samedi 6 juin 2026

Nos cerveaux s’habituent aux atrocités Pourquoi ?



Fut un temps où le simple fait d’apprendre qu’un prisonnier a été violé suscitait une réaction physique de révolte. Aujourd’hui, ces nouvelles nous parviennent quotidiennement. Nous ne ressentons plus le même frisson. Telle est notre réalité.

Quand les atrocités cessent d’être des crises pour devenir la norme

Aujourd’hui, j’ai lu quelque chose sur le mur de quelqu’un à propos de la façon dont l’atrocité, si elle perdure suffisamment longtemps, cesse d’être un problème et devient la norme. Elle fait partie du paysage. Elle devient le bruit de fond du siècle. Elle ne représente plus qu’un détail parmi tant d’autres que l’on fait défiler vers ce que l’algorithme a décidé que nous devrions ressentir aujourd’hui. Le passage du statut de crise à celui de norme n’est pas un échec de l’attention. C’est l’aboutissement d’un travail politique spécifique consistant à évacuer progressivement le contenu moral d’un phénomène par la seule persévérance. L’atrocité survit à notre capacité d’horreur. Telle est la stratégie. Telle a toujours été la stratégie. Les Arméniens le savaient. Les Rwandais aussi. Les Bosniaques et les Amérindiens aussi. Les morts le savent mieux que quiconque, car ce sont eux qui, sous les décombres, regardent le monde décider jour après jour que ce qui leur arrive n’a plus d’intérêt.

Ce diagnostic renferme selon moi la condamnation la plus radicale de ce que nous sommes en train de devenir. Fut un temps, il n’y a pas si longtemps, juste avant la période actuelle, où le récit d’un seul viol d’un seul prisonnier provoquait une sorte de révolte physique chez le lecteur. Le frisson, le rejet, la certitude morale immédiate que ce n’est pas ce que les gens civilisés peuvent tolérer, que c’est un seuil que nous ne pouvons pas nous permettre de franchir.

Les rapports arrivent désormais quotidiennement. Ils proviennent de Sde Teiman et d’autres centres dont nous apprenons les noms comme la génération précédente apprenait les noms des camps. Ils nous parviennent avec une telle régularité qu’ils ne constituent plus une actualité. Ils arrivent, encore et encore, et les soldats accusés de ces actes sont défendus par des foules qui prennent d’assaut les bases militaires, et les politiciens apparaissent à la télévision pour expliquer que les prisonniers l’ont bien mérité, et les militants européens détenus lors de missions humanitaires subissent le même traitement, et la machine à justifier continue de tourner.

L’âge des ténèbres

Il m’arrive parfois de me mettre en pause pour me demander combien d’âmes innocentes détenues par Israël ont subi des mois de torture sexuelle sans fin pour finir par mourir dans la solitude, car personne ne sait qui elles sont et ceux qui les connaissaient sont déjà morts. Mettez-vous à leur place. Juste un instant

La plupart d’entre nous en sont incapables. La plupart d’entre nous ne tiennent pas la minute. L’image surgit puis s’efface. Nous passons au post suivant, au scandale suivant, au prochain petit ajustement à la baisse de nos exigences morales. Nous ressentons de moins en moins le frisson. Voilà ce qui nous arrive. Voilà ce qu’ils nous font subir, conséquence indirecte de ce qu’ils font subir à leurs victimes.

Les psychopathes nous conditionnent, par la simple répétition, à entrer dans leur univers moral digne du Moyen Âge où les prisonniers sont torturés et violés comme une routine opérationnelle, et où la réaction du monde civilisé se résume à un froncement de sourcils et à un communiqué du Département d’État sur la nécessité de maintenir le partenariat.

C’est ce qu’Hannah Arendt avait compris lorsqu’elle a écrit sur la banalité du mal, bien que cette expression ait été tellement galvaudée par un usage abusif qu’elle fonctionne désormais comme une sorte de cliché faisant écran à sa signification réelle. Elle ne voulait pas dire que le mal est ennuyeux. Elle voulait dire que le mal, à l’échelle industrielle, nécessite le développement d’une infrastructure bureaucratique et psychologique entière dont le but est de banaliser l’atrocité — de l’intégrer dans des tableaux Excel, des chaînes d’approvisionnement, des notes de service sur le commandement hiérarchique et des réunions de comité, de sorte qu’aucun participant ne pense faire autre chose que son travail. La banalité est l’accomplissement, pas la description. C’est ce qu’ils ont dû mettre en place pour permettre les massacres.

La banalité du génocide

Et ce qu’ils mettent en place aujourd’hui, sous nos yeux, c’est la banalité du génocide à l’ère du smartphone. Ils démontrent qu’il est possible de commettre ces actes aux yeux de tous. Et ce, alors que l’intégralité de l’historique de ces actes est téléchargée en temps réel sur des serveurs. On peut commettre ces actes sans en subir les conséquences tant qu’on a le bon protecteur. Voilà la démonstration. Voilà la leçon enseignée à chaque régime, à chaque milice, à chaque aspirant dictateur sur chaque continent qui prend des notes depuis trois ans sur ce qui est permis et ne l’est pas — ce qui explique aussi pourquoi aucune grande puissance ne s’est mobilisée pour y mettre un terme. Elles ne s’abstiennent pas d’agir. Elles protègent la jurisprudence.

La leçon sera retenue. Elle ne sera pas oubliée. L’architecture de l’impunité construite au vu et au su de tous sera exploitée. Elle le sera parce que le monde n’a jamais manqué de peuples plus faibles destinés à disparaître, et qu’il n’a jamais manqué d’hommes prenant plaisir à les faire disparaître. Ce qui lui a manqué, jusqu’à présent, c’est la démonstration que cela peut se faire aux yeux du monde sans encourir la moindre conséquence.

Le précédent ainsi établi sera invoqué. La doctrine ainsi énoncée – à savoir que le droit international s’applique aux ennemis des puissants et non à leurs amis, que le génocide est une catégorie dont les alliés sont exemptés, que les conclusions documentées des institutions mondiales des droits de l’homme peuvent être ignorées si l’on passe les bons coups de fil – cette doctrine fait désormais partie du mode d’emploi du XXIe siècle.

Nous leur avons fait ce cadeau. Nous leur avons tendu cette perche. Ceux qui ont financé ces actes, les ont protégés, ont expédié les bombes nécessaires et ont opposé leur veto à toute résolution susceptible de les entraver — ils ont, en guise d’héritage durable laissé à l’humanité, normalisé cette proposition indestructible selon laquelle certains êtres humains ne sont pas protégés par les lois écrites dans les cendres de la dernière fois où nous avons dit “plus jamais ça”.

Cette fois, nous avons des preuves

Et pourtant. Et pourtant, quelque chose a changé cette fois, quelque chose que l’auteur de ce message sur le mur que j’ai découvert a bien identifié : la documentation a échappé aux gardiens. Le mécanisme traditionnel de normalisation s’est toujours appuyé sur une sorte de noirceur contrôlée — sur le contrôle minutieux de ce que le monde qui observe croit savoir. L’État nazi contrôlait ce qui pouvait être photographié à l’Est. Les stations de radio Hutu Power contrôlaient le récit à Kigali pendant que les massacres faisaient rage. Les bourreaux ont toujours compris que la gestion de la perception est la condition préalable à l’impunité, et que l’impunité est la condition préalable à la réédition.

Ce mécanisme n’est plus opérationnel. Il a été brisé d’une manière dont les auteurs ou leurs protecteurs n’ont sans doute pas encore pleinement pris la mesure. Et le défi de notre temps est de savoir si cette documentation s’avérera elle aussi sans effet. Les journalistes palestiniens tués dans des proportions sans précédent, plus que dans n’importe quelle guerre de l’histoire, l’ont justement été parce que ceux qui les ont tués savaient ce qu’ils rapportaient : le témoignage.

Et ce témoignage existe bel et bien. Il existe dans des dizaines de milliers de téléphones, de disques durs et de serveurs cloud, ainsi que dans les souvenirs visuels de chaque personne qui n’a pas détourné le regard. Il survivra à la configuration politique qui permet actuellement ces atrocités. Il survivra au déclin de cette configuration, car elles finissent toujours par s’effondrer. Il alimentera les procès qui auront lieu ou non, les commissions de vérité qui se réuniront ou non, et les historiens qui écriront ce que nous n’avons pas eu le courage de dire. La mémoire est un héritage. C’est pour l’avoir transmise que les journalistes ont été tués.

Cet instant nous enseigne, à nous qui observons, qui pouvons nous observer les uns les autres, qui pouvons ressentir cette clarté morale partagée qui n’a pratiquement rien produit à l’échelle qu’exige cette clarté, une forme spécifique et corrosive d’éducation politique. Il nous enseigne que désigner les atrocités et refuser de réagir peuvent coexister durablement. Que les institutions peuvent faire leur travail et que les pouvoirs peuvent ignorer ce travail sans que rien dans le système ne comble ce vide. Il nous enseigne que le cadre du droit international et des droits humains universels, dont beaucoup d’entre nous ont été amenés à croire qu’il constituait l’un des rares héritages dignes du XXe siècle, a toujours été soumis à condition — qu’il a toujours été un cadre protégant les privilégiés et abandonnant les laissés-pour-compte, et que la variable déterminant la catégorie à laquelle vous appartenez ne réside pas dans votre vulnérabilité, votre souffrance ou la justesse de votre cause, mais dans votre religion, la couleur de votre peau, votre appartenance ethnique ou votre alignement géopolitique.

Ce sont là des leçons pertinentes. Le danger tient à ce que les leçons pertinentes tirées dans des conditions démoralisantes ont tendance à se muer en cynisme plutôt qu’à gagner une vision stratégique claire. Conclure que le système protège les puissants peut servir de fondement pour bâtir quelque chose de meilleur, ou bien devenir la justification de l’effondrement de la foi en l’action collective en tant que telle. Le cynisme est ce que visent les auteurs de ces crimes. Le cynisme est la deuxième conséquence du génocide, après le massacre lui-même. Ils veulent que nous apprenions que rien ne peut être fait pour que nous n’agissions pas. Ils veulent que nous sachions que nous sommes seuls face à notre horreur pour ne pas l’organiser en une force de pression. Le désengagement est l’objectif.

Nous devons donc être précis quant aux leviers réellement existants, car ces leviers existent bel et bien et c’est le degré de précision qui distingue l’action stratégique d’une attitude désespérée. La coalition politique aux États-Unis qui a fait du soutien inconditionnel un pilier structurel intouchable depuis un demi-siècle est soumise à plus de pressions qu’elle ne l’a jamais été depuis sa création. Le fossé générationnel au sein de l’opinion juive américaine s’élargit, et ce phénomène a son importance. Le soutien mondial à l’Iran et à la résistance arabe est plus fort que jamais. L’isolement politique européen est plus fragile que l’américain, et les mécanismes juridiques y ont plus de poids. Plusieurs États ont évolué en matière de reconnaissance et de restrictions sur les armes d’une façon impensable il y a encore trois ans. Les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale ne s’appliquent pas d’eux-mêmes, mais ils limitent les mouvements, entraînent un prix diplomatique et compliquent certaines impunités futures.

Ce sont des instruments à action lente nscrits dans le long terme. Ils ne sauveront personne aujourd’hui. Ils ne sont pas à la hauteur du moment. C’est tout ce dont nous disposons, et le défi consiste à faire preuve d’honnêteté quant à leur usage et à cesser d’espérer qu’un seul levier suffise à tout faire, car c’est cette attente qui engendre l’épuisement et le désengagement sur lesquels comptent les auteurs de ces crimes.

Vers un séisme politique

Le levier le plus déterminant est le réalignement politique qui se profile déjà, porté par le changement générationnel et l’échec manifeste et indéniable de la structure en place à remplir la mission pour laquelle elle a été créée. Ce réalignement ne sera pas suffisamment avancé pour modifier la situation actuelle. C’est l’une des tragédies structurelles les plus douloureuses, mais rien ne semble pouvoir y remédier.

Ce qui peut être accompli, c’est élargir la fracture au sein de la coalition qui permet ces agissements, de maintenir le coût économique et l’atteinte à la réputation, mettre en place l’infrastructure juridique que les futures poursuites judiciaires exigeront, et veiller à ce que les archives soient suffisamment détaillées – suffisamment précises, bien documentées, nominatives – pour que la réécriture de l’histoire, déjà en cours, puisse aboutir. Il s’agit d’actions différentes s’inscrivant dans des échelles de temps différentes, et le travail consiste à savoir quelle action vous accomplissez.

Chacune de ces tâches est accomplie par quelqu’un. La seule question est de savoir si vous en faites partie.

De la normalisation à la dénormalisation

La normalisation est réelle. Les archives le sont aussi. La configuration qui permet actuellement ces atrocités n’est pas permanente — aucune configuration politique ne l’est jamais, aussi imprenable qu’elle puisse sembler à ceux qui y vivent. Les Romains croyaient en Rome. L’administration coloniale belge croyait en la Belgique. Les concepteurs néerlandais de l’apartheid en Afrique du Sud croyaient avoir construit quelque chose d’éternel. Ils se sont tous trompés, à chaque fois, et ceux qui leur ont survécu sont ceux qui ont refusé de faire passer le temporaire pour permanent, qui ont conservé les archives, qui ont préservé les noms et n’ont pas laissé l’histoire être assassinée.

Le travail consiste à écourter l’ordre établi. Il consiste à s’assurer que ce qui viendra ensuite ne pourra prétexter que personne ne savait. Il consiste à dénormaliser ce qui a été normalisé.

Les morts nous regardent depuis les décombres, et les journalistes morts pour les filmer aussi. Ils nous ont transmis leur témoignage. Le moins que nous puissions faire pour eux est de continuer à l’évoquer, au grand jour, dans la langue simple et sans concession qu’ils ont choisie, jusqu’à ce que nous soyons suffisamment nombreux à l’évoquer pour que ces paroles aient un impact.

Nous devons refuser de laisser l’état actuel du monde devenir la norme.

Par Karim pour BettBeat Media.

Traduit par Spirit of Free Speech



vendredi 5 juin 2026

Crimes contre l’humanité déballés au grand jour



Le rapace de Kiryat Arba, Itamar Ben Gvir (1), réclame la colonisation du Sud-Liban et la privation d’eau et d’électricité pour ses habitants.

Crimes contre l’humanité déballés au grand jour, sans la moindre gêne. Une barbarie viscérale qui s’étale, portée par l’impunité comme un bouclier.


1) La France a interdit l'accès à son territoire au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, après la diffusion d'une vidéo de militants de la «flottille pour Gaza» agenouillés et mains liées, qui a provoqué un tollé international.

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Exactions criminelles d’Itamar Ben Gvir, quand Lecornu envisage...

Par Régis de Castelnau


Le petit freluquet inconsistant qui sert de premier ministre à la république française tient absolument à nous persuader qu’il n’est en fait qu’un concentré de servilité et de lâcheté.

Avant d’examiner cette nouvelle démonstration, rappelons quand même qu’il n’est à ce poste que parce qu’il a été choisi par le parti socialiste. Tout autre présentation est une foutaise. Cela avait d’abord commencé comme une farce puisque nommé par le président de la République il avait démissionné dans la journée, battant à plate couture les durées pourtant déjà grotesques des présidents du conseil de la IVe République. Il fut renommé trois jours plus tard et Olivier Faure se précipita alors pour le soutenir. En avançant deux formidables victoires obtenues, par le parti de la trahison dans sa négociation avec le freluquet : permettre à la France de disposer d’un budget exécutoire, et renonciation par Lecornu à l’utilisation du 49-3. Un budget pourri et plusieurs utilisations du 49-3 plus tard, et comme bernique accrochée à son rocher, le dit Lecornu est toujours en poste flanqué des glorieux Jean-Noël Barrot, Aurore Bergé, et autres Catherine Vautrin… Toujours scrupuleusement soutenu par le PS qui a non seulement systématiquement refusé de voter les motions de censure, mais se garde bien de critiquer les politiques voulues par Macron et mise en œuvre par ce gouvernement.

Revenons à Lecornu et à sa servilité active vis-à-vis d’un État étranger et sa soumission à ses relais dans notre pays. On se rappelle comment, exécutant l’ordre donné par le patron du CRIF, il avait annoncé le dépôt d’un projet de loi pénale pour interdire la critique de l’État d’Israël.

Les exactions criminelles commises, filmées, assumées, revendiquées par les membres inamovibles du gouvernement israélien sur des ressortissants français ont quand même fini par faire désordre et provoquer quelques réactions et une certaine gêne. Dans un premier temps, c’est le clown halluciné qui nous sert de ministre des Affaires étrangères qui s’y est collé. Et Jean-Noël Barrot n’a pas hésité à utiliser une arme quasi nucléaire terrifiante. Le ministre néonazi Ben Gvir a été déclaré persona non grata dans notre pays. Genre : « s’il vient chez nous, il est bon pour l’OQTF ». On imagine le fanatique en sanglots devant une telle violence (antisémite) à son égard.

Lecornu espérait peut-être avoir la paix et retourner tranquillement à son boulot de majordome d’Emmanuel Macron. Malheureusement pour lui il reste dans notre pays quelques bribes de fonctionnement institutionnel comme par exemple les questions écrites au gouvernement devant l’Assemblée nationale. Il a donc été interpellé sur les suites qu’il entendait donner aux diverses violences dont avaient été victimes les militants de la « flottille », parmi lesquelles un certain nombre de citoyens français.

Et là, le naturel chassé revenant au galop, le premier ministre de la France nous a fait une démonstration de ce qu’est la soumission, la servilité et la lâcheté.

Lisons ce que nous raconte l’AFP de sa réponse sous le titre : « Flottille Gaza : la France envisage de saisir la justice pour des actes « odieux » côté israélien ».

Ça démarre fort ! Nul doute que Ben Gvir est terrifié. La France envisage dis donc ! Pour l’instant elle réfléchit, elle prend son temps, elle n’est manifestement pas pressée, mais elle envisage. Quelle fermeté ! Tout à son formidable emballement, Lecornu est déchaîné : « Plus que les images, les actes sont absolument odieux, choquants et nous les condamnons sans réserve, car ils sont choquants humainement, ils sont choquants au regard du droit international ». La vache ! Les actes comment qu’ils sont pas trop choquants. Et là il passe en mode « no limits » : les actes sont choquants « au regard du droit international ». D’habitude, Macron et Lecornu le droit international ils s’en moquent, mais aujourd’hui le premier ministre qualifie les exactions israéliennes de « choquantes au regard ». Les juristes qui pensent que ces actes, comme par exemple l’arraisonnement d’un navire civil dans les eaux internationales, et l’arrestation suivie de séquestration sans motif de citoyens sont des « violations » du droit international doivent reprendre leurs études de droit. Le premier ministre français vous explique que le bon concept c’est « choquant au regard ». C’est qu’il est fort en droit Lecornu, faut pas croire, même si ses études ont été assez courtes et se sont terminées en queue de poisson.

Alors que va faire le chef de l’exécutif gouvernemental français par rapport à ces « faits choquants au regard du droit » ?

Eh bien, croyez-le si vous voulez, ça va chauffer !

« Jean-Noël Barrot va recevoir les différents avocats concernés, et puisqu’il s’agit de ressortissants français, nous n’excluons pas une saisine de notre propre justice sur l’ensemble des agissements tels qu’on a pu les constater sur cette vidéo »

Il se défausse sur Jean-Noël Barrot qui va recevoir « les différents avocats concernés ». Pas les citoyens victimes qui pourraient rapporter en détail les exactions et les violences subies, et informer le ministre des Affaires étrangères qui pourrait ainsi convoquer l’ambassadeur d’Israël pour une petite explication de gravure. Convoquer l’ambassadeur d’Israël ? Mais ça va pas la tête !

Quant aux avocats qui vont être reçus, ils devront être « concernés ». Mais concernés par quoi ? On ne saura pas, même si Lecornu reste arrimé à ses positions de fermeté impitoyable : « nous n’excluons pas une saisine de notre propre justice ». Eh bien dis donc on imagine la réaction de Ben Gvir lorsqu’on va lui annoncer que Lecornu « n’exclut pas ». À ce niveau de violence il va demander l’asile politique à l’Allemagne pour que Merz le mette à l’abri dans le bunker qui se trouve sous la chancellerie, et qui a déjà servi.

Comment le citoyen français ne pourrait-il pas ressentir une humiliation de voir à quelle servilité et quelle lâcheté, son propre gouvernement est réduit. Parce que, les choses sont claires. Une collection d’infractions gravissimes a été commise par l’État d’Israël sous la direction affichée du ministre néonazi Itamar Ben Gvir.

La piraterie est un crime passible de 20 ans de réclusion criminelle par l’article 224-6 du Code pénal.

L’arrestation suivie de séquestration arbitraire crime passible de 30 ans de réclusion criminelle par l’article 432-4.

Les tortures et actes de barbarie, crimes passibles jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle par les articles 222-1 à 222-6-4.

Le palmarès israélien est quand même conséquent non ? Alors les amis magistrats cela ne vous inspire rien ? Je sais bien que vous êtes très occupés par les gardes à vue sans mainlevée d’immunité comme pour Rima Hassan, par les poursuites pour apologie du terrorisme exclusivement dirigées contre ceux qui soutiennent la cause palestinienne, par la préparation des procédures judiciaires destinées à empêcher des candidats d’opposition de se présenter à l’élection présidentielle, mais là on est en présence de crimes majeurs, contre des citoyens français. Vous êtes judiciairement compétents, alors c’est un peu curieux que vous ne fassiez rien. Il y a pourtant quelques précédents, comme par exemple la procédure pénale à la suite de l’assassinat du président rwandais dont l’avion piloté par des Français avait été abattu. Ou le jugement de pirates somaliens interpellés en pleine mer et ramenés en France où ils furent jugés.

Bon allez, je vous taquine, mais je sais très bien à quoi m’en tenir.

Vous êtes tellement prévisibles.



La BBC a documenté 160 cas d’enfants abattus à la tête ou à la poitrine

 


https://bouddhanar-14.blogspot.com/2024/09/160-cas-denfants-abattus-la-tete-ou-la.html

jeudi 4 juin 2026

« Ceux qui bénissent Israël seront bénis » ?



par Paul-Éric Blanrue


Une petite précision s’impose au sujet d’une citation biblique constamment déformée pour servir la propagande israélienne.

Contrairement à ce qu’affirment certains milieux évangéliques américains fascinés par le sionisme au point d’en perdre tout sens théologique, la Bible ne dit nulle part : « Ceux qui bénissent Israël seront bénis. »

Cette phrase n’existe pas.

La citation réelle, sans mutilation ni slogan publicitaire, est la suivante :

« Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai celui qui te maudira » (Genèse 12,3).

Or cette parole est adressée à Abraham lui-même, et pas à un État moderne créé en 1948, doté d’un parlement, d’une armée, d'agents secrets, d'assassins, de génocideurs, d’accords commerciaux et d’armes nucléaires. Il faut avoir remplacé l’exégèse biblique par des brochures géopolitiques sous drapeau étoilé pour imaginer sérieusement que Dieu parlait ici d’un État contemporain.

Mais le plus remarquable est que le Nouveau Testament explique lui-même le sens véritable de cette promesse.

Saint Paul écrit : « Les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance. Il n’est pas dit : “et aux descendances”, comme s’il s’agissait de plusieurs, mais comme d’une seule : “et à ta descendance”, c’est-à-dire au Christ » (Galates 3,16).

Puis encore : « Si vous êtes au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates 3,29).

Tout est là.

La promesse faite à Abraham trouve son accomplissement dans le Christ, et dans ceux qui appartiennent au Christ par la foi. Tel est l’enseignement apostolique exact. Ce n'est pas une alliance diplomatique avec un État moderne, ni un chèque en blanc accordé à une puissance terrestre au motif qu’elle porterait le nom d’Israël.

L’Église, composée de juifs et de païens convertis et unis dans la foi, devient ainsi le véritable Israël de Dieu, selon l’expression même de saint Paul en Galates 6,16. Les figures de l’ancienne alliance trouvent leur accomplissement dans la Nouvelle. Le christianisme apostolique ne repose plus sur une appartenance ethnique, mais sur l’union au Christ.

Nulle part le Nouveau Testament ne maintient une promesse territoriale ou raciale qui primerait sur l’universalité de l’Évangile.

Nulle part les apôtres n’enseignent : « Soutenez politiquement Israël pour recevoir la bénédiction divine. »

Ils prêchent le Christ crucifié et ressuscité. Ils appellent tous les hommes, juifs comme païens, à la repentance et au salut. Voilà leur message. Le reste est une construction idéologique moderne plaquée sur les Écritures avec la délicatesse d’un marteau piqueur.

Le slogan : « Bénissez Israël pour être bénis » relève donc moins de la théologie chrétienne que de la propagande géopolitique à destination des gens mal informés ou des benêts. On transforme une parole adressée à Abraham en formule magique de politique étrangère. La promesse biblique devient un outil d’allégeance émotionnelle à un État terrestre, comme si le Royaume de Dieu dépendait désormais d’un ministère moderne et de ses intérêts stratégiques.

L’ironie est spectaculaire : certains prétendent défendre la Bible tout en contredisant frontalement l’explication donnée par saint Paul lui-même ! L’apôtre affirme que la descendance promise est le Christ ; les troupes évangéliques au cerveau vide répondent qu’il s’agirait finalement d’un projet national contemporain soutenu par des lobbies, des chaînes télévisées et des campagnes électorales américaines. Saint Paul appréciera probablement cette révision créative de ses épîtres...

Les chrétiens sont appelés à aimer tous les hommes, à annoncer l’Évangile à tous les peuples et à prier pour la Jérusalem céleste annoncée dans les Écritures. Ils ne vivent plus sous le régime préparatoire de l’ancienne alliance nationale, mais dans la Nouvelle Alliance du Christ.

Le centre de l’histoire du salut n’est ni une frontière, ni une ethnie, ni un État moderne. Le centre est le Christ.

« Tous ceux qui s’attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction […] Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi » (Galates 3,10-13).


Le Clan des Vénitiens


mercredi 3 juin 2026

Au nom du sionisme et de l’Amérique, le monde tu domineras



Vous voulez comprendre pourquoi Ben Gvir humilie, pourquoi Smotrich défie la Cour pénale internationale, pourquoi Netanyahou poursuit la colonisation sans jamais reculer ? La réponse est dans le titre de l’article que je vous partage : « Au nom du sionisme, le monde te dominera ».

Cet article a été publié en novembre 2011. Il n’a pas pris une ride depuis. Quatorze ans plus tard, tout est toujours là : l’idéologie, l’impunité, la domination justifiée, et la complaisance occidentale.

Derrière les indignations sélectives et les larmes de crocodile de l’Occident, il y a une idéologie ancienne, assumée, et toujours puissante. Ben Gvir et Smotrich ne sont pas des « fous » ou des « extrémistes isolés ». Ils sont les enfants légitimes d’un système qui a toujours protégé Israël, quelles que soient ses exactions.

Lisez cet extrait. Vous comprendrez pourquoi rien ne les arrête – et pourquoi l’Occident, finalement, n’ose pas vraiment les arrêter.

« Pour le Rabbin new-yorkais Yisroel Dovid Weiss, membre de l’organisation Neturei Karta (Gardien du Temple) qui a de bons rapports avec l’Iran de Ahmadinejad, «les tentacules du sionisme sont telles que les pays occidentaux sont ses laquais… les hommes politiques américains sont soumis à des pressions ou menaces de toutes les calomnies s’ils ne sont pas suffisamment loyaux… à Israël… Ils leur font faire des guerres et organiser des embargos en fonction des retombées éventuelles sur Israël». Il ajoute «ils ont créé des organisations juives qui prétendent contrôler les peuples, les nations… sous prétexte de défendre les intérêts juifs… La terreur et la contre-terreur, les expropriations, la guerre dès qu’une guerre se termine, voilà ce qu’est devenue la vie quotidienne des juifs et des Arabes».

Le sionisme use et usera de tous les moyens de pression (ruses, fourberies, mensonges, menaces), par Occident interposé, pour faire plier n’importe quel pays pour atteindre ses objectifs qui sont la domination des richesses, et ce, en instrumentalisant les juifs, la Shoah, et surtout le prétexte «antisémite», pour museler toute résistance à leurs projets. Pour la propagande, Israël a érigé une officine de désinformation «The Israël Project» qui a diffusé un manuel qui s’intitule «The Israël Project’s 2009. Global Language Dictionary».



Lise Santolini sur X.




mardi 2 juin 2026

Israël, fort avec les faibles : l’ivresse de la force, la peur des égaux




Il existe dans la rhétorique guerrière israélienne une régularité presque scientifique : lorsqu’il s’agit de Gaza ou du Liban, la guerre devient un laboratoire d’« autodéfense » où les immeubles résidentiels, les écoles, les camps de déplacés et les ambulances semblent miraculeusement se transformer en « infrastructures terroristes ». Mais lorsqu’il s’agit de l’Iran, un État capable de riposter, Washington est prié de venir porter le casque, signer l’addition et, si possible, encaisser les coups.

À Gaza, le mot « Hamas » est devenu une formule magique justifiant tout : destruction, siège, famine, bombardements massifs. L’argument est toujours le même : « nous ciblons les terroristes ». Curieuse définition du terrorisme moderne où les morgues débordent surtout de femmes et d’enfants. Selon les données de l’ONU et de multiples agences humanitaires, les victimes civiles constituent une part majeure des morts à Gaza, avec des milliers d’enfants tués et des infrastructures civiles systématiquement détruites. United Nations, via ses agences humanitaires, évoque une catastrophe humanitaire d’ampleur historique.

Même logique au Liban : au nom de la lutte contre le Hezbollah, des quartiers entiers sont pulvérisés, des civils déplacés par centaines de milliers, pendant que la communication officielle recycle l’éternel refrain : « frappes ciblées ». Ciblées au point qu’une ville finit par ressembler à un décor post-apocalyptique. On nous explique qu’il faut raser pour sécuriser, écraser pour stabiliser, détruire pour protéger. Depuis quand transformer des villes en poussière produit-il autre chose qu’une génération supplémentaire de colère ?

Le paradoxe est cruel : Gaza est ravagée, et pourtant le Hamas existe toujours. Le sud du Liban est frappé à répétition, et pourtant le Hezbollah continue de démontrer sa capacité militaire. L’histoire récente l’a déjà montré : les bombardements stratégiques vendus comme solution miracle produisent souvent l’inverse de l’effet annoncé. Détruire une ville n’est pas détruire une idée. Écraser une population ne supprime pas un mouvement ; cela nourrit parfois sa prochaine incarnation.

Alors une question dérangeante s’impose : qui Israël combat-il réellement ? Ses ennemis, ou la possibilité même de sa propre sécurité à long terme ? À force de confondre sécurité et punition collective, légitime défense et destruction systématique, Israël semble parfois agir comme si la puissance militaire pouvait abolir les lois politiques les plus élémentaires : aucun peuple bombardé ne développe spontanément de l’affection pour celui qui l’écrase.

Et derrière la posture de forteresse invincible se cache une fragilité stratégique rarement admise : une guerre permanente nourrit l’illusion de puissance jusqu’au jour où les stocks s’épuisent, les alliances se fissurent ou la lassitude stratégique s’installe. La vraie question n’est peut-être pas de savoir combien de temps Israël peut continuer cette logique, mais combien de temps ses ennemis accepteront encore d’être les seuls à payer le prix du feu.

Brainless Partisans

lundi 1 juin 2026

La flottille a mis en lumière la profonde hypocrisie de l’Occident



L’image qui a fait le tour du monde n’était pas celle d’un tir de missile, ni celle d’une nouvelle ligne d’horizon s’effondrant dans la poussière de Gaza. Elle était bien plus sobre que cela.

Des dizaines de civils — travailleurs humanitaires, médecins, parlementaires, étudiants et militants de 44 pays — agenouillés sur le pont d’une flottille arraisonnée en Méditerranée orientale, les mains liées derrière le dos, encerclés par des soldats israéliens armés.

Puis est apparue la vidéo publiée par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, lui-même : on y voyait ce dernier narguer des détenus, agiter un drapeau et transformer la vulnérabilité humaine en spectacle.

Pour beaucoup de ceux qui regardaient, de Canberra à Ottawa, quelque chose de fondamental semblait s’être brisé.

L’interception de la flottille Global Sumud en mai pourrait bien, à terme, rester dans les mémoires non seulement comme un nouvel épisode de confrontation autour de Gaza, mais aussi comme un tournant géopolitique — le moment où le discours humanitaire s’est heurté de manière irréversible à la réalité de l’impunité stratégique.

La flottille transportait environ 400 militants et 128 tonnes de fournitures humanitaires à destination de Gaza, où plus de deux millions de Palestiniens restent pris au piège dans ce que les agences humanitaires qualifient de plus en plus souvent de « zone de privation orchestrée ».

Selon les évaluations de l’OMS, l’ensemble de la population de Gaza est aujourd’hui confrontée à une insécurité alimentaire aiguë, plus d’un million de personnes se trouvant au bord de la famine.

Les taux de malnutrition chez les enfants ont atteint des niveaux jamais vus dans l’histoire moderne du territoire.

Avant même que la guerre actuelle ne commence, plus de 80 % des Gazaouis dépendaient déjà de l’aide humanitaire pour survivre. Après dix-neuf ans de blocus, de bombardements répétés et de destruction systématique des infrastructures civiles, l’économie de Gaza ne ressemble plus à une société fonctionnelle, mais plutôt à une situation d’urgence en suspens permanente.

Pourtant, ce ne sont pas les statistiques sur la famine qui ont déclenché l’indignation diplomatique mondiale. C’est l’humiliation d’organismes reconnus au niveau international.

L’Italie a convoqué l’ambassadeur d’Israël en l’espace de quelques heures, condamnant le traitement réservé aux détenus comme une « violation de la dignité humaine ». La France, l’Espagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont emboîté le pas en déposant des protestations officielles.

Même Washington, dont la protection stratégique d’Israël est restée largement inébranlable tout au long de la guerre de Gaza, a publiquement exprimé son inquiétude et a appelé au respect du droit international (!?).

La Turquie a dénoncé le « traitement inhumain » infligé aux militants, tandis que l’Indonésie et le Pakistan ont condamné les mauvais traitements infligés à leurs ressortissants, les qualifiant de « totalement inacceptables ».

Il ne s’agissait pas seulement d’une mise en scène diplomatique. Cela a mis en lumière une vérité profondément dérangeante au cœur du système international : le monde réagit souvent non pas lorsque la souffrance devient intolérable, mais lorsqu’elle devient familière.

Depuis près de deux décennies, les civils de Gaza endurent des conditions que les organisations de défense des droits humains ont maintes fois qualifiées de punition collective. Amnesty International, Human Rights Watch, les rapporteurs de l’ONU et les juristes ont tous fait valoir que le régime de blocus violait les principes fondamentaux du droit international humanitaire.

La plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice — jugée « plausible » par la CIJ en 2024 — a encore renforcé ces allégations.

Pour autant, une grande partie du monde dit « libéral et démocratique » est restée stratégiquement prudente, peu encline à compromettre ses alliances, ses relations commerciales, sa coopération en matière de renseignement ou ses calculs politiques internes.

Puis vint la flottille. Du jour au lendemain, les victimes devinrent des Européens, des Australiens, des Canadiens et des Asiatiques, dont les images ont frappé la conscience politique occidentale d’une manière que les souffrances palestiniennes n’avaient souvent pas réussi à faire.

La conclusion dérangeante s’impose d’elle-même : l’empathie internationale fonctionne toujours selon des hiérarchies de visibilité.

Il ne s’agit plus seulement d’une crise en Asie de l’ouest. C’est en train de devenir une crise de l’ordre libéral occidental lui-même.

Pendant des décennies, les démocraties libérales se sont positionnées comme les gardiennes d’un système international fondé sur des règles, construit sur les droits humains universels, la liberté de navigation, la protection des civils et la responsabilité devant la loi.

Ces principes ont formé l’architecture morale sous-tendant la légitimité occidentale après 1945. Mais Gaza est devenue l’arène dans laquelle beaucoup, dans les pays du Sud, croient de plus en plus que ces principes sont appliqués de manière sélective.

Lorsque la Russie a bombardé les infrastructures ukrainiennes, l’Occident a mobilisé des sanctions, des mécanismes juridiques et l’indignation morale avec une rapidité extraordinaire. Lorsque la Chine a été accusée d’abus au Xinjiang, les capitales occidentales ont invoqué des crimes contre l’humanité.

Pourtant, à Gaza — malgré le nombre croissant de victimes civiles, les destructions massives et les avertissements de famine lancés par les agences internationales — de nombreux gouvernements ont poursuivi leur coopération militaire et leur soutien diplomatique à Israël.

Cette incohérence n’est plus considérée comme une simple hypocrisie. Dans une grande partie de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, elle est de plus en plus interprétée comme la preuve que le droit international lui-même reste subordonné à la hiérarchie géopolitique.

La flottille Sumud a renforcé cette perception car elle a transformé Gaza, passant d’une tragédie humanitaire abstraite à une confrontation directe sur les normes internationales.

Israël a voulu justifier l’interception comme une mesure nécessaire pour faire respecter son blocus naval. Les critiques ont rétorqué que l’interception de navires civils dans les eaux internationales tout en imposant des conditions de famine à une population occupée est incompatible avec le droit humanitaire.

Sur le plan stratégique, Israël a peut-être remporté l’opération. Sur le plan politique, cela a peut-être accéléré son isolement.

Les comparaisons qui font aujourd’hui surface revêtent une importance historique. Les vétérans sud-africains de la lutte contre l’apartheid soulignent de plus en plus les similitudes entre la situation à Gaza et le système de ségrégation et de contrôle en vigueur à l’époque de l’apartheid.

Les campagnes menées par la société civile en faveur du boycott et des sanctions contre Israël ont pris de l’ampleur dans les universités, les mouvements syndicaux et les institutions culturelles européens. L’Irlande, la Norvège, la Belgique et l’Espagne ont toutes adopté des positions plus fermes concernant les colonies, les restrictions commerciales ou la reconnaissance de la Palestine.

Le symbolisme a son importance, car la légitimité a son importance. Les conflits modernes ne se gagnent plus uniquement par la supériorité militaire. Ils se livrent dans les instances juridiques, les écosystèmes numériques, les campus universitaires, les conseils d’administration des entreprises et les discours publics.

Israël conserve une supériorité militaire écrasante, mais l’érosion de sa réputation est en train de remodeler l’environnement stratégique qui l’entoure.

Chaque image virale en provenance de Gaza sape le capital diplomatique accumulé au fil des décennies.

Le plus grand danger se trouve au-delà d’Israël lui-même. La crise de Gaza accélère la fragmentation de l’ordre international à un moment précis où la coopération mondiale s’effiloche déjà sous la pression de l’instabilité climatique, de la rivalité entre grandes puissances et de l’insécurité économique.

La confiance dans le leadership occidental a fortement diminué dans l’ensemble du Sud. Les jeunes générations, en particulier dans les sociétés démocratiques, interprètent de plus en plus la politique étrangère à travers le prisme de la cohérence morale plutôt que des loyautés issues de la Guerre froide.

Cette rupture générationnelle est profonde. Les réseaux sociaux ont dissous les manipulateurs traditionnels des images de guerre.

Les Palestiniens ne dépendent plus exclusivement des correspondants étrangers pour faire connaître leurs souffrances. L’impact visuel de la situation à Gaza — hôpitaux qui s’effondrent, enfants affamés, civils à genoux sur le pont des navires de la flottille — se propage désormais instantanément dans les veines politiques des démocraties.

Les gouvernements peinent à s’adapter. L’Australie se trouve dans une position délicate face à cette transformation. L’alignement de longue date de Canberra sur les orientations stratégiques américaines s’est souvent traduit par un discours prudent sur Gaza, cherchant à trouver un équilibre entre le soutien à la prétendue sécurité d’Israël et les préoccupations humanitaires.

Mais les puissances moyennes subissent une pression croissante pour démontrer que leur engagement envers le droit international s’applique de manière universelle, et non sélective. Le défi n’est plus seulement rhétorique. Il est essentiel pour la crédibilité même d’une diplomatie fondée sur les règles.

Le mot sumud en arabe signifie la fermeté — le refus de renoncer à sa dignité face à une force écrasante. Cette idée s’étend désormais au-delà des côtes de Gaza.

La flottille n’a jamais eu d’importance militaire. Son véritable pouvoir était symbolique. Elle a mis en évidence le fossé grandissant entre les valeurs que la dite communauté internationale prétend défendre et les réalités qu’elle tolère. Elle a imposé des questions dérangeantes à des instances diplomatiques qui ont longtemps préféré cultiver l’ambiguïté.

Combien de civils doivent mourir de faim avant que le droit humanitaire ne devienne applicable ? Combien de violations l’ordre libéral peut-il absorber avant que son autorité morale ne s’effondre complètement ?

Et que se passera-t-il lorsque des générations entières concluront que les règles internationales n’existent que pour les faibles ?

Ces questions dépassent désormais largement le cadre de la Méditerranée. Elles hantent l’avenir du système international lui-même.