Par François Dubois
Jusqu’au début du XXe siècle, la Palestine vivait au rythme d’une coexistence séculaire entre ses différentes communautés. Sous l’égide de l’Empire ottoman, juifs, musulmans et chrétiens partageaient un même territoire, tissant des liens de voisinage, de commerce et parfois d’amitié. Si des tensions locales survenaient çà et là, elles tenaient davantage aux rivalités économiques et foncières qu’à une fracture religieuse profonde.
Toutefois, à la fin du XIXe siècle, des Juifs venus de l'Europe de l’Est commencèrent à s’installer en nombre croissant, achetant des terres et bouleversant les équilibres ancestraux.
Ce bouleversement éveilla parmi la population arabe autochtone une inquiétude grandissante, non tant envers leurs voisins juifs de longue date qu’envers ces nouveaux arrivants qui, peu à peu, remodelaient le visage du pays. Un sentiment universel, propre à tout peuple confronté à une mutation démographique imposée, et dont nous, Français, pouvons aisément saisir l’écho aujourd’hui.
En 1850 la Palestine comptabilisait environ 400 000 habitants, dont 15 000 juifs majoritairement Mizrahim ou Séfarades et environ 30 000 chrétiens.
En 1900, la population palestinienne était d’environ 532 000 habitants, dont 432 000 musulmans, 57 000 chrétiens et 43 000 juifs.
Il faut attendre 1917 et la Déclaration de Balfour, véritable concession du gouvernement britannique à la famille Rothschild, pour voir le projet sioniste impulsé par Herzl entrer franchement en action. Avec la montée en puissance du concept du mondialisme (à dissocier de la mondialisation), la Société des Nations (SDN) appuie cette décision en 1922, favorisant ainsi l’augmentation du nombre de juifs en Palestine, qui atteint alors 86 000.
Dans les années 1920, émergent les mouvements sionistes révisionnistes, dont certaines branches adoptent des formes activistes et terroristes. Durant les années 1930, des groupes paramilitaires juifs, composés principalement d'immigrés ashkénazes, comme l'Irgoun, perpètrent des attentats contre les autorités britanniques et les populations musulmanes autochtones. Benzion Netanyahu, père de Benyamin Netanyahu, était lui-même impliqué dans ces cercles, en tant que secrétaire de Jabotinsky.
L’armée israélienne, Tsahal, s’est en grande partie constituée à partir de la recomposition des structures terroristes d'avant 1948. La création de l'État d'Israël a été favorisée par plusieurs facteurs :
- Les pressions exercées par la diaspora juive à l’international,
- Les actes terroristes réguliers des sionistes sur le terrain,
- La Shoah (qui devient plus popularisée à partir les années 80), qui a contribué à légitimer la création d’un foyer juif auprès d’une opinion publique moins sensible aux justifications religieuses.
En 1948, le nombre de juifs en Palestine atteint 650 000, représentant environ un tiers de la population.
Majoritairement non sémites, ces juifs provenaient en grande partie d’Europe de l'Est, descendants de populations converties entre les VIIe et VIIIe siècles après J.-C. D’ailleurs, Benjamín Netanyahu, de son vrai nom Mileikowsky, illustre cette réalité : de nombreux dirigeants israéliens ont arabisé leur patronyme pour asseoir leur légitimité aux yeux des textes religieux.
Aujourd’hui, les Gazaouis s’accrochent à leur terre comme les Amérindiens en leur temps… et peut-être comme nous devrons le faire un jour, après avoir trop longtemps sombré dans l’amalgame et la duperie. Mais cela, c’est une autre histoire…
François Dubois, ancien militaire de la Gendarmerie nationale , vice-président de l'association Profession Gendarme.
Il a écrit "Captionem": une œuvre réflexive, à la frontière entre fiction et réalité où totalitarisme, société technologique et interactions humaines s'entremêlent.