Selon lui, un renversement historique s’est opéré dans la circulation de l’information entre l’Europe et le monde arabe.
"Pendant des décennies, ce sont les médias français qui apportaient aux sociétés méditerranéennes le pluralisme politique qui leur faisait encore défaut dans le monde arabe. On écoutait la BBC, on écoutait France Inter", rappelle-t-il.
Mais cet équilibre aurait aujourd’hui profondément changé. "Les médias français, service public inclus, plient lamentablement l’échine devant la vague de trumpistes qui défigure la France", affirme-t-il.
Pour Burgat, cette évolution affecte directement la manière dont les conflits internationaux, et notamment la guerre à Gaza, sont couverts par les agences de presse occidentales.
La "propagande turque"
L’universitaire estime désormais que de nombreux médias du Sud offrent une lecture plus fidèle de la réalité du terrain.
"Les médias du Sud rendent donc plus objectivement compte du conflit palestinien que leurs homologues occidentaux. Très souvent, les plus indiscutables contours de la réalité ne nous parviennent plus que grâce à eux", explique-t-il.
Dans ce contexte, Burgat souligne également le rôle de médias indépendants ou alternatifs.
"Nouvelle Aube joue un rôle dans le débat public, un rôle précieux"
"Nouvelle Aube est de ceux-là. Ce site joue un rôle dans le débat public, un rôle précieux", déclare-t-il.
Interrogé sur les accusations visant certains médias francophones, parfois qualifiés de "propagande turque" par leurs détracteurs, Burgat assume une position tranchée.
"Résumons-nous : nous sommes de plus en plus nombreux à considérer que la "propagande turque" est préférable à la propagande du gouvernement français", affirme-t-il.
Selon lui, cette préférence tient à la manière dont les autorités et les médias traitent la situation à Gaza.
"Pourquoi ? Parce que la propagande du gouvernement turc, elle, dénonce la propagande du gouvernement israélien, alors que la propagande du gouvernement français la colporte et la cautionne sans aucun scrupule", poursuit-il.
Un débat sur la crédibilité des agences de presse
Pour François Burgat, cette situation traduit une crise profonde de crédibilité des médias occidentaux.
Il estime que les voix critiques sont régulièrement disqualifiées dans le débat public.
"Est-ce qu’il faut se réjouir d’être inévitablement traité de conspirationniste si l’on n’est pas assez sioniste par les officines sionistes bien connues? D’être traité d’islamiste, de campiste ou de proche de l’extrême droite? Non, bien sûr", souligne-t-il.
Le chercheur reconnaît toutefois le caractère paradoxal de cette évolution.
"Est-ce qu’il faut se réjouir de devoir avoir recours à des médias étrangers pour défendre les principes de base du droit international ou de l’humanisme le plus universaliste? Non, bien sûr. Mais c’est la réalité actuelle", conclut-il.
