Interviewée par Nouvelle Aube, Olivia Zemor, présidente d’EuroPalestine, critique frontalement la proposition de loi Yadan. Selon elle, ce texte assimile l’antisionisme à l’antisémitisme et vise à intimider les soutiens de la cause palestinienne. Elle affirme que la colère croissante contre Israël s’explique par la situation à Gaza et par des pratiques qu’elle qualifie de crimes de masse. La militante estime que cette stratégie judiciaire renforce paradoxalement l’antisémitisme, en invisibilisant les voix juives antisionistes et en criminalisant la solidarité avec les Palestiniens.
Une loi pour criminaliser l’antisionisme
"Ce qu’ils essaient de faire depuis toujours, c’est intimider les gens, multiplier les procès, inventer de nouveaux délits et faire peur", affirme-t-elle.
La présidente d’EuroPalestine reconnaît l’existence d’une hostilité croissante envers Israël dans l’opinion publique mondiale. Elle l’explique par les événements récents à Gaza.
"On n’avait jamais vu un génocide à Gaza. On est passé d’un camp de concentration à un camp d’extermination", déclare-t-elle.
Selon elle, cette indignation ne relève pas de la haine, mais d’une réaction morale face à des crimes documentés.
"On n’aime pas les génocidaires en général. C’est une colère, une indignation, un dégoût croissant", ajoute Olivia Zemor.
Répression judiciaire et instrumentalisation de l’antisémitisme
Olivia Zemor rappelle que la France joue un rôle central dans la criminalisation des soutiens à la Palestine.
Elle souligne que les poursuites judiciaires ne viennent pas uniquement de structures privées, mais directement de l’État.
"Ce n’est pas le lobby israélien qui poursuit, c’est directement le gouvernement, le ministère de la Justice", explique-t-elle.
EuroPalestine a été poursuivie pour la première fois en 2002 pour des appels au boycott d’Israël.
Depuis, l’association a remporté l’ensemble de ses procès, y compris devant la Cour européenne des droits de l’homme.
"Le boycott est aujourd’hui légal. On ne peut plus nous empêcher d’y appeler", rappelle-t-elle.
La militante estime que l’amalgame entre judaïsme et politique israélienne nourrit l’antisémitisme.
"Assimiler juifs et Israël, c’est inciter au développement de l’antisémitisme", affirme-t-elle.
Elle dénonce également l’effacement médiatique des juifs antisionistes, opposés à la colonisation et à l’apartheid.
La Palestine comme boussole politique mondiale
Pour Olivia Zemor, la question palestinienne dépasse le seul cadre du Proche-Orient.
Elle y voit un marqueur central de la dérive autoritaire des sociétés occidentales.
"La résistance palestinienne est une boussole", affirme-t-elle.
Selon elle, l’incapacité à défendre les droits des Palestiniens ouvre la voie à une fascisation globale.
"Si on n’arrive pas à défendre les Palestiniens, la fascisation croissante de nos sociétés ne s’arrêtera pas là", prévient-elle.
Elle appelle à une mobilisation large, transconfessionnelle et internationale.
"Qu’on soit juif, chrétien, musulman ou athée, on refuse de se taire", conclut-elle.
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