Siècle, tel qu'il est en train de s'écrire sous nos yeux. Voilà.

J'ai besoin d'une pause pour respirer, là. Parce que oui, quand je dis toutes ces choses, je ne parle pas d'abstractions. J'ai vécu, littéralement et en tous sens, à l'école de l'Empire [NB : le Pr Jiang a grandi à Toronto et fait ses études à Yale]. J'ai mémorisé ses hymnes. J'ai inhalé par tous les pores son auto-mythologie. j'en étais imprégné des pieds à la tête.

Je n'ai été capable de renoncer à tout ce narratif qu'en en quittant les juridictions correspondantes. Si j'étais resté en Occident, jouissant d'un poste permanent comme Maître de conférences à Yale, brandissant mon patriotisme de salle de rédaction, j'aurais défendu l'idée de ce canal Ben Gourion comme étant celle d'une modernisation bienvenue. J'aurais peut-être joué des nuances, en appelant ce corridor une "nécessité regrettable". Je serais devenu l'un de ces énièmes responsables bilingues de l'anesthésie morale de l'Empire.

La Chine m'a donné de la distance. La distance m'a donné la lucidité. Donc, laissez-moi conclure de façon nette et sans fioritures. L'horreur à Gaza ne tient pas à un dysfonctionnement de l'Ordre Mondial. Elle est la précondition de sa nouvelle mouture. Je sais : le constat est brutal. Et il n'en est aussi pas moins vrai que vous n'avez pas à accepter cette Pax Judaica. Vous n'avez bien évidemment pas à approuver le projet de ce canal. Vous n'avez pas à vous pâmer devant le Capital transnational.

Seulement, voilà : vous devez arrêter de croire que le vingt-et-unième siècle a attendu votre permission pour faire ce qu'il fait. Vous ne pouvez pas condamner ce que vous refusez de diagnostiquer correctement. Vous ne pouvez résister avec votre simple sentimentalisme compassionnel. Israël n'est pas la ligne de front d'un clash civilisationnel. Il est le centre administratif d'un algorithme maritime. Ses enjeux, ce sont les ports, pas les prophéties. Les corridors, pas les questions d'Alliance.

Voilà la réalité qui se cache derrière tous les étendards, derrière toutes les indignations, derrière le chagrin télévisé. Et non, ce n'est pas bien. Ce n'est pas juste. C'est une honte absolue. Mais c'est déjà en voie de construction, et hélas très avancée. Et si vous voulez un futur où la Palestine ne soit pas juste une note en bas de bas de page édifiante du destin du Capital dans notre siècle, vous devez apprendre à regarder les infrastructures, avant de regarder les idéologies. Car l'époque où c'était le langage moral qui gouvernait le pouvoir est révolue depuis longtemps. Ce sont les connectivités économiques qui gouvernent désormais. Compris?

Bon, ce sera tout pour ce soir.

Traduction par Sybille Flamand

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Le projet de canal Ben Gourion, une alternative potentielle à Suez ?


Alors que les enjeux géopolitiques et économiques du Moyen‑Orient restent plus que jamais au cœur des débats internationaux, une idée qui remonte aux années 1960 refait surface: le projet de canal Ben Gourion. Nommé en hommage à David Ben Gourion, Premier ministre d’Israël et figure emblématique de la création de l’État hébreu, ce projet audacieux envisage de relier le golfe d’Aqaba, à l’extrémité sud d’Israël (Eilat), à la mer Méditerranée, au niveau d’Ashkelon. S’il était réalisé, ce canal – long de 292,9 km, soit près d’une fois et demie la longueur du canal de Suez – constituerait non seulement une prouesse d’ingénierie, mais également un levier stratégique et économique majeur dans une région en constante évolution.

Le projet de canal Ben Gourion, tel qu’envisagé, présenterait plusieurs atouts :

· Itinéraire et dimension: le canal débuterait à Eilat, traverserait le désert israélien (pouvant s’étendre près de Gaza) et rejoindrait la côte méditerranéenne aux abords d’Ashkelon. Sa longueur de 292,9 km le rendrait nettement plus long que le canal de Suez, qui mesure 193,3 km.

· Capacité et modernité: conçu pour être doté de deux voies permettant une navigation simultanée dans les deux sens, le canal offrirait des dimensions adaptées aux plus grands navires de commerce, avec une profondeur et une largeur supérieures à celles de Suez.

· Investissement colossal: les estimations de coût varient de 16 à 55 milliards de dollars, reflétant l’ampleur des travaux et la technicité requise pour réaliser ce projet d’infrastructure d’exception.

H. Genséric


samedi 3 janvier 2026

Gaza : "L'armée israélienne tuait des enfants par pur plaisir à Gaza"

 


Norman Finkelstein, politologue américain : 

Le génocide à Gaza n'est pas un projet d'État. C'est un projet national auquel participe toute la société juive israélienne. 

Un projet d'État peut être annulé par une élection. Un projet national, non.

Voilà le vrai visage d'Israël :

"D'après le sondage Poll, 62 % des Israéliens ont déclaré qu'il n'y avait pas d'innocents à Gaza.

Un chef de l'opposition actuel a déclaré :

L'armée israélienne tuait des enfants par pur plaisir à Gaza.
"



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Norman Finkelstein: Israelis are euphoric about the genocide of Gaza; Israel is a lunatic society


Norman Finkelstein : Les Israéliens sont euphoriques face au génocide de Gaza ; Israël est une société de fous.



Pourquoi la France veut absolument pénaliser l’antisionisme ?



Le sionisme consisterait à reconnaître l’État d’Israël. Dès lors, être antisioniste deviendrait synonyme d’antisémitisme, puisque, de facto, cela reviendrait à ne pas reconnaître l’existence d’Israël.

Plusieurs députés franco-israéliens à l’Assemblée nationale française, oui, ils défendent parfois davantage les intérêts d’Israël que ceux de la France, ainsi que des figures centrales du gouvernement comme Aurore Bergé ou Manuel Valls, tentent coûte que coûte d’inscrire dans la loi l’idée que l’antisionisme serait identique à l’antisémitisme.

Imaginons un instant un raisonnement équivalent appliqué à l’islam. Comme si les fameux "Frères musulmans", que certains prétendent omniprésents et tout-puissants sans jamais en apporter la moindre preuve concrète, déclaraient : "Nous allons faire une loi contre l’anti-islamisme, assimilé à l’hostilité envers les musulmans."

Le mot islamophobie provoquant une allergie politique chez certains, on lui préfère parfois l’expression "haine antimusulmane". Mais comment nommer l’équivalent exact de l’antisémitisme lorsqu’il s’agit des musulmans ? À mes yeux, l’islamophobie correspond à l’antisémitisme dans sa définition, appliquée à une autre religion.

La décision du tribunal français sur l'antisionisme

Par ailleurs, en France, à partir d’un cas précis, un tribunal a récemment affirmé que la critique du sionisme devait être dissociée de l’antisémitisme. C’est une première victoire. Certes, elle ne concerne qu’un seul dossier, mais elle est essentielle. D’abord parce qu’elle rappelle un principe fondamental : la liberté d’expression. Ensuite parce qu’elle peut, à terme, faire jurisprudence.

Ainsi, la volonté de certains responsables politiques de restreindre cette liberté en assimilant antisionisme et antisémitisme est dangereuse. Interdire la critique d’une idéologie ouvre la voie à des dérives graves et potentiellement irréversibles pour nos démocraties. Aucune idéologie, religieuse, politique ou nationale, ne peut être soustraite au débat critique.

Comme le rappelait Hannah Arendt :

"La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie."

Le sionisme

Pour éviter toute confusion, il aurait sans doute été plus simple de définir clairement le sionisme dès le départ. Sans entrer dans tous les détails, ses défenseurs affirment qu’il consiste à défendre le droit des Juifs à disposer d’un État. Dont acte.

Mais plusieurs problèmes se posent immédiatement. Le droit international reconnaît aussi le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Accorder, donc, un droit spécifique à un groupe religieux, impliquant un traitement différencié, pose donc un sérieux problème juridique et moral.

Ensuite, l’amalgame constant entre Juifs et Israéliens est profondément contestable. Tous les Israéliens sont-ils juifs ? Tous les Juifs sont-ils israéliens ? La réponse est clairement non. Que fait-on alors des centaines de milliers de Juifs antisionistes à travers le monde ?

Autre question centrale : lorsque l’on parle d’un État juif, de quelles frontières parle-t-on ? C’est précisément là que les antisionistes formulent leur opposition. En effet, le sionisme politique actuel, incarné notamment par de nombreux ministres israéliens et par Benjamin Netanyahu, repose sur une logique coloniale et expansionniste. Il ne se contente pas des frontières définies par le droit international.

Encore récemment, ce gouvernement d’extrême droite, raciste, qui a transformé Israël en "État juif" en niant de facto une partie de ses citoyens, a voté la construction de 19 nouvelles colonies dans les territoires palestiniens occupés.

Si nier l’existence de l’État d’Israël devait être puni, pourquoi nier l’existence même du peuple palestinien serait-il toléré, voire encouragé ?

En 2025, des personnalités comme Caroline Yadan ou Meyer Habib peuvent affirmer sans aucune sanction que la Judée-Samarie appartiendrait aux Juifs, niant ainsi l’existence des Palestiniens. Dans la même logique idéologique, Gaza est perçue comme un trophée territorial à conquérir.
S’opposer à cette vision ne fait pas de nous des antisémites.

S’opposer à la politique génocidaire de Netanyahu

Certains avancent qu’il faudrait critiquer Netanyahu, mais jamais Israël. Pourtant, en France, des humoristes ont été sanctionnés ou écartés pour s’être moqués de ce Premier ministre, pourtant mis en cause par des juridictions internationales pour des crimes graves à Gaza.

De même, demander l’exclusion d’Israël de l’Eurovision ou de compétitions sportives internationales a valu à certains une mise à l’index immédiate. Lorsque la Russie a été exclue, personne n’a parlé de russophobie. Mais lorsque des citoyens critiquent un chanteur ayant affiché son soutien à la guerre menée à Gaza, ils sont aussitôt accusés d’antisémitisme.

Ces exemples pourraient être multipliés. Mais une chose est sûre: lorsque l’accusation d’antisémitisme devient une arme systématique pour faire taire toute critique politique, on peut légitimement s’inquiéter de ce que deviendrait la France si une telle loi venait à être adoptée.



Scandale d’État : L’accord secret franco-israélien visant à fournir des organes de citoyens français aux Israéliens



Une révélation provenant de la Chambre de commerce France Israël (CCFI) dévoile un accord secret entre la France et l'État d'Israël, visant à fournir des organes de citoyens français à des patients israéliens. Cet accord, inconnu du grand public jusqu'en 2017, remonte au passage de Simone Veil au ministère de la Santé.



Les révélations troublantes de Daniel Rouach, Président de la CCIIF Tel-Aviv, annonce que Simone Veil aurait favorisé Israël dans un accord secret de dons d’organes pendant son mandat au Ministère de la santé.


Simone Veil, juive de cœur et fervente partisane d’Israël et du sionisme, a laissé un héritage, non pas aux Français mais aux Israéliens. A sa mort en 2017, les citoyens français ont découvert avec stupéfaction que pendant son mandat au ministère de la Santé, Simone Veil avait discrètement signé un accord franco-israélien de dons d’organes.

Cette information, a été révélée par Daniel Rouach, président de la Chambre de Commerce & d’Industrie Israël-France (CCIIF Tel-Aviv) sur son site Israël Valley, qui vise à répondre à la constante pénurie de donneurs en Israël.

« Très peu de personnes le savent. Elle avait signé lors de son passage au Ministère de la santé un accord franco-israéliens de dons d’organes. En effet Israël manquait cruellement de donneurs. Cet accord réel mais appliqué avec une très grande discrétion aura permis à de nombreux israéliens de rester en vie. »

Cet accord, appliqué avec une opacité déconcertante pour éviter tout scandale, soulève des questions éthiques critiques. Dans un contexte où la France fait face à d’interminables listes d’attente pour les transplantations d’organes, il est profondément choquant de constater que des citoyens français pourraient être relégués derrière un pays étranger, en l’occurrence Israël !

Depuis ces révélations, un silence radio persiste, tant dans les rédactions que dans le gouvernement, qui semble manifestement peu enclin à traiter ce sujet délicat. Il est impératif que les citoyens connaissent toute la vérité sur cet accord, et il incombe aux journalistes et aux politiques de faire la lumière sur cette affaire pour garantir la transparence et l’équité dans ce dossier sensible.

par Le Média en 4-4-2


vendredi 2 janvier 2026

Gaza: appel mondial à un blocus total contre Israël




Alors que les massacres perpétrés par Israël à Gaza se poursuivent, des millions de personnes animées par la conscience se sont levées à travers le monde. Organisations de la société civile, militants et de nombreuses figures politiques appellent à des mesures plus fermes et concrètes contre Israël: marcher vers Gaza par la mer avec des centaines de navires, par la terre avec des milliers de personnes. Imposons un blocus total à Israël.

"Alors que des civils innocents sont massacrés à Gaza, des voix de conscience s’élèvent aux quatre coins du monde: les condamnations ne suffisent plus, il est temps d’un blocus total contre Israël."

Israël doit être rendu incapable d’agir

Les appels se multiplient pour isoler Israël et empêcher que ses crimes contre l’humanité restent impunis. Les revendications sont claires et répétées:

Des centaines de navires par la mer et des milliers de personnes par la terre doivent se diriger vers Gaza. Israël doit être placé sous blocus et rendu incapable d’agir.

Toutes les voies maritimes menant à Israël doivent être fermées.
Les navires se dirigeant vers les ports israéliens ne doivent plus être autorisés à y accoster.

Tous les pays doivent fermer leur espace aérien aux avions israéliens.
Le commerce doit s’arrêter, les boycotts doivent s’intensifier.

Préparatifs d’un convoi mondial pour Gaza

En Turquie notamment, mais aussi dans de nombreux autres pays, la mobilisation se structure autour du sumud, cette persévérance active du peuple palestinien face à l’oppression. Des organisations de défense des droits humains, des associations humanitaires et des collectifs militants relancent la dynamique de la "Flottille de la liberté pour Gaza". Ces dernières années, plusieurs tentatives ont déjà eu lieu. Certaines embarcations se sont réellement approchées des côtes de Gaza, démontrant que le blocus israélien n’est ni absolu ni inviolable.

Ces expériences nourrissent aujourd’hui un appel à changer d’échelle. Les militants estiment qu’il ne s’agit plus d’envoyer quelques bateaux symboliques, mais d’organiser des départs massifs, coordonnés et visibles, avec plus de mille navires, en privilégiant de grands bateaux capables de transporter de l’aide humanitaire, des observateurs internationaux et des représentants de la société civile. L’objectif est clair: briser concrètement le blocus, protéger les convois par le nombre et adresser au monde un message politique sans équivoque, celui d’un refus collectif de l’asphyxie imposée à Gaza.

Le commerce doit cesser, les boycotts s’amplifier

La poursuite des échanges commerciaux entre Israël et certains pays suscite une indignation croissante dans l’opinion publique. Les appels au boycott, qui gagnent en ampleur chaque jour, se font sentir aussi bien dans les rayons des supermarchés que lors des salons internationaux. La pression s’intensifie en particulier sur les pays musulmans afin qu’ils mettent fin à toute relation économique, diplomatique et militaire avec Israël. À l’instar de la Türkiye, des pays comme l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Azerbaïdjan doivent cesser immédiatement tout commerce et toute relation diplomatique avec Israël.

De plus, les ONG soulignent que la pression internationale contre Israël, qui ajoute chaque jour de nouveaux crimes de guerre à son bilan, doit être renforcée. Elles insistent sur le fait que ces démarches ne relèvent pas seulement de la protestation, mais constituent un devoir envers l’humanité.

NOUS CONTINUERONS, EN TANT QUE NOUVELLE AUBE, À ÊTRE LA VOIX DE LA CONSCIENCE HUMAINE. AUX CÔTÉS DU PEUPLE DE GAZA, CONTRE L’OPPRESSION.



Gaza : les Israéliens poursuivent leur campagne d’assassinats ciblés



15 décembre 2025 - Al Jazeera et la famille Abu Daqqa organisent une veillée à la mémoire de leur collègue, le caméraman d'Al Jazeera Samer Abu Daqqa, au complexe médical Nasser à Khan Yunis. Certains brandissaient une photo d'Abu Daqqa accompagnée du slogan « Le journalisme n'est pas un crime ». Abu Daqqa a été tué après que l'armée israélienne a pris pour cible l'équipe d'Al Jazeera à Khan Yunis le 15 décembre 2023. L'équipe de secours n'a pas pu l'atteindre et il s'est vidé de son sang. Plus de 300 journalistes et professionnels des médias ont été tués à Gaza par les forces israéliennes depuis le 7 octobre 2023, ce qui en fait la période la plus meurtrière pour les journalistes dans l'histoire moderne.


Depuis la mi-octobre, les Israéliens mènent une campagne d’assassinats à Gaza visant les dirigeants de la résistance. Des contacts au sein de la résistance affirment qu’Israël tente de les attirer dans une confrontation directe afin d’éviter de respecter ses obligations dans le cadre du soit-disant cessez-le-feu.

Le 13 décembre, l’armée israélienne a assassiné Raed Saad, haut commandant des Brigades Qassam et responsable de la production d’armes.

Ce n’était pas la première frappe contre la branche militaire du Hamas ou d’autres factions de la résistance à Gaza. En fait, cela s’inscrivait dans la continuité de la politique menée par Israël à Gaza depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu en octobre 2025.

Depuis les premiers jours du cessez-le-feu, les civils palestiniens ont été pris pour cible pour avoir franchi la « ligne jaune », qui délimite les zones contrôlées par Israël mais qui n’est pas clairement délimitée.

Plus tard, à partir de la mi-octobre, un schéma clair d’assassinats a commencé à se dessiner. L’assassinat de cinq combattants de l’unité d’élite des Brigades Qassam le 17 octobre a marqué le début de la campagne d’assassinats menée par Israël pendant le cessez-le-feu, qui n’a pas faibli depuis.

Le 19 octobre, Yahya Al-Mabhouh, commandant d’une unité d’élite, et Ahmad Abu Mutair, ingénieur de radiodiffusion, ont été assassinés. Tous deux étaient affiliés aux Brigades Qassam.

Le 29 octobre, plusieurs commandants du mouvement Qassam ont été assassinés, dont Hatem Al-Qudra, ainsi que d’autres martyrs.

Le 17 novembre, un commandant sur le terrain à Gaza, Wisam Abdelhadi, commandant des brigades Al-Nasser Salah al-Din, a été assassiné.

Le 20 novembre, cinq hauts dirigeants du Hamas ont été assassinés, dont Ahmed Abu Shammala, chef de l’unité navale, Nihad Abu Shahla, chef des services de renseignement, Fadi Abu Mustafa et d’autres.

De même, le 22 novembre, l’armée israélienne a annoncé l’assassinat de cinq autres commandants.

Puis, le 13 décembre, Raed Saad.

« Sa’ad était l’un des derniers militants chevronnés restants dans la bande de Gaza et un proche collaborateur de Marwan Issa, le chef adjoint de la branche militaire du Hamas. Il occupait plusieurs postes de haut rang et était une figure centrale au sein de la direction militaire de l’organisation », a déclaré l’armée israélienne dans un communiqué publié après l’assassinat, sans faire mention de sa violation du cessez-le-feu.

Pendant le cessez-le-feu, l’armée israélienne a pris pour cible tous les Palestiniens de Gaza engagés dans des activités de résistance, quelle que soit leur affiliation politique – qu’ils soient membres du Hamas ou d’autres organisations –, comme elle l’avait fait pendant la guerre. Ces assassinats s’ajoutent aux 386 civils qu’Israël a assassinés à Gaza pendant cette période.

Pousser la résistance à répliquer

La résistance à Gaza estime que l’armée israélienne tente de fabriquer des prétextes afin de cibler les Palestiniens dans la bande de Gaza, en particulier les personnalités politiques et militaires. Elle tente également de pousser la résistance à une confrontation directe afin de contourner le cessez-le-feu, en utilisant tous les moyens à sa disposition pour atteindre ses objectifs à Gaza.

« L’armée d’occupation israélienne s’efforce de créer des prétextes dans les zones sous son contrôle classées comme zones jaunes, afin de cibler notre peuple, en particulier les dirigeants politiques et militaires, et d’entraîner la résistance dans une nouvelle confrontation qui conduirait à la reprise de la guerre et au contournement de l’accord de cessez-le-feu, ainsi qu’à la pression internationale et américaine pour respecter l’accord », a déclaré à Mondoweiss une source sécuritaire de la résistance à Gaza.

« Nous avons observé de nouvelles méthodes de traçage des dirigeants militaires, tant au niveau technologique qu’humain », a-t-il déclaré. « L’occupant utilise des technologies de pointe et des dispositifs d’espionnage installés dans différentes zones de la bande de Gaza, ainsi que des renseignements humains grâce à la coopération avec des milices armées alliées à l’armée israélienne. Il confie également à ces groupes la tâche de cibler les responsables de la sécurité à l’intérieur de la bande de Gaza. »

Les enquêtes menées par la résistance ont révélé des liens entre des cellules à l’intérieur de Gaza et l’occupation, dont la mission principale est de mener des assassinats. Quant aux assassinats de hauts responsables, ils ont été perpétrés directement par l’occupation, selon la même source.

La source a noté que les prétextes invoqués par l’armée sont des excuses mensongères et sans fondement pour mener à bien des assassinats, notamment les affirmations selon lesquelles ses soldats auraient été victimes de tirs et d’opérations militaires dans des zones entièrement sous son contrôle.

« La résistance n’a aucun contact avec les personnes présentes dans ces zones, n’y mène aucune opération militaire à l’heure actuelle et ne donne aucune instruction à ses membres pour mener de telles opérations », a déclaré la source.

La même source a qualifié ce qui se passe actuellement de violation flagrante du cessez-le-feu par l’occupant, de mépris des médiateurs régionaux et internationaux, et de tentative d’échapper aux obligations de l’accord et de retarder le début de la deuxième phase du cessez-le-feu.

« Pour notre part, a déclaré la source, nous ne donnerons à l’occupant aucun prétexte pour atteindre ses objectifs. »

La source a indiqué que la résistance à Gaza n’acceptera pas que l’occupation impose ses calculs et ses règles à Gaza, à sa population et à sa résistance. « Le gouvernement Netanyahu cherche à le faire, mais nous avons envoyé plusieurs messages aux médiateurs, qui nous ont assuré que de telles règles ne seraient en aucun cas imposées, en particulier les États-Unis, qui ont confirmé à toutes les parties leur détermination à mettre en œuvre le cessez-le-feu dans toutes ses phases. »

Il a également souligné que les dirigeants politiques restent en communication constante avec les médiateurs afin de contraindre l’occupation israélienne à respecter l’accord de cessez-le-feu, et que « nous affirmons continuellement notre droit de répondre de la manière et au moment que nous jugeons appropriés aux violations et aux infractions de l’occupation, et que nous ne resterons pas indéfiniment silencieux face à l’agression et aux violations de l’occupation ».

Une stratégie pour éviter la deuxième phase du cessez-le-feu

La volonté israélienne d’assassiner des dirigeants et de transformer la bande de Gaza en zone ouverte pour les opérations militaires israéliennes est évidente pour tout observateur de la situation sur le terrain à Gaza.

Les assassinats, les bombardements, la saisie et la destruction de vastes zones à l’intérieur de ce qu’on appelle les secteurs de la « ligne jaune » ont tous lieu alors que les négociations sur la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu sont en cours. Ces actions semblent être une tentative d’Israël de créer une nouvelle réalité sur le terrain tant qu’il le peut.

L’analyste politique et écrivain Ahed Farwana a déclaré à Mondoweiss que « l’occupant tente de mettre en place de nouvelles tactiques par le biais d’opérations d’assassinat ou d’actions armées, grâce auxquelles il cherche à perpétuer un état de tension à Gaza et à en faire la condition dominante ».

Farwana affirme qu’Israël accélère périodiquement le rythme des assassinats et tente de normaliser la situation, comme il l’a fait au Liban, mais qu’il met désormais en œuvre cette stratégie à une échelle beaucoup plus grande dans la bande de Gaza.

Il ajoute que le gouvernement israélien souhaite éviter la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu en raison des obligations qu’elle impliquerait.

« Celles-ci comprennent le retrait de l’armée, l’ouverture des points de passage et la reconstruction, et Netanyahu ne veut pas en payer le coût politique, d’autant plus que l’année prochaine est une année électorale en Israël. En conséquence, ils font tout leur possible pour maintenir le statu quo », dit-il.

Farwana confirme qu’Israël étend la zone jaune et détruit quotidiennement tout ce qui se trouve à l’est de la ligne jaune, soulignant que « le gouvernement israélien n’est absolument pas disposé à passer à la deuxième phase ».

Farwana estime que la pression internationale, en particulier celle exercée par le président américain Donald Trump, pourrait faire la différence. Il affirme que si Trump veut faire pression sur Netanyahu pour qu’il passe à la deuxième phase, il le fera.

Cependant, s’il n’y a pas de réelle pression sur Netanyahu, celui-ci continuera à agir comme il l’a fait pendant la première phase, c’est-à-dire à s’emparer de terres à Gaza et à tuer tout Palestinien qui se dresse sur son chemin.




Tareq S. Hajjaj est un auteur et un membre de l'Union des écrivains palestiniens. Il a étudié la littérature anglaise à l'université Al-Azhar de Gaza.
Il a débuté sa carrière dans le journalisme en 2015 en travaillant comme journaliste/traducteur au journal local Donia al-Watan, puis en écrivant en arabe et en anglais pour des organes internationaux tels que Elbadi, MEE et Al Monitor. Aujourd'hui, il écrit pour We Are Not Numbers et Mondoweiss. Son compte Twitter.