Alors qu’un cessez-le-feu est censé être en vigueur, Israël continue de massacrer des Palestiniens et de s’emparer de terres à Gaza. La violence qui perdure n’est pas le fruit du hasard : il s’agit d’une nécessité politique pour tout gouvernement israélien au pouvoir.
Malgré le prétendu cessez-le-feu décrété par Israël, les informations en provenance de la bande de Gaza ne diffèrent en rien de ce qu’elles étaient avant l’accord. Non seulement le processus de désescalade, d’aide humanitaire et de reconstruction est au point mort, mais il s’est inversé — comme si la guerre génocidaire menée par Israël n’avait jamais cessé, mais avait simplement perdu de son intensité.
Des Palestiniens sont tués quotidiennement par des frappes israéliennes dans la bande de Gaza, tandis que la fermeture des points de passage et le blocus des approvisionnements continuent de constituer un élément central de la crise humanitaire imposée à deux millions de personnes à Gaza.
Tout cela soulève la question suivante : pourquoi la guerre menée par Israël contre Gaza se poursuit-elle ? La réponse réside dans une combinaison de dynamiques régionales changeantes et de la place qu’occupe Gaza au sein de la politique israélienne.
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Netanyahu a besoin de la guerre
La poursuite de la guerre menée par Israël à Gaza, notamment le déplacement de la population et l’occupation du territoire, constitue l’un des atouts majeurs dont disposent Netanyahu et sa coalition en vue des prochaines élections, étant donné que l’objectif de nettoyage ethnique de la bande de Gaza est soutenu par 82 % des Israéliens juifs, selon un sondage réalisé en mai 2025.
L’échec de la guerre américano-israélienne contre l’Iran et la nécessité de compenser cet échec par une victoire sur le terrain constituent également pour Netanyahou une motivation supplémentaire à intensifier les hostilités à Gaza.
Adel Shadid, ancien professeur de sciences politiques à l’université d’Hébron et chercheur spécialisé dans la politique israélienne, souligne que « Netanyahu et son parti, le Likoud, ont besoin de maintenir un climat de guerre afin de repousser le moment où ils devront éventuellement rendre des comptes sur le plan interne, tant pour l’échec du 7 octobre que pour les conséquences de deux ans et demi de guerre régionale ».
« La stratégie de l’actuel gouvernement israélien est claire : elle vise avant tout à assurer la survie politique du Likoud et de sa ligne politique, ainsi que celle de Netanyahu », a souligné Shadid, précisant que « cela ne signifie pas que si une autre direction est élue en octobre, les choses reviendront à la situation antérieure, car aucun gouvernement israélien ne reviendra sur ce que l’actuel a fait ».
Cependant, Shadid s’attend à ce qu’un gouvernement différent puisse se concentrer sur la réparation des dommages causés à l’économie israélienne, à la résilience sociale et à la réputation internationale du pays après près de trois ans de guerre, estimant qu’un autre gouvernement pourrait au moins désamorcer certaines tensions sur divers fronts de guerre dans l’ensemble de la région.
Mais Gaza, note-t-il, restera un front avec une escalade de violence, quel que soit le gouvernement au pouvoir en Israël.
L’exception gazaouie
Sur le plan régional, Adel Shadid estime que les États-Unis ont subi un revers important au niveau de leurs forces.
« Le fait que les bases militaires américaines dans toute la région soient prises pour cibles dans une guerre régionale contre l’Iran – guerre qui ne semble pas pouvoir prendre fin sans un accord quelconque avec ce pays – indique que la projection de la force américaine en Asie de l’Ouest n’est plus ce qu’elle était », a-t-il déclaré.
« Cela renforce la nécessité pour Israël de consolider tous les gains qu’il peut obtenir en Palestine », a expliqué Shadid. « Cette nécessité se manifeste avant tout à Gaza. »
Selon Shadid, cette « victoire » consisterait en l’expulsion de la population et l’occupation définitive de la bande de Gaza.
Shadid note également que la victoire d’Israël à Gaza est censée constituer un contrepoids à l’influence de l’Iran dans la région. « Il est possible qu’Israël, en poursuivant l’effacement de Gaza, tente d’éclipser tout succès iranien dans la région, mais ce n’est pas nécessairement une préoccupation majeure pour l’Iran », a-t-il expliqué.
« Gaza n’est pas, à l’heure actuelle, un principal champ de confrontation pour les Iraniens, ce qui signifie que l’Iran semble prêt à conclure un accord avec les États-Unis sans y inclure Gaza, comme il l’a fait avec le Liban », a ajouté Shadid, soulignant que, contrairement au Liban, Gaza revêt une valeur stratégique plus importante pour certains pays arabes comme l’Égypte que pour l’Iran, même si les pays arabes sot incapables, pour l’instant, de mettre fin à l’offensive israélienne sur la bande de Gaza.
Il en résulte que Gaza reste l’un des seuls « terrains de jeu » dont dispose Israël pour poursuivre l’escalade sans subir de répercussions internationales significatives. Et comme tout gouvernement qui arrivera au pouvoir en Israël devra faire face aux mêmes contraintes pesant sur l’action israélienne, il sera poussé à se forger une « image de victoire » en poursuivant le déplacement de la population de Gaza, un objectif extrêmement populaire en Israël.
En d’autres termes, la guerre menée par Israël contre le peuple palestinien à Gaza reste une nécessité politique pour tout gouvernement israélien au pouvoir. Et Netanyahu cherchera à surpasser ses concurrents en « offrant » Gaza à ses partisans à l’approche des élections à la Knesset.
Qassam Muaddi
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