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dimanche 11 octobre 2026

Comment les médias vendent le génocide




par Chris Hedges


Les médias occidentaux, en appliquant deux poids deux mesures, en pratiquant la censure, en utilisant un langage trompeur, en amplifiant les mensonges israéliens et en déshumanisant les Palestiniens, facilitent le génocide à Gaza.

Les médias occidentaux fabriquent le consentement au génocide. Ils normalisent l’occupation militaire et l’apartheid israéliens, qui durent depuis des décennies. Ils occultent les violations flagrantes du droit international commises par Israël. Ils perpétuent le mythe de la victimisation israélienne. Ils trahissent, discréditent et diabolisent le travail des journalistes et des professionnels des médias palestiniens à Gaza, dont au moins 220 ont été tués par Israël entre le 7 octobre 2023 et août 2025. Ils acceptent docilement la censure israélienne draconienne. Ils se contentent de timides lettres de protestation contre le refus d’Israël d’autoriser les journalistes étrangers à Gaza — une tentative d’Israël pour masquer ses crimes de guerre. Ils amplifient les mensonges israéliens, des bébés décapités aux agressions sexuelles généralisées contre des femmes israéliennes le 7 octobre, afin d’obscurcir la vérité.

Quand on écrit sur Gaza, les verbes sont au passif. Il n’y a pas de sujet. Personne n’est tenu responsable. Le génocide, semble-t-il, est un acte de Dieu. Tout comme un tremblement de terre ou un tsunami, les clichés et les adjectifs obscurs tels que «cycle de violence» ou «affrontements» déforment et falsifient la réalité.

«Si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée», avertissait George Orwell.

Des termes comme «génocide», «atrocité», «nettoyage ethnique» et «territoires occupés» disparaissent comme par magie des reportages sur les Palestiniens, dont la résistance est systématiquement qualifiée de «sauvage» et «barbare». Les journalistes du New York Times reçoivent pour consigne de leur rédaction d’éviter des termes comme «Palestine», «génocide», «carnage», «camp de réfugiés», «massacre» et «massacre» lorsqu’ils parlent des Palestiniens.

Les médias répètent servilement ce qu’Israël leur fournit. Les bombardements massifs deviennent des «frappes aériennes chirurgicales». L’instrumentalisation de la famine par Israël devient une «pénurie alimentaire». Le meurtre de civils non armés — y compris des enfants — devient des «affrontements». Les complexes fortifiés des colons juifs perchés sur les collines deviennent des «quartiers». L’assassinat extrajudiciaire d’un journaliste ou d’un médecin est considéré comme un «décès».

Le génocide, qualifié de «guerre israélo-palestinienne», est justifié par la «légitime défense», un élément central du discours israélien sur le «droit à la défense». Lorsque des écoles, des hôpitaux, des cliniques, des ambulances, des mosquées, des églises et d’autres cibles civiles sont détruits, ils sont qualifiés de «centres de commandement du Hamas» ou ciblés parce que le Hamas «utilise des civils comme boucliers humains» — une pratique courante en Israël, lorsque l’armée ligote des Palestiniens détenus et les force à pénétrer dans des bâtiments et des tunnels potentiellement piégés avant l’arrivée des troupes israéliennes.

Lorsque des Israéliens sont détenus par le Hamas, ils sont des «otages», même s’ils servent dans l’armée. Lorsque des Palestiniens — y compris des enfants — sont détenus sans inculpation ni procès et disparaissent dans des centres de détention israéliens, où la torture est «généralisée» et «systématique», ils sont des «prisonniers».

Les attaques de missiles contre les camps de tentes ou les hôpitaux sont imputées à des groupes armés palestiniens qui tireraient des roquettes égarées. Si Israël reconnaît ces attaques — ce qui est très rare –, elles sont qualifiées d’«erreur tragique».

Les institutions civiles à Gaza sont présentées comme étant «contrôlées par le Hamas» afin de jeter le doute sur la véracité de leurs informations. Le New York Times nuance systématiquement les annonces du ministère de la Santé de Gaza en précisant qu’il «ne fait pas de distinction entre civils et combattants», masquant ainsi le massacre de dizaines de milliers de civils.

Il en résulte certains des écrits les plus alambiqués de l’histoire du journalisme, comme en témoigne le titre du New York Times du 5 novembre 2023 : «Des explosions attribuées par les Gazaouis à une frappe aérienne font de nombreuses victimes dans un quartier densément peuplé».

«Lorsque les journalistes de Middle East Eye, Mohamed Salama et Ahmed Abu Aziz, ainsi que le photojournaliste de Reuters, Hussam al-Masri, et les pigistes Moaz Abu Taha et Mariam Dagga — qui avaient collaboré avec plusieurs médias, dont l’Associated Press — ont été tués lors d’une frappe de “double frappe” — conçue pour éliminer les premiers intervenants arrivant sur place pour soigner les victimes des premières frappes — au complexe médical Nasser, comment les agences de presse occidentales ont-elles réagi ?» ai-je demandé dans ma chronique «La trahison des journalistes palestiniens».

«L’armée israélienne affirme que les frappes contre l’hôpital de Gaza visaient ce qu’elle prétend être une caméra du Hamas», a rapporté l’Associated Press.

«Tsahal affirme que la frappe contre l’hôpital visait une caméra du Hamas», a annoncé CNN.

La caméra appartenait à Reuters, qui a déclaré qu’Israël était «parfaitement au courant» que l’agence de presse filmait depuis l’hôpital.

«Quand le correspondant d’Al Jazeera, Anas Al Sharif, et trois autres journalistes ont été tués le 10 août sous leur tente de presse près de l’hôpital Al Shifa, comment l’information a-t-elle été relayée par la presse occidentale ?» ai-je demandé.

«Israël tue un journaliste d’Al Jazeera qu’il prétend être un chef du Hamas», titrait Reuters, alors même qu’al-Sharif faisait partie d’une équipe de Reuters lauréate du prix Pulitzer 2024.

Le quotidien allemand Bild publiait en première page un article intitulé : «Un terroriste déguisé en journaliste tué à Gaza».

«Les contorsions linguistiques employées par les médias sont allées jusqu’à redéfinir des mots, les vidant de leur sens», écrit Assal Rad dans «Ne dites pas Palestine : comment les médias ont fabriqué le consentement au génocide».

«Les médias traditionnels ont omis de qualifier les violations répétées du cessez-le-feu par Israël. Au lieu de cela, leur couverture s’est bornée à rationaliser les attaques israéliennes et à relayer sans esprit critique les arguments d’Israël pour justifier ses actions. Alors que des Palestiniens continuaient d’être tués — pendant un “cessez-le-feu” — et que l’aide humanitaire restait insuffisante, les médias occidentaux ont présenté ces violations flagrantes comme des “tests” ou des “défis” à un “cessez-le-feu fragile”. Tandis que des organisations de défense des droits humains de premier plan, comme Amnesty International, alertaient sur le fait que le génocide n’était en réalité pas terminé, les médias traditionnels ont persisté à le présenter comme une guerre assortie d’un “cessez-le-feu fragile”».

Les mots ont un pouvoir. Les mots peuvent justifier les actes. S’il n’y a pas génocide, si Israël se défend dans le cadre d’une guerre, les États-Unis et les alliés européens d’Israël sont en droit de fournir des dizaines de milliards de dollars d’aide militaire. Si cette guerre a été déclenchée par le Hamas le 7 octobre, alors il est légitime de déplorer la destruction de Gaza et les massacres perpétrés par Israël comme le résultat regrettable de cette attaque.

Cette perversion du langage vise, comme l’a souligné Orwell, à défendre l’indéfendable :

«Des choses telles que le maintien de la domination britannique en Inde, les purges et les déportations russes, le largage des bombes atomiques sur le Japon, peuvent certes être défendues, mais uniquement par des arguments trop brutaux pour que la plupart des gens puissent les entendre, et qui ne correspondent pas aux objectifs affichés des partis politiques. Le langage politique se compose donc en grande partie d’euphémismes, de pétitions de principe et d’une imprécision totale. Des villages sans défense sont bombardés, leurs habitants chassés dans la campagne, le bétail mitraillé, les huttes incendiées : voilà ce qu’on appelle la pacification. Des millions de paysans sont spoliés de leurs fermes et contraints de parcourir les routes à pied, n’emportant que le strict nécessaire : c’est ce qu’on appelle le transfert de population ou la rectification des frontières. Des personnes sont emprisonnées pendant des années sans procès, abattues d’une balle dans la nuque ou envoyées mourir du scorbut dans des camps de bûcherons de l’Arctique : c’est ce qu’on appelle l’élimination des éléments indésirables».

Dans son ouvrage Comment vendre un génocide : la complicité des médias dans la destruction de Gaza, Adam Johnson a analysé plus de 12 000 articles du New York Times, du Washington Post, de CNN.com, de Politico, d’Axios, de USA Today et de l’Associated Press, ainsi que 5000 reportages télévisés diffusés sur CNN et MSNBC. Son livre, fruit d’une recherche minutieuse, constitue une dénonciation accablante de la justification du génocide par les médias dits «libéraux».

CNN et le New York Times ont donné pour instruction à leurs rédacteurs et journalistes de n’attribuer les attaques à Israël qu’après confirmation de l’armée israélienne et relevé des coordonnées GPS. Johnson cite une source de CNN :

Que ce soit à la rédaction ou sur le terrain, nous ne pouvions rien attribuer à Israël sans être contraints de qualifier l’événement d’«explosion», un critère impossible à respecter, avant d’avoir géolocalisé le lieu de l’explosion, transmis les coordonnées aux Israéliens et sollicité leur avis.

Vous pouvez visionner une interview de Johnson à propos de son livre sur The Electronic Intifada ici.

Les journalistes de CNN couvrant l’actualité israélienne et palestinienne doivent soumettre leurs reportages au bureau de Jérusalem de la chaîne pour relecture avant diffusion. Le bureau de CNN, comme tous les bureaux de presse en Israël, est tenu de respecter les restrictions imposées par la censure militaire israélienne.

Les rares Palestiniens qui apparaissent sur CNN et autres médias traditionnels sont systématiquement interrogés — généralement avant même d’être autorisés à prendre l’antenne — sur leur «condamnation» du Hamas. Les invités qui expriment même une critique tiède d’Israël se voient demander si Israël «a le droit d’exister».

Personne n’est jamais interrogé sur sa condamnation du sionisme, de l’apartheid, du nettoyage ethnique, du génocide ou de la guerre centenaire menée par Israël contre la Palestine. On ne leur demande pas non plus si les Palestiniens ont le droit de se défendre — ce qui est pourtant le cas en vertu du droit international, y compris par l’usage d’armes.

Nos journalistes et médias, sous influence, sont, comme l’a souligné Robert Fisk, «prisonniers du langage du pouvoir». Ils répètent docilement le lexique officiel. Cela fait d’eux non seulement des propagandistes, mais aussi des complices du génocide.

Ceux qui protestent contre le génocide, y compris les étudiants sur les campus universitaires — dont beaucoup sont juifs –, sont diffamés et traités de «sympathisants du Hamas» et d’«antisémites». Les journalistes traquent les étudiants sionistes, généralement réfugiés dans les maisons Hillel des campus, qui prétendent «craindre pour leur sécurité» en raison des manifestations. Les médias accordent peu d’attention à la montée de l’islamophobie ni à la répression exercée contre les étudiants manifestants, qui comprend non seulement des brutalités policières et 3000 arrestations et détentions, mais aussi des suspensions, des mises à l’épreuve, des expulsions, le retrait de diplômes et le licenciement de professeurs sympathisants.

Les slogans appelant à la libération de la Palestine — notamment «Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre» — ainsi que le drapeau palestinien, sont criminalisés.

Le message est clair : la vie des juifs compte. Celle des Palestiniens ne compte pas.

«Les rapports des agences des Nations unies, des observateurs des droits de l’homme respectés, des revues médicales et du personnel médical professionnel sont généralement traités avec respect et bénéficient d’une large place dans les médias grand public», écrit l’historien Rashid Khalidi dans l’introduction du livre de Robin Anderson, The Complicit Lens: US Media Coverage of Israel’s Genocide in Gaza (Le regard complice : la couverture médiatique américaine du génocide israélien à Gaza).

Il n’en va pas de même dans ce conflit : au contraire, lorsque de telles sources sont citées, elles font l’objet d’un traitement médiatique équivalent aux calomnies et diffamations outrancières proférées à l’encontre de ces organisations et individus, calomnies produites en abondance par la légion de propagandistes professionnels israéliens et ses innombrables défenseurs aux États-Unis. Outre le fait de diffamer les critiques du génocide israélien en les qualifiant de partisans du Hamas ou de sympathisants terroristes, leur principale arme de diffamation est l’instrumentalisation systématique et scandaleuse de l’accusation mortelle d’antisémitisme.

L’exode massif des lecteurs et des téléspectateurs des médias traditionnels vers les plateformes de médias sociaux, qui ne sont pas influencées par le lobby israélien, le gouvernement américain ou les grandes entreprises, est un signe alarmant de la faillite des médias. La réponse à ces défections a été un véritable «platformicide» : le recours aux algorithmes, au shadow banning, à la restriction des diffusions en direct et à la fermeture de comptes par les géants des réseaux sociaux tels que Facebook, Instagram, X, YouTube et TikTok, afin de réduire drastiquement la diffusion d’informations sur la Palestine.

Cette censure s’inscrit dans une stratégie concertée visant à dissimuler l’horreur du génocide au public.

En faisant constamment référence au 7 octobre, les médias occidentaux décontextualisent le génocide. Ils ignorent le siège de Gaza par Israël, qui dure depuis 19 ans. Le 7 octobre est présenté dans ces mêmes médias comme une attaque «non provoquée». Les massacres de Palestiniens non armés perpétrés par Israël à Gaza durant l’hiver 2008-2009, ainsi que ses attaques contre Gaza en 2012, 2014 et lors de la Grande Marche du Retour en 2018-2019, sont passés sous silence.

La Nakba de 1948 — lorsque les sionistes européens se sont emparés de plus de 78% de la Palestine historique, ont expulsé violemment 750 000 Palestiniens, détruit plus de 530 villages palestiniens et tué 15 000 Palestiniens — est rarement évoquée. Soixante-dix pour cent des personnes chassées de leurs foyers en 1948 ont été contraintes de se réfugier à Gaza.

Le projet sioniste repose sur la promotion de l’amnésie historique.

«Dès lors que le Hamas s’est imposé comme un groupe terroriste brutal dont les membres torturaient, démembraient et décapitaient des bébés avec une joie non dissimulée, aucune autre explication n’était nécessaire», écrit Anderson dans son livre. «Les médias ont tout simplement évité de relater l’histoire de la violence israélienne et, par conséquent, les médias dominants ont également ignoré les conditions de vie quotidiennes des Palestiniens».

La fiction d’un cessez-le-feu à Gaza — Israël a tué au moins 1286 Palestiniens et en a blessé 4257 depuis son entrée en vigueur supposée — est devenue le prétexte utilisé par les médias occidentaux pour détourner le regard de Gaza. Ce négationnisme du génocide caractérise leur couverture médiatique depuis ses débuts. Il masque non seulement les crimes d’Israël, mais aussi son intention déclarée de procéder à un nettoyage ethnique de tous les Palestiniens de Gaza. Il vide de sa substance le droit international. Et il discrédite le journalisme.

Lorsque le dernier acte de nettoyage ethnique aura lieu, je suis certain que les médias occidentaux continueront de nous bombarder de propagande israélienne, d’euphémismes et de clichés.

Cela justifiera le génocide jusqu’à la fin.

Source : Chris Hedges via Marie Claire Tellier


samedi 10 octobre 2026

Salon de l’Alyah : Israël fait la promotion de colonies illégales en plein Paris




Le dimanche 11 octobre 2026, Paris accueillera le Salon de l’Alyah, organisé par l’Agence juive pour Israël. L’événement se poursuivra à Marseille le 12 octobre, puis à Lyon le 13. Au programme : emploi, fiscalité, éducation, logement et accompagnement des candidats à l’émigration vers Israël. Jusque-là, rien de particulièrement surprenant. Sauf qu’au milieu des programmes d’intégration figure une organisation proposant de s’installer dans des colonies israéliennes de Cisjordanie occupée. Des implantations illégales au regard du droit international. Bienvenue au salon où même la colonisation semble avoir droit à ses offres promotionnelles.

Un salon de l’immigration avec une option colonisation

Sur son site officiel, l’Agence juive présente un événement destiné à accompagner les personnes souhaitant faire leur alyah, c’est-à-dire immigrer en Israël. Depuis 2023, 150 000 Israéliens ont choisi de s’exiler, une fuite des cerveaux : ce sont majoritairement des personnes hautement éduquées, des diplômés du supérieur et des employés du secteur de la tech.

Les visiteurs pourront rencontrer des représentants du ministère israélien de l’Alya et de l’Intégration, obtenir des renseignements sur le marché du travail, les assurances, les écoles ou encore les démarches administratives.

Mais un nom attire particulièrement l’attention dans la liste des participants : Lekh Lekha, un programme d’immigration collective proposant notamment des installations à Tal Menashe et Alon Shvut, deux colonies israéliennes situées en Cisjordanie occupée.

Et les arguments commerciaux ne manquent pas.

À Tal Menashe, le programme propose des logements préfabriqués avec des loyers particulièrement avantageux pendant deux ans, avant d’éventuelles possibilités d’acquisition à prix modéré.

À Alon Shvut, même principe : logements à loyers modérés et perspectives d’achat immobilier.

On pourrait presque s’attendre à recevoir un grille-pain pour toute nouvelle installation. Il manque seulement un petit détail sur la brochure : le territoire concerné est palestinien.

Aymeric Caron demande l’interdiction du salon

Le député Aymeric Caron a écrit le 6 octobre au préfet de police de Paris pour demander l’interdiction de l’événement. Une démarche soutenue par plusieurs organisations mobilisées pour les droits des Palestiniens, notamment l’Union juive française pour la paix (UJFP) et l’Association France Palestine Solidarité (AFPS).

Le problème dénoncé n’est pas l’immigration juive vers Israël en elle-même, mais la présence d’un programme facilitant l’installation dans des colonies implantées sur des territoires palestiniens occupés.

Cette distinction est essentielle. Le Salon de l’Alyah ne se résume pas à une foire immobilière consacrée aux colonies. Il propose de nombreux services et destinations. Mais la présence de Lekh Lekha suffit à poser une question embarrassante : peut-on, depuis la France, promouvoir des installations dans des colonies condamnées par le droit international ?

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce type d’activité provoque un scandale.
La Cour internationale de Justice n’a pourtant pas laissé de place au doute

Dans son avis consultatif du 19 juillet 2024, la Cour internationale de Justice a confirmé que les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est violent le droit international.

La Cour a également estimé qu’Israël devait cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation et évacuer les colons des territoires palestiniens occupés.

Israël conteste cette interprétation juridique. Mais les décisions politiques israéliennes ne changent pas le statut de ces territoires au regard du droit international.

Décrypter l’actu

En 2023 déjà, neuf colonies avaient été autorisées par le gouvernement israélien, poursuivant une politique d’expansion régulièrement dénoncée par les Nations unies.

En mars 2024, Israël annonçait également la saisie de 800 hectares en Cisjordanie occupée.

Pendant que les organisations internationales demandent l’arrêt de cette politique, certains programmes continuent donc de présenter ces implantations comme de simples destinations résidentielles.
Paris, Marseille, Lyon, jusqu’où va la promotion des colonies ?

La controverse dépasse largement le seul rendez-vous parisien.

Les salons annoncés les 12 et 13 octobre à Marseille et Lyon accueillent eux aussi les candidats à l’immigration vers Israël. La présence du programme Lekh Lekha dans la liste générale des participants ne permet toutefois pas d’affirmer qu’il proposera ses offres dans chacune des trois villes.

Reste une contradiction difficile à ignorer : alors que la communauté internationale réclame la fin de la colonisation, un programme associé à un salon organisé en France présente des logements dans ces mêmes territoires.

La question est désormais entre les mains des autorités françaises. La demande d’interdiction d’Aymeric Caron aboutira-t-elle ? Rien ne permet encore de l’affirmer.

Une chose est certaine : derrière les brochures d’accueil, les conseils fiscaux et les promesses de loyers avantageux se cache une réalité autrement moins séduisante pour les Palestiniens qui vivent sous occupation.

Dans la politique israélienne de colonisation, le droit international ressemble décidément à une clause contractuelle imprimée en tout petits caractères. Et que personne ne semble pressé de lire.

Yoann pour le Média en 4-4-2



vendredi 9 octobre 2026

Un faux groupe de réflexion américain, créé et financé par Israël, a cherché à manipuler l'IA à des fins de propagande




Vous avez déjà posé une question à ChatGPT ou Gemini sur Gaza et la réponse vous a paru étrangement propre, aseptisée, favorable à Israël ?

Ce n'est pas un hasard. C'est une manipulation massive, organisée, financée à coups de dizaines de millions de dollars.

Voici comment ça marche, simplement.

Quand vous interrogez une IA, elle ne pense pas. Elle pioche sur le web des « sources fiables » et les assemble comme des vérités. Sauf que ces sources, Israël les fabrique de toutes pièces.

Le gouvernement israélien a créé un faux institut de recherche américain, le Hanover Institute for Public Policy. Pas de bureau, pas de chercheurs, pas d'existence réelle. Juste un nom qui sonne crédible et des tonnes de textes jetés dans la machine. En 9 jours, 124 rapports, plus d'un demi-million de mots, formatés pour être lus, digérés, cités par les IA. Les titres ? Exactement les questions que vous posez : « L'antisionisme est-il de l'antisémitisme ? », « Israël commet-il un génocide ? », « Israël a-t-il affamé Gaza ? ».

Et l'IA tombe dans le piège. Elle prend ces rapports pour des études académiques, les intègre, et vous recrache une réponse biaisée sous couvert de neutralité.

Le pire ? Ils utilisent le GEO, une technique de référencement surpuissant conçue uniquement pour tromper les algorithmes d'IA. Chaque phrase, chaque note de bas de page, chaque statistique est calibrée pour que la machine morde à l'hameçon. Ce n'est pas de la désinformation classique, c'est de l'ingénierie du mensonge.

Les sommes sont colossales. Des dizaines de millions de dollars injectés via des agences à New York et en Europe, Piro Inc, Havas Media, pour inonder le web de récits pro-israéliens. Une guerre numérique à prix d'or, menée par un État qui a bâti toute son histoire sur des mythes, des faux témoignages, des territoires volés sous prétexte biblique, des massacres justifiés par des « droits historiques » sans cesse réinventés. Israël ment depuis sa naissance. Il ment sur sa légitimité, sur ses frontières, sur ses crimes, sur ses victimes. Et aujourd'hui, il ment aux machines pour que les machines mentent pour lui.

Pendant ce temps, nous regardons. Pas de contre-offensive, pas de riposte numérique, pas de mobilisation. On laisse ces milliards façonner la mémoire de demain. Les étudiants, les journalistes, les citoyens du monde entier poseront leurs questions et recevront des réponses forgées par un État dont la seule constante est l'effacement des autres.

Il est temps de comprendre. Et d'agir. Parce que si nous ne ripostons pas aujourd'hui, nous n'aurons plus rien à dire demain. L'histoire s'écrit déjà dans les chatbots. Et elle est en train d'être falsifiée.

The Guardian a publié un article intéressant sur ce sujet :

Fake US thinktank set up and funded by Israel sought to game AI for propaganda
https://www.theguardian.com/world/2026/aug/26/fake-thinktank-israel-ai-propaganda

Source :


mercredi 7 octobre 2026

Israël tente d’effacer son génocide, mais il n’y a pas de retour en arrière possible



par Ramzy Baroud


La décision de Bogota de reconnaître la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan syrien occupé marque un tournant dangereux.

En devenant le deuxième pays au monde — après les États-Unis — à approuver l’annexion illégale par Israël du territoire syrien, la Colombie, sous l’égide de son nouveau président d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, a pris le contre-pied de la politique étrangère de Gustavo Petro.

Hélas, la Colombie n’est pas un cas isolé. Son revirement s’explique par la très large et très agressive campagne menée par Israël pour renverser et détruire systématiquement les mouvements et soutiens pro-palestiniens et pro-arabes forgés de haute lutte à travers le monde.

La volte-face de Bogotá s’accompagne de changements spectaculaires à Caracas, où les dirigeants par intérim du Venezuela ont pris des mesures pour rétablir les relations consulaires avec Israël après 17 ans de gel.

La même chose se produit en Europe. La Slovénie en est un excellent exemple : le gouvernement nouvellement installé, dirigé par Janez Janša, a retiré le drapeau palestinien des bâtiments gouvernementaux et a annoncé son intention de geler la reconnaissance de l’État palestinien prévue pour 2024 et de transférer son ambassade à Jérusalem.

Israël sait que son soi-disant «problème de relations publiques» ne se résume plus à une simple perte d’image causée par d’occasionnelles critiques médiatiques.

À cause du génocide à Gaza, associé à un discours génocidaire et à des guerres d’agression à travers le Moyen-Orient, Israël ne pourra pas, cette fois-ci, se remettre aisément des dommages qu’il a infligés à sa réputation internationale.

Bien que certains milieux, y compris ceux qui se disent critiques envers Israël, insistent sur le fait que le problème réside dans le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son gouvernement d’extrémistes, la vérité est bien pire : Israël en tant que pays, en tant que projet colonial et en tant qu’idéologie est de plus en plus remis en question.

Même au sein des grands médias israéliens, certains ont commencé à reconnaître la gravité de la crise. «Il est peut-être temps de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’un échec en matière de relations publiques, mais d’un échec moral», a déclaré l’année dernière Yonit Levi, une présentatrice de télévision israélienne de premier plan.

Le Washington Post, quant à lui, a décrit Israël comme «en train de devenir un paria mondial».

Mais les dirigeants israéliens refusent de reconnaître les changements potentiellement irréversibles dans l’opinion mondiale à l’égard de leur pays et du sionisme dans son ensemble et trouvent du réconfort dans deux facteurs : premièrement, le soutien continu des États-Unis — et, par extension, de l’Occident ; et deuxièmement, en lien direct avec le premier, leur capacité à faire évoluer les positions des gouvernements vis-à-vis d’Israël par des moyens politiques, diplomatiques et autres.

Pour Israël, le peuple n’a jamais compté ; seuls les gouvernements comptent.

La Colombie en est l’illustration. Israël n’avait pas besoin de renverser l’opinion publique colombienne ni de détricoter des années de solidarité avec la Palestine. Il lui suffisait d’un changement de gouvernement, comme l’a montré l’élection de De la Espriella, ouvertement pro-israélien.

Les conséquences politiques ont été quasi immédiates. De la Espriella a pris des mesures pour rétablir pleinement les relations avec Israël, retirer le soutien de la Colombie à l’affaire du génocide impliquant l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, reprendre les exportations de charbon et, surtout, reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan occupé.

Ce revirement rapide confère également une importance accrue aux déclarations répétées de l’ancien président Petro concernant l’ingérence des États-Unis et d’Israël dans l’élection qui a conduit à la défaite du candidat de gauche Iván Cepeda.

Bien que ces accusations restent contestées, le résultat en lui-même est indéniable : un changement de gouvernement a suffi pour amorcer le démantèlement de la politique colombienne menée depuis des années à l’égard de la Palestine et d’Israël.

Il en va de même pour le Venezuela. Beaucoup ont d’abord considéré la prise de contrôle par les États-Unis du président pro-palestinien Nicolás Maduro comme un simple épisode de plus dans la longue histoire des interventions de Washington en Amérique latine. Mais la rapidité avec laquelle le Venezuela s’est ensuite réorienté suggère une transformation plus large.

Le signe le plus évident en est le rapprochement croissant entre Caracas et Tel-Aviv. Le Venezuela avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël sous Hugo Chávez en 2009, à la suite de la guerre contre Gaza. Dix-sept ans plus tard, les deux gouvernements ont convenu de rétablir les services consulaires — une étape significative vers la normalisation et un symbole puissant de l’évolution de l’orientation géopolitique du Venezuela.

Les relations d’Israël avec une grande partie du Sud ont historiquement été tendues, marquées par son caractère colonial, ses agressions militaires et son alignement étroit sur les puissances occidentales.

Sous Netanyahou, avant le génocide, Israël s’était efforcé systématiquement de briser cet isolement. Il avait étendu son influence à travers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine en profitant de l’affaiblissement de l’ordre mondial dominé par les États-Unis.

Mais le génocide à Gaza a annulé de manière spectaculaire ces avancées, non seulement dans les pays du Sud, mais aussi à l’échelle mondiale.

Le défi, pour le mouvement de solidarité avec la Palestine, consiste désormais à rendre ce revirement durable — et à faire en sorte que les récents progrès d’Israël en Colombie, au Venezuela, en Slovénie et ailleurs restent temporaires.

Cependant les pays arabes peuvent — et doivent — faire davantage. Leur condamnation rapide de la décision colombienne sur le Golan, en vertu de la résolution 497 du Conseil de sécurité de l’ONU, est nécessaire, mais les déclarations seules ne suffisent pas à contrer l’offensive diplomatique d’Israël.

Les positions de principe sur la Palestine et les territoires arabes occupés doivent être renforcées par des partenariats économiques, diplomatiques et stratégiques. Sinon, les acquis politiques obtenus de haute lutte resteront fragiles, facilement remis en cause à chaque changement de gouvernement.

Nous sommes à l’aube d’un moment historique, une réalité de plus en plus reconnue par les responsables politiques, les historiens et les médias israéliens eux-mêmes. Il serait impardonnable de gâcher cette occasion d’exposer les crimes d’Israël en Palestine et dans tout le Moyen-Orient et de l’obliger à rendre des comptes.

La lutte pour la justice en Palestine a déjà pris une dimension mondiale, et ceux d’entre nous qui se soucient profondément de Gaza doivent comprendre l’importance de cette transformation. Israël se bat pour inverser son isolement croissant et il ne faut pas s’attendre à ce qu’il abandonne de sitôt.

C’est pourquoi nous devons intensifier nos efforts, en utilisant tous les moyens conformes au droit international et aux aspirations du peuple palestinien, afin de garantir que la transformation historique de l’opinion que le génocide israélien à Gaza a provoquée ne puisse tout simplement pas être inversée.

Israël doit comprendre qu’il n’y aura pas de retour au statu quo et qu’il n’échappera pas à la reddition de comptes, parce qu’après un génocide, on ne peut pas revenir en arrière.

source : Middle East Monitor via Chronique de Palestine

traduction Dominique Muselet


lundi 5 octobre 2026

La "Cabale" c'est quoi ?


Selon Hidden Amurakka (Author ॐ Philosopher King of the Schizos 𓂀 Memetic Magician) :

"Ce n'est pas une race.

Ce n'est pas une religion.

C'est un culte du contrôle fondé sur le sang.




Les francs-maçons sont leurs mains.

La Noblesse noire est leur couronne.

Les agents sionistes sont leur porte-parole.

Les technocrates et les PDG sont leurs troupes de terrain.

Ils trônent au sommet d'une pyramide constituée par la finance, l'industrie pharmaceutique, les croyances religieuses, les manipulations, la fausse science, la propagande et les MENSONGES.

Leur dieu est le Contrôle. Leur évangile est la Peur. Leur but est la Possession totale."




Israël première (et même seule) puissance mondiale



Paul Craig Roberts a mis les pieds dans le plat. Il démontre qu’Israël et les USA sont les deux seules puissances mondiales ; Israël est le cerveau qu’il vaut mieux ne pas emmerder. Comme disait le président Weizmann, les juifs sont comme les autres, mais plus. Dans monde de zombies et de soumis on encore un pays neuf et nerveux, prolifique et archéofuturiste, motivé et volontaire. Les autres ne le sont pas ou plus (lisez Kusmiak sur l’effondrement chinois). Il n’y a pas de pays musulmans, pas de lien Chine-Russie, pas de sud global, pas d’Europe de destin. Le très raisonnable Talmud a raison de faire un distinguo entre les juifs et les goys.

Mais écoutons le vieux maître :

"Deux forces seulement sont à l’œuvre aujourd’hui en politique étrangère mondiale : la doctrine néoconservatrice de l’hégémonie américaine et le projet israélien du Grand Israël."

Oui, depuis trente ans et plus maintenant (première guerre du golfe, de loin la plus importante, qui marqua la fin de la Russie), ils font ce qu’ils veulent. Et la caravane de la mondialisation bêlante suit et même marche au pas (guerres, vaccin, Covid, écologie, internet, camp digital d’Ellison, déplacement de peuples, financiarisation, etc.)

Craig Roberts ajoute :

"Il semble que ni les gouvernements (à l’exception d’Israël), ni les médias, ni les commentateurs ne comprennent ce qui se passe au Moyen-Orient. Des gouvernements proposent leur médiation. La Russie et la Chine, qui auraient pu empêcher le conflit, appellent à la paix. Un responsable du gouvernement iranien a présenté ses excuses pour avoir attaqué les cités-États pétrolières arabes servant de bases aériennes et navales aux États-Unis lors de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran. Il semblerait que la mentalité de Poutine, consistant à ne jamais attaquer ceux qui facilitent les attaques contre la Russie, se soit étendue à l’Iran."

La Russie (créée par les bolchéviques en 17, détruite par les oligarques ensuite) et la Chine (créée par les communistes américains en 49, recré
ée par Kissinger ensuite) ne font rien contre leur décidément surhumain démiurge :

"La Russie et la Chine ignorent-elles que leurs appels à la paix sont ridicules et témoignent d’une totale déconnexion avec la réalité ? Il en va de même pour le reste du monde, les médias et les nombreux commentateurs. Leurs discours interminables sont insupportables."

Depuis vingt ans Craig Roberts se moque de Poutine (qui a peut-être été remplacé, lui comme d’autres) :

"De même que Poutine fait preuve d’un irréalisme incroyable en pensant pouvoir obtenir un accord de sécurité mutuelle avec Washington avant que ce dernier n’abandonne son hégémonie mondiale comme principal objectif de sa politique étrangère, les gouvernements du monde entier, y compris l’Iran, et les experts font preuve d’un irréalisme incroyable en ignorant que l’existence de l’Iran est incompatible avec le Grand Israël."

Il y a une pensée unique telle que décrite par Maurice Joly dans ses Entretiens (voyez mon texte) :

"Depuis le 11 septembre, la propagande de guerre a pris le pas sur les faits. Il en résulte des médias totalement déconnectés de la réalité, qui se contentent de relayer le discours officiel du moment. Les médias occidentaux ont depuis longtemps perdu toute capacité d’analyse, d’explication intelligente ou de reportage véridique. Leur seul objectif est de s’en prendre à la cible du moment."

La réalité c’est ce qu’on invente, oublie Roberts, qui néglige son Baudrillard. De même les antisystèmes se heurtent au mur de la réalité, comme l’a rappelé Rochedy. Paul ajoute :

"Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le monde ferme une fois de plus les yeux sur un crime de guerre israélo-américain. Un pays engagé dans des négociations de paix a été secrètement attaqué. Ce crime de guerre flagrant a été ignoré par les gouvernements, à l’exception d’un membre d’un gouvernement européen."

L’aveuglement des sous-hommes ou du troupeau des nations est aveuglant :

"Quelles en seront les conséquences ? À ma connaissance, aucune des cibles d’Israël et de Washington ne semble pleinement consciente d’être visée et tous continuent de croire aux négociations, malgré les attaques perpétrées à deux reprises contre l’Iran. Cet aveuglement encouragera de nouvelles provocations de la part d’Israël et de son allié à la Maison Blanche."

Craig Roberts croit en l’Antéchrist.

"Il me semble qu’on peut avancer, et cela a peut-être déjà été fait, que les sionistes sont des agents de Satan et que l’Antéchrist surgira de leurs rangs. Peut-être s’agit-il de Netanyahou."

Moi non, puisque le christianisme fait partie de la conspiration. Relisez Céline ! L’enfant terrible du judaïsme qui détruisit l’empire romain (Jésus simple réformateur libéral – dixit Daniélou – pris pour un Dieu) est devenu son idiot utile surtout depuis Gutenberg et le protestantisme (Macluhan). Et Céline rajoutait après Nietzsche :

"Propagée aux races viriles, aux races aryennes détestées, la religion de “ Pierre et Paul ” fit admirablement son œuvre, elle décatit en mendigots, en sous-hommes dès le berceau, les peuples soumis, les hordes enivrées de littérature christianique, lancées éperdues imbéciles, à la conquête du Saint Suaire, des hosties magiques, délaissant à jamais leurs Dieux, leurs religions exaltantes, leurs Dieux de sang, leurs Dieux de race. Ce n’est pas tout. Crime des crimes, la religion catholique fut à travers toute notre histoire, la grande proxénète, la grande métisseuse des races nobles, la grande procureuse aux pourris (avec tous les saints sacrements), l’enragée contaminatrice. La religion catholique fondée par douze juifs aura fièrement joué tout son rôle lorsque nous aurons disparu, sous les flots de l’énorme tourbe, du géant lupanar afro-asiate qui se prépare à l’horizon (les Beaux Draps)."

Et Craig Roberts d’assener cette vérité psychologique élémentaire chère à Gustave Le Bon :

"Netanyahou est la force dominante dans le monde aujourd’hui, et non Trump, Poutine ou Xi. Ils ne sont même pas des acteurs importants."

A un niveau inférieur le petit Zelenski se débrouille très bien face à l’Europe mondialo-talmudique de la hyène. Trump là aussi aura compris qui RÉGNAIT.

Cet homme grand (Bibi donc) et indestructible en effet a tout réussi. Il est le Roi de notre époque, le nazi (roi des juifs) dont parle Drumont en… 1885. Et son peuple le suit admirablement (je le dis comme observateur, pas comme admirateur) :

"Netanyahou a utilisé les Américains pour détruire Israël, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Soudan et la Somalie, et maintenant, ses cibles sont l’Iran, l’Arabie saoudite, le Liban et la Turquie."

On attend impatiemment la destruction de l’une (l’Arabie) et de l’autre (la Turquie). Mon ami Péroncel-Hugoz avait déjà fait une croix sur le Liban dans les années 80.

Roberts résume le reste des gouvernements :

"Fidèles à leur réputation, ces pays ne s’uniront pas plus pour se protéger que la Russie, l’Iran et la Chine ne l’ont fait. Il semble que le monde soit menacé par des gouvernements incapables de comprendre la réalité. Peut-être sont-ils trop occupés à détourner l’argent des contribuables, à accepter des pots-de-vin et à conclure des accords commerciaux."

Demandez à Lula et à Modi pour voir (oh, ce cheerleader d’Escobar…).

J’oubliais : l’ONU qui a déplu à Trump et à Israël est ruinée et va être démantelée et ramenée à quelques nations. Deux serait le nombre idéal.

Et tant mieux si je me trompe…

Un dernier mot : l’Iran si dangereux ( !) a tué seulement vingt-sept personnes dont sept américains (Marc Crovelli) en une semaine. Même si pour faire plaisir à Johnson (et si c’était comme Ritter un agent de l’opposition contrôlant, ce clown froid ?) on ramène le chiffre à 200, désolé, mais ce n’est pas comme cela que je comprends la guerre. C’est une charade, comme dit Maków.

Source : Nicolas Bonnal

Via :
https://lesakerfrancophone.fr/israel-premiere-et-meme-seule-puissance-mondiale


samedi 3 octobre 2026

Pourquoi les puissants détestent-ils tant la Palestine ?


La Palestine est un sujet tabou, car elle enseigne aux gens à se demander qui pilote la machine. Et aucun de ceux qui la gèrent ne souhaite que la réflexion se diffuse.



Pourquoi les puissants détestent-ils tant la Palestine ?


Pourquoi un système mortifère et destructeur redoute les défenseurs de la Palestine.

La police anti-émeute bahreïnienne a dispersé une manifestation en octobre 2023 et a déféré six hommes devant le parquet. Human Rights Watch a recensé des dizaines d’interrogatoires à travers le royaume, dont certains ont impliqué des mineurs.

À Berlin, lors de la Journée des peuples autochtones ce même mois, la police a dispersé une manifestation anticolonialiste devant le ministère des Affaires étrangères et a interpellé ceux qui brandissaient des drapeaux palestiniens, affirmant aux organisateurs que la Palestine n’a “rien à voir avec le colonialisme”. Le 13 octobre, le Sénat de Berlin a publié une directive à l’intention des établissements scolaires leur permettant d’interdire le keffieh, les cartes de la Palestine et le slogan “Free Palestine”, au motif que ces éléments peuvent être interprétés comme un soutien à la violence et risquent de porter atteinte à la bonne marche des cours. Le Centre européen d’aide juridique a recensé six cents interpellations à Berlin en seulement neuf jours.

Le 12 octobre, le ministre français de l’Intérieur a adressé un télégramme aux préfets leur recommandant d’interdire les manifestations pro-palestiniennes. Le Conseil d’État a par la suite refusé d’annuler cette décision, estimant que les préfets pouvaient statuer au cas par cas, tout en reconnaissant que la formulation avait été “malheureusement imprécise”. Les manifestations en faveur d’Israël n’ont toutefois eu aucune difficulté à obtenir les autorisations adéquates.

Puis vint le tour de la Grande-Bretagne. En juillet 2025, le gouvernement a interdit Palestine Action en vertu de la loi de 2000 sur le terrorisme, faisant du soutien à cette organisation un délit passible d’une peine maximale de quatorze ans. Des citoyens lambda ont alors réagi en organisant un sit-in sur Parliament Square, brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : “Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action”. La police en a arrêté des centaines. Quatre cent soixante-six en une seule journée d’août, le plus grand nombre d’arrestations en une seule journée par la police métropolitaine depuis une décennie. En septembre, près de neuf cents. Les chiffres officiels de l’année arrêtés en septembre 2025 ont révélé une augmentation de 660 % des arrestations liées au terrorisme, dont 1 630 sur 1 886 liées à cette seule campagne, l’âge moyen des personnes arrêtées étant de cinquante-sept ans. Parmi celles-ci figuraient des prêtres à la retraite, un ancien détenu de Guantánamo, d’anciens combattants, des descendants de survivants de l’Holocauste, et une femme de quatre-vingt-trois ans équipée d’un déambulateur. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a qualifié cette mesure d’abus inquiétant de la législation antiterroriste. Le gouvernement a poursuivi cette politique.

Dans la nuit du 8 mars 2025, des agents fédéraux en civil ont arrêté Mahmoud Khalil dans son immeuble à New York sous les yeux de sa femme enceinte. Ils lui ont annoncé que son visa étudiant venait d’être révoqué. Lorsqu’il a présenté sa carte verte, ils lui ont rétorqué qu’elle était également suspendue. Il a été transféré par avion vers un centre de détention de l’ICE à Jena, en Louisiane, où il a été détenu pendant cent quatre jours. Aucune infraction ne lui a été reprochée. Ce transfert s’appuyait sur une disposition de la loi sur l’immigration et la nationalité datant de la Guerre froide, autorisant une expulsion si le secrétaire d’État estime que la présence d’une personne porte atteinte aux intérêts de la politique étrangère américaine. La juge de l’immigration de Louisiane a clairement déclaré ne pas avoir autorité pour remettre en cause cette décision. Quelques jours plus tard, l’étudiante turque Rümeysa Öztürk a elle aussi été arrêtée dans une rue de Somerville par des agents cagoulés de l’ICE, en raison d’une tribune publiée dans un journal universitaire. Les procès-verbaux font état de plus de cinq mille personnes fichées et de centaines de visas révoqués au cours du premier semestre de cette année-là.

Bahreïn et Berlin. Le Caire et Paris. Londres et la Louisiane. Traditions constitutionnelles et hymnes différents, mais même mécanisme réflexe.

Un réflexe motivé

Une explication commode voudrait que les gouvernements occidentaux ne soient pas très futés et qu’ils réagissent de manière excessive à l’antisémitisme, tandis que les autocrates du Golfe ne seraient que des dictateurs. Cette explication ne tient plus dès qu’on réalise à quel point la répression cible ses victimes avec précision. Ces attaques ne portent pas sur la violence, mais sur des symboles. Un foulard. Une carte. Des noms.

La solidarité avec la Palestine est traitée comme une urgence tant à Riyad qu’à Westminster pour le même motif : c’est l’unique revendication politique qui pousse à s’interroger sur la structure du monde dans lequel on vit, et à voir qui en tient les rênes.

L’intellectuel palestinien Ghassan Kanafani a été tué à Beyrouth le 8 juillet 1972 lorsqu’un agent du Mossad a placé une bombe déclenchée par le système d’allumage de sa voiture. Sa nièce Lamees, âgée de dix-sept ans, est morte à ses côtés. Il était romancier et éditeur, et c’est la raison pour laquelle il a été exécuté dans un quartier résidentiel.

Kanafani a identifié trois composantes de l’ennemi. L’impérialisme américain en premier lieu, et il incluait Israël dans cette catégorie plutôt qu’à part, car sans le soutien impérialiste, le régime ne peut fonctionner. Venaient ensuite les régimes réactionnaires arabophones dont la survie était tributaire du maintien de la soumission de leurs propres populations. Enfin, la classe compradore palestinienne, ces hommes prêts à négocier la défaite de leur propre peuple en échange de quelques avantages.

La seconde catégorie a pris une ampleur qui dépasse le monde arabophone, il faut le reconnaître. Selon moi, Kanafani décrivait plus un comportement qu’une zone géographique : l’élite locale qui tire son autorité de son alignement sur l’impérialisme américain et qui, par conséquent, réprime son propre peuple pour le compte d’autrui. Ce phénomène touche désormais les cinq continents.

L’Allemagne est devenue l’un des principaux fournisseurs d’armes d’Israël tout en interdisant le port du foulard dans ses propres écoles. La Grande-Bretagne a interdit un groupe de manifestants et s’est mis à arrêter des retraités en vertu de la législation antiterroriste. La France a ordonné à ses préfets d’interdire purement et simplement les manifestations. Le F-35 qui rasera un pâté de maisons à Gaza est assemblé à partir de composants fabriqués dans différents pays membres de l’OTAN, comme aux Pays-Bas, signe que l’alliance ne se contente pas d’être spectatrice des bombardements, mais qu’elle y contribue en tant que chaîne d’approvisionnement.

L’Argentine, sous Milei(kowsky) — oui, il aurait un lien de parenté avec Netanyahu/Mileikowsky, ce qui en dit long sur les élites dirigeantes mondiales — a réorienté sa politique étrangère autour de son allégeance à Washington et Jérusalem, contre les intérêts de son propre pays.

Les Philippines hébergent des bases militaires américaines en achetant des drones et des véhicules blindés israéliens pour réprimer leur propre population. Le Japon compte des dizaines de milliers de soldats américains sur son sol et qualifie cet petit arrangement de “partenariat de sécurité”, alors que les abus sexuels commis sur de jeunes filles japonaises par des soldats américains sont devenus endémiques.

L’Égypte verrouille le checkpoint de Rafah et appelle ça de la “souveraineté”. La Jordanie intercepte tout ce qui survole son territoire et parle de “gestion de l’espace aérien”.

Les uniformes diffèrent, les parlements aussi, y compris le degré de coercition. Ce qui ne change pas, c’est la fonction : ces gouvernements tirent chacun leur légitimité, leurs armes, leur accès aux marchés ou les termes de leur endettement en partie du même pouvoir central, et chacun traite donc les manifestations en faveur de la Palestine comme une menace intérieure plutôt que comme une question d’opinion étrangère. À première vue, le ministère de l’Intérieur bahreïni et le Sénat de Berlin semblent aux antipodes sur le plan constitutionnel. Pourtant, ils partagent un même instinct qui les pousse tous deux à détester le drapeau palestinien — pour préserver le système.

Les deux piliers de la domination

Adam Hanieh, économiste politique palestinien, brosse un tableau plus précis de la structure régionale. La domination américaine sur l’Asie occidentale repose sur deux fondements. Le premier est Israël, implanté par le pouvoir britannique dont Washington a hérité après 1967 après qu’il a fait ses preuves au combat, une garnison armée se dressant à la jonction du canal de Suez et de la côte levantine. Le second est le groupe des monarchies pétrolières, dépositaires des plus grandes réserves d’hydrocarbures et des fonds souverains de la planète, dont les dirigeants convertissent l’héritage pétrolier de leurs sujets en bons du Trésor américains, en armes américaines, en centres de données américains et en impunité américaine.

Étendez ce modèle vers l’extérieur et l’ensemble du système apparaît. Le Golfe recycle les pétrodollars au profit de l’empire. L’Europe recycle sa capacité industrielle au profit de l’arsenal impérial. Les États clients d’Amérique latine et d’Asie recyclent leur territoire en droits d’implantation impériaux et leur politique en blocs électoraux impériaux aux Nations unies. Israël fournit les logiciels de surveillance, la doctrine de contrôle des foules et l’équipement testé au combat génocide que chacun de ces gouvernements retourne ensuite contre sa propre population révoltée.

Kanafani savait qu’un Palestinien combattant dans un camp de réfugiés au Liban lutte contre la même structure qu’un mineur en grève en Bolivie. Il a été tué pour l’avoir compris. Un demi-siècle plus tard, cette structure compte davantage de maillons, davantage d’actionnaires et de meilleurs avocats, et elle ne peut toujours pas tolérer la vue d’un drapeau sur une place, car ce drapeau est le fil qui, si on tire suffisamment fort, détricote tout l’habit.

Chaque processus de paix du dernier demi-siècle n’a été qu’une tentative de fusionner ces deux piliers (l’empire américano-israélien et les États vassaux) en une structure unique. L’Égypte en 1979. La Jordanie en 1994. Les Accords d’Abraham en 2020, lorsque les Émirats, Bahreïn, le Soudan et le Maroc se sont rassemblés à Washington pour des séances photo et ont chacun empoché leur part. Le Maroc s’est vu accorder la reconnaissance américaine de sa colonisation du Sahara occidental. Le Soudan a obtenu son retrait de la liste des États soutenant le terrorisme, mais seulement après qu’un gouvernement de transition aux caisses vides a accepté de verser 335 millions de dollars dans un fonds d’indemnisation et de reconnaître Israël comme contrepartie de sa propre réintégration dans l’économie mondiale. On a promis aux Émirats des drones sophistiqués et une place dans la liste d’attente pour obtenir ses F-35. La normalisation avec l’Arabie saoudite a été brandie depuis comme un appât, avec pour incitations une coopération nucléaire civile et une garantie en matière de défense (que l’Iran a désormais rendue caduque).

La normalisation intègre Israël aux États vassaux

Les échanges commerciaux entre Israël et les Émirats sont passés d’environ deux cents millions de dollars en 2020 à près de trois milliards deux cents millions en 2024, soit une multiplication par quinze en quatre ans, officialisée par un accord de libre-échange en vigueur depuis 2023 (soit depuis le début du génocide). Les catégories importent plus encore que les montants totaux : désalinisation, technologies de l’eau, agritech, semences, drones, cyber-surveillance, infrastructure cloud, logistique, interconnexion des réseaux électriques.

Pensez un instant à ce que cela signifie. Lorsque l’eau qu’une ville du Golfe consomme, les logiciels qui surveillent sa propre population, les denrées alimentaires de sa chaîne d’approvisionnement et l’électricité de son réseau passent tous par des entreprises israéliennes et des brevets israéliens, la survie de la famille régnante devient alors physiquement indissociable de celle du colonisateur. La libération des Palestiniens cesse d’être une question morale abstraite pour ces régimes pour devenir une menace infrastructurelle. L’eau leur parvient par l’intermédiaire de l’occupant. Leur État de surveillance est agréé par l’occupant. Leurs ambitions nucléaires sont subordonnées à leur soumission à l’occupant.

Tel était le plan. La normalisation a eu pour but de liquider la cause palestinienne. Et cela a bien failli réussir. Ce qui a fait dérailler l’agenda, c’est la résistance d’octobre 2023 et la colère des citoyens lambda, d’Amman à Rabat en passant par Sanaa, au prix d’un bain de sang palestinien sans précédent.

Cette même intégration d’Israël dans la société s’opère dans le reste du monde, à Berlin, Washington et Londres, notamment. Licences allemandes d’exportation d’armes vers Israël. Filiales d’Elbit Systems dans les Midlands anglais. Composants du F-35 traversant l’Atlantique. Les fonds de dotation, les fonds souverains et les caisses de retraite publiques qui détiennent des actions. Les partenariats de recherche universitaires. Les services de police qui envoient des agents en voyages d’études. Les contrats de cloud computing. Les logiciels de surveillance vendus aux agences mêmes qui ont arrêté Mahmoud Khalil.

Le drapeau les menace tous, car il est désormais le symbole de la résistance aux quatre coins du monde.

La cartographie sous-jacente à la morale

Demandez-vous pourquoi un empire préfère réduire tout un peuple en cendres plutôt que perdre ce territoire.

Environ vingt millions de barils de pétrole transitaient chaque jour par le détroit d’Ormuz en 2024, soit environ un cinquième de la consommation mondiale de produits pétroliers liquides, plus d’un quart de l’ensemble du commerce maritime de pétrole, et environ un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial, dont la majeure partie provient du Qatar. Ajoutez-y le canal de Suez, l’oléoduc SUMED et Bab el-Mandeb. La région produit environ un tiers du pétrole mondial.

Quiconque contrôle ces vannes contrôle l’économie mondiale, y compris l’essor industriel de la Chine, dont les marchandises et l’énergie transitent par ces mêmes détroits et ces mêmes ports du Golfe. Tel est l’enjeu, et la Palestine en est le pivot.

La mission des monarchies du Golfe consiste à maintenir les vannes ouvertes, à garantir des cours acceptables, à réinjecter les excédents dans les marchés d’actifs impériaux et à maintenir la population sous contrôle. Les gouvernements européens ont sous-traité cette même mission, ce qui explique pourquoi un policier allemand déclare à une coalition anticolonialiste que la Palestine “n’a rien à voir avec le colonialisme” et croit faire respecter la loi alors qu’en réalité, il défend un corridor maritime. Ou pire encore : l’Empire américain.

Ce que la foule s’est mise à chanter

C’est le moment que redoutent les puissants, et il a déjà eu lieu dans des villes qui, en apparence, ne semblent pas partager le même système politique.

En octobre 2023, le régime de Sissi en Égypte a appelé la population à descendre dans la rue pour Gaza, s’attendant à une démonstration contrôlée de loyauté. Des milliers de personnes ont ignoré les zones de rassemblement désignées, ont défilé depuis al-Azhar et ont occupé la place Tahrir en moins d’une heure. Puis les slogans de 2011 ont refait surface : “Pain, liberté et justice sociale”, et la police a débarqué. Environ cent quatorze arrestations ont eu lieu dans tout le pays. Des rapporteurs spéciaux des Nations unies se sont ensuite penchés sur plusieurs cas de manifestants détenus au secret et accusés d’appartenance à une organisation terroriste, certains passant des années en détention provisoire pour un simple après-midi passé sur une place.

Cela vous rappelle quelque chose ? Le Royaume-Uni traite sa propre population exactement de la même manière, tout en osant qualifier les “monarchies arabes” d’autocratiques. Mais jamais l’Occident “démocratique”, bien sûr. La Grande-Bretagne a arrêté plus de gens en vertu de la loi antiterroriste pour des motifs liés à la Palestine que l’Égypte n’en a arrêté au total pour le même motif.

En Algérie, un État qui a fondé sa légitimité sur son passé anticolonial et n’a jamais reconnu Israël, les marches en faveur de Gaza ont été tolérées jusqu’à ce que la foule se mette à scander des chants sur la liberté et la dignité. Fin des autorisations.

La même dynamique se retrouve en Occident. À Berlin, des étudiants venus manifester pour Gaza ont commencé à s’interroger sur les licences d’armement allemandes, puis sur ceux qui en tirent profit, puis sur les pratiques policières racialisées à Neukölln, puis enfin sur les vies que la conscience allemande d’après-guerre (“plus jamais ça”) a réellement pour vocation de protéger.

En Grande-Bretagne, la campagne Palestine Action est passée de Gaza à l’usine d’une entreprise d’armement israélienne à Bristol, et l’État a réagi en inventant une nouvelle catégorie de terroristes composée principalement de retraités munis de feutres et de cartons.

Aux États-Unis, les campements qui exigeaient au départ un cessez-le-feu ont fini par réclamer la divulgation des avoirs des fonds de dotation. C’est alors que les forces anti-émeutes sont intervenues et que les administrateurs ont découvert les principes qui leur étaient chers.

La Palestine est un sujet tabou, car elle enseigne aux gens à se demander qui pilote la machine. Et aucun de ceux qui la gèrent ne souhaite que la réflexion se diffuse.

Race, travail et rempart

Theodor Herzl décrivait le futur État juif comme partie d’un rempart de l’Europe contre l’Asie, un avant-poste de la civilisation contre la barbarie. Dans ses journaux intimes, il imaginait apporter propreté, ordre et bonnes mœurs occidentales à ce qu’il qualifiait de recoin de l’Orient gangréné par la peste.

Si l’on écoute attentivement les propos du colonisateur, on constate que la liste de ses accusations n’est autre qu’une auto-description. Il les qualifie de crasseux alors que les MST sévissent dans les immeubles insalubres de ses propres villes industrielles. Il les taxe de barbares tout en supervisant les camps et les bombardements incendiaires de civils à grande échelle. Il les traite de fanatiques tout en citant les Écritures pour justifier une revendication territoriale. Il les qualifie de paresseux alors qu’il vit de leur travail. Il les juge perfides, alors qu’il est lui-même arrivé sous un mandat qu’il avait déjà décidé de violer. Et aujourd’hui, il les considère comme des violeurs tout en diffusant avec jubilation les viols collectifs de prisonniers. L’accusation est toujours un aveu. Ou, comme l’a si bien dit le psychologue juif Freud : une projection.

Lord Balfour, dont la déclaration est considérée comme un acte de philanthropie, entretenait à l’égard des Juifs des opinions qui seraient aujourd’hui qualifiées d’antisémites sans contestation aucune. L’Europe n’aimait pas les Juifs, du moins pas les pauvres ni ceux de gauche. L’Europe voulait qu’ils s’installent ailleurs, et souhaitait que cet “ailleurs” soit stratégiquement utile. Telle est l’origine de cet arrangement, et cela explique pourquoi les défenseurs les plus virulents d’Israël au sein des parlements européens d’aujourd’hui côtoient si aisément des partis qui font le commerce de la haine. Le sionisme a été, dès le départ, une façon d’exporter un problème européen et d’obtenir en retour une garnison.

Mais le problème n’était pas les Juifs. Une doctrine, et non un peuple, a franchi la Méditerranée, et cette doctrine était européenne. Les colonisateurs de la Palestine ont imposé le racisme et la suprématie blanche de l’Europe sur les terres d’autrui sous la bannière du sionisme et de la suprématie juive.

Pendant des décennies, les travailleurs palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ont vendu leur force de travail à bas prix en Israël, construisant l’État qui leur a volé leurs terres. Lorsque cette main-d’œuvre est devenue politiquement problématique, Israël a importé des remplaçants du Népal, d’Inde, du Sri Lanka et de Thaïlande. Les gratte-ciel du Golfe se sont élevés de la même manière, grâce à des travailleurs d’Asie du Sud et d’Afrique soumis au système de la kafala, leurs passeports conservés dans le tiroir de leur employeur, leurs salaires retenus, leurs corps écrasés par une chaleur que personne parmi la classe capitaliste ne subira jamais. Et en Europe, ce même tri racial détermine quelle manifestation représente un risque pour l’ordre public et laquelle relève d’une tradition civique, quelle grand-mère est une sympathisante terroriste et laquelle exerce ses libertés ancestrales, quel quartier subira les chiens et le gaz poivré.

Un mouvement qui perçoit cette réalité en Palestine la percevra partout. C’est là tout le problème.

L’activisme climatique, une question palestinienne

La guerre menée par Israël est passée du massacre des populations à la destruction des lieux. Une analyse par télédétection réalisée pour le Programme des Nations unies pour l’environnement a révélé qu’au printemps 2025, plus de 97 % des cultures arboricoles de Gaza ont été endommagées, ainsi que la grande majorité des cultures annuelles, des zones arbustives et des prairies. Des analyses ultérieures ont évalué la destruction des cultures arboricoles à près de 98 %, la plupart des serres ayant disparu. Quelque 37 millions de tonnes de gravats jonchent désormais le territoire, imprégnés d’amiante et de métaux lourds. Forensic Architecture qualifie cette destruction agricole d’acte délibéré, d’écocide. Les oliveraies qui nourrissaient des familles depuis des siècles sont réduites à quelques souches. Et aujourd’hui, ils s’attaquent au Liban. Des milliers d’années d’histoire de l’humanité sont réduites à des paysages lunaires par la machine occidentale mortifère et destructrice.

L’armée américaine est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde. Les gouvernements qui sermonnent les plus démunis sur le sacrifice partagé sont ceux-là mêmes qui incinèrent l’écosystème de tout un territoire.

Quant aux pétro-monarchies, elles accueillent les sommets sur le climat, débarquent avec des délégations de dirigeants pétroliers, vendent à l’Europe de l’hydrogène et de l’énergie solaire du désert sous couvert de “transition verte”, tout en saccageant les terres et l’eau des agriculteurs d’Afrique du Nord. Les gouvernements européens leur achètent cette électricité et parlent de décarbonisation.

Soutenir vraiment la Palestine, c’est s’opposer au capitalisme fossile. D’où les efforts des gestionnaires du capital fossile, sous toutes les bannières et tous les uniformes, pour nous dissuader de soutenir la Palestine.

Ce que Diên Biên Phu a inspiré à Alger

La France a occupé l’Algérie pendant cent trente-deux ans et l’a déclarée “française”. En mai 1954, les Vietnamiens ont anéanti la garnison française à Dien Bien Phu et ont prouvé à tous les peuples colonisés attentifs que l’invincible peut être vaincu. Six mois plus tard, les Algériens ont déclenché leur guerre, et les dirigeants ont déclaré ouvertement d’où leur venait ce courage, à savoir de leurs frères et sœurs du Vietnam.

À l’époque, la solidarité n’était pas un hashtag. Abd el-Krim, ce Rifain qui a humilié une armée européenne au Maroc, a été sollicité par les Vietnamiens pour organiser politiquement les conscrits nord-africains pour leur éviter de finir comme chair à canon coloniale en Indochine. Les dockers ont refusé de charger des armes destinées au Vietnam. L’activité portuaire a ralenti. La phrase qui lui est attribuée reste d’actualité : la défaite de l’impérialisme dans une partie du monde vaut sa défaite dans une autre.

Les Algériens ont porté le flambeau encore plus haut, en aidant et finançant des mouvements de l’Amérique latine à l’Afrique australe, tandis qu’Israël armait les dictatures que ces mouvements combattaient.

Nelson Mandela, dont la mémoire a été momifiée en Occident précisément pour que l’on puisse oublier sa politique, a déclaré que c’est l’oppresseur qui définit les moyens de la lutte. Le droit international reconnaît le droit des peuples colonisés à la résistance, un fait qui disparaît dans les studios de télévision dès qu’on brandit un drapeau palestinien. En effet, aucune de ces victoires n’a été remportée par les urnes. Pas une seule. Le pouvoir n’a jamais été accordé aux colonisés tant que le colonisateur n’a pas d’abord été contraint de verser son sang pour l’obtenir.

L’Autorité dont ils sont friands

L’Autorité Palestinienne illustre parfaitement l’avenir auquel aspirent tous les gouvernements soumis à l’empire américain. Née des accords d’Oslo, financée par des donateurs, elle n’est rien d’autre qu’un exécutant : elle coopère avec les services de sécurité de l’occupant, arrête les militants, jette les journalistes en prison, gère un bantoustan tandis que ses cadres s’enrichissent et répriment la population en toute impunité. Fanon avait déjà été clair en 1961 : la bourgeoisie postcoloniale finirait par se réduire à des agents aux ordres de l’ancien maître, supervisant ce qu’il qualifiait de “pillage officialisé de son propre peuple”. Il disait vrai.

Voilà à quoi ressemble le modèle désormais universel. Une élite locale contrôlant la population au nom des intérêts du capital et qualifiant ces pratiques de “souveraineté”. Rabat nourrit cette ambition. Comme la sénatrice berlinoise qui interdit le port du foulard et, le même jour, valide une licence d’exportation, ou encore la rectrice d’université qui fait intervenir la police chez ses propres étudiants avant de témoigner au Congrès sur la sécurité des campus. Sans oublier le ministre de l’Intérieur qui reclasse un prêtre de quatre-vingt-trois ans en terroriste et parle d’État de droit, ou la députée portant un t-shirt “Tax the Rich” lors d’un gala à 35 000 dollars la place, avant de soutenir un budget d’un demi-milliard de dollars pour la défense antimissile israélienne alors que Gaza pourrait de faim.

L’espoir prêt à l’action

Je ne terminerai pas sur une note fataliste, car la fatalité est un luxe réservé à ceux qui observent de loin, en toute sûreté. Gramsci a écrit, depuis une prison fasciste, sur le pessimisme de l’intellect et l’optimisme de la volonté, et cette formule perdure parce qu’elle désigne une discipline plutôt qu’un état d’esprit.

L’espoir a des antécédents. Les Vietnamiens ont gagné. Les Algériens ont gagné. L’apartheid à Pretoria est tombé, et les Israéliens qui l’ont armé sont désormais confrontés à un monde au bord de l’explosion. Les peuples colonisés ne sont pas une masse inerte attendant que la conscience des puissants s’éveille. Ce sont eux qui, seuls, ont mis fin à tous les systèmes coloniaux.

Le combat est ingrat, et de longue haleine. Découvrez les histoires que l’empire a enterrées : l’Algérie, Haïti, le Vietnam. Identifiez le lieu où vous pouvez réellement agir : le port, l’usine d’armement, la fondation, le fonds de retraite, le transport maritime, le conseil municipal, la section syndicale. Rejetez le discours qui réduit une nation colonisée à une cause pathétique, sans politique ni droit à la résistance. Soutenez ceux qui luttent contre l’oppression.

Et vous saurez pourquoi ils vous haïssent, que l’ordre vienne d’un palais ou d’un parlement. Parce que vous menacez le statu quo. Parce qu’un drapeau peint sur un mur à Neuköln, un slogan scandé sur la place Tahrir, une pancarte en carton sur Parliament Square et un étudiant en master expulsé d’un immeuble new-yorkais n’ont qu’un seul et même but : mettre fin à notre monstrueux système d’oppression mondiale.

Nous ne voulons pas que d’une Palestine libre. Nous voulons une Palestine libre dans un monde libre. Les deux sont indissociables, et ceux qui contrôlent les détroits (comme nos écoles et nos médias) le savent mieux que personne.

 Karim pour BettBeat Media

Traduit par Spirit of Free Speech

https://ssofidelis.substack.com/p/pourquoi-les-puissants-detestent


jeudi 1 octobre 2026

Condamnée à mort parce que malade et originaire de Gaza


Par Diana Buttu


Le génocide perpétré par Israël est en train de détruire le système de santé à Gaza et en Cisjordanie, laissant les patients palestiniens atteints de cancer avec peu, voire aucune possibilité de traitement.

Um Mahmoud (*) se considère comme "l’une des rares chanceuses".

Originaire de Gaza, elle a reçu un diagnostic de cancer en 2020 après avoir souffert pendant des années de douleurs dorsales souvent invalidantes. Mais elle se trouvait justement à Ramallah, où elle suivait un traitement, lorsque la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza a éclaté en octobre 2023.

Près de trois ans plus tard, cependant, Um Mahmoud est confrontée à une autre forme de condamnation à mort : bien qu’elle ait échappé à la menace immédiate des bombes, des tirs et de l’effondrement du système de santé, elle est piégée en Cisjordanie occupée, où l’Autorité palestinienne ne peut plus financer son traitement en raison de la retenue par Israël des recettes fiscales.

Elle doit donc attendre, sans traitement, tandis que le cancer ravage son corps.

L’histoire d’Um Mahmoud raconte à la fois le cas d’une femme qui a désespérément besoin d’un traitement contre le cancer, et montre comment le génocide perpétré par Israël s’étend bien au-delà des frontières de Gaza.

Un parcours semé d’embûches, même avant le 7 octobre

Avant d’aborder l’histoire d’Um Mahmoud, il est important de décrire la situation du traitement du cancer en Cisjordanie et à Gaza avant 2023.

Le cancer figure toujours parmi les principales causes de décès en Palestine. Et bien que ses taux d’incidence du cancer soient comparables à ceux d’autres pays arabes de la région – et nettement inférieurs à ceux d’Israël –, la Palestine affiche un taux de mortalité plus élevé que la plupart de ses pays voisins.

Pourquoi ? Parce qu’il est extrêmement difficile d’accéder aux traitements.

Depuis des décennies – et bien avant octobre 2023 –, Israël isole et impose un blocus à la bande de Gaza. Cet isolement s’est également traduit par l’isolement de son système de santé. Israël limite ou bloque l’entrée de matériel essentiel et restreint les allers-retours des professionnels de santé et des spécialistes.

En conséquence, de nombreux types de traitements médicaux — y compris les traitements contre le cancer — ne sont pas disponibles à Gaza, ce qui oblige les Palestiniens de cette enclave à quitter la bande de Gaza pour se faire soigner ailleurs.

Par exemple, jusqu’à cette année, Israël interdisait l’entrée d’équipements de radiothérapie dans les hôpitaux de Cisjordanie et de la bande de Gaza, ce qui obligeait les patients à demander des autorisations pour se rendre à Jérusalem afin de se faire soigner à l’hôpital Augusta Victoria. (Des équipements de radiothérapie ont été autorisés pour la première fois cette année dans deux hôpitaux de Cisjordanie, m’a confié un médecin palestinien.)

Même dans ce cas, les interventions complexes et les greffes de moelle osseuse nécessitent un envoi vers les pays voisins – aux frais des patients ou à la charge de l’Autorité palestinienne.

Les hôpitaux de Gaza sont confrontés à des difficultés particulières pour traiter les patients atteints de cancer, car Israël refuse de laisser entrer des quantités suffisantes de médicaments et de matériel médical essentiel. En conséquence, certaines interventions chirurgicales spécialisées sont tout simplement impossibles à réaliser.

Pendant des années, les stocks de nombreux médicaments clés utilisés en chimiothérapie sont restés inférieurs à un mois d’approvisionnement, y compris le médicament dont Um Mahmoud avait besoin.

Elle a donc dû être transférée en Égypte ou en Cisjordanie – les deux seuls endroits capables de l’accueillir. Dans son cas, la Cisjordanie était la destination privilégiée, car elle ne se trouve qu’à 50 kilomètres (environ 31 miles ou, techniquement, 40 minutes en voiture) de Gaza.

Mais sortir de Gaza n’est pas une mince affaire. Dans le cadre de sa politique visant à maintenir isolés la Cisjordanie et la bande de Gaza, Israël n’autorise qu’un nombre très limité de Palestiniens à quitter la bande de Gaza – uniquement dans les cas qu’Israël a définis comme «humanitaires et exceptionnels».

Mais même cela ne garantit pas l’obtention d’un permis. Les demandes ne pouvaient être déposées que dans le but de bénéficier d’un traitement vital, ou d’un traitement sans lequel la qualité de vie serait considérablement affectée, et uniquement à condition que ce traitement ne soit pas disponible à Gaza et qu’aucune interdiction spécifique liée à la sécurité ne s’applique à la personne concernée.

Déposer une demande d’autorisation médicale revient à s’aventurer dans un véritable labyrinthe : cela nécessite une série d’autorisations, d’agréments et de garanties financières qui peuvent prendre des mois.

Dans la pratique, de nombreuses demandes sont rejetées sans motif ou restent sans réponse, et certaines ont été refusées pour des « raisons de sécurité ». Les patients (y compris les enfants) se retrouvent souvent contraints de quitter Gaza seuls, car les personnes qui les accompagnent (notamment leurs parents) se voient refuser les autorisations nécessaires.

Même une fois que les patients ont obtenu toutes les autorisations nécessaires, ils doivent se soumettre à un contrôle au poste-frontière d’Erez, qui comprend des fouilles et parfois des interrogatoires et des arrestations.

Pour les patients orientés vers des hôpitaux de Cisjordanie, le trajet implique également de franchir d’autres postes de contrôle israéliens, ce qui aggrave encore cette épreuve. L’Organisation mondiale de la Santé a noté en 2022 que, pour les cas courants, le délai d’obtention d’un permis varie entre 33 et 121 jours.

En raison de son état de santé, Um Mahmoud a réussi à obtenir un permis. Ce permis lui permet de suivre son traitement puis de retourner dans la bande de Gaza immédiatement après. Rester plus longtemps serait trop « humain » pour Israël. Proposer ce traitement à Gaza serait trop « humain » pour Israël.

Um Mahmoud a donc dû effectuer ce trajet toutes les quelques semaines, en passant par Erez, les postes de contrôle, les fouilles corporelles, etc.

En octobre 2023, elle a reçu une nouvelle prescription et s’est à nouveau rendue de Gaza en Cisjordanie pour y suivre un traitement. Quelques jours plus tard, la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza a éclaté. Elle n’est pas rentrée chez elle depuis lors.

En réalité, elle n’a plus de maison où retourner : Israël a bombardé sa maison en 2024. Elle me montre des photos de sa belle maison telle qu’elle était avant qu’Israël ne la réduise à un tas de décombres. Elle fait partie des dizaines de patients piégés en Cisjordanie, incapables de partir pour retourner à Gaza.

Condamnée à mort

En Cisjordanie, Um Mahmoud suivait son traitement, vivant dans une petite chambre d’hôtel transformée en appartement où elle et les autres patients de Gaza résidaient autrefois.

Au bout de plusieurs mois, l’Autorité palestinienne n’a plus été en mesure de payer la note de l’hôtel, et les patients ont dû se débrouiller seuls.

Elle a depuis quitté l’hôtel et vit désormais dans un modeste appartement qu’elle n’a pas les moyens de payer. Et en raison du refus persistant (et illégal) d’Israël de reverser les recettes fiscales palestiniennes, l’Autorité palestinienne n’est plus en mesure de financer son traitement.

Les recettes fiscales représentent environ 70 % du budget de fonctionnement de l’Autorité palestinienne, et c’est grâce à cet argent que celle-ci finance les hôpitaux, les cliniques, les médicaments, ainsi que les salaires des fonctionnaires, y compris ceux des médecins.

Selon des estimations prudentes, Israël aurait détourné plus de 5 milliards de dollars de l’Autorité palestinienne en guise de sanction pour l’appel lancé par celle-ci à la communauté internationale afin qu’elle intervienne pour mettre fin au génocide perpétré par Israël à Gaza. En conséquence, depuis des années, les fonctionnaires ne perçoivent pas l’intégralité de leur salaire.

Les hôpitaux et cliniques publics sont soit fermés, soit fonctionnent à capacité réduite. De plus, le ministère palestinien de la Santé est désormais à court de médicaments et de matériel médical, ce qui met en danger la vie de milliers de personnes – dont plus de 4000 patients atteints de cancer.

Les hôpitaux sont à court de 265 types de matériel médical spécialisé, tandis que les entrepôts du ministère de la Santé sont complètement à court de 726 types de médicaments, dont 50 sur les 97 médicaments utilisés pour traiter le cancer.

Quelques Palestiniens de Cisjordanie ont réussi à se rendre en Jordanie ou ailleurs pour se faire soigner – à condition d’avoir les moyens de faire le voyage et de le financer.

Mais pour d’autres, comme Um Mahmoud, partir à l’étranger n’est tout simplement pas une option – que ce soit pour des raisons financières ou parce qu’ils ne sont pas autorisés à quitter la Cisjordanie.

À un moment donné, Um Mahmoud a reçu suffisamment de médicaments pour une demi-semaine, mais ceux-ci se sont ensuite avérés indisponibles. Cela fait plus de cinq mois qu’elle ne dispose de son traitement que de manière intermittente.

Elle n’a pas les moyens d’acheter ces médicaments de sa poche. Elle ne peut pas non plus se permettre d’acheter tous les médicaments complémentaires, dont le coût peut s’élever à plusieurs milliers de dollars chaque mois.

Entre la recherche de sources d’aide pour ses médicaments et le paiement de son loyer, Um Mahmoud lutte pour survivre. Le cancer, me confie-t-elle, est désormais la partie la plus facile.

Elle a tenté d’obtenir des orientations vers des établissements hors de Palestine, mais ses demandes ont été rejetées en raison de sa carte d’identité de Gaza. Les Palestiniens de Gaza ont besoin de permis spéciaux délivrés par Israël pour pouvoir passer par le poste-frontière de la Jordanie, et ces permis ne sont pas accordés.

Et comme elle est originaire de Gaza, elle ne peut se rendre nulle part en dehors de la ville où elle réside, son permis n’étant valable que pour cette seule localité. Elle attend donc. Elle attend de savoir si l’Autorité palestinienne pourra à nouveau prendre en charge son traitement ; que Gaza s’ouvre pour qu’elle puisse retourner auprès de sa famille ; qu’on ait un peu pitié d’elle.

« On m’a condamné à mort », dit-elle, « et mon crime, c’est d’être une patiente atteinte d’un cancer originaire de Gaza. »

(*) Zeteo a changé le nom d’Um Mahmoud afin de protéger son identité.

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